Modifier le code de la route, c'est urgent
Fin avril, une cycliste a été fauchée par un poids lourd sous le viaduc des Carrières, rue Saint-Denis, à Montréal. L'endroit est mentionné dans notre dossier sur les sites dangereux pour le vélo, en page 26, dossier écrit bien avant ce triste événement.
Les cyclistes connaissent ces lieux honnis depuis des décennies, et qui commandent deux mesures urgentes: 1- il faut les réaménager, car les accidents n'empêcheront pas les cyclistes de passer, de plus en plus nombreux, dans ces endroits ni accueillants ni sécuritaires; 2- il faut changer le code de la route pour permettre une cohabitation cycliste-piétons sur les trottoirs, d'ici à ce que ces chantiers ne soient terminés (nous suggérons quelques pistes en page 6).
Notre code désuet, dont la dernière réforme remonte à 1979, ne traduit pas la nouvelle réalité urbaine, surtout à Montréal. Et il est souvent appliqué sans discernement contre les cyclistes. Prenons un exemple: quelques semaines plus tôt, un juge de la Cour supérieure a créé un précédent en condamnant un cycliste de Longueuil à 1000$ d'amende pour une conduite «mettant en péril la sécurité ou la vie des personnes»: il avait brûlé un feu rouge.
Vous avez bien lui: 1000$... Pourtant, l'«emportièrage» (dooring), c'est-à-dire l'ouverture brusque d'une porte devant un cycliste en mouvement, n'entraîne qu'une amende de 30$. «Si l'emportièrage ne met pas en péril la sécurité ou la vie des personnes, je me demande comment interpréter le décès de deux cyclistes l'été dernier à Montréal en pareilles circonstances!» écrit Suzanne Lareau, D.G. de Vélo Québec, dans un éditorial récent sur le site de l'organisme. Évocateur: en Ontario, dans une nouvelle loi pour améliorer la sécurité routière, l'emportièrage est passible d'une amende variant de 300$ à 1000$
Après tout, les automobilistes ont appris à s'arrêter derrière un autobus scolaire qui allume ses feux parce qu'on a «passé le message», mais aussi parce que l'omission coûte neuf points d'inaptitude et une amende de 500$.
Pierre Rogué, résidant de Rosemont et cycliste quatre saisons, ne voulait pas déclarer la guerre aux automobilistes quand il a lancé ce printemps, avec la Coalition Vélo Montréal, la campagne de sensibilisation Une porte, une vie. Il déplore toutefois que l'ouverture intempestive d'une portière est trop souvent considérée comme une simple distraction: «Les policiers ne donnent pas de contravention, ils ne font pas de rapport d'accident, ne prennent pas en note les coordonnées de l'automobiliste. Résultat, c'est plus difficile pour le cycliste blessé d'obtenir de la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ) la compensation à laquelle il a droit.»
Cela dit, une hausse des contraventions aux automobilistes qui ouvrent leur portière de manière intempestive ne suffira pas à régler le problème. Il y a aura toujours des gens distraits et des moments d'inattention. Il faudra aussi miser sur les aménagements. Multiplier les bandes cyclables avec «espace tampon» (buffered bike lane), très populaires en Europe et aux États-Unis. Elles comportent trois bandes d'au moins 75 cm (deux zones tampons de chaque côté de la bande cyclable) entre les voitures stationnées et le trafic. Et, sous les viaducs, il faudra protéger la bande cyclable par un murer de béton.