DUMBO (1941)
Parce que DISNEY nâa pas toujours Ă©tĂ© FROZEN (2013) ou MARVEL: succĂ©dant Ă PINOCCHIO et FANTASIA en 1940, le rĂ©alisateur Ben Sharpsteen fait DUMBO pour rattraper les bĂ©nĂ©fices minimes que ces derniers ont rapportĂ© Ă la firme de Mickey: une heure Ă peine, une scĂ©nario simple et un hĂ©ros Ă©mouvant, le succĂšs du petit pachyderme aux grandes oreilles est Ă©norme, remportant au passage le Grand Prix du Dessin AnimĂ© au festival de Cannes, en 1947 -il aura fallu six ans pour que le film arrive en France-. Triste fable que celle de DUMBO, Ă commencer par le sort de son Ă©ponyme protagoniste, adorable Ă©lĂ©phanteau aux oreilles surdimensionnĂ©es: animal de cirque, il sera sĂ©parĂ© de sa mĂšre -suite Ă lâagression de son bĂ©bĂ© par une bande de sales gosses, et de son pĂ©tage de cĂąble lui valant la quarantaine, emprisonnĂ©e et enchaĂźnĂ©e- et surnommĂ© Dumbo, mĂ©chant jeux de mots mĂȘlant dumb (idiot) et Jumbo Jr (son vrai nom) attribuĂ© par ses confrĂšres pachydermes. VĂ©ritable John Merrick version animale, Dumbo va sâattirer les foudres de son troupeau, dâabord moquĂ©, raillĂ©, changĂ© en clown -une honte pour la fiĂšre race des Ă©lĂ©phants- jusquâĂ ce quâun sympathique souriceau, TimothĂ©e, le prenne en pitiĂ© et lui vienne en aide. Conte cruel, on est donc bien loin du DISNEY contemporain dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© et bouffi de CGI: autre Ă©poque, autre mĆurs, le pauvre Dumbo souffrant de la bĂȘtise humaine, moquĂ©, blessĂ©, insultĂ©. Un contexte diffĂ©rent qui rappelle sans nul doute les prĂ©cĂ©dents travaux de Sharpsteen, PINOCCHIO pour son atmosphĂšre dramatique, et bien sĂ»r FANTASIA, quâon reconnaĂźt presque Ă travers cette sĂ©quence oĂč Dumbo, involontairement saoĂ»l, assiste Ă un dĂ©filĂ© dâĂ©lĂ©phants roses aux orbites vides, changeant de forme Ă chaque seconde -et autres expĂ©rimentations animĂ©es sous LSD, probablement-: ce DISNEY-lĂ est sombre et un peu creepy, comme ceux de son temps, la forĂȘt de horrifique de SNOW WHITE (1937) en est une des preuves les plus Ă©videntes. DUMBO se diffĂ©rencie aussi de par le fait que son petit hĂ©ros est mutique, tout comme sa maman: seuls ces deux personnages sâexpriment et se comportent en Ă©lĂ©phants ârĂ©alistesâ, un dĂ©tail sur lequel repose en fait lâaffectif du film, Sharpsteen transmettant lâĂ©motion du moment uniquement par lâimage et le son quant Ă Dumbo et sa mĂšre. Attendrissant, impossible de ne pas ressentir une once dâempathie envers cet Ă©lĂ©phanteau innocent et crĂ©dule -il suffit de le voir enrouler sa trompe autour des objets ou de ses amis pour fondre-, sur lequel le monde entier sâacharne: heureusement, le souriceau TimothĂ©e et une bande de piafs vont lui apprendre Ă utiliser ses oreilles comme jamais ils nâaurait osĂ© y penser, retournant ainsi la malheureuse situation. Difficile pourtant de sombrer dans une mer de guimauve mielleuse en regardant DUMBO: malgrĂ© une happy-ending forcĂ©ment mĂ©ritĂ©e -il faut dire quâavec sa vie Ă la Vilain Petit Canard/John Merrick, pas moyen que ça se termine mal-, on a quand mĂȘme la haine envers ces animaux traĂźtres et ces humains propriĂ©taires du cirque, qui trouvent le confort grĂące Ă Dumbo, alors que tous lâont traitĂ© comme Ă©tant infĂ©rieur Ă eux: la pilule passe difficilement, amer constat uniquement dĂ» Ă la rĂ©alitĂ© crue de cette fin soulageante. DiffĂ©rence, handicap, les thĂšmes sont lourds, mine de rien... A lâancienne, on pardonne au long-mĂ©trage ses chansons datĂ©es et ses gags dâun autre Ăąge: par contre, lâanimation est toujours au top de la fluiditĂ©, lâempathie envers lâĂ©lĂ©phanteau nâa pas pris une ride, et le passage Ă la HD est -comme dâhabitude chez DISNEY- un transfert de haute qualitĂ©, car seul le son reste un tĂ©moin du passĂ©. Du haut de ses 77 ans, on accorde au mutli-oscarisĂ© DUMBO son statut de dessin animĂ© culte, fortement Ă©motionnel: on attend avec une curiositĂ© certaine la version live-action de Tim Burton, prĂ©vue pour 2019, dont la premiĂšre image incroyable -et mignonne- a Ă©tĂ© dĂ©voilĂ©e ce mois-ci, pleine de promesses.Â
JUMBOâS NOT DUMBO /20