France, Espagne, Portugal, GrÚce : la sécheresse alimente une saison d'incendies inédite depuis vingt ans de mesures satellitaires.
DB NEWS | Par la rédaction | 31 juillet 2026.
Gironde, une accalmie fragile
La journée de jeudi 30 juillet a marqué, selon la préfÚte Sophie Brocas, la premiÚre journée un peu optimiste depuis le déclenchement, le 22 juillet, de l'incendie qui a ravagé 42 000 hectares prÚs de Bordeaux. Quatre-vingt-quatre mille nouvelles personnes ont été autorisées à rentrer chez elles jeudi matin, portant à plus de la moitié le nombre d'évacués sur les 224 000 concernés par les mesures préventives depuis le début du sinistre. Vingt-trois communes ont été touchées par ces évacuations, dont cinquante-cinq mille en une seule nuit au plus fort de la crise, dispersées dans une douzaine de centres d'accueil. Le bilan s'établit à quatre-vingt-quatre sapeurs-pompiers blessés, un chiffre qui illustre l'intensité des opérations menées sur ce front pendant plus d'une semaine. Cet incendie est le plus dévastateur qu'ait connu la France depuis 1949, et ses proportions dépassent déjà le total national cumulé de l'année 2022. Des opérations de brûlage contrÎlé se poursuivaient encore jeudi au Porge, au nord du bassin d'Arcachon, signe que le feu restait actif malgré l'amélioration générale. La situation demeure fragile, la préfecture ayant maintenu un niveau d'alerte élevé compte tenu de la persistance de la sécheresse et des températures.
Bordeaux et le Porge, la panique au ras du sol
Vendredi 24 juillet au soir, le vent tourne Ă l'ouest et pousse sur Bordeaux un dĂŽme de fumĂ©e chargĂ© en particules fines. L'air devient irrespirable en quelques heures dans une ville pourtant situĂ©e Ă quarante kilomĂštres du front des flammes. Dimanche, les passants de la rue Sainte-Catherine ressortent des placards les masques chirurgicaux et les FFP2 de l'Ă©poque du Covid, dans une atmosphĂšre de brouillard jauni. Une habitante du centre-ville raconte ne plus pouvoir ouvrir ses fenĂȘtres malgrĂ© trente-quatre degrĂ©s dans son appartement sous les toits, contrainte de choisir entre les cendres et la chaleur. Au Porge, commune de moins de 3 500 habitants ravagĂ©e en quarante-huit heures, cent quatre-vingt-douze maisons partent en fumĂ©e. Une habitante du quartier de la route des Lacs dĂ©crit d'une voix chevrotante avoir tout perdu, un logement occupĂ© depuis trois ans rĂ©duit en cendres. L'ancien responsable de la gestion de la forĂȘt communale relate avoir vu le mur de feu se rapprocher en fin d'aprĂšs-midi, avant que les renforts promis ne se rĂ©vĂšlent insuffisants. Des vĂ©hicules calcinĂ©s jonchent l'avenue du bassin d'Arcachon, recouverte d'un ciel orangĂ© que des tĂ©moins qualifient de dystopique. Des secouristes venus de Bretagne racontent avoir senti l'odeur de fumĂ©e soixante-dix kilomĂštres avant d'arriver sur zone, avant de passer la journĂ©e Ă convaincre des habitants Ă©motionnellement submergĂ©s d'abandonner leur maison. Dans les hangars du parc des expositions de Bordeaux, transformĂ©s en centre d'hĂ©bergement, les sinistrĂ©s affluent de nuit sous une pluie de cendres, certains dĂ©crivant un ciel qui ressemblait Ă un volcan sur le point d'exploser. L'Ă©tincelle initiale remonterait Ă une opĂ©ration de dĂ©broussaillement menĂ©e prĂšs d'une ligne Ă©lectrique par un sous-traitant d'Enedis, mercredi 22 juillet en fin de matinĂ©e.
L'Espagne, entre Zamora et Madrid
L'Espagne traverse la pire saison d'incendies de son histoire, avec prĂšs de 170 000 hectares brĂ»lĂ©s depuis janvier selon le dĂ©compte arrĂȘtĂ© fin juillet par le systĂšme europĂ©en Effis, un chiffre portĂ© depuis Ă plus de 200 000 hectares selon Copernicus, soit environ 0,4 % du territoire national. Un nouveau foyer dĂ©clenchĂ© mercredi dans la province de Zamora, Ă la frontiĂšre portugaise, a ravagĂ© Ă lui seul plus de onze mille hectares en vingt-quatre heures, forçant l'Ă©vacuation de quatorze localitĂ©s et plus de huit cents habitants autour de la commune de Fermoselle. Le maire de cette localitĂ© de mille habitants a Ă©voquĂ© auprĂšs de l'AFP un enfer des flammes et un tunnel de fumĂ©e enveloppant le village. Dans la rĂ©gion de Madrid, oĂč plus de quatre-vingt-dix mille personnes avaient dĂ» Ă©vacuer Ă la fin du mois, l'urgence nationale a Ă©tĂ© levĂ©e mercredi par le gouvernement, tandis qu'un millier d'Ă©vacuĂ©s restaient encore hors de leur domicile jeudi. La prĂ©fecture rĂ©gionale a nĂ©anmoins maintenu un niveau de risque trĂšs Ă©levĂ©, voire extrĂȘme, en pleine vague de chaleur persistante. Un mort a par ailleurs Ă©tĂ© recensĂ© prĂšs de Valence fin juillet.
Portugal et GrÚce, la contagion méditerranéenne
Le nord du Portugal a mobilisĂ© jeudi prĂšs de huit cents pompiers pour combattre un incendie de vĂ©gĂ©tation actif depuis mardi, maĂźtrisĂ© Ă environ 80 % selon la protection civile portugaise mais toujours qualifiĂ© d'actif en fin de matinĂ©e. L'ensemble des districts du nord et du centre du pays, ainsi que le district mĂ©ridional de Faro en Algarve, ont Ă©tĂ© placĂ©s en alerte maximale. Le Portugal enregistre la deuxiĂšme plus forte proportion de terres brĂ»lĂ©es de l'Union europĂ©enne rapportĂ©e Ă sa superficie, Ă 0,3 % du territoire, juste derriĂšre l'Espagne. En GrĂšce, relativement Ă©pargnĂ©e en dĂ©but d'Ă©tĂ© par les canicules et les feux importants observĂ©s en France et en Espagne, la situation s'est brutalement dĂ©gradĂ©e. Plus de trois cents pompiers luttaient jeudi contre deux incendies de forĂȘt sur l'Ăźle de CrĂšte, entraĂźnant l'Ă©vacuation d'environ huit mille personnes prĂšs de RĂ©thymnon. Le Premier ministre grec KyriĂĄkos MitsotĂĄkis a averti que le pays s'apprĂȘtait Ă vivre des jours difficiles, un avertissement confirmĂ© par un dĂ©but de feu sur l'Ăźle de Paros.
Un bilan continental hors norme
Les donnĂ©es du systĂšme europĂ©en EFFIS, rattachĂ© au programme d'observation terrestre Copernicus, situent Ă plus de 250 000 hectares la surface totale brĂ»lĂ©e dans l'Union europĂ©enne depuis janvier, une Ă©tendue comparable Ă celle du Luxembourg. Environ 1 200 incendies ont Ă©tĂ© recensĂ©s au 29 juillet, soit plus du double de la moyenne annuelle historique alors que le cĆur de l'Ă©tĂ© n'Ă©tait pas encore atteint. Copernicus estime que ces feux ont dĂ©jĂ rejetĂ© plus de huit tonnes de CO2 Ă l'Ă©chelle de l'Union, quand un citoyen europĂ©en moyen en Ă©met environ 5,55 tonnes sur une annĂ©e entiĂšre. EFFIS ne cartographie officiellement que les incendies dĂ©passant trente hectares, ce qui signifie que la superficie rĂ©elle brĂ»lĂ©e pourrait excĂ©der les chiffres publiĂ©s. Le climatologue François Massonnet, de l'universitĂ© de Louvain, rappelle que ces feux constituent l'aboutissement d'une phase de prĂ©conditionnement engagĂ©e bien avant les premiers dĂ©parts de flammes. Face Ă cette ampleur, l'Union europĂ©enne a mobilisĂ© sa flotte rescEU la plus importante jamais dĂ©ployĂ©e pour une saison de feux, incluant des Ă©quipes de pompiers roumains envoyĂ©es en soutien Ă la France pendant le Tour de France, dont le parcours a dĂ» ĂȘtre adaptĂ©.
Une trajectoire qui interroge le climat continental
Cette accumulation de sinistres s'inscrit dans une tendance de fond documentĂ©e depuis plusieurs annĂ©es. Les surfaces brĂ»lĂ©es en France en 2026 dĂ©passent dĂ©jĂ , Ă la mi-juillet, l'intĂ©gralitĂ© du bilan annuel de 2022, annĂ©e pourtant qualifiĂ©e Ă l'Ă©poque d'exceptionnelle. Le prĂ©cĂ©dent absolu reste espagnol, avec 393 000 hectares brĂ»lĂ©s lors de la seule annĂ©e 2025, et portugais, avec plus de 560 000 hectares ravagĂ©s en 2017, soit plus de six pour cent du territoire national. Un paradoxe scientifique mĂ©rite d'ĂȘtre signalĂ©. Sur une pĂ©riode de quarante ans, le nombre global de dĂ©parts de feu a diminuĂ© dans les pays mĂ©diterranĂ©ens, selon les observations croisĂ©es de l'universitĂ© de Gand. Ce sont dĂ©sormais l'intensitĂ© et la taille des sinistres qui augmentent, davantage que leur frĂ©quence brute, une Ă©volution que les climatologues rattachent au rĂ©chauffement global et Ă l'assĂšchement prolongĂ© des sols. Comme le formulait dĂ©jĂ l'Ă©crivain italien Italo Calvino Ă propos des Ă©quilibres naturels fragiles, ce qui semblait immuable devient soudain le lieu mĂȘme du changement. La saison 2026, loin d'ĂȘtre achevĂ©e Ă la date du 31 juillet, illustre cette bascule Ă l'Ă©chelle de tout un continent.
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Sources :
- Nice-Matin, « France, Espagne, Portugal, GrÚce⊠On fait le point sur les gros incendies qui ravagent l'Europe », 31/07/2026
- Reporterre, « Fumées, cendres et sidération : Bordeaux suffoque sous l'incendie de Gironde », 25/07/2026
- Franceinfo, « On n'y voit rien, c'est l'apocalypse » : les 48 heures qui ont ravagé Le Porge, 30/07/2026
- France 24, « J'ai passé la nuit à tousser » : sous les fumées des incendies, Bordeaux suffoque, 26/07/2026
- Blick, « Des Français sauvés des incendies en Gironde racontent l'enfer », 30/07/2026
- ICI Bretagne, « Une vision apocalyptique : des Bretons présents en Gironde racontent le gigantesque incendie », 26/07/2026
- Touteleurope.eu, « Feux de forĂȘt : plus de 42 000 hectares dĂ©jĂ brĂ»lĂ©s en France en 2026, un record Ă la mi-juillet », 28/07/2026
- Euronews, « Feux de forĂȘt : l'Europe se dirige vers un record, surface brĂ»lĂ©e Ă©gale au Luxembourg », 29/07/2026
- RTBF Actus, « L'Europe en proie aux flammes : les incendies en cartes et en chiffres », 30/07/2026
- WikipĂ©dia, « SĂ©cheresse de 2026 en Europe » et « Feux de forĂȘt de 2026 en Afrique du Nord et en Europe », consultĂ©s le 31/07/2026
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