POST-SCRIPTUM 664
PENSER LA PERCUSSION AUTREMENT
Ci-aprĂšs, un extrait dâun entretien avec LĂȘ Quan Ninh qui fera bientĂŽt partie dâun ouvrage autour de lâunderground musical en France ; ouvrage dâailleurs quasi exclusivement constituĂ© dâinterviews, entre autres avec Christian Vander, Jac Berrocal, Dominique Grimaud, Yann Goudon, Dominique RĂ©pĂ©caud, Jean-Marc Foussat, Bruno Meillier, Richard Pinhas, Michel Bulteau, Romain Perrot⊠Une quarantaine Ă peu prĂšs, Ă paraĂźtre chez Lenka lente en mars 2017. Soit un peu de lâhistoire de Catalogue, Magma, VidĂ©o-Aventures, Soixante Ătages, Ătage 34, M.I.M.E.O., Vomir, Etron Fou Leloublan, entre autresâŠ
EXTRAITâŠ
Tu joues avec le Quatuor HĂȘlios dont le rĂ©pertoire inclut des interprĂ©tations d'Ćuvres de John Cage et Toru Takemitsu. Ta formation musicale est-elle celle d'un musicien classique ?
J'ai commencĂ© la musique des l'Ăąge de 5 ans en entrant dans une Ă©cole de musique de la rĂ©gion parisienne, puis j'ai Ă©tĂ© l'Ă©lĂšve de Sylvio Gualda au conservatoire de Versailles de 1979 Ă 1982. C'est donc une scolaritĂ© musicale classique que j'ai suivie jusqu'Ă l'Ăąge de 20 ans. Sylvio Gualda Ă©tant Ă la fois timbalier Ă l'orchestre de l'OpĂ©ra de Paris et soliste interprĂ©tant des Ćuvres spĂ©cialement Ă©crites pour lui, son enseignement reposait sur deux axes : la percussion d'orchestre et le rĂ©pertoire contemporain. Une chose essentielle unissait ces deux aspects de son enseignement : l'importance de la vibration sonore, la vibration optimum des instruments obtenue par un ensemble de techniques Ă©prouvĂ©es ou inventĂ©es par lui. Pour reprendre un certain vocabulaire, c'est Ă une approche du corps sonore - de ses profondeurs, Ă©paisseurs et surfaces - que jâai Ă©tĂ© confrontĂ©, mĂȘme si cette approche ne s'exprimait que par la transmission des notions de poids du geste, d'Ă©quilibres et d'appuis intĂ©rieurs. En tout cas, c'est sans doute ce que je continue de retenir de son enseignement mĂȘme si cela appartient bien plus aujourd'hui Ă une mĂ©moire corporelle, Ă une assimilation, qu'Ă un ensemble de prĂ©ceptes. Le. Quatuor HĂȘlios existe depuis cette pĂ©riode. Isabelle Berteletti, Florent Haladjian, Jean-Christophe Feldhandler et moi nous sommes rencontrĂ©s Ă ce moment-lĂ , avec une intuition de travail nourrie par les Ćuvres de John Cage qui constituaient notre premier rĂ©pertoire. Nous avons tentĂ© de rendre cette intuition plus prĂ©cise en sollicitant des compositeurs pour l'Ă©criture d'Ćuvres nouvelles. Cependant, aprĂšs toutes ces annĂ©es, nous faisons un constat amer concernant la capacitĂ© des compositeurs Ă penser la percussion autrement que par les clichĂ©s habituellement attachĂ©s Ă elle. Et la lutherie standardisĂ©e d'aujourd'hui n'est pas lĂ pour pousser Ă plus d'imagination ! Aussi avons-nous resserrĂ© notre rĂ©pertoire actuel autour d'Ćuvres de Cage, Takemitsu, Vinko Globokar, Daniel Koskowitz, qui toutes obligent Ă une crĂ©ativitĂ©, tant sur le du plan du choix des timbres que sur celui du dĂ©roulement temporel, et qui bouleversent Ă©galement le rapport Ă l'instrument que nous avons de plus en plus de mal Ă appeler la percussion, tant les corps sonores utilisĂ©s ne nous apparaissent plus appartenir Ă une quelconque catĂ©gorie. Jean-Christophe Feldhander et moi-mĂȘme avons Ă©crit des piĂšces pour le quatuor, ce que nous continuerons sans doute de faire dans lâavenir.
Comment se fait-il que tu t'intéresses aussi à la musique improvisée ?
C'est un copain de lycĂ©e qui m'a fait entendre pour la premiĂšre fois des musiciens comme Cecil Taylor, Eric Dolphy et Joe McPhee, ce dernier venant juste de sortir ses tous premiers disques sur le label Hat Hut Ă ce moment-lĂ . Dans mon lycĂ©e, j'avais comme professeur de musique le saxophoniste Pierre-Louis Garcia qui m'a d'ailleurs soutenu quand le dĂ©sir pressant de me consacrer totalement Ă la musique plutĂŽt qu'Ă mes Ă©tudes au lycĂ©e est apparu. Un peu plus tard, je suivais deux Ă©coles : l'Ă©cole du jour (le conservatoire) et lâĂ©cole de la nuit, celle des nombreux concerts de free jazz que je pouvais entendre au Dreher, Ă la Chapelle des Lombards, au Théùtre Dunois ou Ă Jazz UnitĂ© que GĂ©rard TerronĂšs avait ouvert Ă La DĂ©fense. Jâai usĂ© mes fonds de culotte au Dunois oĂč jouait une grande partie des improvisateurs et improvisatrices d'Europe, cela dans des formes d'ailleurs trĂšs diverses, passant parfois par la dĂ©rision et le théùtre burlesque improvisĂ©. Au Dunois, on pouvait voir les vidĂ©os des concerts prĂ©cĂ©dents, et c'est comme ça que j'ai dĂ©couvert deux personnes qui allaient devenir des amis trĂšs proches : Michel Doneda et Benat Achiary. Bien sĂ»r, tous ces concerts indiquaient des directions diverses et diffĂ©rentes de ce qui m'avait Ă©tĂ© enseignĂ© au conservatoire. Le goĂ»t pour la libertĂ©, dans ce qu'elle contient Ă la fois de joyeux, de grave et d'exigeant, m'a Ă©tĂ© transmis dans cette Ă©cole de la nuit, sachant que j'Ă©prouvais dĂ©jĂ une attirance particuliĂšre pour toutes formes de manifestations libertaires, qu'elles soient politiques, sociales ou artistiques. D'ailleurs, dĂšs l'ouverture de la bande FM, j'ai animĂ© pendant cinq ans, avec deux amis, une Ă©mission sur Radio Libertaire (Paris) consacrĂ©e au free jazz, puis Ă toutes les musiques improvisĂ©es, lors de laquelle j'ai pu rencontrer beaucoup de musiciens et musiciennes que nous invitions pour des entretiens. J'ai commencĂ© Ă pratiquer l'improvisation libre pour les besoins d'un cours de danse que donnait une amie, et j'ai ensuite rencontrĂ© le clarinettiste Misha Lobko et le guitariste Jean-Christophe Aveline avec qui j'ai donnĂ© mes premiers concerts.
Chemin faisant, tu fais une rencontre déterminante, celle du saxophoniste Daunik Lazro.
J'avais Ă©tĂ© frappĂ© par l'Ă©nergie expressive de Daunik lors d'un dĂ©bat sur Charlie Parker autour d'un diaporama créé par le photographe Horace. Il avait Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme celui qui allait nous faire, Ă nous public de 1980, l'effet que produisait Charlie Parker sur le public de 1940. AprĂšs avoir fustigĂ© le public et les intervenants Ă propos du fait qu'au lieu de parler des morts, nous devrions parler des vivants et d'un autre Parker portant le prĂ©nom d'Evan qui Ă©tait en train de rĂ©volutionner la pratique du saxophone, Daunik joua vingt minutes dâune musique d'une urgence extrĂȘme qui mâa laissĂ© totalement Ă©tourdi. Ce choc artistique a eu pour effet de me faire sentir que la pratique de l'improvisation libre contient un ensemble de relations complexes permettant d'Ă©tablir des points de vue critiques sur le monde, c'est-Ă -dire une poĂ©tique. Cependant, je considĂšre que toutes les rencontres, mĂȘme si elles ne sont pas aussi intenses que celle-ci, ont une grande importance, si tant est qu'on soit attirĂ© par le fait de vivre et de dĂ©couvrir ce qu'un groupe de personnes peut crĂ©er collectivement, et sans hiĂ©rarchie, plutĂŽt que d'imposer des certitudes ou des doutes avec un soi-disant savoir-faire.
Tu as également joué avec des musiciens issus d'une scÚne plus « noise », bruitiste. Je pense au guitariste new-yorkais Elliott Sharp, ou au..., ..., ...
( Daunik Lazro, par lĂ )













