GUISM
Tout est si lent, empĂątĂ© dans la chair fondue, dans la sueur qui ne nous quitte pas du soir au matin. Je sens lâeau qui goutte dans mon dos dĂšs que je me rĂ©veille. Mon sommeil est noir et profond, le temps est si lourd sur moi quâil mâĂ©crase dĂšs que je ferme les yeux. Je suis abandonnĂ©e aux caprices des temps, ceux qui passent et ceux qui pĂšsent sur nous. Ici, je comprends pour la premiĂšre fois pourquoi les gens parlent de Dieu. Tout est si dense, concentrĂ©, quelque chose qui vient de dehors et qui sâimpose Ă nous. Je le vois, je le sens dans la dĂ©marche des gens, dans leur corps avachi lorsquâils boivent le cafĂ©  - cafĂ© Ă la cardamome qui, pour moi, a le goĂ»t de cette chaleur. Doux, sucrĂ©, Ă©picĂ©, il laisse la langue pĂąteuse, mais, derriĂšre, on sent le frais, quelque chose qui pĂ©tille. Le marc sâamasse en poussiĂšre fine au fond de la tasse et câest ainsi quâon le boit. Il est trĂšs beau. Servi brĂ»lant das des verres que lâon tient avec le pouce, lâindex et le petit doigt. Ainsi, je me surprends Ă saisir le cafĂ© sans me brĂ»ler. Je le bois bouillant et cela me fait du bien - Tout est chaud donc. Tout est lourd et dense. Les gens sont trĂšs calmes, et câest un contraste saisissant que de les voir si tranquilles, car dĂšs quâon rentre dans une rue la vie explose, de partout sortent des animaux, des bĂȘtes, des vĂ©hicules, et le bruit est intense, continu. Les gens crient, klaxonnent, se saluent de loin, mais dĂšs quâils sortent du circuit ils flottent. Comme une tĂąche dâhuile sur de lâeau trouble. Je me sens graisseuse moi-mĂȘme, bien que je ne mange presque pas, peut-ĂȘtre quelques fruits dans la soirĂ©e puis mon ventre se ferme.Â
La chaleur donc, les corps lourds et Allah partout qui nous Ă©crase dans une lenteur poisseuse, le bruit et les bĂȘtes, lâhuile et le ventre vide. Et tout cela, toutes ces matiĂšres organiques qui se mĂ©langent, câest dâune puissance folle et tranquille. Et le temps, le temps toujours, le temps ici existe vraiment. Il est. Je le touche, je le goĂ»te, je le respire et je mây noie, prends-moi, sâil-te-plaĂźt avale-moi, jâai dĂ©jĂ oubliĂ© ce que je suis, ce que je fais, tĂąche dâhuile sur lâeau trouble je flotte. Je flotte.
Je ne sens rien dâautre que mon corps dans le chaud qui transpire, comment expliquer que je nâexiste pas et que je me sens si vivante? Je ne reconnais aucune des sensations qui sâimposent Ă moi, qui me traversent et me soumettent. Je meurs, je vis. Cet endroit nâattendait que moi pour mâavaler. Jâembrasse cette ville polluĂ©e qui mâĂ©touffe. Jâaime.Â
CAIRO, 4th of August, El Gahwa Café, 2pm








