Les Ombres du muet
[Scène unique, mur rosé, fin d’après-midi. Deux ombres de projecteurs se dessinent sur le mur. Personnages : LUMIÈRE et OMBRE.]
LUMIÈRE (avec intensité)
Je suis celle qu’on attend, celle qui révèle.
Mais regarde-moi, suspendue, figée…
On m’a allumée, mais pas pour éclairer.
Juste pour projeter ton corps sur ce mur.
OMBRE (calme, presque moqueuse)
Et pourtant, c’est moi qu’ils regardent.
Moi, la trace, le contour, le mystère.
Tu brûles, tu cries, tu consumes…
Moi, je murmure, je suggère.
LUMIÈRE
Tu n’existes que par moi.
Sans mon feu, tu n’es rien.
OMBRE
Et toi, sans moi, tu es aveugle.
Tu éclaires, oui… mais qui te regarde vraiment ?
C’est mon silence qui intrigue,
mon absence qui parle.
LUMIÈRE (plus douce)
Alors… sommes-nous rivales ou amantes ?
Deux corps liés par le même souffle,
mais jamais en contact.
OMBRE
Peut-être sommes-nous le prélude.
L’annonce d’un geste, d’un cri, d’un acteur.
Le théâtre est vide, mais le mur nous écoute.
LUMIÈRE
Alors jouons.
Même sans public.
Même sans voix.
Que notre présence soit le poème.
Les-portes-du-sud










