« Il y avait lâappel qui rĂ©sonnait encore et toujours dans les profondeurs de la forĂȘt. Ă cet appel, une grande agitation et dâĂ©tranges dĂ©sirs lâemplissaient. Il lui procurait une sensation diffuse de bonheur suave, et il avait conscience dâappĂ©tits sauvages qui le taraudaient sans savoir ce qui les Ă©veillait. Parfois, il sâenfonçait dans la forĂȘt Ă la poursuite de lâappel, il le cherchait encore comme sâil sâagissait dâune chose tangible, en aboyant avec douceur ou par dĂ©fi, selon lâhumeur du moment [...] Des pulsions irrĂ©sistibles sâemparaient de lui. » (p. 110)
« LâĂ©tĂ© cependant, il est un visiteur qui a arpente cette vallĂ©e, Ă lâinsu des Yeehats. Câest un grand loup au splendide pelage, qui ressemble Ă tous les autres loups, et pourtant ne leur ressemble pas. Il quitte seul la riante contrĂ©e des bois et descend dans une clairiĂšre au cĆur de la forĂȘt. LĂ , un ruisseau jaune suinte du fond de sacs en peau dâorignal et sâĂ©coule dans la terre, de hautes herbes y poussent et une moisissure vĂ©gĂ©tale le recouvre, protĂ©geant sa teinte dorĂ©e des rayons du soleil; et lĂ , lâanimal mĂ©dite un moment, puis pousse un long hurlement, long et lugubre, avant de repartir. Mais il nâest pas toujours solitaire. Quand reviennent les longues soirĂ©es dâhiver et que les loups poursuivent leur proie dans les vallĂ©es infĂ©rieures, on peut le voir courir Ă la tĂȘte de la horde sous les pĂąles rayons de lune ou dans la chatoyante aurore borĂ©ale ; gigantesque, il bondit plus haut que tous ses frĂšres, et sa gorge puissante vibre du chant dâun monde neuf : le chant de la horde. » (p. 124)
Jack London, « Lâappel du monde sauvage » (1903). Ădition de La PlĂ©iade (2016) - Traduction de Marc Amfreville et Antoine CazĂ©. Reproduction des illustrations originales de Phillip R. Goodwin & Charles Livingston Bull.