Le dirty secret des "experts du digital"â Published on January 23, 2017Featured in: CarriĂšre & Leadership, Marketing & Communication https://www.linkedin.com/pulse/le-dirty-secret-des-experts-du-digital-gregory-pouy?trk=hp-feed-article-title-like LikeLe dirty secret des "experts du digital"â863Comment68ShareShare Le dirty secret des "experts du digital"â490 Gregory Pouy Gregory Pouy FollowGregory Pouy Marketing Artisan in a Digital Age Cet article reprend une publication faite sur mon blog la semaine derniĂšre mais dans laquelle jâai intĂ©grĂ© en partie les 100+ commentaires reçus sur Facebook qui apportent Ă©normĂ©ment Ă la rĂ©flexion. Lors dâun dĂ©jeuner la semaine derniĂšre avec le CDO (Chief Digital Officer) dâune des entreprises du CAC 40, nous discutions de lâĂ©volution du digital, du mĂ©tier des agences et des consultants indĂ©pendants mais Ă©galement de la suite Ă donner Ă sa carriĂšre. Nous sommes arrivĂ©s Ă un constat que peu dâentre nous abordent publiquement: Le digital se complexifie dans lâintĂ©gralitĂ© des mĂ©tiers et par consĂ©quence, mĂȘme sâil est difficile de lâassumer publiquement, la plupart dâentre nous, supposĂ©s « experts digitaux » ne maitrisent pas tout lâĂ©cosystĂšme et, pire, se laissent distancier chaque jour un peu plus. On assiste donc Ă un retour en force de la verticalisation des mĂ©tiers qui oblige tous les acteurs (agences et indĂ©pendants en premier lieu) Ă fondamentalement repenser leur modĂšle. Les agences dans une situation problĂ©matique Le cas le plus problĂ©matique de cette situation est celui des agences. Quelque soit le type dâagence, la situation est toujours la mĂȘme. Bien sur, ils sont montĂ©s en compĂ©tence, ont recrutĂ© de nouvelles personnes et formĂ© les salariĂ©s existants mais les besoins des clients Ă©voluent vite, sont protĂ©iformes et on ne peut pas modifier sa masse salariale Ă lâenvi. Comme le prĂ©cise Emmanuel Vivier, co fondateur du Hub Institute « Les cabinets de conseils et SSII ont les contacts des dĂ©cideurs, les moyens de recruter le bon mix dâexperts, racheter quelques structures agiles et la force de frappe commerciale, la relation avec les grands Ă©diteurs tout en apportant la crĂ©dibilitĂ© du nom, ils rognent ainsi les belles missions de conseil avec des taux de marges forts ». A mon sens, la problĂ©matique est particuliĂšrement complexe pour les agences mĂ©dias. Ces derniĂšres sont remplies de profils commerciaux mais les mĂ©tiers liĂ©s aux mĂ©dias ont totalement changĂ© et relĂšve de plus en plus de la donnĂ©e et donc de lâingĂ©nierie. Il suffit de voir combien de plan mĂ©dias mĂȘlent de maniĂšre intelligente programmatique et open data (sic)⊠Cela ne veut pas dire quâil ne faut pas de « commerciaux » pour monter des opĂ©rations spĂ©ciales mais quâun changement important des profils constituant les agences mĂ©dias doit ĂȘtre opĂ©rĂ©. Dâailleurs, Emmanuel dâajouter « Les agences mĂ©dia sont en train de se faire bouffer par la techno qui accapare une part toujours plus grande de la valeur. Les meilleures pivote Ă grande vitesse pour apporter du conseil avec des consultants datas mais ils rĂ©sistent mal face Ă des Facebook et Google qui remontent directement en conseil sur les annonceurs. Pendant ce temps, les mĂ©dias sont tous en train de transformer leur rĂ©gie en mini agence de pub, crĂ©a et brand content ne laissant presque plus rien aux agences». La rĂ©alitĂ© est quâen 2017, il est quasi impossible pour une agence « classique » de pouvoir rĂ©pondre Ă tous les besoins clients en sâappuyant sur des ressources internes. Les grandes agences sont nĂ©cessaires pour assurer une cohĂ©rence internationale mais je le vois chez mes clients, pour plus de pertinence, ces derniers sâappuient de plus en plus sur des structures lĂ©gĂšres capables de pouvoir faire appel aux bons experts en fonction de leurs besoins. Comme lâexplique CĂ©dric Deniaud, co fondateur de the Persuaders, « les entreprises ont besoin plus quâhier de garants d'une vision holistique mais avec des agences qui ont voulu se prĂ©senter comme gĂ©nĂ©raliste en valorisant des expertises quâelles nâavaient pas (ou pas suffisamment), elles ont cassĂ© la confiance des annonceurs ». NĂ©anmoins, la situation nâest pas la mĂȘme pour tous et certains arrivent Ă tirer leur Ă©pingle du jeu, comme le souligne Emmanuel, « De nouvelle agences plus centrĂ©es sur lâinnovation (With, Tips Tank, FaberNobel) ou la data (Artefact, fifty five) grattent les budgets dâinnovation digitale ou CRM auprĂšs des annonceurs les plus Ă©duquĂ©s qui cherchent des solutions agiles, pointues Ă des prix raisonnables. Les editeurs de logiciels captent eux aussi de la valeur en direct quitte Ă vendre du service. De lâautre cotĂ©, quelques agences de com sexy et smart savent manier avec brio le 360° avec un poil de buzz et de digital (Marcel, Buzzman, Brandstation, Darewin) et arrivent Ă financer leur croissance Ă coĂ»t de win, dâawards et de RP. Enfin, les annonceurs continuent dâinternaliser une grande partie du savoir faire clef (data, CRM, Business intelligence, pilotage IT) car il devient un avantage clef et compĂ©titif. Ils rachetent aussi des start-ups pour booster leur R&D ». Thomas Owadenko, fondateur de Octoly quant Ă lui considĂšre que « la clef est dâapporter une solution aux annonceurs afin de streamliner leur process », et reprend le CEO de Procter and Gamble qui milite pour un retour aux bases : de bons produits, une bonne expĂ©rience, des Ă©chantillons et des histoires Ă raconter. « Les agences vont devoir se rĂ©inventer ou repartir from scratch » explique Nicolas Forestier, fondateur de Desk faisant rĂ©fĂ©rence Ă un article dâadAge tandis que Bruno Fridlansky Directeur Marketing de Social Dynamite milite lui pour du test & learn et donc une mĂ©thodologie agile. Dans ce cadre, il est aussi intĂ©ressant de regarder comment lâancien CEO dâHavas, David Jones critique aujourdâhui les agences et considĂšre leur modĂšle basĂ© sur les honoraires comme obsolĂšte. Avec la crĂ©ation de sa structure You & Mr Jones il essaie, Ă travers lâacquisition de start-ups, dâapporter une rĂ©ponse technique, dâactiver les bons cerveaux au bon moment en fonction des besoins clients. Les « experts » doivent faire des choix Quand on faisait du « marketing digital » il y a encore 3 ou 4 ans, câĂ©tait plutĂŽt simple de comprendre les rĂ©seaux sociaux en place, la relation influenceurs etc⊠Comme lâexplique Benoit Faverial partner chez Human Forum, « la pĂ©riode de 2005 Ă 2012 a Ă©tĂ© un moment dâultra simplification de la communication via le web en raison de lâirruption dans le grand public de ces pratiques, mais tout cela est cyclique, on simplifie puis on affine ». Mais Ă partir du moment oĂč Facebook modifie techniquement sa plateforme au rythme dâune fois toutes les 15 minutes et oĂč il se passe exactement la mĂȘme chose dans tous les domaines qui touchent au digital, cela devient beaucoup plus complexe. De cette façon, les mĂ©tiers se verticalisent Ă nouveau. Câest le cas de lâinfluence digitale par exemple. Quand jâĂ©tais CEO de Buzzparadise il y a dĂ©jĂ 10 ans, nous dĂ©butions la relation blogueurs â marques et en toute honnĂȘtetĂ©, il Ă©tait relativement facile dâĂȘtre expert du sujet. Aujourdâhui, il existe des problĂ©matiques diffĂ©renciĂ©es entre les typologies dâinfluenceurs : pays, type de support, taille de la communautĂ©, etc. En rĂ©ponse Ă cette complexification, des agences comme Octoly se spĂ©cialisent sur la longue traine (comprendre « petite communautĂ© ») des youtubers, dâautres sur les stars dâInstagram tandis que certaines, se verticalisent sur Musically ou Snapchat. Plus personne ne peut ĂȘtre un « expert du marketing Ă lâĂšre digitale ». Dâailleurs, Marie Gulin, CMO de lâOrĂ©al U.S. parle de « lâexpert gĂ©nĂ©raliste » car pour elle lâenjeu, nâest pas « savoir mieux que les experts mais de faire travailler les experts ensemble pour dĂ©velopper le business, construire les image de marque et changer les façons de travailler ». Elle est dâailleurs rejoins par Rodolphe Roux, CDO de Wiko pour qui « le leadership a pris le pas sur lâexpertise ». Il faut donc faire des choix et dĂ©cider sur quelle verticale nous souhaitons nous diriger particuliĂšrement. Branislav Peric, fondateur de With, dĂ©fend lâidĂ©e selon laquelle « il y a 3 choix. Devenir expert de niche (social mĂ©dia pour les R.H. par exemple), devenir expert categoriel (sur un marchĂ© donnĂ©) ou devenir expert gĂ©nĂ©raliste comme en parle Marie Gulin». De son cotĂ©, Eric Maillard, DG des RP de Ogilvy, considĂšre dâailleurs que « dans ce contexte, il faut revenir aux fondamentaux du marketing. Car de bonnes idĂ©es se basent sur de bons insights activĂ©s en cohĂ©rence sur les bons touchpoints. En ce sens, lâanthropologie me semble plus pertinente que de connaĂźtre tous les dĂ©tails de lâĂ©cosystĂšme digital. » Retour Ă une verticalisation des mĂ©tiers Si nous avons tous criĂ© Ă la suppression des silos, force est de constater aujourdâhui que certains silos sont nĂ©cessaires. Finalement, lâĂ©volution des modes de travail, et donc de la rĂ©ussite, sâinscrit surtout dans un mode collaboratif, pas dans la suppression radicale des silos. Le dĂ©veloppement de plateformes comme Facebook at work ou Slack arrivent pour rĂ©pondre justement Ă ce besoin. Nous devons travailler de maniĂšre plus ouverte et ne pas prendre au pied de la lettre ce dicton populaire selon lequel « la connaissance câest le pouvoir ». LâOpen data sâinscrit dâailleurs dans cette tendance. Comme le prĂ©cise Anthony Courtat fondateur de l'agence Com I/O de concert « lâĂšre est aux freelancers, au travail collaboratif et Ă lâopen innovation. Ainsi, avec des talents rĂ©unis, une agence peut monter des Ă©quipes sur mesure en mode projet pour rĂ©pondre Ă une demande spĂ©cifique dâun client ». AprĂšs une pĂ©riode dâaccĂ©lĂ©ration, dans les entreprises les plus avancĂ©es, le digital redescend naturellement dans chaque mĂ©tier en y ajoutant une dose technologique. Cette phase dĂ©crite par certains comme « post digitale ». Mais ce qui est intĂ©ressant, câest que mĂȘme au sein dâun mĂȘme mĂ©tier, les marques ont besoin dâhyper experts sur chacune des problĂ©matiques. Câest la raison pour laquelle de nouvelles typologies de structures comme With en France voient le jour. La promesse de With : rĂ©soudre vos problĂ©matiques crĂ©atives en activant les meilleurs du marchĂ©. Eux sâoccupent de la gestion de lâensemble avec une structure trĂšs lĂ©gĂšre. Alors, mĂȘme si aucun « expert digital » nâose dire publiquement les difficultĂ©s quâil rencontre Ă rester au goĂ»t du jour, il est malgrĂ© tout nĂ©cessaire de repenser son modĂšle. On voit bien Ă travers les divers exemples citĂ©s, You & Mr Jones et autres, que de nouveaux modĂšles sont en train de voir le jour et tentent de rĂ©pondre aux nouvelles problĂ©matiques clients. Moi mĂȘme, je me verticalise sur la stratĂ©gie et lâaccompagnement des leaders afin de les aider Ă mieux apprĂ©hender lâunivers qui nous entoure tout en essayant dâapprendre en permanence. Comme nous le conseillons aux annonceurs, il faut rĂ©flĂ©chir aux besoins clients et chercher Ă sâadapter en permanence plutĂŽt que lâinverse qui consisterait Ă essayer de vendre uniquement ce que lâon sait faire. Cela peut impliquer de dĂ©velopper de nouvelles formes de structures, de rĂ©-envisager son organisation ou de faire des choix cornĂ©liens sur une verticale prĂ©cise. En tous les cas et pour dĂ©complexer tout le monde, je reprendrais simplement les mots de Simon Sinek alors quâil Ă©tait interrogĂ© sur la gestion RH des Milenials : « being a true leader is not being an expert but being a learner ». Ce qui est certain, câest que dans cette pĂ©riode tumultueuse, le statu quo nâest pas possible.