Biphobie : les premiers chiffres de la grande enquĂȘte inter-associative
(Publié le 16 juin 2018 sur Komitid)
"D'aprĂšs les premiers retours de l'enquĂȘte, un tiers des personnes concernĂ©es auraient dĂ©jĂ Ă©tĂ© rejetĂ©.e.s par un.e partenaire, ou possible partenaire, en raison de leur orientation. Et un quart des bi.e.s ou pans n'ont pas pu imposer une protection lors d'un rapport sexuel pour cette mĂȘme raison.
Le 23 septembre 2017, JournĂ©e internationale de la BisexualitĂ© (JIB), les associations BiâCause, FiĂšrEs, Act Up Paris, Le Mag et SOS Homophobie lançaient une enquĂȘte nationale sur la biphobie. ClĂŽturĂ©e depuis le 17 mai dernier, les rĂ©sultats issus de ses 88 questions seront officiellement communiquĂ©s le 23 septembre prochain, Ă lâoccasion de la JIB 2018. NĂ©anmoins, les militant.e.s Ă lâorigine de cette dĂ©marche ont tenu Ă faire un point dâĂ©tape en rĂ©vĂ©lant aujourdâhui les premiers chiffres de leur enquĂȘte lors dâune soirĂ©e Ă la Mutinerie, Ă Paris⊠Et les premiers retours ne surprendront absolument pas les concernĂ©.e.s, qui expliquent depuis des annĂ©es la difficultĂ© de voir leur orientation remise en question aussi bien -mĂȘme si cela ne se manifeste pas toujours de la mĂȘme maniĂšre- dans les milieux gays et lesbiens que chez les hĂ©tĂ©ros.
Une enquĂȘte Ă grande Ă©chelle
Sur le questionnaire, diffusĂ© en ligne, les militant.e.s Ă son origine invitaient le public Ă rĂ©pondre aux questions si ils ou elles se retrouvaient dans lâune de ces deux phrases : « vous eÌtes bi.e ou pan, ou ne vous consideÌrez pas comme lesbienne, gay ou heÌteÌro » et « vous vous consideÌrez comme lesbienne, gay ou heÌteÌro, mais vous avez pu eÌtre victime de biphobie ». Au final, 3 624 personnes ont pris le temps de rĂ©pondre, dont 2 159 femmes, 939 hommes et 526 personnes ne se reconnaissant pas dans la binaritĂ© de genre, ayant la possibilitĂ© de le nommer elleux-mĂȘmes dans une case « autre ».
Les rĂ©pondant.e.s sont majoritairement ĂągĂ©.e.s de 18 Ă 34 ans (75 % sur deux tranches dâĂąge), avec 11 % de moins de 18 ans, 11 % de personnages entre 35 et 50 ans et 4 % de personnes ĂągĂ©es de plus de 50 ans, et sont 50 % Ă habiter dans une grande ville. Ce sont entre autre 49 % de bisexuel.le.s, 29 % de pansexuel.le.s, 8 % de gays et lesbiennes et 2 % dâhĂ©tĂ©rosexuel.le.s qui se sont, au final, exprimĂ©.e.s.
Des premiers chiffres inquiétants sur la biphobie
DâaprĂšs les premiers retours de lâenquĂȘte associative, un tiers des personnes bisexuelles ou pansexuelles auraient dĂ©jĂ Ă©tĂ© rejetĂ©.e.s par un.e partenaire, ou possible partenaire, en raison de leur orientation. Et pour 55 % des personnes trans, bi.e.s ou pans, une remise en cause de leur orientation sexuelle a dĂ©jĂ Ă©tĂ© subie. Il faut dire que 93 % du panel au total a dĂ©jĂ entendu des propos biphobes qui ne leur Ă©taient pas adressĂ©s, ce qui a en a conduit 66 % Ă limiter leur visibilitĂ©. En effet, parmi toutes les personnes qui ont rĂ©pondu aux questions, 38 % confient ne pas pouvoir parler librement de leur orientation en famille, et 44 % ne le fait pas non plus auprĂšs du corps mĂ©dical.
Parmi les 2 279 rĂ©pondant.e.s qui ne sont pas des hommes cisgenre, 71 % ont dĂ©jĂ reçu des remarques sexistes en raison de leur orientation sexuelle. Et parmi tou.te.s les personnes ayant rĂ©pondu aux questions, 37 % ont Ă©tĂ© victimes dâagression sexuelle, ou de viol. Et en ce qui concerne la prĂ©vention en matiĂšre de santĂ© sexuelle, 26 % des bi.e.s ne se reconnaissent que dans les campagnes destinĂ©es aux publics LGBTI+, contre 3 % ne se trouvant reprĂ©sentĂ©.e.s que dans les campagnes gĂ©nĂ©ralistes, apprend-on. PrĂšs dâun quart des personnes concernĂ©.e.s rapporte nâavoir pas pu imposer une protection lors dâun rapport sexuel en raison de son orientation.
Au vu de ces premiers rĂ©sultats qui soulignent une importante corrĂ©lation entre la biphobie et la misogynie, ainsi que la transphobie, on ne doute pas que le reste de lâenquĂȘte, qui sera dĂ©voilĂ©e le 23 septembre prochain, apportera encore plus de prĂ©cisions. Parmi les derniĂšres questions de ce vaste sondage, des questions Ă©taient en effet spĂ©cifiquement axĂ©es sur la maniĂšre dont la biphobie se manifeste cĂŽte Ă cĂŽte avec dâautres discriminations, comme le racisme, le validisme, la psychophobie ou encore la grossophobie."