En ce qui me concerne, je suis capable de lire un article que j’ai écrit et de ne me souvenir de rien. Je ne me souviens pas de l’avoir écrit. Parce que sa structure est complexe. Je ne me souviens pas de mes recherches, des déraillements. Je lis ça, et j’ai oublié tout le travail effectué. C’est logé quelque part mais ça a disparu. À ma connaissance, les œuvres d’art ont ce pouvoir : elles peuvent vous rappeler de manière répétée des choses que vous avez oubliées. Pour moi l’inconscient est – faute de pouvoir le dire autrement – une sorte d’appareil de socialisation. Il se débarrasse de tout ce qui est problématique et l’enterre dans des compartiments pré-catégorisés de l’expérience, pour qu’on puisse retourner à un mode d’être plus normatif. On doit constamment retravailler, retravailler, et toujours la même chose, indéfiniment, on voit perpétuellement revenir le même matériau, encore et toujours. C’est quelque chose dont est capable ce genre de « concasseur » qu’est l’art. Il peut secouer et agiter ce matériau, de manière répétée, mais il a besoin d’être perpétuellement reconfiguré. Il faut qu’il y ait cet élément de surprise. Et s’il existe une excuse pour la position avant-gardiste, c’est tout simplement celle-ci : la surprise est nécessaire, pour accomplir ce boulot. Mike Kelley, conversation avec Jean-Philippe Antoine, in Les Cahiers du Musée d’art moderne, automne 2000










