Artwork for 'La nuit du jugemnt' by Chatherine L. Moore, 1993 (Philippe Caza)
La nuit du jugement par Catherine L. Moore,
Quatrième de couverture
Juille, la belle amazone, est l'héritière d'Ericon, la planète reine de la galaxie. Dominée par sa féminité qu'elle rejette et qui, cependant, la trouble, Juille n'hésite pas à provoquer un conflit interplanétaire pour abattre le trop mâle Egide qui pourrait être son meurtrier et son amant. Lui-même n'est-il pas partagé entre son amour pour la jeune fille et son désir de sauver son peuple du joug d'Ericon ? Et quel est le rôle de son conseiller Jair, l'androïde, cette idole d'airain sans émotion humaine et pourtant assoiffée de pouvoir ? Trop préoccupés par leurs querelles personnelles, Juille et Egide assistent bientôt, impuissants, à la destruction de l'humanité. Mais ce sort n'avait-il pas été décidé par les Anciens lors de la nuit du jugement ?
LA NUIT DU JUGEMENT : QUAND CATHERINE MOORE FAIT VACILLER UN EMPIRE
space opera / 1943 / Catherine L. Moore
On a un faible pour les couvertures qui racontent déjà une histoire avant même qu'on ait lu la première ligne. Celle-ci en fait partie.
La Nuit du jugement parait d'abord en deux parties dans Astounding Science Fiction, en août et septembre 1943. Catherine L. Moore y clôt une manière d'écrire, celle de Shambleau et de Northwest Smith, les vagabonds de l'espace et les créatures venues d'ailleurs. Le texte rejoint ensuite le recueil Judgment Night, publié chez Gnome Press en 1952 à 4 000 exemplaires, aux côtés de quatre autres nouvelles parues dans le même magazine.
Le roman raconte la chute d'un empire galactique. Juille est amazone, fille de roi, dressée pour la guerre depuis l'enfance. Elle va tout perdre : son armure, son trône, et surtout ses certitudes, face à un adversaire qu'elle ne s'attendait pas à affronter. Égide est faible, et c'est justement pour ça qu'elle ne sait pas comment le vaincre. Le texte de noosfere qui a analysé le roman le décrit comme "un roman barbare, tout enveloppé de pourpre et de brume", et l'image tient : démesure, dieux lointains qui observent sans intervenir, civilisations qui s'effondrent sous leur propre poids.
En France, l'édition regroupe souvent La Nuit du jugement avec La Dernière Aube (Doomsday Morning, 1957), le dernier roman écrit par Moore, publié après la mort d'Henry Kuttner. Les deux textes se répondent d'une drôle de façon : le space opera flamboyant d'un côté, le roman noir politique et désabusé de l'autre. Même obsession (la fragilité des empires, la difficulté des hommes à s'organiser sans écraser quelqu'un), deux habillages complètement différents.
En 1993, c'est Philippe Caza qui illustre l'édition de poche J'ai Lu. Il couvre la collection SF de la maison depuis 1974, et Catherine Moore fait partie de son terrain de chasse habituel, aux côtés d'Abraham Merritt et de Leigh Brackett. Son trait organique, presque biomécanique, colle parfaitement à l'ambiance de la série. Rien d'étonnant à ce qu'il ait fini par poser son pinceau sur Juille et son armure.
Pour les tables qui cherchent du space opera façon chute d'empire, décadence et dieux absents, il y a de quoi piocher : une guerrière qui perd tout sauf l'essentiel, un ennemi qui gagne en refusant de se battre selon les règles, et deux romans qui racontent finalement la même histoire sous deux formes irréconciliables.














