04 avril
Envie de lire les journaux des autres. J’ai toujours été une épieuse professionnelle. Je voudrais lire ce que vous faites de vos temps longs, de vos plages d’ennui. On a tous les pieds mouillés en ce moment et même juste un roman-photo de vos empreintes sur le parquet me suffirait. Je suis toujours curieuse, toujours à la cueillette des bonnes idées, à l’affût de miroirs à bricoler, à suspendre comme pour les oiseaux, pour faire joli chez moi ; joli et fragmenté.
Tristan dit qu’Herminette ressemble à un dinosaure automatique quand elle mange, moi je regarde le temps s’étirer entre deux repas : un Monstre de Temps à apprivoiser. Pas bien méchant mais déboussolant, alors je crée des morceaux de nord factices. Je profite de me lever la première – l’appel des médicaments – et de mes quelques heures de solitude matinale. Je mange lentement pas comme un dinosaure pas comme un automate, j’écris quelques lignes ; je danse, entre trente minutes et une heure, mais le mot est excessif. J’ai du mal avec les mouvements, je manque encore d’énergie mais je rappelle mon corps à l’ordre & j’adore ça, un brin de tenue, des rideaux tendus de tringles en fenêtres. Je pose des mots dans des grilles, la vaisselle dans le placard, mes bras dans son dos et un doigt sur mes lèvres.
Les choses sont un marais étrange mais quelques habitudes persistent. Je m’apitoie sur un pigeon qui a une patte blessée / Je sursaute quand ses lèvres se posent où je ne les attend pas / Je passe de longs instants à décortiquer le plafond / Je soupire avant de décrocher le téléphone / J’ai un chat noir sur les talons / Un morceau de chocolat à la fin de chaque repas. Le cadre est là . C’est rassurant. C’est les couleurs qui changent un peu. Maintenant, pendant que mes cils s’accrochent au lustre, j’écoute dans le salon l’homme superposer les flutes, le cistre et la guitare : une escapade dans un couloir ; une autre manière de voyager sur le dos, entre le soleil sur la terrasse, les films problématiques, les trésors esquissés des dessins animés de souris, et les documentaires. Kitèje est sous la neige, le monde a envahi la couette.















