Ravageurs play golf. | Lewis Black
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Ravageurs play golf. | Lewis Black

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à dénombrer ses bassesses, on cultive l'illusion de se hisser au-dessus d'elles. Pour que tel soit le cas, il faudrait qu'une réforme, et non la médisance ou la plainte, résulte de la méfiance que je m'inspire. Or, je dois l'admettre : j'ai placé ce qu'il me restait d'amour-propre dans la constance avec laquelle je me dénigre.
Mathieu Terence (Journal dâun coeur sec)
ChĂšre 2019,
Je tâĂ©cris encore et toujours, car ce soir câest Ă toi que jâaimerais me confier. Tu as Ă©tĂ© lâannĂ©e la plus enrichissante de ma vie. Tu le sais, je tiens fort Ă toi. Câest un peu idiot comme rĂ©action, mais tu mâas permis de me redonner vie. Pourtant, tu mâen as fait vivre des Ă©preuves, ce quotidien Ă©prouvant, rempli de fatigue, de mensonges, de coups bas. Ces obstacles toujours plus immenses, ces obligations dâadieux, ces projets, ces Ă©checs. Tu mâas fait sortir de ma zone de confort tellement de fois. Tu mâas fait vivre des Ă©checs, pour en ressortir plus forte toujours, mais tu as Ă©tĂ© si Ă©prouvante. Cette lettre, câest un remerciement, disons quâelle me libĂ©rera des mois qui se sont Ă©coulĂ©s sans que je nâaie eu le temps de les regarder dans les yeux.Â
Jâavais besoin de tâĂ©crire pour souffler. Il y a eu tellement de changement ces derniers mois. Jâavais ce besoin de tâĂ©crire pour une seconde fois te remercier, et me remercier aussi. Jâavais ce besoin de faire le point et de remercier ce qui se passait lĂ devant mes yeux Ă moi. Oui, merci. Merci parce que je nây croyais plus. Tu le sais, jâai dĂ©passĂ© mes limites, je me suis demandĂ© trop de choses, jâai Ă©tĂ© dans lâexcĂšs, parce que je ne peux pas mâen empĂȘcher. Je mâexcuse, je me demande pardon, dâavoir dĂ©passĂ© ce que je pouvais supporter. DĂ©solĂ©, petit cĆur, de mettre attachĂ© Ă quelquâun de passage, dĂ©solĂ©, petit corps, de tâavoir poussĂ© Ă travailler trop au boulot, mais Ă©galement sur toi. Pardon, dâavoir voulu avoir tout, tout de suite, pardon dâavoir laissĂ© des personnes rentrĂ©es dans ma vie sans mâen mĂ©fier. Je suis vraiment dĂ©solĂ©e, dâĂȘtre tombĂ©e si bas cette annĂ©e. Jâai cru ne jamais me relever, et jâĂ©tais pourtant la seule Ă pouvoir me reprendre en main. Merci, dâavoir rassemblĂ© mes forces pour mâinscrire au sport, pour reprendre ce que jâavais toujours laissĂ© de cĂŽtĂ© depuis lâĂ©chec. Jâai pu mâĂ©vader, ne plus me torturer.Â
Merci pour ce quotidien, toujours aussi fatiguant mais tellement enrichissant. Tu mâas offert la chance dâavoir un quotidien mouvementĂ©, la chance quâil soit si rempli, malgrĂ© mes insomnies. Tu mâas fait reprendre confiance en moi lĂ oĂč je mâĂ©tais arrĂȘtĂ©. Tu mâas fait mettre une virgule lĂ oĂč jâavais mis un point. Tu mâas laissĂ© le temps de me remettre sur pied, le temps de sortir, le temps d'arrĂȘter dâĂ©crire. Et pourtant, tu ne mâas pas fait vivre cela comme un Ă©chec, au contraire, tu mâas offert tout ça en me disant âtiens prend du temps pour toiâ.Â
Jâai donc comme tu le sais, arrĂȘtĂ© dâĂ©crire. Jâai fait une pause dans mon art. Et pour une fois ce nâĂ©tait pas parce que je nâavais pas dâidĂ©e au contraire. Jâen avais trop. Pas assez, ce nâest pas suffisant et trop câest envahissant. JâĂ©tais envahie, mes dĂ©mons Ă©taient revenus dans mon esprit, ils se sont plutĂŽt bien installĂ©s, en mĂȘme temps ils ont repris leur marque. Ăa ne se voyait pas Ă lâextĂ©rieur cette fois. Jâai Ă©tĂ© sage, jâai pris le temps. Cette annĂ©e, câĂ©tait lâannĂ©e oĂč je me donnais du temps. Câest si facile de faire la sourde oreille quand notre corps nous envoi des signaux, câest plus difficile de l'Ă©couter nous raconter ses soucis. Câest dur de se dire que nous sommes notre propre souci. On se sent terriblement seul, peu importe le monde qui nous entoure. Je me suis renfermĂ©e, tu me connais, câest ma chose prĂ©fĂ©rĂ©e. Mais câĂ©tait devenue invivable ce noir, constant, ce nâĂ©tait plus mon logement. Je prĂ©fĂ©rais la vie.Â
Il mâen a fallu du temps, pour te dire tout ce que je tâĂ©cris aujourdâhui. Jâai eu peur, tu sais, peur dâabandonner, de ne pas ĂȘtre assez forte pour survivre Ă mes propres Ă©motions. JâĂ©tais terrorisĂ©e, tu sais, quand jâai cru me perdre dans les gĂ©ants de lâunivers, jâai pensĂ© que mon cĆur allait me lĂącher. Mais tu sais, lui aussi jâai dĂ» lui laisser du temps, parce que le pauvre, il en a bavĂ© cette annĂ©e. Il Ă©tait Ă©puisĂ©, de toutes ces dĂ©ceptions, je pense quâil a aussi voulu du temps pour lui, il avait besoin de dormir un peu, de se recentrer. Tu sais, il bat tous les jours pour mâalimenter, il bat tous les jours pour aimer, et il bat tous les jours pour vivre, câest Ă©puisant. Alors il a pris quelques jours de vacances, bon malheureusement il a eu mauvais temps. Il nâa fait que pleuvoir chaque soir. Il a craquĂ©, de ne plus rien ressentir, de ne plus savoir ce qui le faisait vivre. Il Ă©tait si brisĂ©, jâai cru que jamais il nâallait pouvoir se rĂ©parer. Tu sais, il Ă©tait amoureux de lâAmour, et tu le connais lâAmour, il nâa pas voulu de lui. Il est rentrĂ© de vacances, avec quelques pansements pour adoucir ses Ă©corchures. Ses plaies cicatrisent. Il nây avait pas vraiment de dĂ©sinfectant tu sais, on nâa jamais de mĂ©dicament pour ces choses-lĂ . Mais je lâai aimĂ©, comme il Ă©tait. Il a mis du temps avant de se permettre de retrouver ses Ă©motions. Tu sais, je pense quâil avait surtout besoin de quelquâun qui lâaime rĂ©ciproquement, je lâai fait, mais il nâa pas forcĂ©ment trouvĂ© ça suffisant.
Alors un homme merveilleux est venu le prendre dans les bras. Il lâa caressĂ© de la paume de sa main. Il a toquĂ© Ă sa porte, et il lâa attendu sagement. Mon cĆur a ressaisi sa mĂ©lodie, il a fermĂ© les yeux, et a embrassĂ© ce charmant jeune homme. Mon cĆur Ă©tait mon instrument favori, le revoir jouer avec autant dâenvie, câest ce qui mâa le plus Ă©panoui.Â
Tu lâas sentie, pas vrai ?
Câest magnifique de le voir jouer, danser, battre. Il est ma plus grande fiertĂ©. Il sâest offert un dernier espoir, et mâa offert la chance dâĂ©pouser les lĂšvres dâun homme. Et de tous les jours tomber amoureuse de lui, comme une nouvelle fois, comme une premiĂšre fois. Tu sais, je nâai jamais vĂ©cu au prĂ©sent, je pensais au futur, en angoissant avec la nostalgie du passĂ©. Mes questions mâempoissonnaient, depuis quâil est arrivĂ©, je me sens plus apaisĂ©.
Je sais que ce ne sera pas tous les jours facile. La vie câest lâocĂ©an. Câest doux comme brute, câest puissant comme sage. La vie, sans vague, ce nâest pas la vie. Je commence Ă apprĂ©cier, de nager dans ses profondeurs, dâaller Ă contre-courant, de me noyer parfois, ce que jâaffectionne le plus câest de toujours ĂȘtre en mouvement.Â
Merci une nouvelle fois 2019, pour toutes ces choses-lĂ . Prends 2020 sous ton aile.Â
Je tâaime.
â septperceptions
HĂ©las ! il est si rare que la laideur se reconnaisse et casse le miroir ! En vain les glaces se multiplient autour de nous, et rĂ©flĂ©chissent avec une exactitude gĂ©omĂ©trique la lumiĂšre et la vĂ©ritĂ© : au moment oĂč les rayons vont pĂ©nĂ©trer dans notre oeil et nous peindre tels que nous sommes, l'amour-propre glisse son prisme trompeur entre nous et notre image, et nous prĂ©sente une divinitĂ©.
Xavier de Maistre, Voyage autour de ma chambre
Il lui restait néanmoins ce doute que l'amour-propre nous laisse toujours pour les choses qui coûtent trop cher à croire.
Madame de Lafayette (La Princesse de Montpensier)

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Mais il lui restait néanmoins ce doute que l'amour-propre nous laisse toujours pour les choses qui coûtent trop cher à croire.
Madame de Lafayette (La comtesse de Tende)
Les camés n'ont pas d'amour-propre. Ils sont indifférents à la répugnance d'autrui.
William Burroughs (Le Festin Nu)
La vie élégante étant un habile développement de l'amour-propre, tout ce qui révÚle trop fortement la vanité y produit un pléonasme.
Honoré de Balzac (Traité de la vie élégante)