Parfois, j'me demande si j'existe vraiment
De ma vie, je n'suis qu'un spectateur
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Parfois, j'me demande si j'existe vraiment
De ma vie, je n'suis qu'un spectateur

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Parfois je me demande si j'existe vraiment De ma vie je ne suis qu'un spectateur Alors je me fais du mal mais discrètement Le psy m'a dit c'est qu'un aspect de ta peur Et quand j'ai mal, je me sens vivre un peu Il fait nuit quand les lumières s'allument On oublie presque qu'on est triste Ils ne voient pas que je suis dans la lune Ils ne veulent pas que je m'éclipse J'ai besoin d'être seul Les lumières de la ville dégoulinent sur la scène Tu étais la seule Mais tes yeux sont noirs, l'encre a remplacé la sève J'ai pas besoin de toi Je me sens à la dérive ces temps-ci On dit l'univers infini On dit aussi qu'il s'étend Alors dans quoi s'étend-il ? J'ai pas les pieds sur terre J'ai besoin d'espace J'ai peur de ta face cachée J'ai pas les pieds sur terre Pour moi t'es rien J'ai peur de ta face cachée Comment on a pu en arriver là Malgré une infinité de trajectoires possibles Le destin a choisi de nous mener à cet instant précis dans l'univers Qui aurait pu prévoir ce que le passé nous réservait
Alunissons, Nekfeu
BOOKHOUSE GIRL #51 | Lynda HANDALA, romancière
“Je crois que mon unique but est de m’injecter de l’affreuse poésie dans les veines, de celle qui peut bâtir un peuple.”
Originaire de Tizi-Ouzou, Algérie, Lynda Handala publie son premier roman à l’âge de 19 ans, Les Voix du Hoggar, road book touareg où s’agite tout un spectre saharien déroulant la future langue, féministe, précieuse et exaltée, de l’autrice. Si Handala écrit chaque jour des poèmes pour l’heure inédits, c’est dans Alunissons qu’ils s’entendent, fantasy kabyle pétri d’un romantisme frénétique intemporel, tamisé par l’influence désertique, presque lunaire, de ce rêve de science-fiction africaine où le récit s’emballe au ralenti comme du prog-rock écouté sous des drogues qui n’existent pas encore. La francophonie a un avenir : il est fantasmagorique, psyché, teratogène et stellaire. Lynda Handala entre dans la zone 51 de nos Bookhouse Boys & Girls.
|Que trouve-t-on comme nouvelles acquisitions dans ​ta bibliothèque ?
Le Village de l’Allemand de Boualem Sansal dont la plume, tranchante et juste, parvient à relier la Shoah, la décennie noire en Algérie et la situation des banlieues françaises. Et puis, je viens juste de recevoir Sycomore Sickamour de Pacôme Thiellement qui tisse le fil rouge du sickamour...
|Quels livres marquants a​s-tu dĂ©couver​​t​s ​à l'adolescence et que ​tu possèdes toujours ? Â
Que j’ai toujours : Le Prince des marées de Pat Conroy, littérature sudiste qui m’avait littéralement ensorcelée. Tous les ingrédients de l’envoûtement y sont : sous un soleil pesant, le décor fertile de la Caroline du Sud, une enfance abîmée couvée dans de violents secrets, une figure maternelle élevée au rang de déité…
|Sans égard pour sa qualité, lequel de tes livres possède la plus grande valeur sentimentale, et pourquoi ?
Je n’ai pas de livre que je chéris en tant qu’objet. Mais sentimentalement et même viscéralement, j’aime Le Dernier été de la raison, roman posthume de Tahar Djaout assassiné en 1993 par ceux-là mêmes qu’il appelle les Frères Vigilants dans son livre. Il est à lui seul une prophétie qui se vérifie encore aujourd’hui.
|Lequel de​ te​s livres prĂŞter​ais -​tu Ă quelqu'un qui te plaĂ®t ? Â
Le Mausolée des amants d’Hervé Guibert. Il parvient toujours à magnifier la vie dans la maladie, à magnifier les corps même quand ils sont pleins de trous. En fait, toutes ses œuvres pourraient convenir, car toutes disent la force de la poésie et de l’amour géant qui peuvent unir les Hommes.
|Que trouve-t-on comme livres honteux dans ​te​s rayonnages ? Â
Je les aime tous.
|Quels livres a​s​-​t​u hĂ©ritĂ© de ​te​s proches ? Â
De ma mère, quelques romans d’Agatha Christie, quelques classiques de la littérature française ayant appartenu à mon grand-père, V for Vendetta d’un ami pérégrin.
|Le livre que ​tu as le plus lu et relu ? Â
L’Etoile secrète de Jean Amrouche. « Je cherche ici pour vous le secret de mon être » !
|Le livre qui suscite en ​toi des envies symboliques d'autodafĂ© ? Â
S’il mérite d’être brûlé alors il mérite d’être tu.
|On ​te propose de vivre Ă©ternellement dans un roman de ton choix, oui, mais lequel ? Â
Sans hésiter : Ailleurs d’Henri Michaux, pour explorer la Grande Garabagne et le Pays de la Magie !
|Quel est l'incunable que ​tu rĂŞves de possĂ©der, ton Saint Graal bibliophilique ? Â
Un manuscrit original des Enfants terribles de Cocteau griffonné de ses dessins épurés.
|Au bout d'une vie de lecture, et s'il n'en restait qu'un ?
Sa Majesté des mouches de William Golding pour expliquer l’humanité.
Alunissons, Dalimen (Alger, 2017).