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Molti ospiti, molta canaglia.
G. Ceronetti, Pensieri del tè [1987], Milano, Adelphi, ebook, 2015

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Molti ospiti, molta canaglia.
G. Ceronetti, Pensieri del tè [1987], Milano, Adelphi, ebook, 2015

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L’uomo primitivo era soltanto antropofago. L’uomo civilizzato è anche geofago, cosmofago, siderofago. Non c’è limite alla sua Gola. L’italiano è italofago. Non lascerà nulla di vivo in questa penisola. Macella massacra divora tutto.. (Guido Ceronetti - Per le strade della Vergine)
(toute femme a un œil, juste au centre de son pubis, qui épie tout)
Guido Ceronetti, “Cunnilinctus”, Le silence du corps, LdP p. 141
“Un œil qui épie tout”
« Cunnilinctus. Un mot définitif n'a pas encore été dit sur le cunnilinctus : il est temps. Il faut le voir essentiellement comme un acte philanthropique, parmi ceux qui suscitent le moins d'ingratitude. (Fellatio habite à la fenêtre d'en face ; vaut pour celle-ci, en bonne partie, pas entièrement, ce qu'on peut dire de celui-là.) Le Dictionarium eroticum commence aussitôt par une stupidité : Foeditas… Les Romains le pratiquaient énormément, réprouvés par des poètes et des philosophes, qui, pour leur part, ne s'abstenaient pas de le pratiquer. La réprobation était une défense de la toge virile, de l'homme libre face à un acte servile, et cela ne nous concerne plus, puisque nous ne portons plus la toge (un vêtement plein de reproches et d'interdictions), et qu'à la distinction entre actes libres et serviles s'est substituée une grande confusion, où une morale plus compliquée et paradoxale peut choisir comme une liberté la servitude. (Christianisme, là aussi : un maître, Jésus, lave les pieds de ses disciples, se donnant en exemple ; un messie meurt en croix, comme un esclave : donc, le cunnilinctus, dans l'éthique chrétienne, devient digne de l'homme libre.) Mais il n'est pas douteux que son passé est servile ; c'est l'acte vénérien des eunuques et des sérail, l'assouvissement désespéré des femmes prisonnières. Aujourd'hui, l'harmonie des rapports conjugaux repose pratiquement davantage sur le cunnilinctus que sur tout autre acte. "Senor, dit une dame espagnole à un galant, en el medio esta la mejor stacion, comme voulant dire qu'il pouvait baiser le mitan aussi bien que les pieds et mains" (Brantôme, Vies des dames galantes [lien]). Chez les femmes qui s'y refusent il y a comme une impiété antikama, une irréligiosité dans la sphère érotique. Parmi les dangers du cunnilinctus le principal est d'oublier la personne qui en est l'objet tellement l'acte plonge le zélé cunnilingus dans la pure Shakti, dans le signe immortel de la Mère, c'est-à-dire dans les eaux infinies de Maya. Enfoncé dans le symbole, englouti par les eaux, il perd de vue le visage et le nom : en découvrant cet oubli, œuvre de l'énergie cosmique (toute femme a un œil, juste au centre de son pubis, qui épie tout), le Moi humain de l'amante en restera blessé. Prolonger l'acte accroît ce risque. Il sera arrivé à chacun de se sentir, dans un cunnilinctus prolongé, ailleurs (comme Naruda lorsqu'il va chercher de l'eau pour Vishnu), dans un paysage inconnu, et de se demander : "Où suis-je ? Pourquoi me trouvé-je ici ? Combien de temps est-il passé ?" Avec le visage et le nom, on perd aussi le lieu et le temps. Cela n'arrive pas dans la fellation : la fellatrice ne voyage pas dans l'indéterminé et dans la passivité, elle est attachée à un pieu actif, l'acte est réglé par un temps très bref, le pénis est sa boussole. Nord fixe du Moi (symbole, mais aussi roue du char individuel, trop pour qu'il y ait plongée dans la Maya) ; le visage est plus proche et se penche tendrement au-dessus de la bouche qui suce. Qui pratique le cunnilinctus doit s'efforcer de ne jamais perdre le contact avec l'humain et l'individuel, car le divin, partout où on le rencontre, bouleverse et obscurcit. Il faut faire son possible, s'interrompant de temps à autre, pour, avec des mots, des regards, des caresses de la main, tenir la mémoire éveillée, afin de ne jamais sortir de la petite orbite personnelle. Ne jamais s'isoler ! Laisser, disent les maîtres, à qui reçoit le cunnilinctus le soin, par son propre mouvement, de lui imprimer le rythme, en prenant les positions les mieux adaptées pour en attirer à soi l'énergie secrète. (La langue, porteuse de la parole, est infiniment plus puissante et plus donneuse d'énergie que le pénis.) Un Sade ne pouvait pas comprendre. […] Laisse-moi, parmi l'herbe claire, Boire les gouttes de rosée Dont la fleur tendre est arrosée [lien], en effet, si l'on n'a pas bu ces "gouttes de rosée" (c'est mieux que l’esca brutale de l'antique) il n'est pas de connaissance complète de la féminité ; c'est comme un enseignement murmuré dans une pénombre humide. La femme abstraite, on peut la connaître, mais avec l'âme individuelle, c'est toujours un peu s'embrouiller, lécher des portes closes, tourner des clefs qui ouvrent une succession de chambres vides, c'est miracle si on y devine quelque chose. Il ne faut pas se priver du cunnilinctus afin de ne pas réduire nos pauvres lumières, et de nous avancer avec moins de peur dans l'enfer humain. Mais souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse. »
Guido Ceronetti, Le silence du corps (Il silenzio del corpo, Milan 1979), Paris, Albin Michel, 1984 / LdP Biblio essais p. 140-145
La domanda più indiscreta, più insolente, più insoffribile, e la più comune anche, la più poliglotta, la più persecutoria, al telefono e faccia a faccia, la domanda che mette alla tortura chi ama la verità perché la si formula per avere in risposta una miserabilissima bugia è "come stai?"
Guido Ceronetti, "La fragilità del pensare"

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La domanda più indiscreta, più insolente, più insoffribile, e la più comune anche, la più poliglotta, la più persecutoria, al telefono e faccia a faccia, la domanda che mette alla tortura chi ama la verità perché la si formula per avere in risposta una miserabilissima bugia è “come stai ?”
Guido Ceronetti - La fragilità del pensare
In piedi o seduti
Ricevere un saluto da chi resta seduto, uomo o donna, è una delle offese di primo grado di cui pochi si accorgono, abituati come sono alle inciviltà del mondo. Ma salutare rimanendo seduti è saluto di malavita, di ambienti di sottosuolo: diventa normale se il confine si perde. È bello e giusto alzarsi anche per salutare un bambino, un poveraccio, un cane. Vedere le donne restare sedute per salutare, allungando una mano attraverso un tavolo, in Occidente, è brutto come vedere gli uomini, in Estremo Oriente, restare seduti per salutare (o non salutare) le donne. Vecchi malandati, che a fatica si alzino per salutare, irradiano in quel momento vera luce. L’attore in camerino, alzandosi mentre si sta truccando o struccando, per salutare un visitatore, gli fa un dono di distinzione che gli è reso in aura di simpatia. I saluti seduti sono dei disprezzi incoscienti. Il salutare in genere non lo s’insegna più, nell’infanzia: e sempre più i bambini somigliano a bruti, le femmine a scottature. Nelle case borghesi, piene di libri e di oggetti, i bambini sanno solo gettare in faccia al visitatore silenzi ottusi o porcherie come le scimmie. E io mi alzo per salutare anche questi insetti nocivi e privi di ali! Se non mi alzassi, se non gli sorridessi, riterrei di avergli già appioppato un calcio preventivo sulla crudeltà facciale. No! Diamogli una dilazione.
G. Ceronetti, Pensieri del tè [1987], Milano, Adelphi, ebook, 2015
De tous les actes du code amoureux c'est celui qui laisse le plus de lassitude et de mélancolie, que seule la joie donnée rafraîchit. Parfois, on est mélancolique avant d'avoir fini, l'ardeur incandescente s'éteint peu à peu faisant place à une froide dissipation du désir, et il n'y a plus qu'un bras de galérien attaché à une rame, qui, mécaniquement, travaille l'océan impassible. Cunnilinctus se bat intrépidement contre Frigidité, qui, cependant, grandit et nous enveloppe tristement ; ainsi remonte-t-on des cryptes du Dieu impersonnel sans avoir pu allumer, dans le mystère d'une âme vivante, l'étincelle de la joie.
Guido Ceronetti, “Cunnilinctus”, Le silence du corps, LdP p. 144
“Frigidité”, concept patriarcal malheureux… Ceronetti (en 1979) semble ne l'avoir pas réalisé…