â Je me rappelle le muguet, dit Folavril. Autrefois, câĂ©tait plein de muguet, des champs entiers, drus comme des cheveux en brosse. On sâasseyait au milieu et on le cueillait sans se lever. Plein de muguet. Mais ici, câest une autre plante, avec des fleurs en chair orange, comme des petites plaques rondes. Je ne sais pas comment on lâappelle. Sous ma tĂȘte, ce sont des violettes de la mort et lĂ , prĂšs de mon autre main, il y a des asphodĂšles.
â Tu es sĂ»re ? demanda Wolf dâune voix un peu lointaine.
â Non, dit Folavril. Mais je nâen ai jamais vu et, comme jâaime ce nom-lĂ et ces fleurs-lĂ , je les mets ensemble.
â Câest ce quâon fait, dit Wolf. On met ce quâon aime ensemble. Si on ne sâaimait pas tant soi-mĂȘme on serait ensemble. Si on ne sâaimait pas tant soi-mĂȘme on serait toujours seuls.
â Ce soir, on est tout seuls, dit Folavril. Tout seuls tous les deux.
Elle eut un soupir de plaisir.
â Ce quâon est bien, murmura-t-elle.
â Câest la veille, dit Wolf.
Ils se turent. Folavril caressait tendrement le bĂ©bĂ© taupe qui mugissait de satisfaction⊠un tout petit mugissement de bĂ©bĂ© taupe. Des trouĂ©es de vide sâouvraient au-dessus dâeux, traquĂ©es par une obscuritĂ© mobile qui, par
moments, dĂ©robait les Ă©toiles Ă leur vue. Ils sâendormirent sans parler, le corps contre la terre chaude, dans le parfum des fleurs sanglantes. Le jour allait commencer Ă poindre. Il venait de la maison une rumeur incertaine, sophistiquĂ©e comme de la serge bleue. Un brin dâherbe se courbait sous le souffle imperceptible de Folavril.