Dans le patelin paumé de Trifouillis-les-Oies, l'Auto-École Buissonnière, ancienne gloire de ce vieux briscard de Dubonnet, se la joue maintenant belle au bois dormant sous un soleil qui s’en tamponne, rideaux tirés sur des souvenirs de crémaillères. À l'heure où même les coqs ont la flemme de chanter, un sac poubelle, seul comme un verre de pastis plein dans une réunion des Alcooliques Anonymes, se met à causer du bon vieux temps avec l'enseigne qui a vu plus de départs ratés que la ligne 13. « Eh, le panneau, tu te souviens du temps où les bleus venaient s'essayer à la danse des pédales ? » susurre le sac poubelle d'un ton goguenard. « Ouais, » répond l'enseigne d'une voix craquelée comme un vieux disque, « ils étaient aussi habiles qu'un manchot au crochet. Une vraie fanfare de pieds gauches ! » Soudain, une passante, Madame Michu, s'arrête devant la vitrine, intriguée par le panneau « À louer ». Elle s'adresse à son bichon frisé : « Tu te rends compte, Froufrou, si j'ouvrais ici ma boutique de tricot ? » Elle est comme ça Mme Michu, toujours à tricoter des plans sur la comète. Froufrou, indifférent aux ambitions commerciales de sa maîtresse, se contente de lever la patte vers le sac poubelle, offrant son commentaire acerbe sur la situation. Et c'est ainsi que chaque jour, la petite école de conduite attend son prochain chapitre aux côtés d’un sac poubelle bavard, pendant que Froufrou, philosophe canin, continue de marquer son territoire.












