Ken arrive dans un wagon de train Barbie lui demande s’il n’a pas oublié de lui demander son 06 ce à quoi Ken répond un nonchalant :
- au temps pour moi
Leur histoire a commencé ainsi. Légèrement répugnante mais solide. Quand il la regarde, Barbie trouve en Ken quelque ressource illimitée pour lutter contre le désespoir que sa froideur lui cause. Ken était à la fois le mal et le remède et occupait à lui seul la totalité du temps qu’elle alloue à la réflexion. C’était comme si Ken, ainsi habitant tour à tour son propre corps ou celui de Barbie était à la fois son annexe et son colon. Barbie ne comprenait pourquoi mais c’était ainsi. Ken quant à lui se répétait parfois devant un miroir et d’autres face à un ami qu’il lui était égal d’attendre les mails de Barbie, ses appels, qui duraient longtemps ou tardaient à venir occupée qu’elle était à penser à lui. Il se gratta les cheveux et en extirpa un pou si gros qu’il ne put l’éclater (et ainsi se réjouir du bruit que provoque l’éclatement entre deux ongles de l’abdomen d’un pou), un pou en caoutchouc ; il lui parla alors :
- pourquoi refuse-tu d’exploser, lamentable Foutriquet !
Le pou qui avait presque la taille d’un chat haussa ses épaules de pou et sauta sur la table basse puis se dirigea vers la cheminée où un feu ardent se consumait. Il s’y allongea et brula lentement sans ciller. Il regardait de temps en temps autour de lui, parfois fermait les yeux jusqu’à ne plus les ouvrir lorsque celles-ci brulèrent à jamais.
Ken se prit d’une grande admiration pour ce pou. Il se demanda quelle partie de la vie de ce pou sa mémoire garderait-elle et pourquoi. Le pou ne s’est pas suicidé. Il avait simplement décidé de dormir en lieu sûr. Pour peu qu’il s’y prenne pour un dieu Ken se dit qu’un jour il imitera le pou et saura colmater ainsi tout le désir qui lui ronge les orteils, lui qui n’a jamais eu personne pour lui gratter le dos. Lui qui se sentait de plus en plus flotter, sans consistance, dans un vide quelconque. Sans aucun frottement, la solitude d’une parallèle infinie. finalement, le foutriquet, c’était bien lui.
Barbie après un séjour dans une cure thermale se ravisa : ce qu’il lui fallait c’était un peu d’anonymat, de danger et l’absence totale de Ken pour qu’elle puisse penser à ses bras sublimes sans être interrompue par les minauderies de celui-ci. « Ken, Ken, mon amouradoré » pensait-elle en se dirigeant vers l’hôpital psychiatrique le plus proche, munie de quelques crayons et d’un carnet de croquis, le coloriage étant devenu l’art unique en ces temps. “C’est lamentable”, se répétait-elle mais ne pouvait cesser de colorier puis de photographier ses coloriages et les trouvant tout de même adorables.










