BOOKHOUSE GIRL #51 | Lynda HANDALA, romanciĂšre
âJe crois que mon unique but est de mâinjecter de lâaffreuse poĂ©sie dans les veines, de celle qui peut bĂątir un peuple.â
Originaire de Tizi-Ouzou, AlgĂ©rie, Lynda Handala publie son premier roman Ă lâĂąge de 19 ans, Les Voix du Hoggar, road book touareg oĂč sâagite tout un spectre saharien dĂ©roulant la future langue, fĂ©ministe, prĂ©cieuse et exaltĂ©e, de lâautrice. Si Handala Ă©crit chaque jour des poĂšmes pour lâheure inĂ©dits, câest dans Alunissons quâils sâentendent, fantasy kabyle pĂ©tri dâun romantisme frĂ©nĂ©tique intemporel, tamisĂ© par lâinfluence dĂ©sertique, presque lunaire, de ce rĂȘve de science-fiction africaine oĂč le rĂ©cit sâemballe au ralenti comme du prog-rock Ă©coutĂ© sous des drogues qui nâexistent pas encore. La francophonie a un avenir : il est fantasmagorique, psychĂ©, teratogĂšne et stellaire. Lynda Handala entre dans la zone 51 de nos Bookhouse Boys & Girls.
|Que trouve-t-on comme nouvelles acquisitions dans âta bibliothĂšque ?
Le Village de lâAllemand de Boualem Sansal dont la plume, tranchante et juste, parvient Ă relier la Shoah, la dĂ©cennie noire en AlgĂ©rie et la situation des banlieues françaises. Et puis, je viens juste de recevoir Sycomore Sickamour de PacĂŽme Thiellement qui tisse le fil rouge du sickamour...
|Quels livres marquants aâs-tu dĂ©couverââtâs âĂ l'adolescence et que âtu possĂšdes toujours ? Â
Que jâai toujours : Le Prince des marĂ©es de Pat Conroy, littĂ©rature sudiste qui mâavait littĂ©ralement ensorcelĂ©e. Tous les ingrĂ©dients de lâenvoĂ»tement y sont : sous un soleil pesant, le dĂ©cor fertile de la Caroline du Sud, une enfance abĂźmĂ©e couvĂ©e dans de violents secrets, une figure maternelle Ă©levĂ©e au rang de dĂ©itĂ©âŠ
|Sans égard pour sa qualité, lequel de tes livres possÚde la plus grande valeur sentimentale, et pourquoi ?
Je nâai pas de livre que je chĂ©ris en tant quâobjet. Mais sentimentalement et mĂȘme viscĂ©ralement, jâaime Le Dernier Ă©tĂ© de la raison, roman posthume de Tahar Djaout assassinĂ© en 1993 par ceux-lĂ mĂȘmes quâil appelle les FrĂšres Vigilants dans son livre. Il est Ă lui seul une prophĂ©tie qui se vĂ©rifie encore aujourdâhui.
|Lequel deâ teâs livres prĂȘterâais -âtu Ă quelqu'un qui te plaĂźt ? Â
Le MausolĂ©e des amants dâHervĂ© Guibert. Il parvient toujours Ă magnifier la vie dans la maladie, Ă magnifier les corps mĂȘme quand ils sont pleins de trous. En fait, toutes ses Ćuvres pourraient convenir, car toutes disent la force de la poĂ©sie et de lâamour gĂ©ant qui peuvent unir les Hommes.
|Que trouve-t-on comme livres honteux dans âteâs rayonnages ? Â
Je les aime tous.
|Quels livres aâsâ-âtâu hĂ©ritĂ© de âteâs proches ? Â
De ma mĂšre, quelques romans dâAgatha Christie, quelques classiques de la littĂ©rature française ayant appartenu Ă mon grand-pĂšre, V for Vendetta dâun ami pĂ©rĂ©grin.
|Le livre que âtu as le plus lu et relu ? Â
LâEtoile secrĂšte de Jean Amrouche. « Je cherche ici pour vous le secret de mon ĂȘtre » !
|Le livre qui suscite en âtoi des envies symboliques d'autodafĂ© ? Â
Sâil mĂ©rite dâĂȘtre brĂ»lĂ© alors il mĂ©rite dâĂȘtre tu.
|On âte propose de vivre Ă©ternellement dans un roman de ton choix, oui, mais lequel ? Â
Sans hĂ©siter : Ailleurs dâHenri Michaux, pour explorer la Grande Garabagne et le Pays de la Magie !
|Quel est l'incunable que âtu rĂȘves de possĂ©der, ton Saint Graal bibliophilique ? Â
Un manuscrit original des Enfants terribles de Cocteau griffonné de ses dessins épurés.
|Au bout d'une vie de lecture, et s'il n'en restait qu'un ?
Sa MajestĂ© des mouches de William Golding pour expliquer lâhumanitĂ©.
Alunissons, Dalimen (Alger, 2017).













