La ressouvenance serait donc comparable à une fouille archéologique, tout à la fois erratique et méthodique. Elle explore des failles, des écarts dans le continuum du temps. Elle s’arrête sur des vestiges matériels qui surgissent de ces failles : des choses – poussières, chiffons, bouts de charbon – qu’il s’agit alors de lire au sens de Walter Benjamin, dans son texte magnifique « Sur le pouvoir d’imitation », parlait de « lire ce qui n’a jamais été écrit ». Lecture paradoxale, comme lorsque les Anciens lisaient le temps dans les étoiles ou dans les entrailles. On pourrait dire alors, que le travail de la ressouvenance est tout à la fois critique (parce qu’il interroge des crises), matériel (parce qu’il plonge dans l’immanence des choses) et dialectique (parce qu’il « lit » ou « lie » des ordres de réalité hétérogènes).
Georges Didi-Huberman, Pour commencer encore, Argol, 2019












