Depuis tout ce temps que je me débats avec le démon de la citation, avec le surmoi de la citation, avec la compulsion de la citation, avec le dégoût, la névrose, l’amour de la citation, je ne sais pas si j’en ai trouvé le juste usage mais il m’est arrivé de penser qu’au lieu de continuer à écrire des livres, je pourrai faire œuvre de scribe, moine copiste devenu assez idiot pour ne même plus penser au salut de son âme mais vivant sa tâche de copieur dans l’absurdité mystique de chaque instant, quelque chose comme un « en lisant en écrivant » que j’aurais pris au pied de la lettre, copiant infiniment toutes les phrases qui me plaisent en un florilège infini, avec ce seul sentiment de les glisser comme des images dans un album que je remplirais patiemment, quotidiennement, m’occupant à le concevoir, autant peut-être que si je faisais une maquette, un puzzle, ou quelque autre artisanat qui confond si bien ses moyens et ses fins.
Tanguy Viel, Icebergs, Les Éditions de Minuit, 2019


















