POST-SCRIPTUM 715
AGITATION FRITE 2 : CâEST LA VIE DâUN COLLECTIF AUTOGĂRĂ
Agitation Frite 1, TĂ©moignages de lâunderground français est donc sorti chez Lenka lente. Un second volume est en prĂ©paration. La forme en est la mĂȘme : un peu moins dâune quarantaine dâentretiens dont la plupart, cette fois, sont inĂ©dits. On en trouvera ici des extraits, rĂ©guliĂšrement. Par exemple, Denis Tagu (Toupidek Limonade, Hellbore, Look de Bouk, In-Poly-Sons)...
EXTRAIT...
Il ressort des entretiens menĂ©s dans le premier volume d'Agitation Frite une sorte de tronc commun en matiĂšre de musiques influentes, que l'on pourrait presque rĂ©sumer Ă l'Ă©cole de Canterbury, Ă la mouvance Rock In Opposition, voire au free jazz amĂ©ricain et Ă lâeuropĂ©enne. Ces musiques ont-elles Ă©tĂ©, pour toi aussi, dĂ©terminantes ?
Oui, elles lâont Ă©tĂ© pour moi aussi. Je pense que la rĂ©ponse Ă cette question est « gĂ©nĂ©rationnelle », d'oĂč la notion de tronc commun aux personnes interviewĂ©es, qui ont dĂ» naĂźtre entre 1950 et 1965. J'avais 18-20 ans lorsque j'ai dĂ©couvert « ces » musiques autour de Rock in Opposition (qui se terminait) et de la soi-disant Ă©cole de Canterbury.
Ce qui est remarquable dans le « mouvement » RIO, au-delĂ des musiques auxquelles on adhĂšre ou non, c'est la vie d'un collectif autogĂ©rĂ©, avec un rĂ©seau de groupes europĂ©ens organisant des tournĂ©es dans leur pays pour leurs collĂšgues, la crĂ©ation de leurs propres labels, dâun rĂ©seau de vente par correspondance, de disquaires indĂ©pendants, avec en toile de fond une approche politique de la situation des artistes qui peuvent (doivent ?) prendre en main leur mĂ©tier. Ce qu'Albert MarcĆur a d'ailleurs fait plus tard en rachetant tous les droits de ses albums. En France, c'est Dominique Diebold qui a jouĂ© un rĂŽle important dans ce rĂ©seau en tant qu'organisateur de concerts (festivals), fondateur de revues musicales (Notes) et producteur de disques (AAA puis AYAA). GĂ©rard Nguyen a aussi travaillĂ© sur ces musiques avec la revue Atem et le label associĂ© Ă ce dernier. Cette notion de rĂ©seau me manque aujourdâhui, mais probablement parce que je suis « en dehors » des rĂ©seaux existants impliquant la jeune gĂ©nĂ©ration des 20-25 ans.
Personnellement, le free jazz m'a moins touchĂ© (on est ici dans le subjectif total, et c'est tant mieux). Par contre, en parallĂšle de RIO et Canterbury, les Residents m'ont beaucoup marquĂ© en matiĂšre de do it yourself, avec les approximations, les folies sous-jacentes (en acceptant l'approximation, on peut pousser Ă l'extrĂȘme l'expĂ©rimentation), avec aussi une dĂ©complexation Ă crĂ©er, Ă mettre en forme ses dĂ©lires musicaux. Je sais qu'Alain De Filippis (de ma gĂ©nĂ©ration) a « osĂ© » faire de la musique aprĂšs l'Ă©coute des Residents (l'album Eskimo, je crois) : « On a le droit de faire des sons avec d'autres sons » s'est-il dit alors.
Plus de trente ans aprÚs, je peux analyser ce qu'il me reste de ces « bùtisseurs » de mes goûts musicaux : le sérieux de Henry Cow a parfois du mal à passer, et la dérive « arty » des Residents ne m'intéresse pas. Robert Wyatt a longtemps su garder sa charge émotionnelle trÚs forte, de The End Of An Ear à Dondestan. Mes trois albums fondateurs seraient Henry Cow Live, le premier disque de ce double-LP, Rock Bottom de Robert Wyatt (pas trÚs original) et Not Available des Residents. Je me souviens encore de la premiÚre écoute que j'ai faite de ces albums, et des sensations fortes (trÚs) qu'ils m'ont procuré.
Dominique Diebold, que tu Ă©voques notamment en qualitĂ© de producteur de disques, a sorti la premiĂšre cassette du groupe Toupidek Limonade, en 1984 je crois. Comment est mis sur pied le groupe ? D'oĂč vient-il ?
Lâhistoire de Toupidek limonade commence par celle dâHellebore, un groupe « Rock In Opposition ». Câest Antoine Gindt (guitare), Daniel Koskowitz (batterie) et Jean CaĂ«l (basse) qui ont montĂ© ce groupe lorsquâils Ă©taient lycĂ©ens. Je les ai rejoints assez rapidement aux claviers, puis Alain Casari est venu avec son saxophone alto. AprĂšs plusieurs annĂ©es (tournĂ©es, concerts et album sorti chez AYAA), le groupe sâest arrĂȘtĂ© pour cause dâintĂ©rĂȘts divergents, et dâorientations personnelles (Ă©tudes, travail) devenues incompatibles avec un groupe exigeant (musique complexe, nĂ©cessitant du travail car de plus en plus composĂ©e).
Avec Jean CaĂ«l, nous avons eu envie de monter un groupe plus lĂ©ger, surtout dans lâesprit, laissant place Ă la spontanĂ©itĂ©, Ă une certaine folie, et Ă une anarchie (au sens « pas de censure »). Nous avons fait appel alors Ă Kwettap Ieuw (chant et percussions) que je venais de croiser Ă Reims et qui jouait dĂ©jĂ dans Look de Bouk. Le rĂ©pertoire sâest ainsi montĂ©, et nous avons pu enregistrer en quatre pistes Ă bande au Centre Culturel AndrĂ© Malraux de VandĆuvre-lĂšs-Nancy pour sortir la cassette (Il y a des nuits, en rappel du titre de lâalbum dâHellebore intitulĂ© Il y a des jours). Nous nâavons fait que deux concerts dont une mĂ©morable misĂ©rable premiĂšre partie de Skeleton Crew ! Chris Cutler sâĂ©tait alors exprimĂ© en disant « very eccentric », ce qui reste un beau compliment pour nous. Nous avions un igloo en carton (bricolĂ© par notre ami Daniel Koskowitz) sur scĂšne, et un monstre cachĂ© Ă lâintĂ©rieur avec un micro. Lâun des monstres a Ă©tĂ© Mick Hobbs, du groupe The Work. Depuis, nous nâavons cessĂ© dâenregistrer des albums, et tout derniĂšrement nous avons donnĂ© un concert Ă Rennes, aprĂšs plus de trente ans, en faisant appel Ă Bernard Odot, un ancien musicien de Look de Bouk.
Faut-il dĂ©crire la musique ? Peut-ĂȘtre quelques mots-clĂ©s comme Satie, rigolo, Dada, loufoque, chansons, intimitĂ©, Ă©motions et inuitsâŠ
Quelques prĂ©cisions s'il te plaĂźt : Ă propos dâHellebore, n'est-ce pas une cassette en premier lieu, avant l'enregistrement de..., ..., ...









