https://www.youtube.com/watch?v=T1rlRpeFt_4
Avec Damon and Baby, Arc System Works sâĂ©loigne temporairement de ses rings de baston habituels pour tenter une aventure dâaction pour le moins singuliĂšre. Ici, pas de duel ultra technique entre deux combattants Ă©nervĂ©s, mais un dĂ©mon armĂ© jusquâaux cornes, condamnĂ© Ă trimballer une petite fille sur ses Ă©paules. Dit comme ça, on dirait le pitch dâun cauchemar de crĂšche Ă©crit aprĂšs trois cafĂ©s trop serrĂ©s, mais lâidĂ©e fonctionne Ă©tonnamment bien.
Le jeu mĂ©lange le tir Ă deux joysticks, lâexploration, la plateforme et quelques touches dâaventure dans des mondes semi-ouverts peuplĂ©s de dĂ©mons, de forces obscures et de personnages franchement barrĂ©s. Le joueur incarne Damon, un protagoniste brutal et peu portĂ© sur les cĂąlins, obligĂ© de protĂ©ger une enfant Ă cause dâune malĂ©diction dont les origines se dĂ©voilent progressivement.
Ce duo improbable donne au jeu son identitĂ©. Au dĂ©part, on sâattend presque Ă une blague visuelle un peu lourde, mais Damon and Baby rĂ©vĂšle une ambition plus intĂ©ressante. Sous son chaos permanent, il cache une vraie volontĂ© de raconter quelque chose, sans jamais oublier que sa prioritĂ© reste de faire tirer, sauter, esquiver et jurer intĂ©rieurement le joueur toutes les cinq minutes.
Une histoire étrange, parfois touchante, souvent chaotique
La grande force de Damon and Baby vient de sa maniĂšre de faire Ă©voluer son duo principal. Le jeu part dâun prĂ©texte volontairement absurde : un dĂ©mon violent doit sâoccuper dâun bĂ©bĂ©. Pourtant, cette situation grotesque devient peu Ă peu le cĆur Ă©motionnel de lâaventure.
LâĂ©criture joue constamment sur le contraste entre la brutalitĂ© de Damon et lâinnocence de la petite fille. Le rĂ©sultat donne des scĂšnes parfois drĂŽles, parfois plus intimes, avec une relation qui se construit sans forcer le trait. Le jeu ne sort pas les violons toutes les trois minutes, et câest justement ce qui rend certains moments plus efficaces.
Lâunivers, lui, reste volontairement flou. Damon and Baby prĂ©fĂšre suggĂ©rer plutĂŽt quâexpliquer, quitte Ă laisser plusieurs zones dâombre derriĂšre lui. On traverse des enfers, des dimensions et des lieux Ă©tranges qui semblent parfois exister chacun dans leur propre logique. Cela donne un certain charme Ă lâensemble, mĂȘme si les joueurs qui aiment les rĂ©cits trĂšs structurĂ©s risquent de rester un peu sur le pas de la porte.
Le rythme narratif reste cependant irrĂ©gulier. Certaines cinĂ©matiques manquent dâimpact et lâhistoire, malgrĂ© sa concision, paraĂźt parfois morcelĂ©e. En revanche, dĂšs que le jeu revient Ă Damon et Ă la petite fille, il retrouve immĂ©diatement son Ă©quilibre. Câest dans cette relation que Damon and Baby brille le plus, bien plus que dans les grandes explications sur son univers.
Tirer, sauter et garder le bébé en vie
CĂŽtĂ© gameplay, Damon and Baby repose sur un mĂ©lange nerveux entre shoot Ă deux sticks, plateforme et exploration. Le joueur doit viser, tirer, esquiver, changer dâarme, gĂ©rer les ennemis et garder en tĂȘte la position de la petite fille. Autant dire que le baby-sitting façon Arc System Works nâa rien Ă voir avec une soirĂ©e pyjama devant un dessin animĂ©.
Les bases sont solides. Les dĂ©placements sont globalement fluides, lâarsenal se renouvelle rĂ©guliĂšrement et les armes principales comme secondaires offrent une vraie variĂ©tĂ© dans les affrontements. Le jeu pousse constamment Ă rester mobile, car sâarrĂȘter trop longtemps revient souvent Ă offrir son visage Ă une pluie de projectiles dĂ©moniaques.
Damon and Baby varie aussi les perspectives. Certaines sĂ©quences placent la camĂ©ra derriĂšre le personnage, dâautres adoptent une vue isomĂ©trique ou un dĂ©filement horizontal. Cette alternance apporte du rythme, mĂȘme si elle impose parfois quelques ajustements pas toujours naturels dans les commandes.
Le level design alterne entre zones Ă©troites, arĂšnes ouvertes, phases de plateforme et petites Ă©nigmes environnementales. Rien ne rĂ©volutionne le genre, mais lâensemble reste suffisamment variĂ© pour Ă©viter la monotonie. Le jeu sait respirer entre deux fusillades, mĂȘme si ce souffle ressemble parfois Ă celui dâun dĂ©mon asthmatique poursuivi par une chaise volante.
Une mécanique de déplacement originale, mais pas toujours docile
Lâune des idĂ©es les plus marquantes du jeu concerne lâutilisation de la petite fille dans les dĂ©placements. Damon peut la lancer vers un point prĂ©cis, puis se projeter dans sa direction. Cette mĂ©canique sert autant Ă explorer quâĂ esquiver certaines attaques ennemies.
Sur le papier, lâidĂ©e est excellente. Dans les faits, elle fonctionne souvent bien, mais elle montre aussi les limites du systĂšme lorsque lâaction devient trop dense. Dans les espaces confinĂ©s, les commandes peuvent devenir capricieuses. Un saut peut se transformer en escalade improvisĂ©e, une esquive peut finir en collision embarrassante, et lâon se retrouve parfois Ă lutter autant contre le dĂ©cor que contre les monstres.
Le problĂšme se ressent aussi dans certaines trajectoires de projectiles. Le marqueur ne traduit pas toujours parfaitement la direction rĂ©elle des tirs ennemis, ce qui crĂ©e des situations confuses. Quand lâĂ©cran se remplit dâeffets, de tirs, dâennemis et de dĂ©placements verticaux, la lisibilitĂ© en prend un coup.
Ce nâest jamais injouable, mais cela donne parfois au jeu une difficultĂ© plus brouillonne que rĂ©ellement maĂźtrisĂ©e. Il y a des moments oĂč lâon perd non pas parce quâon a mal jouĂ©, mais parce que le chaos a dĂ©cidĂ© de prendre la manette avec ses petits doigts sales.
Une progression gĂ©nĂ©reuse et un butin qui donne envie dâexpĂ©rimenter
Damon and Baby compense une partie de ses imprĂ©cisions par un systĂšme de progression efficace. Les ennemis rapportent de lâexpĂ©rience, les niveaux permettent dâobtenir des points de statistiques, et ces derniers peuvent ĂȘtre rĂ©partis entre la santĂ©, lâattaque, la dĂ©fense et dâautres paramĂštres essentiels.
Petite particularitĂ© intĂ©ressante : ces points ne peuvent pas ĂȘtre dĂ©pensĂ©s nâimporte quand. Il faut trouver un lit pour se reposer et amĂ©liorer Damon. LâidĂ©e est simple, mais elle donne aux zones sĂ»res une vraie importance. Au milieu du chaos infernal, le lit devient presque un sanctuaire. Un peu comme dans la vraie vie, finalement, sauf quâici le rĂ©veil implique souvent des dĂ©mons et des projectiles.
Le systĂšme de butin est Ă©galement lâune des rĂ©ussites du jeu. Armes, objets, amulettes et anneaux offrent diffĂ©rents bonus qui modifient lâapproche des combats. On teste, on ajuste, on change de configuration, et chaque nouvelle rĂ©cupĂ©ration donne lâimpression de pouvoir amĂ©liorer son style de jeu.
Lâinventaire limitĂ© peut frustrer au dĂ©but, mais il pousse Ă faire des choix. Heureusement, il devient possible de lâagrandir progressivement, ce qui rend la gestion plus confortable sans supprimer totalement cette petite tension dans la sĂ©lection des objets.
Le corps Ă corps, ou lâart de mourir avec panache
Si les armes Ă distance sont plutĂŽt satisfaisantes, le combat au corps Ă corps convainc beaucoup moins. Sur le papier, il permet dâĂ©largir les possibilitĂ©s offensives. En pratique, il expose trop souvent le joueur Ă des risques inutiles.
Damon and Baby est un jeu oĂč garder ses distances reste gĂ©nĂ©ralement la meilleure option. Sâapprocher des ennemis signifie entrer dans une zone oĂč la lisibilitĂ© devient plus faible, oĂč les attaques arrivent vite, et oĂč la moindre erreur peut coĂ»ter cher. Le corps Ă corps devient donc une solution trĂšs situationnelle, utile surtout contre certains adversaires spĂ©cifiques, comme les ennemis rĂ©sistants ou invulnĂ©rables aux tirs.
Cette mĂ©canique aurait mĂ©ritĂ© plus de prĂ©cision et de confort. En lâĂ©tat, elle ressemble davantage Ă une option de secours quâĂ un vĂ©ritable pilier du systĂšme de combat.
Une direction artistique qui préfÚre la personnalité à la propreté
Artistiquement, Damon and Baby mise tout sur lâexcĂšs. Damon est le dĂ©mon colĂ©rique par excellence, massif, armĂ©, toujours prĂȘt Ă rĂ©gler les problĂšmes avec la subtilitĂ© dâune porte claquĂ©e par un ogre. La petite fille, de son cĂŽtĂ©, joue sur un contraste Ă©trange entre innocence et Ă©trangetĂ©, ce qui renforce lâidentitĂ© du duo.
Les environnements suivent cette mĂȘme logique. Le jeu enchaĂźne les dĂ©cors infernaux, les ruines, les lieux surrĂ©alistes et les espaces labyrinthiques sans chercher une cohĂ©rence rĂ©aliste absolue. Chaque zone semble davantage pensĂ©e pour transmettre une ambiance que pour construire un monde parfaitement crĂ©dible.
La verticalitĂ© des cartes apporte une vraie richesse Ă lâexploration. Les niveaux regorgent de chemins secondaires, de raccourcis et de passages secrets. En revanche, cette construction labyrinthique peut rapidement devenir confuse, surtout lorsque la carte nâest pas encore disponible. Le jeu invite Ă fouiller partout, mais il ne facilite pas toujours la mĂ©morisation des lieux.
Visuellement, lâensemble reste lisible la plupart du temps et conserve une bonne fluiditĂ©, mĂȘme lorsque lâaction devient trĂšs chargĂ©e. Les moments les plus chaotiques peuvent toutefois brouiller la lecture de la scĂšne. Entre les ennemis, les projectiles, les effets visuels et les changements de hauteur, il arrive de perdre le fil pendant quelques secondes.
MalgrĂ© cela, Damon and Baby possĂšde une vraie identitĂ©. Il mĂ©lange le quotidien et le dĂ©moniaque avec un plaisir Ă©vident : des ennemis qui balancent du mobilier, des crĂ©atures qui prennent la forme dâĂ©lĂ©ments du dĂ©cor, des marionnettes qui attaquent par surprise. Le jeu ne cherche pas la perfection visuelle, mais il sait marquer les esprits.
Verdict : un chaos imparfait, mais attachant
Avec Damon and Baby, Arc System Works signe une aventure dâaction atypique, nerveuse et pleine de personnalitĂ©. Le jeu nâest pas parfait, loin de lĂ . Ses commandes manquent parfois de prĂ©cision, son corps Ă corps peine Ă convaincre et ses cartes labyrinthiques peuvent dĂ©sorienter. Mais il possĂšde ce petit quelque chose qui donne envie de continuer.
Son concept fonctionne, son duo principal tient la route, son systĂšme de tir reste agrĂ©able et sa direction artistique lui donne une vraie gueule. Damon and Baby privilĂ©gie le caractĂšre Ă la finition absolue, et mĂȘme si cela lui coĂ»te quelques points, cela lui permet aussi de sortir du lot.
Ce nâest pas le jeu dâaction le plus maĂźtrisĂ© de lâannĂ©e, mais câest clairement une expĂ©rience qui ne ressemble pas Ă toutes les autres. Et rien que pour ça, il mĂ©rite quâon sây intĂ©resse.