Aujourdâhui, le sens dâun « vivre ensemble » harmonieux et heureux, est Ă la fois constamment affirmĂ© et pourtant obscurci par un usage banalisĂ© et souvent vidĂ© de tout contenu. Ludwig Binswanger, psychiatre, mais aussi lecteur des philosophes et des poĂštes de son temps, phĂ©nomĂ©nologue Ă lâĂ©cole de Husserl et Heidegger, nous ouvre un nouveau regard sur ce quâil nomme le Nous ou la nostritĂ© (Wirheit). La phĂ©nomĂ©nologie lui donne les moyens thĂ©oriques de penser la pathologie : la suspension du jugement propre Ă lâĂ©pochĂ© husserlienne permet de comprendre une mise entre parenthĂšses de lâattitude naturelle que pratiquent involontairement les malades. Mais ce qui est « perdu » lors de cette Ă©pochĂ© se rĂ©vĂšle ĂȘtre le « monde commun », le Koinos Kosmos, qui peut prendre le sens dâune spatialitĂ© commune, dâune langue commune ou dâune intercorporĂ©itĂ©. Ludwig Binswanger entre en discussion avec Heidegger sur ce point, puisquâil crĂ©e le concept de ce quâil pense ĂȘtre une « forme fondamentale » de notre existence : lâamour, quâil oppose au « souci » heideggerien. Ce sont le lien aimant et le Nous fait de confiance rĂ©ciproque, qui, par leur absence, isolent radicalement les psychotiques. Dans ses dernier textes, Binswanger pratique un « retour Ă Husserl » sans abandonner la question du Nous, mais elle prend la forme dâune rĂ©flexion sur lâalter ego, sur lâapprĂ©sentation, sur les limites du propre et du diffĂ©rent.