Ninja Gaiden 4 â Le sang, le style et le bruit
https://www.youtube.com/watch?v=xvbQr84SW88
Ninja Gaiden 4 â Yakumo, le Ninja qui voulait marcher dans lâombre de Ryu
Il existe des sĂ©ries qui reviennent telles des comĂštes : rarement, violemment, et avec un sens de la dramaturgie qui ferait pĂąlir un acteur shakespearien survitaminĂ©. Ninja Gaiden appartient Ă cette famille â celle des jeux qui ont traumatisĂ© une gĂ©nĂ©ration entiĂšre de joueurs trop confiants et de manettes trop fragiles.
Que PlatinumGames accepte de sâattaquer Ă cette bĂȘte mythologique avait tout du mariage improbable : lâunion dâun artisan du raffinement chorĂ©graphique avec une tradition martiale aussi dĂ©licate quâun coup de sabre sur un melon mĂ»r.
Et pourtant, Ninja Gaiden 4 existe bel et bien, animé par une ambition aussi noble que périlleuse : réconcilier la furie barbare de Team Ninja et la science du spectacle de PlatinumGames, sans tomber dans la parodie ni dans le pastiche.
Un pari dangereux.
Du genre à finir enseveli sous une montagne de ninjas mécaniques si on le rate.
Yakumo, ce brave garçon qui aurait bien aimé avoir une personnalité
Le protagoniste de cette nouvelle aventure sâappelle Yakumo, ninja du clan Crowâs, Ă©levĂ© dans une ambiance manifestement hostile Ă lâidĂ©e dâune conversation normale. Sa mission : assassiner Seori, la prĂȘtresse responsable dâun cataclysme ayant transformĂ© Tokyo en parc dâattractions cauchemardesque, Ă mi-chemin entre lâapocalypse et un salon du tuning dĂ©moniaque.
TrÚs vite, pourtant, Yakumo découvre que :
Seori nâest peut-ĂȘtre pas la source de tous les maux,
Le Dragon Noir est un colocataire encombrant,
Et que la vengeance, câest bien joli, mais ça ne nourrit pas son arbre de compĂ©tences.
Et comme tout ninja qui se respecte, il va donc⊠faire équipe avec sa cible, accepter quelques révélations mystiques, casser trois sceaux magiques et remettre en question ses ordres avec l'énergie d'un stagiaire qui découvre que son patron ment depuis le premier jour.
Un scĂ©nario certes prĂ©visible, mais qui a le mĂ©rite dâĂ©viter les nĆuds cĂ©rĂ©braux inutiles : ici, lâhistoire nâest quâun prĂ©texte pour envoyer Yakumo dĂ©couper des entitĂ©s de plus en plus violentes, ce qui est parfaitement assumĂ©.
Le systÚme de combat : PlatinumGames et Team Ninja dans un dojo, en train de débattre
Il faut le reconnaĂźtre : si le scĂ©nario joue les figurants, le systĂšme de combat occupe le premier rĂŽle, et il le fait avec une assurance presque arrogante. Le gameplay oppose deux philosophies : lâexubĂ©rance spectaculaire de PlatinumGames, habituĂ© aux chorĂ©graphies qui dĂ©fient la gravitĂ©, et la brutalitĂ© clinique de Team Ninja, qui nâa jamais reculĂ© devant un membre arrachĂ© proprement.
à la manette, cela donne un résultat étonnamment harmonieux :
â des esquives millimĂ©trĂ©es qui dĂ©clenchent un bullet time ravageur,
â des combos qui sâenchaĂźnent comme un cours dâescrime pour psychopathe distinguĂ©,
â un arsenal dâarmes aux identitĂ©s trĂšs marquĂ©es : lames jumelles nerveuses, bĂąton plus polyvalent quâun couteau suisse, stocco assassin pour amateurs de prĂ©cision chirurgicale, et ce charmant attirail Ă©toilant et enchaĂźnant qui ferait frĂ©mir un catalogue mĂ©diĂ©val-fantastique.
Le point culminant reste la Blood Raven Mode, transformation sanguinaire qui propulse Yakumo dans une frénésie de démembrements rappelant vaguement un mix entre un concert de métal et un cours avancé de boucherie artistique.
Une réussite totale.
Cela dit, tout nâest pas parfait : les mouvements Ă dĂ©bloquer semblent parfois inventĂ©s dans le seul but de tester lâĂ©lasticitĂ© de vos doigts, et le verrouillage manuel relĂšve parfois du sport extrĂȘme. Un dĂ©tail charmant, toutefois : les adversaires ne respectent absolument rien, ni la biensĂ©ance, ni la distance sociale, ni votre envie de respirer trois secondes.
Level design : des couloirs dignes, des idées datées, et quelques pépites
Ninja Gaiden 4 respecte une tradition vieille comme lâaction : un monde structurĂ© en corridors, parsemĂ© de zones secrĂštes, de coffres, de portails infernaux et de culs-de-sac volontairement frustrants.
Pourtant, derriĂšre cette façade old-school, le jeu regorge de dĂ©tours intelligemment construits, qui rĂ©compensent systĂ©matiquement lâexploration : objets rares, missions secondaires, dĂ©fis optionnels⊠on a parfois lâimpression de fouiller la penderie dâun ninja collectionneur.
LĂ oĂč lâaventure trĂ©buche, câest dans certaines sections Ă©tranges â petites rĂ©miniscences dâune Ă©poque oĂč les dĂ©veloppeurs croyaient sincĂšrement que surfer sur lâeau ou voler dans un tube de vent constituait la quintessence du divertissement interactif.
Ces passages ne ruinent rien, mais ils rappellent que la nostalgie est parfois une mauvaise conseillĂšre.
Un bestiaire réjouissant : piranhas spectrales, dieux vengeurs et colosses intransigeants
Le bestiaire de Ninja Gaiden 4 est une galerie réjouissante de créatures agressives et farouchement déterminées à ruiner vos soirées. Entre les revenants rapides, les démons cuirassés, les entités folkloriques et les boss inspirés du folklore japonais, le jeu se permet quelques audaces visuelles parfaitement maßtrisées.
Mention spĂ©ciale Ă la divinitĂ© volante Ă©quipĂ©e de cloches Tengu en guise de propulseurs, une idĂ©e si dĂ©licieusement absurde quâelle en devient immĂ©diatement iconique.
DifficultĂ© : moins sadique que ses ancĂȘtres, mais toujours prĂȘte Ă vous gifler
On retrouve bien ce parfum dâhostilitĂ© propre Ă la sĂ©rie : ennemis agressifs, dĂ©gĂąts punitifs, et combats qui exigent de vous ce mĂ©lange rare de concentration, dâinstinct et de capacitĂ© Ă maudire en trois langues.
Cependant, les développeurs ont laissé çà et là quelques amortisseurs étonnants :
â des terminaux qui restaurent la vie sans faire rĂ©apparaĂźtre les ennemis,
â un stock de consommables Ă©tonnamment gĂ©nĂ©reux,
â et la possibilitĂ© dâadapter la difficultĂ© pour sâĂ©pargner un ulcĂšre.
Les puristes hurleront Ă la trahison.
Les joueurs normaux remercieront humblement les dieux.
Technique : un écrin moderne pour une ùme archaïque
Techniquement, Ninja Gaiden 4 propose les classiques modes Performance et Résolution, mais ne nous mentons pas une seconde : personne ne joue à Ninja Gaiden en 30 FPS, sauf à vouloir admirer lentement sa propre mort.
Lâensemble reste solide, fluide, nerveux, avec une direction artistique qui alterne entre lâinspiration assumĂ©e et quelques dĂ©cors nettement moins inspirĂ©s.
En revanche, les effets de dĂ©membrement, les animations dâexĂ©cution et la bande-son martiale sont dâun plaisir coupable, du genre Ă rĂ©veiller vos voisins via les murs.
Conclusion : Ninja Gaiden 4 réussit son pari... en trébuchant élégamment
Ninja Gaiden 4 est une crĂ©ature hybride, nĂ©e dâune collaboration improbable mais sincĂšre entre deux visions de lâaction vidĂ©oludique. Le rĂ©sultat est parfois sauvage, parfois bancal, mais toujours vibrant, animĂ© par une Ă©nergie brutale et une maĂźtrise du combat que peu de jeux modernes osent encore revendiquer.
Le jeu trĂ©buche parfois â dans son level design datĂ©, ses commandes capricieuses ou quelques idĂ©es trop rĂ©tro â mais il se relĂšve toujours avec panache, comme tout bon ninja qui refuse de mourir proprement.
Une aventure Ă la fois nostalgique et furieusement contemporaine,
un hommage respectueux qui nâoublie pas de trancher quelques tĂȘtes au passage.