Rarepair week vdf - Jour 1: Chute
Judith/Constance, Judith/Matteo
Judith allait bien. Très bien, merci. Elle n’avait aucune raison d’être en colère. Vraiment aucune. Mattéo voulait faire l’enfant et cacher leur couple ? Facile, plus de couple. Judith avait mieux à faire que de perdre son temps avec quelqu’un qui n’assumait pas ses choix. Et. Elle. Ne. Regrettait. Pas. Sa. Décision.
Même si Mattéo avait soudainement l’air de vouloir passer du temps avec Constance. Constance, qui passait son temps à la regarder de haut et à la mépriser. Il lui avait demandé d’aller boire un verre ? Très bien. Très. Bien. C’était un grand garçon, il faisait ce qu’il voulait. Il était temps qu’il commence à arrêter de la coller, de toute façon. Et puis, ils n’étaient plus ensemble. Il n’avait aucune raison de ne pas proposer un rencard à sa jolie collègue. Et si, depuis, Constance était la cible de malencontreux dysfonctionnements matériels, ou que la boite de son thé favori était constamment vide dans la salle de pause, il s’agissait de pures coïncidences.
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Ce matin aussi avait été le théâtre d’une pure coïncidence. Au sortir de la salle d’entrainement, la jambe de Judith s’est fâcheusement trouvée dans le chemin de Constance au dernier moment, la faisant trébucher.
Au bruit sourd de sa chute contre le sol bétonné, Judith eut du mal à retenir son sourire.
- Bah alors, qu’est-ce qu’il se passe, Constance ? demanda-t-elle d’un ton faussement innocent.
Cependant, elle ne fit pas le moindre geste pour l’aider à se relever. Elle avait des bouteilles d’eau à tenir et à distribuer après tout, ses mains étaient prises.
L’agente de la BIM se remit rapidement sur ses pieds et toisa la rousse d’un air froid, tandis que ses collègues quittaient la pièce sans porter trop d’attention à l’incident. Si ses joues avaient légèrement rougi d’embarras, tout le reste de son langage corporel était maitrisé.
- Si vous avez un problème avec moi, je vous invite à me le dire en face, énonça-t-elle d’un ton ferme en regardant son interlocutrice en face, le menton levé.
Judith ne se laissa pas démonter.
- Oh, mais je n’ai aucun problème, répondit-elle sans lâcher son ton fielleux. Pourquoi vous me demandez ça ?
- Peut-être parce que depuis des semaines, vous n’arrêtez pas de me faire des coups en douce ? Les bouteilles percées, le matériel défectueux ?
- Oh là là , mais de quoi vous parlez ? Il faut arrêter d’être parano, ma vieille ! Un peu d’eau ?
Judith lui tendit alors la dernière bouteille qu’elle tenait, les autres ayant déjà été distribuées aux autres membres de la BIM partis vers les vestiaires.
Constance la lui arracha des mains, puis la pressa, révélant la présence d’une fuite microscopique dans le plastique. Le filet d’eau qui en sortit décrit un petit arc de cercle, avant d’atterrir sur les chaussures de la rousse.
- Et ça, c’est quoi ? La quatrième en une semaine ? Et juste la mienne ?
- Roh, comme si c’était ma faute que les Missionnaires n’investissent pas dans du matériel de qualité pour ses employés !
Constance pinça les lèvres. La colère bouillait en elle, commençait à s’entrapercevoir à travers les fissures de son self-control. Elle s’approcha de Judith, bien trop près.
- Si vous continuez à me prendre pour une conne, siffla-t-elle, tout ce que vous allez gagner, c’est que je vous pète la gueule.
À cette réponse, Judith ne fit que sourire, en répondant du tac au tac :
- Ah oui ? J’aimerais bien voir ça.
Constance cligna des yeux, décontenancée, mais la rousse ne lui laissa pas plus de temps pour réagir ; elle s’écarta et se dirigea d’un pas déterminé vers la pièce que les membres de la BIM venait de quitter.
- Alors, tu viens ? lança-t-elle derrière son épaule.
Constance ne la suivit pas tout de suite, pesant probablement le pour et le contre. Néanmoins, Judith entendit bien vite un bruit de pas ferme qui suivait le sien sur le béton, et elle eut du mal à empêcher son sourire de s’agrandir davantage. Un combat n’était pas l’issue qu’elle avait prévu à ses actions, mais n’avait rien contre. Au contraire, enfin, elle allait pouvoir se défouler ; enfin, elle avait une excuse pour essayer de casser la gueule à cette pouffe.
Après s’être placée sur un des larges tapis qui recouvrait le sol de la salle d’entrainement, elle remonta ses manches, jeta sa cravate sur le côté et attacha ses cheveux. En face, son adversaire prit place à son tour, réajustant ses gants. Constance pensait sa victoire déjà assurée, cela se voyait. Et Judith était certaine d’apercevoir dans ses yeux une envie de finalement la remettre à sa place. Même pas en rêve.
Le premier coup de Judith partit, sans décompte ni préavis. Constance parvint à le parer de justesse, prise au dépourvu, mais elle ne se laissa pas décontenancer et en envoya un à son tour.
- Je pensais que ce serait un combat à la loyale, grinça-t-elle.
- Aah, c’est plus dur sans le petit joujou pour téléporter les ennemis, hein ?
Seul un coup de pied rapide lui répondit. Bien vite, la salle silencieuse fut remplie par des sons de lutte et le bruit sourd d’attaques atteignant leur cible.
Comme Judith s’y attendait, Constance était bel et bien plus technique, plus précise. Cependant, elle l’avait sous-estimé. Elle ne s’attendait pas à ce que son adversaire ait l’expérience du combat, qu’elle frappe avec tant de rage, qu’elle envoie des coups aussi vicieux.
Mais Constance apprenait vite, et elle finit malgré tout par prendre le dessus. Judith, immobilisée au sol par son poids, ne pouvait que la regarder d’un air hargneux, le souffle court. Avec l’adrénaline, elle sentait à peine la douleur sourde des bleus qui ne devraient pas tarder à se former un peu partout sur son corps. Constance, au-dessus d’elle, souffla une des mèches qui lui tombaient dans les yeux, avant de regarder la rousse d’un air sérieux d’où poignait une étincelle de satisfaction.
- Ok, souffla-t-elle. Maintenant qu’on a fait ça, j’aimerais que vous arrêtiez ces jeux puérils avec moi. Les Missionnaires sont une entreprise sérieuse, qui n’a pas de temps à perdre avec ces enfantillages. Vos problèmes avec Mattéo, vous les réglez avec lui, et en dehors de votre lieu de travail. Moi je n’ai rien à voir avec tout ça, et surtout j’en ai rien à faire. Vous avez de la chance que je ne vous aie pas dénoncée à Joseph.
- Ça n’a rien à voir Mattéo, cracha-t-elle.
- Ça ne sert à rien de mentir. Nous ne nous sommes jamais entendues, mais votre comportement s’est empiré depuis sa proposition idiote. Proposition à laquelle j’ai dit non, si jamais.
- Je te dit qu’il n’a rien à voir là -dedans !
Constance soupira et ouvrit la bouche pour répondre, mais elle n’en eut pas le temps. Judith avait faufilé un bras hors de sa prise, et elle agrippa ses cheveux pour approcher sa tête, avant d’écraser ses lèvres contre les siennes.
Constance écarquilla les yeux, mais, prise par surprise et retenue par la main de l’autre, elle ne put s’écarter. Le baiser était brusque, possessif, presque une continuation du combat qui venait de prendre fin. Après une dernière morsure un peu trop vive de la lèvre inférieure de Constance, Judith finit par mettre fin à ce qu’elle avait commencé.
- Tu vois ? lança-t-elle, le souffle légèrement court.
Elle eut un sourire victorieux, ignorant la façon dont ses entrailles s’étaient serrées douloureusement à son action. De son côté, Constance était restée figée, perturbée par ce qu’il venait de se passer. Son regard était flou, comme si elle était dans ses pensées. Sa prise s’était relâchée.
Judith saisit l’occasion et inversa leurs positions, immobilisant Constance à son tour. Le regard de sa prise s’éclaircit alors, et la colère remplaça son expression vacante.
Judith ne lui laissa pas le temps de parler. Elle s’approcha une nouvelle fois de sa bouche, mais elle s’arrêta au dernier instant, juste avant de les toucher.
- Tu vois, insista-t-elle d’un murmure, son souffle s’écrasant sur ses lèvres. Je me fous de Mattéo.
Puis, elle s’écarta d’un coup, avant de se lever et de partir comme si de rien n’était, sa queue de cheval à moitié décoiffée rebondissant derrière elle. Comme si tout ce qui s’était passé n’avait été qu’une discussion courtoise.
Pendant qu’elle s’éloignait, Constance, qui s’était redressée sur les coudes, lui lança :
- Tu dis que tu te fous de lui, mais il a quand même fallu que tu te réappropries la personne avec qui il a essayé de te remplacer.
Judith, qui marchait dos à elle, ne répondit pas. Et si elle accéléra légèrement le pas à ses mots, il s’agissait d’une simple coïncidence.