Grèce, éternelle! Et si les blessures antiques rejoignaient nos combats contemporains ?
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A la suite de Tchaikowsky, qui fut le premier russe à composer de la musique sacrée en dehors de l’Eglise orthodoxe avec sa "Liturgie de Saint Jean Chrysostome" en 1878, ce qui était impensable et interdit par les autorités ecclésiastique, Sergeï Rachmaninov fit de même en 1910, en composant son propre "Saint Jean de Chrysostome". Puis il récidiva début 1915, en composant en moins de deux semaines son "All-Night Vigil" op.37, mieux connu sous le titre de "Vêpres". Loin de sa musique la plus connue, généralement virtuose et à la rhétorique extravertie, le ton est ici intimiste. Les voix sont "a cappella", non accompagnées donc, comme il est d’usage dans la musique orthodoxe, car les instruments y sont bannis.
Le style de Rachmaninov emprunte volontiers à la musique du 19e siècle. Le compositeur est ce que l’on peut appeler un romantique tardif, non concerné par la musique moderne de son temps (Debussy, Stravinsky et Schoenberg). Les vigiles sont ainsi nommées car il s’agit d’être vigilant, de veiller et de prier. Luc 6, 12 : "En ces jours-là, Jésus s’en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu". Les vigiles de la nuit du samedi étaient très populaires en Russie. On priait toute la nuit en passant de la création du monde, puis de la chute de l’homme, à l’attente du sauveur. Le matin était consacré à la résurrection.
L’œuvre de Rachmaninov comprend 15 sections, dont 10 sont fondées sur le plain-chant authentique, et les 5 autres sont, selon le mot du compositeur, des contrefaçons voulues. Ce sont des chœurs à 5, 6 ou 7 voix, et 8 voix pour la grande doxologie (le N°12). Les voix graves sont privilégiées, comme dans la musique orthodoxe authentique. Les sopranos ne dépassent pas le La aigü, et dans Nunc Dimittis (N°5, cantique de Syméon), les basses descendent jusqu’au Sib grave.
Cette œuvre (en deux parties : les vêpres et les matines) fut présentée pour la première fois le 1er mars 1915 avec beaucoup de succès, si bien qu’elle fut reprise 5 fois en un mois. Par après, le compositeur se mua en pianiste de concert pour pouvoir vivre, tout en continuant son activité créatrice. Je conseille la version de Paul Hillier avec le chœur philharmonique de chambre d’Estonie, parue en 2005 chez Harmonia Mundi. Une grande pièce d’orfèvrerie chorale.
Arvo Pärt, figure majeure de la musique minimaliste, est connu pour ses œuvres empreintes de spiritualité et de mysticisme. Parmi celles-ci, The Deer's Cry (2007) se distingue par sa beauté poignante et son atmosphère contemplative. Cette pièce pour chœur a cappella, nous plonge au cœur d'une prière millénaire.
Le texte de The Deer's Cry, également connu sous le nom de "Lorica" ou "Breastplate", est attribué à Saint-Patrick, évangélisateur de l'Irlande au Ve siècle. Selon la légende, Patrick et ses moines, poursuivis par leurs ennemis, se seraient transformés en cerfs après avoir récité cette prière. Initialement écrite en vieil irlandais, elle exprime une confiance inébranlable en Dieu et invoque la protection du Christ à chaque moment de la journée, dans toutes les situations, face aux dangers visibles et invisibles.
Arvo Pärt met en musique ce texte avec une sensibilité et une profondeur exceptionnelles. Son style minimaliste, caractérisé par des harmonies simples et une mélodie dépouillée, crée un écrin sonore idéal pour la prière.
L'atmosphère de The Deer's Cry est celle du recueillement et de la méditation. La musique, à la fois poignante et apaisante, invite l'auditeur à un voyage intérieur, à la rencontre de sa propre spiritualité.
Christ with me, Christ before me, Christ behind me,
Christ in me, Christ beneath me, Christ above me,
Christ on my right, Christ on my left,
Christ when I lie down, Christ when I sit down,
Christ in me, Christ when I arise,
Christ in the heart of every man who thinks of me,
Christ in the mouth of every man who speaks of me,
Christ in the eye that sees me,
Christ in the ear that hears me,
Christ with me.