"LâĂ©puration est un fait beaucoup plus important et beaucoup plus significatif que vous ne croyez. Car elle est le commencement dâune Ă©puration permanente."
Maurice BardÚche, Lettre à François Mauriac (1947)
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"LâĂ©puration est un fait beaucoup plus important et beaucoup plus significatif que vous ne croyez. Car elle est le commencement dâune Ă©puration permanente."
Maurice BardÚche, Lettre à François Mauriac (1947)

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Nuremberg ou la terre promise, Maurice BardĂšche, 1948.
Une autre image de lâhomme...
Le fascisme aboutit à une autre morale sociale que celle de la démocratie et il cherche à développer un type humain que les démocraties ignorent et combattent.
Les dĂ©mocrates croient Ă la bontĂ© naturelle de lâhomme, au progrĂšs, au sens de lâhistoire. Ils pensent que toutes les parties de la personnalitĂ© mĂ©ritent un Ă©gal dĂ©veloppement. Pour eux, lâEtat ne fait pas de morale, il se borne Ă apprendre Ă lire, lâinstruction est une panacĂ©e qui dot faire des miracles. Ainsi la dĂ©mocratie ne se mĂȘle-t-elle pas dâĂ©tablir une image de lâhomme qui lui soit propre. Son beau idĂ©al nâexiste nulle part. [âŠ].
Les fascistes ne croient pas que lâhomme soit naturellement bon, ils ne croient pas au progrĂšs ni au sens irrĂ©versible de lâhistoire. Ils ont cette idĂ©e ambitieuse que les hommes ont le pouvoir de faire, en partie au moins, leur destinĂ©e. Ils pensent que les rĂ©volutions de lâhistoire ont, certes, des causes et des prĂ©parations de toutes sortes, mais quâelles ont Ă©tĂ© finalement dĂ©terminĂ©es et conduites par lâĂ©nergie dâun homme ou dâun groupe, sans lesquels ces rĂ©volutions nâauraient pas eu lieu. Ils regardent donc les victoires et les dĂ©faites comme le rĂ©sultat dâun mĂ©lange de causes lointaines, de hasards du moment et de la volontĂ© opiniĂątre des hommes quâon ne peut mettre en Ă©quation et ils ne dĂ©sespĂšrent pas que lâhomme puisse, Ă force de prudence et dâĂ©nergie, rĂ©sister aux Ă©vĂ©nements. Ils croient notamment quâil appartient aux responsables dâune actions de dĂ©velopper dans leur peuple les qualitĂ©s qui lui permettront de survivre et de ne pas plier devant lâadversitĂ©.
Une autre image de lâhomme...
"Le but de lâEtat fasciste est donc de former des hommes selon un certain modĂšle. Contrairement aux Etats dĂ©mocratiques, les Etats fascistes nâhĂ©sitent pas Ă enseigner une morale. La volontĂ© et lâĂ©nergie dont dispose la nation leur paraissant son capital le plus prĂ©cieux, ils mettent au premier rang et cultivent de prĂ©fĂ©rence les qualitĂ©s collectives qui forgent lâĂ©nergie nationale et la garantissent. Ils cherchent donc Ă dĂ©velopper comme qualitĂ©s nationales la discipline, le gout de lâordre, lâamour du travail, le sentiment du devoir et de lâhonneur. Dans la pratique des tĂąches quotidiennes, ces principes de la morale nationale sâexpriment par le sens des responsabilitĂ©s, le sens de la solidaritĂ©, la conscience des devoirs du commandement, le sentiment dâĂȘtre Ă sa place dans un ordre acceptĂ© et dans un tĂąche importante. Ces sentiments ne sâenseignent pas dans les Ă©coles par des phrases inscrites au tableau noir. Si lâĂ©ducation doit les faire naĂźtre chez lâenfant, câest le rĂ©gime lui-mĂȘme qui doit les dĂ©velopper chez lâhomme par la justice dans la rĂ©partition du revenu national, par lâexemple quâil donne, par les tĂąches quâil propose. [âŠ]. Ce nâest pas seulement une autre image de la nation, câest une autre image de lâhomme que le fascisme propose."
Maurice BARDECHE, Quâest-ce que le fascisme ?, Paris, Les sept couleurs, 1970, p. 189-191.
Par sa foi en la machine...
"En faisant de lâhomme, par un lavage de cerveau Ă©dulcorĂ©, le soldat de quelque religion progressiste, on obtient de surcroĂźt, par simple croyance au progrĂšs, par sa foi en la machine, en la production, en lâabondance, quâil se soumette spontanĂ©ment et de bonne grĂące aux rites, navettes et circuits, qui lui sont mĂ©nagĂ©s par la sociĂ©tĂ© de production et qui correspondent Ă ce quâon a dĂ©fini comme ses besoins. Ainsi, dans la dĂ©naturation progressiste moderne, lâhomme est dĂ©pouillĂ© dâune façon bien plus subtile, mais non moins complĂšte que dans lâaliĂ©nation purement Ă©conomique que dĂ©nonçait Karl Marx, par laquelle le travailleur Ă©tait privĂ© du produit de son travail, et par consĂ©quent de son aisance et dâune partie de sa vie : il est subrepticement privĂ© de sa vie quâon transforme en loisirs et distractions prĂ©fabriquĂ©es, par lĂ Ă©trangĂšres Ă lui, et, en outre, il est privĂ© de sa personnalitĂ© mĂȘme quâon lui soutire et quâon remplace Ă son insu par un produit incolore et inoffensif quâil prend pour lui-mĂȘme.
Le prĂ©texte de cette dĂ©naturation est le bien-ĂȘtre du plus grand nombre. Cette prĂ©occupation existe en effet, elle est sincĂšre. Mais elle est insĂ©parable dâune disposition qui abhorre secrĂštement, comme contraire au bien-ĂȘtre du plus grand nombre justement, toute image de lâhomme nerveuse, originale, volontaire, qui pourrait propager la maladie contagieuse du refus de la mĂ©diocritĂ©. Ainsi notre « civilisation » fait-elle le contraire de toutes les grandes civilisations qui se sont proposĂ©s comme idĂ©al un type humain supĂ©rieur et chez lesquelles cette culture dâune plante humaine rĂ©ussie Ă©tait mĂȘme la justification essentielle."
Maurice BARDECHE, Sparte et les sudistes, Phytéas, Montrouge, 1994, p. 31-32.

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Quâest-ce que le fascisme ?
"Un autre pseudo-fascisme, assez apparentĂ© au franquisme, nâa pas peu contribuĂ© Ă favoriser les confusions, câest celui du rĂ©gime de Vichy. CâĂ©tait par dĂ©finition, un rĂ©gime de gĂ©rance, qui avait le droit de sâexcuser, en outre, sur les circonstances, dâĂȘtre contraint de restreindre les libertĂ©s. Maintenant que les passions commencent Ă sâapaiser, on convient que cette gĂ©rance fut courageuse et utile : mais ce que les adversaires du rĂ©gime de Vichy persistent Ă lui reprocher, câest prĂ©cisĂ©ment de nâavoir pas Ă©tĂ© une simple gĂ©rance et dâavoir prĂ©tendu incarner une morale et un style de vie.
Il est vrai que lâEtat Français ne fut pas une simple gĂ©rance. Mais la devise de Vichy nâen fait pas pour autant un des hauts-lieux du fascisme. Combattre la dĂ©magogie, la facilitĂ©, lâesprit de jouissance nâest que la partie nĂ©gative du fascisme, celle qui est commune au fascisme et Ă dâautres doctrines qui ont analysĂ© correctement lâesprit dĂ©mocratique et qui en souhaitent la disparition. On nâest pas fasciste par le seul fait quâon rĂ©clame la disparition de la comĂ©die parlementaire. Jâapprouve aussi ces vertus que le rĂ©gime de Vichy recommandait, lâĂ©pargne, le travail, la patience, vertus paysannes, vertus sĂ©rieuses. Et elles ne valent pas seulement par le sĂ©rieux quâelles mettent dans la vie nationale, mais encore par ce quâelles repoussent et excluent : le clinquant, la publicitĂ©, la vanitĂ© tapageuse, la spĂ©culation, enflure et parade du monde moderne, qui dĂ©guisent mal la prostitution et le dessein de vivre du travail dâautrui. Ces vertus robustes sont le fond de la tapisserie antidĂ©mocratique. Elles font partie du fascisme comme le refus du marchandage parlementaire et de toutes les autres formes de la bassesse et de la tricherie. Mais elles ne sont pas davantage le propre du fascisme. Ce sont, en rĂ©alitĂ©, les vertus mĂȘme du nationalisme. Et toute doctrine fondĂ©e sur le respect et le refus de lâhypocrisie moderne peut aussi les revendiquer. On nâest pas fasciste par le seul fait quâon aime lâhonnĂȘtetĂ©.
Le patriotisme mĂȘme du rĂ©gime de Vichy, par ce quâil avait de sentimentale et de « dĂ©roulĂšdien » ne me satisfait pas davantage. Il Ă©tait touchant dans une nation blessĂ©e, mais en retard dâune guerre et dâun siĂšcle. Nos patries ont malheureusement des prĂ©occupations plus tragiques que celles que symbolisent les coiffes en papillon des jeunes alsaciennes. LâintĂ©gritĂ© du territoire ne reprĂ©sente plus de nos jours que lâapparence de lâindĂ©pendance nationale. Câest par les forces qui se sont installĂ©es sur notre propre sol que notre vie et notre libertĂ© sont menacĂ©es, par les forces invisibles du capitalisme international ou par les bataillons invisibles de la guerre subversive. Et le fascisme consiste mĂȘme essentiellement Ă sentir et Ă vivre ce double combat.
Or, ce radicalisme fut tout Ă fait Ă©tranger Ă lâesprit de lâEtat Français. La premiĂšre proclamation de tout socialisme national, câest quâil nâest point de privilĂšge, point de puissance, point de propriĂ©tĂ© mĂȘme quâon ne puisse opposer Ă la nation. Les bonnes paroles ne suffisent pas en cette affaire. Il faut un arbitraire parfois brutal pour imposer les droits de la nation et les nĂ©cessitĂ©s de la justice sociale. Sur ce point capital, on peut dire que par ces mĂ©thodes, par ses hommes, par ses tendances, le rĂ©gime de Vichy fut Ă lâopposĂ© de ce que nous appelons le fascisme. Ce fut une des raisons principales de ses dĂ©mĂȘlĂ©s avec la presse de Paris. A ceux qui souhaitent rĂ©ellement une rĂ©volution nationale Ă©tablie sur les principes du fascisme, le rĂ©gime de lâEtat Français donnait lâimpression de les ramener Ă la rĂ©publique autoritaire du marĂ©chal Mac-Mahon. [âŠ]. Â
La devise mĂȘme de lâEtat Français, si sage, si patriarcale, si rassurante, je ne peux pas mâempĂȘcher dây voir une sorte de tranquillisant dâune nature un peu suspecte. Travail, Famille, Patrie, on ne mâenlĂšvera pas lâidĂ©e que câest une devise pour la Suisse. Avec tout ce que comporte la Suisse, ses vertus et aussi son hypocrisie, ses pĂąturages et ses pasteurs, et aussi ses beaux buildings de ses banques discrĂštes. [âŠ]. Cette devise de lâEtat Français, elle a le malheur de rejoindre par des voies et des expression dĂ©tournĂ©es, lâhabituel dessein dâĂ©masculation du monde moderne. Travail : soumission aux riches. Famille : soumission Ă la morale. Patrie : soumission au gendarme. Il nâest question que dâobĂ©ir la dedans. Je ne me sens pas si obĂ©issant."Â
Maurice BARDECHE, Quâest-ce que le fascisme ?, Paris, Les sept couleurs, 1970, p. 74-78.Â