(témoin anonyme)
Depuis l’âge de 19 jusqu’à 22 ans, j’étais en couple avec un garçon (il sera nommé L). J’ai eu mon premier rapport sexuel avec lui à 19 ans, mais c’était plus par curiosité que par envie. Je me disais que j’avais 19 ans et que je devais quand même le faire à un moment donné, mais je ne ressentais pas de désir pour lui. Au final, j’ai trouvé ça douloureux et pas vraiment agréable. Les préliminaires étaient agréables mais pas l'acte en lui même. Comme j'étais amoureuse de lui, on a continué à avoir des relations sexuelles malgré le fait que je n'avais jamais vraiment envie. Comme il était beaucoup plus porté sur la chose que moi, c’était difficile de lui dire non mais il y a eu de nombreuses fois où les rapports ont été forcés.
Depuis mes 15/16 ans, j’avais des doutes sur mon asexualité et ça s’est confirmé pendant cette relation. Quand j’ai découvert le terme d’asexualité, j’étais contente de pouvoir mettre un mot sur ce que je ressentais. J’ai donc tenté un coming-out timide avec L à 22 ans. Il s’est  alors énervé, m’a dit que c’était impossible parce qu’on l’avait déjà fait et que parfois je ressentais du plaisir. Ensuite, il m’a pris par les épaules et m’a dit qu’il n’avait pas dû bien le faire, qu’il allait recommencer et que j'allais aimer pour me prouver que j'étais normal. Il a commencé à me pousser sur son lit, j’ai paniqué et hurlé un "non". Pour une fois, il m'a écouté et laissé tranquille pour aller aux toilettes. Quand il est revenu, il m’a rétorqué que "comme ça je faisais partie  des 1% de la population" mais qu’il s’en fichait parce que pour lui ce n’était pas vrai. Que c’était des conneries que j’avais lu sur internet et que ça m’avait retourné le cerveau. Il m’a dit qu’il n’y croirait jamais, qu’il ne le tolérerait pas. Je suis partie avant que l’ambiance ne devienne plus pesante.
Quand je suis rentrée en larmes chez mes parent, je leur ai tout expliqué : que L allait me larguer à cause de mon asexualité, les relations abusives que j'ai eu avec lui. Mes parents m’ont répondue que je n’étais pas asexuelle, que je devais juste en discuter avec L et que ça allait bien se passer. Après ça, j’ai décidé de ne plus leur en parler et L m’a quittée pour quelqu’un d’autre. Plus tard, j’ai rencontré quelqu’un et lui ai dit tout de suite que j’étais ace et ce que ça impliquait. Il m’a dit que ça ne le dérangeait pas. Plus tard, il m’a demandé à ce qu’on le fasse, et comme ça ne me dérangeait pas plus que ça et que je voulais lui faire plaisir, j’ai dit oui. Il m’a ensuite regardé et dit "tu vois, tu n'es pas asexuelle". Il estimait que j’ai du subir un traumatisme avec L pour être dans cet état et que c’était quelque chose qui allait revenir.
 Depuis, je me sens paumée dans mon orientation. Contrairement aux personnes ace qui sont “sex-repulsed”, je pense être “sex indifferent”. Je ne ressens pas d’attirance sexuelle pour l’autre. Je peux tomber amoureuse, trouver quelqu’un magnifique, avoir envie de faire des bisous ou des câlins, mais le côté sexe ne me vient pas à l’esprit.
Mais voilà , me battre pour me sentir écoutée,  voir de nombreuses personnes remettre en question mon identité, ça complexifie énormément la question et ma place sur le spectre d’asexualité.