Les Marées de l'Aube Rouge
Chapitre 20 : Se jeter dans la gueule du loup
Chapitre 19 - Chapitre 21
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Face Ă deux des Grands Corsaires les plus redoutables, la plupart reculerait. Mais lorsqu'Ambre se retrouve en danger, BĂ©atrice n'hĂ©site pas une seconde. ArmĂ©e de Yoru et d'un aplomb glacial, elle s'interpose, jouant habilement de son double statut pour tenir tĂȘte Ă Doflamingo et Crocodile.
Shanks voudrait la retenir. Mais elle le sait : certaines personnes valent tous les risques.
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« L'homme fort est celui qui reste maĂźtre de lui-mĂȘme dans l'adversitĂ©. » Confucius.
En voyant l'Ă©quipage de Marco revenir sans sa sĆur de cĆur, BĂ©atrice porta immĂ©diatement sa main Ă la croix religieuse, prĂȘte Ă appeler Mihawk pour demander du renfort. Elle laissa toutefois le pirate s'expliquer.
â Deux pirates approchent, elle nous a demandĂ© de partir et de te prĂ©venir pour qu'on trouve un moyen de sĂ©curiser la situation, yoi.
Elle pivota naturellement vers son allié, ses iris avaient viré au rouge.
â Shanks, peux-tu la localiser ?
Il lui répondit aussitÎt, le pirate avait déjà dû la chercher et la trouver.
â Juste aprĂšs la maison d'Ă cĂŽtĂ©, prĂšs de la cour avant le portail de l'unitĂ© d'information.
Pendant qu'il expliquait, elle attrapa le manche de Yoru et plaça la lame dans son dos d'un geste fluide. Le sabre réagit instantanément et une légÚre aura verte entoura Béatrice. Yoru était avec elle, partageant avec force son inquiétude et sa colÚre.
Les pirates au-dessus Ă©taient descendus en repĂ©rant le groupe de pirates sâapprocher. Holy observa anxieusement la blanche afficher une mine sĂ©rieuse et crispĂ©e. Tous pouvaient sentir la colĂšre et la dĂ©termination de BĂ©atrice Ă lâidĂ©e quâil arrive quelque chose Ă Ambre.
Une fois installée, Béatrice porta la croix religieuse à ses lÚvres et parla intérieurement à travers elle.
â C'est sĂ»rement Crocodile et Doflamingo qui ont rĂ©ussi Ă Ă©carter leurs escortes du chemin.
Shanks fronça les sourcils, sâapprochant lĂ©gĂšrement dâelle.
â Que comptes-tu faire, seule ?
â Leur faire regretter de se prendre pour ce quâils ne sont pas.
Sans attendre plus de la part de ses alliĂ©s, elle se mit immĂ©diatement en marche vers le lieu indiquĂ© par Shanks. BĂ©atrice se doutait que Mihawk ne quitterait pas la salle de rĂ©union. Il fallait quâelle gagne du temps, Ă©vacue Ambre et ne se fasse pas tuer ou kidnapper dans ce laps de temps.
â Les fĂ©licitations sont de mise, madame Jouviance, fit la voix de Doflamingo. Son ton de voix ne montrait aucune sincĂ©ritĂ©, un simple amusement.
La blonde restait droite, impassible. Sa voix résonna, froide et dure :
â Je les aurais acceptĂ©s si je ne savais pas que vous ne crĂ©iez pas de problĂšmes.
En arrivant dans la ruelle, Béatrice découvrit sa meilleure amie faisant front aux puissants pirates. Aucun tremblement ne se distinguait, elle se dressait avec force et détermination. Ces deux pirates avaient délibérément éliminé des soldats pour atteindre Ambre sans encombre.
Tant de questions se bousculaient dans l'esprit de la Shine.
Une main saisit le bras de la blanche. PrĂȘte Ă affronter celui qui la retenait, elle tomba avec surprise sur Shanks, lui aussi rĂ©solu.
â Que peux-tu faire contre deux Grands Corsaires ? questionna l'Empereur, la voix grave, autoritaire. Tu vas simplement te faire capturer Ă la place d'Ambre.
Ils se jaugĂšrent, dans le blanc des yeux. Des dĂ©cisions devaient ĂȘtre prises. Et elle savait quâil pourrait entraver ses mouvements, sans aucun scrupule ni difficultĂ©.
Toutefois, il ignorait quâelle pourrait mourir pour Ambre, sans hĂ©sitation, si on le lui demandait.
â Et ? demanda-t-elle, trĂšs sĂ©rieuse, lui lançant un regard courroucĂ©.
En l'absence de gestes pour la laisser partir et de toute personne autour qui en faisait autant, elle comprit qu'elle ne pouvait pas partir sans expliquer son plan. Béatrice n'était pas habituée à rendre des comptes. Aucun membre de sa famille ne se posait autant de questions, car ils la connaissaient et savaient comment elle fonctionnait.
â Je suis une Directrice de la Marine. Si Doflamingo me fait quelque chose, il perdra sa place. Si Crocodile me fait quelque chose, il perdra toute crĂ©dibilitĂ© auprĂšs de Mihawk. Mon mentor est en chemin pour sĂ©curiser la situation, mais pour cela, je dois Ă©vacuer Ambre avant que ce ne soit trop tard.
Dâun mouvement sec, BĂ©atrice se dĂ©fit de son emprise. Sans accorder plus de temps Ă ses alliĂ©s, elle rejoignit sa meilleure amie.
â Tiens ? Qu'avons-nous ici ? rĂ©sonna la voix de la marine en s'approchant derriĂšre Ambre.
Sa meilleure amie tentait de rester de marbre, toutefois BĂ©atrice remarqua les lĂ©gers tremblements qui parcouraient ses jambes et ses mains. Elle faisait preuve dâun tel courage alors quâelle avait deux puissants pirates face Ă elle.
Ces derniers furent surpris en la voyant arriver. Cela confirma une de ses thĂ©ories : elle avait ressenti le fluide perceptif de Shanks Ă quelques reprises lors de leur attente. Elle comprit que cet homme avait une si bonne maĂźtrise de son Haki qu'il arrivait mĂȘme Ă masquer les prĂ©sences de toutes les autres personnes, et ce longtemps sans montrer de fatigue.
â Madame Cassipan, je ne mâattendais pas Ă votre venue, prit la parole, cette fois-ci, Crocodile en la lorgnant sans vergogne.
Béatrice prit le temps de le jauger avant de répondre, froide, ne déviant jamais les yeux des deux hommes :
â Je devrais en dire tout autant vous concernant, messieurs.
â Nous faisions une pause lors de la rĂ©union, quand on a aperçu Madame Jouviance. Nous lui souhaitions nos fĂ©licitations pour la naissance de son enfant, rĂ©pondit posĂ©ment le pirate aux lunettes farfelues.
â Cessez vos embobinages, coupa subitement Ambre en fusillant du regard les deux pirates, nous ne sommes pas dupes.
â Câest bien pour cela quâon souhaite vous emmener, sourit malicieusement Crocodile en tirant sur son cigare.
BĂ©atrice fit un discret signe Ă Ambre, la tirant vers l'arriĂšre, faisant croire qu'elle souhaitait se mettre devant pour servir de bouclier ; en mĂȘme temps, elle lui glissa quelques mots.
â Pars Ă droite, vers la cafet', tout de suite.
DĂšs le dernier pas en arriĂšre posĂ©, Ambre pivota sur elle-mĂȘme et courut vers l'endroit demandĂ©. Doflamingo leva immĂ©diatement sa main, sur le point d'utiliser ses pouvoirs, quand le son de la femme prenant le manche de Yoru l'interrompit.
â Ă toi de voir, pirate, le menaça-t-elle.
Lâaura confĂ©rĂ©e par la lame se fit plus vive, parĂ©e Ă aider BĂ©atrice.
Comme prĂ©vu, lâintĂ©rĂȘt des hommes se porta sur elle : ils avaient compris quâelle Ă©tait la Protectrice de Yoru et quâelle savait lâutiliser. Le Roi de Dressrosa partit dans un Ă©clat de rire cruel et mortifiant. Si elle nâavait pas vĂ©cu pire, comme se retrouver au beau milieu du pont dâun Empereur, elle se serait retrouvĂ©e Ă hĂ©siter quoi faire.
Cependant, ils Ă©taient dans sa zone de confort, au sein-mĂȘme du quartier gĂ©nĂ©ral de la Marine. Ils nâallaient pas lui imposer leurs lois.
â Je savais que tu cachais bien des choses pour une simple employĂ©e de la branche intĂ©rieure, jeune femme, ricana narquoisement Doflamingo en levant lentement sa main vers elle.
â Je ne vais pas plus loin, dit son « partenaire » au crochet dâor. Je ne vais pas risquer ma relation avec Takanome.
Lâautre pirate lui attribua un regard déçu et de dĂ©goĂ»t, mais reporta bien vite son attention sur la femme devant lui. Ses doigts dansĂšrent dans les airs, prĂȘts Ă sâaccrocher au corps de sa proie.
Sans pouvoir se retenir, BĂ©atrice pensa Ă son dĂ©funt frĂšre adoptif, Rossinante. Mort entre les mains de ce fou il y a tant d'annĂ©es pour sauver Law de sa maladie. Sa mort avait entraĂźnĂ© une rupture entre Sengoku et elle. Toutefois, cela n'avait pas enlevĂ© la peine et la tristesse de son cĆur quand elle avait appris son assassinat.
â Je nâai pas rĂ©ellement envie de perdre mon poste⊠Mais gagner une femme comme toi vaut le risque.
« Mais quel malade... »
Doflamingo serra les doigts et tira sa main vers lui, ordonnant Ă la femme de s'approcher.
Toutefois, rien ne se produisit.
BĂ©atrice resta droite et immobile. Par ailleurs, mĂȘme si elle s'attendait Ă recevoir une attaque mentale, elle ne ressentit absolument rien, pas mĂȘme un mal de crĂąne. Il Ă©tait bien connu que le Haki surpassait les fruits du dĂ©mon, nĂ©anmoins BĂ©atrice ne s'attendait pas qu'en tant que Reine, elle ne sente aucune attaque Ă son Ă©gard.
â Quâest-ce que tu crois faire ? retentit la voix glaciale de BĂ©atrice.
â Comme on pouvait sây attendre de quelquâun comme toi.
Malheureusement, en sâattendant Ă se dĂ©battre, le manque de rĂ©action de BĂ©atrice avait attirĂ© plus de curiositĂ© et elle se retrouvait bien dans une position dĂ©licate. Car en plus des deux pirates devant elle, il y en avait bien plus derriĂšre qui devaient suivre lâĂ©change et avaient compris ce qui se passait.
Par chance, deux ombres atterrirent lourdement de part et d'autre de la femme, faisant littéralement trembler le sol.
Une entrée digne de Sengoku et Garp, qui mangeait ses croûtes de pain avec détachement, au mépris de la dangerosité de la situation. Il afficha un sourire amical à la femme qui lui rendit une moue désabusée.
â Assommer vos escortes nâĂ©tait pas suffisant, pirates ? tonna la voix orageuse de lâamiral en chef.
BĂ©atrice Ă©tait Ă deux doigts de leur flanquer un sourire narquois et de les narguer, puisque les rĂŽles sâĂ©taient inversĂ©s. Elle leur ferait bien un doigt dâhonneur, dâailleurs. Maintenant que son mentor et le hĂ©ros lĂ©gendaire Ă©taient Ă ses cĂŽtĂ©s, elle serait capable de se cacher exprĂšs derriĂšre eux pour les dĂ©fier.
â Nous sommes tombĂ©s fortuitement sur Madame la Directrice, et nous nous demandions pourquoi câĂ©tait son assistant qui la remplaçait. A priori, la rumeur sur son dĂ©part est vraie, expliqua « innocemment » Doflamingo.
â Cela ne te regarde pas, rĂ©pliqua Sengoku. Retournez en rĂ©union, Crocodile, ce sera la derniĂšre fois que tu mettras les pieds ici. Je ne laisserai pas l'affront que vous avez fait Ă Lisa sans sanction.
â Allons, nous nâaurions rien fait Ă lâencontre de votre fille, amiral en chef, rĂ©pondit sur le mĂȘme ton le pirate Ă plume.
Rapidement, deux autres groupes de soldats les escortÚrent vers la salle de réunion. Non sans un sourire tordu de la part du Roi de Dressrosa.
Elle aurait peut-ĂȘtre dĂ» lui faire un doigt, finalement.
â Heureusement que Takanome nous a prĂ©venus, ils avaient rĂ©ussi Ă faire dire aux soldats quâils faisaient une courte halte pour rallonger leur pause, dĂ©clara Garp en ricanant.
Les deux autres personnes le regardĂšrent, dĂ©sappointĂ©s par lâindiffĂ©rence du vice-amiral.
â JâĂ©tais avec Ambre en train de faire le tour. On souhaitait quâils sachent quâelle avait accouchĂ© et quâelle allait bien.
â Câest dangereux, dâautant plus que tu lâas surement fait passer par le port privĂ© ?
BĂ©atrice hocha la tĂȘte, faisant rouspĂ©ter son tuteur.
â Ils auraient vraiment pu la kidnapper et toi aussi.
â Les recrues de la branche intĂ©rieure disent que lorsquâon sâengage dedans, ils ne ressortiront pas vivants. Comment mieux leur prouver le contraire quâen emmenant Ambre ? rĂ©pliqua BĂ©atrice. Dâailleurs, pourquoi il est lĂ , Crocodile ?
La raison Ă©tait sĂ»rement quâen Ă©change dâinformations sur Luffy au chapeau de paille, il comptait peut-ĂȘtre retrouver son ancienne place.
â Il voulait marchander son ancienne place, rĂ©pondit vaguement Garp.
â Je vais rejoindre Ambre, dĂ©clara BĂ©atrice en se dirigeant vers la cafĂ©tĂ©ria.
â Essaie de ne pas te retrouver seule, Lisa ! lâavertit Sengoku au loin.
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Sur le chemin du retour, William Shine pouvait sentir le regard pesant de son fils dans son dos. Ce dernier avait sûrement compris un détail que sa famille avait omis de lui révéler depuis des années.
Le silence et la tension qui flottaient dans lâair furent ce qui empĂȘcha quiconque de poser des questions, mĂȘme en apprenant que Lisa Cassipan Ă©tait la fille adoptive de lâamiral en chef. Les pirates firent tranquillement demi-tour jusquâau port privĂ©. DĂ©sormais, les deux femmes Ă©taient en sĂ©curitĂ© et ils attendraient leur appel pour savoir sâils repartaient avec ou sans Ambre.
Shanks jeta un coup dâĆil Ă son nakama : William Ă©tait blanc et perdu dans ses pensĂ©es. Quant Ă son fils, on pouvait facilement voir quâil bouillonnait de colĂšre. Il semblerait quâil nâavait pas Ă©tĂ© mis au courant de quelque chose.
Ă vrai dire, le capitaine aux cheveux roux aimerait dire quâil Ă©tait surpris par la nouvelle quâils avaient apprise. AprĂšs tout, mĂȘme BĂ©atrice avait voulu partir avant quâils nâarrivent, cacher des choses, elle savait particuliĂšrement bien le faire. Avoir Sengoku en tant que tuteur lĂ©gal aux yeux du Gouvernement Mondial soulevait beaucoup de questions. Toutefois, Ă lâĂ©poque oĂč il lâavait adoptĂ©, il nâĂ©tait pas Ă la tĂȘte de ce poste. Alors, peut-ĂȘtre que le statut Ă ce moment-lĂ suffisait Ă faire entrer une Shine, rien de plus. Tout comme BĂ©atrice, Sengoku avait gravi les Ă©chelons, aprĂšs tout.
Son instinct lui disait que ce nâĂ©tait pas tout, mais il ne pouvait se baser sur rien. Puisquâil ne possĂ©dait que trĂšs peu dâinformations sur elle.
Une chose Ă©tait sĂ»re, elle possĂ©dait une trĂšs grande volontĂ© et un mental dâacier. BĂ©atrice ne rĂ©vĂ©lait aucune utilisation dâHaki, mais semblait ĂȘtre rĂ©sistante contre eux. Elle Ă©tait la disciple de Sengoku, il devait sâattendre Ă tout maintenant. MĂȘme Ă ce quâelle tienne tĂȘte aux utilisateurs de fruit du dĂ©mon.
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Seuls dans la cabine quâAaron partageait avec sa femme, il referma derriĂšre son pĂšre. Emma, en voyant lâĂ©tat de son mari, avait prĂ©fĂ©rĂ© rester avec les autres femmes de son Ă©quipage. Quant aux autres, ils sâĂ©taient dĂ©jĂ attelĂ©s Ă dĂ©couvrir les secrets du dossier en question.
â Alors, vous l'avez vendue, dĂ©clara Aaron en se tournant vers son gĂ©niteur. Le fait qu'elle ait voulu aller d'elle-mĂȘme dans la Marine, c'Ă©tait des conneries.
Ce n'Ă©tait pas cette derniĂšre information qui avait permis au second enfant de Chiara de comprendre ce fait, mais l'ensemble de tous ses souvenirs, conversations sur le sujet avec sa sĆur. Il se revoyait lui demander si elle Ă©tait vraiment heureuse aprĂšs son choix, la questionner sur ses prioritĂ©s : la Marine comptait-elle plus qu'eux ? Alors qu'ils Ă©taient petits et sans parents.
La femme, adolescente Ă ce moment-ci, avait simplement encaissĂ© sans rien dire. Au dĂ©but de leur relation, la blanche sâĂ©tait montrĂ©e distante avec eux, prĂ©fĂ©rant ne pas interagir avec ses propres frĂšres. Et il comprenait pourquoi. Sa famille, en lâoccurrence sa mĂšre et son pĂšre, lâavait vendue Ă la Marine, la forçant Ă rejoindre, Ă lâĂąge de huit ans, les rangs du Gouvernement Mondial.
Pendant des annĂ©es, malgrĂ© la pression et sa deuxiĂšme identitĂ©, BĂ©atrice leur avait finalement ouvert son cĆur et ils avaient dĂ©veloppĂ© une relation indestructible.
â CâĂ©tait pour son propre bien, personne dans la famille ne pouvait la former. Sengoku est son prĂ©dĂ©cesseur, lui rĂ©vĂ©la William en chuchotant.
â De lĂ Ă la confier au Gouvernement Mondial ! C'est lui pourrir sa vie, sa jeunesse au profit de la famille, gronda la voix attristĂ©e du second de Marco, car c'Ă©tait ce qu'il ressentait envers BĂ©atrice. Votre but a toujours Ă©tĂ© qu'elle devienne utile et de vous servir d'elle jusqu'au bout.
Aaron fit une pause dans sa tirade, il savait que William y Ă©tait pour quelque chose, mĂȘme sâil nâavait pas eu une importance majeure dans la vie de sa propre fille. Il avait, dans un sens, acceptĂ© quâelle soit emmenĂ©e ; il Ă©tait convaincu que, sâils lâavaient souhaitĂ© rĂ©ellement, ses parents auraient pu empĂȘcher que sa grande sĆur vive sĂ©parĂ©e des siens.
â CâĂ©tait une demande de Rayleigh et Gol D. Roger, dĂ©clara le plus ĂągĂ© aprĂšs un silence.
Les iris dâAaron sâĂ©largirent, il savait quâelle Ă©tait nĂ©e sur le navire du Roi des pirates et avait passĂ© quatre ans dessus. Toutefois, il avait sous-estimĂ© leur implication dans lâhistoire.
â Et vous les avez Ă©coutĂ©s ? demanda-t-il, incrĂ©dule. Vous avez Ă©coutĂ© deux Ă©trangers de la famille vous dicter ce qui est le mieux pour votre propre fille.
â Ce ne sont pas des Ă©trangers, contredit calmement son pĂšre. Ce sont des puissants utilisateurs du Haki des Rois qui ont rencontrĂ© un des deux Rois Originels.
Face Ă lâignorance de son fils Ă cette information et quâil ne savait pas ce quâĂ©taient les Rois Originels, William lui expliqua rapidement.
â Lâexistence de BĂ©atrice nâest pas anodine, et mĂȘme nous, en tant que parents, nous ne pouvons pas aller Ă lâencontre de ces deux entitĂ©s. Comprends-tu ?
Difficilement, Aaron rassembla ses Ă©motions, mais l'une d'entre elles ne le lĂąchait pas. Ce sentiment d'injustice pour sa sĆur : elle n'avait jamais rien demandĂ©, on ne lui avait jamais laissĂ© l'ambition de le faire. Toujours Ă dĂ©cider pour elle de son destin, mĂȘme par des parfaits inconnus. NĂ©anmoins, il ne pouvait plus blĂąmer son pĂšre ; il aurait prĂ©fĂ©rĂ© mourir plutĂŽt que de devoir choisir. Maintenant qu'il Ă©tait le pĂšre de Kana, fille d'Emma, et qu'il allait en devenir un de nouveau, son point de vue avait Ă©voluĂ©.
MalgrĂ© les dires de son pĂšre, Aaron serait prĂȘt, si sa sĆur le lui demandait, Ă la sortir de sa famille et Ă la faire rejoindre son Ă©quipage, voire mĂȘme celui de Shanks. Il ne savait pas si leur dynamique familiale avait un fond toxique, mais une chose Ă©tait sĂ»re pour lui : il devait parler avec BĂ©atrice Ă cĆur ouvert.
Il se doutait qu'elle ne voudrait peut-ĂȘtre pas se livrer Ă lui ; Aaron Ă©tait son petit frĂšre qu'elle avait protĂ©gĂ© tant d'annĂ©es, et Ă l'Ă©ducation duquel elle avait contribuĂ©. Est-ce qu'elle parlait librement Ă TĂœr ? C'Ă©tait son meilleur ami, aprĂšs tout. Aaron se demanda Ă quel point il Ă©tait ignorant et tenu Ă©loignĂ© de la vie de sa propre sĆur.
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Deux heures plus tard, BĂ©atrice ressentit une boule au ventre en composant le code. Ils savaient quâelle Ă©tait la disciple de Sengoku, lâamiral en chef. MĂȘme si, au dĂ©part, il nâoccupait pas ce poste, il en Ă©tait dĂ©sormais lâhomme Ă la tĂȘte.
Ambre lui serra gentiment le bras en signe de rĂ©confort. Ce nâĂ©tait pas la seule chose qui troublait BĂ©atrice. La rĂ©action de son frĂšre devait avoir Ă©tĂ© orageuse⊠Elle aurait presque Ă©prouvĂ© de la peine pour son pĂšre. Presque. En vĂ©ritĂ©, elle en retirait une certaine satisfaction.
Ă leur arrivĂ©e, les femmes furent accueillies par Emma, qui serra dans ses bras sa belle-sĆur.
â Il sâest passĂ© quelque chose ? demanda BĂ©atrice, confuse, tout en lui rendant son Ă©treinte.
â Ils sont en train de discuter dans notre cabine.
Ainsi, Aaron cherchait des rĂ©ponses. Une partie de BĂ©atrice souhaitait les rejoindre, mais lâautre voulait laisser son pĂšre se dĂ©brouiller seul.
Franchissant la porte de la salle de rĂ©union, BĂ©atrice rĂ©adopta pleinement son identitĂ©. Devenir « Lisa » pour dialoguer avec des collĂšgues, puis redevenir « BĂ©atrice » dans la mĂȘme journĂ©e : tout cela l'Ă©puisait et lui donnait la migraine.
â Alors ? interrogea-t-elle en voyant les autres penchĂ©s sur des feuilles et un dossier ouvert.
â On a la liste des fruits du dĂ©mon volĂ©s, avec les noms des utilisateurs tuĂ©s, expliqua Shanks, les yeux fixĂ©s sur un document. Il y a aussi un contrat. On aimerait ton avis.
S'approchant, il glissa le document vers une place vide prÚs de lui. Béatrice s'assit et parcourut les lignes. Bien que certaines parties fussent dans une langue qui lui était étrangÚre, elle pouvait en déduire le sens général.
â Il vend les fruits du dĂ©mon Ă cette personne, rĂ©flĂ©chit-elle Ă voix haute. Et autre choseâŠ
En bas de la page, le nom « Laileb » était inscrit, signé avec une encre rouge sombre, presque marron. L'idée que ce soit du sang la révulsa.
â Câest ce que je me suis dit aussi, rĂ©pondit Shanks en se penchant lĂ©gĂšrement.
Les pirates et Ambre avaient formĂ© des groupes pour examiner les documents en dĂ©tail. Chaque papier abordait un point spĂ©cifique. BĂ©atrice sentit un soulagement : les risques quâils avaient pris nâĂ©taient pas vains.
â De ce que je peux comprendre aussi, c'est qu'il a l'air de pouvoir lui donner... La fin de la phrase Ă©tait Ă©crite dans cette langue Ă©trangĂšre. Quelque chose en tout cas en retour. Plus il donne de fruits du dĂ©mon, plus il acquiert... des choses.
Bien Ă©videmment, les parties les plus intĂ©ressantes Ă©taient incomprĂ©hensibles. Toutefois, câĂ©tait une piste et elle savait quâelle devait creuser : qui Ă©tait ce « Laileb » ? Nom Ă©trange. Soudain, les souvenirs du carnet retrouvĂ© au chĂąteau d'Unforseen lui revinrent en tĂȘte : il y avait la mĂȘme langue qui apparaissait Ă plusieurs endroits. Ce contrat et Unforseen avaient un lien ? Lequel ?
â BĂ©atrice ? appela Shanks en voyant la mine de la femme sâilluminer.
Elle se tourna vers lui, elle nâavait pas vraiment de rĂ©ponses Ă lui apporter, mais câĂ©tait tout de mĂȘme un dĂ©but.
â Te souviens-tu du carnet que nous avons trouvĂ© Ă Unforseen ?
Le pirate hocha la tĂȘte, son visage sâĂ©clairant.
â CâĂ©tait les mĂȘmes symboles ? confirma-t-il.
â Oui, jâen suis certaine. Jâignore sâil y a vraiment un lien, mais nous pouvons garder cela Ă lâesprit.
Le capitaine roux hocha la tĂȘte pensivement, accueillant lâinformation mĂȘme si elle Ă©tait mince.
â Quâavez-vous trouvé ? demanda Shanks Ă lâassemblĂ©e pour recentrer lâattention.
Naturellement, tout le monde sâassit, prĂȘt Ă mettre Ă plat. BĂ©atrice nota la facilitĂ© Ă laquelle les prises de paroles de Shanks arrivaient, de maniĂšre calme et dĂ©tendue, Ă rassembler et attirer lâattention sans hausser le ton. Nâayant pas de raison de bouger, BĂ©atrice resta sagement Ă sa place, Beckman Ă©tait avec sa compagne et Ambre, un document entre les mains.
â Nous avons quelques plans d'expansion que Teach souhaitait mettre en place, comme le fait de conquĂ©rir les Ăźles prĂšs de Mary Geoise, qui se trouve Ă©galement ĂȘtre proches du royaume des Manmeyer. Beckman tira sur sa cigarette avant de continuer. Il souhaitait, a priori, avoir accĂšs aux ressources des nobles.
Ambre et BĂ©atrice tentĂšrent de se souvenir si elles avaient entendu quelque chose du genre quand elles avaient dĂ» collaborer avec lui, en vain. Lâhomme avait toujours Ă©tĂ© discret sur ses plans.
â Nous avons quatre Ăźles prĂ©cises, continua Ambre. J'ignore encore quel est leur point commun.
LâEmpereur comprit immĂ©diatement en entendant les quatre noms Ă©numĂ©rĂ©s par la blonde.
â Elles sont proches des territoires et bases des Empereurs, dont lâune est proche dâElbaf. Il veut nous garder Ă lâĆil.
â Lâune des Ăźles est proche de Sphinx, intervint Marco.
Vista et Joz hochĂšrent la tĂȘte, peu Ă lâaise Ă cette idĂ©e.
 â Nous pourrions renforcer la sĂ©curitĂ© des deux Ăźles afin de maintenir Ă©loignĂ© Teach, dĂ©clara doucement BĂ©atrice, plus touchĂ©e quâelle ne lâimaginait.
Ils venaient de tout perdre : leur statut, leurs terres, et sans parler de leurs amis. Maintenant le seul hĂ©ritage dâEdward Newgate Ă©tait menacĂ©. La cruautĂ© nâavait pas de limite.
 â Commençons par celle prĂšs de Sphinx, ajouta Shanks, en accord avec sa voisine. Elbaf nâest pas une Ăźle oĂč lâon peut facilement faire ce que lâon veut. Sphinx est plusâŠ
 â Pacifique, finit Marco en acquiesçant.
Un premier point venait dâĂȘtre explorĂ©.
Marco, Izou, Hongo et Lime Juice formaient un groupe assez particulier. Cependant, ils semblaient avoir trouvé un terrain d'entente sur le point à traiter.
â Nous avons une liste de noms avec ses partenaires commerciaux et les transactions de diffĂ©rents points, yoi.
LâintĂ©rĂȘt de BĂ©atrice et de son voisin fut interpellĂ©, câĂ©tait assurĂ©ment une grosse source dâinformation. Le pirate qui avait repris les rĂȘnes de lâĂ©quipage pirate mentionna quelques accords en cours. Notamment un point :
â Le bois de mĂ©lĂšze⊠Câest le roi du royaume de Banaro qui lui a donnĂ© lâautorisation de dĂ©truire sa propre forĂȘtâŠ
Cette information contraria fugacement la femme. Sa famille et elle avaient eu dans l'idĂ©e de mettre des bĂątons dans les roues de Barbe Noire et de ralentir la construction de ses navires. DĂ©sormais, il Ă©tait impossible d'interagir, mĂȘme de maniĂšre subtile, sans qu'ils ne prennent de trop grands risques Ă se faire dĂ©couvrir.
Sur sa droite, Shanks observa les méninges de la femme tourner : quelque chose l'agaçait. Profitant que les autres continuaient d'échanger sur le sujet, il se pencha discrÚtement en chuchotant.
Les iris de Béatrice se tournÚrent instantanément vers lui. Ce fut à ce moment-là qu'elle se rendit compte que c'était la premiÚre fois qu'ils étaient aussi proches. Les Shine avaient la réputation de ne pas réellement apprécier les contacts physiques d'étrangers. Cependant, sa proximité ne mit pas la femme mal à l'aise : la chaleur qui irradiait de lui était rassurante et lui procurait un sentiment de sécurité inattendu.
â Teach se sert de ce bois pour construire ses navires, commença-t-elle Ă expliquer sur le mĂȘme ton. Nous avions en tĂȘte de le ralentir sans nous faire prendre. Mais si le roi lui-mĂȘme est dans le coupâŠ
Effectivement, ralentir la production des moyens de locomotion du nouvel Empereur serait une bonne idée. Ainsi ils auraient le temps de mettre au point une stratégie pour protéger Sphinx en détournant leur attention.
Shanks prit une gorgĂ©e de son rhum, un Ćil toujours posĂ© sur elle.
â Câest notre rĂŽle de passer Ă lâaction, tu sais.
La blanche lui jeta un regard confus, à peine masqué. De quoi parlait-il ?
â Nâest-ce pas pour ça que nous sommes alliĂ©s, BĂ©a ? Â
Une partie de son cerveau comprenait oĂč il voulait en venir. La Shine avait l'habitude de se servir des gens, elle avait appris Ă dĂ©terminer et connaĂźtre les points forts des gens et Ă les utiliser avec du recul et mĂ©thodiquement.
Néanmoins, les équipages de son pÚre et de ses frÚres étaient particuliÚrement compliqués à « manier ». Non seulement elle n'avait pas encore cerné les compétences de ces pirates, mais ils étaient terriblement... indisciplinés.
Ils avaient le don de faire ce qu'ils voulaient, de passer sous ses radars quand bon leur semblait et de mettre les membres de sa famille dans leur poche pour vivre leur meilleure vie. Comment devait-elle tirer profit de ce genre de personne ?
Ils Ă©taient assurĂ©ment puissants et expĂ©rimentĂ©s, cent fois plus qu'elle. Et ça, cela la mettait dans une situation de prĂ©caritĂ© et d'infĂ©rioritĂ© qu'elle ne pouvait que subir. Elle pouvait paraĂźtre bien informĂ©e et avoir du rĂ©seau, mais Ă quoi cela servait-il face Ă des gens qui Ă©taient respectĂ©s par la moitiĂ© du monde et craints par l'autre ?Â
Maintenant, elle devait les utiliser.
C'était ce que Shanks laissait sous-entendre. Il testait sa capacité à créer un plan, à le mener, tout en les considérant dedans et en ne dépassant pas les bornes.
L'Empereur devait trépigner d'impatience à l'idée de voir se dérouler leur premiÚre épreuve en collaboration aussi étroite et de grande envergure. Il allait enfin pouvoir observer si Béatrice les avait cernés et serait en mesure de traiter un plan aussi délicat.
Au tour de Béatrice de faire ses preuves. Et elle comptait bien leur montrer de quoi une Shine était capable.
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Temps de lecture approximatif : 15 - 25 min.
Source de lâimage : @murokan_77
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