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Pensée:
Le sens premier des mots n'est dicté que par l'encre qui coule dans les veines de celui qui les écrit. Le sens véritable est lui dans les vapeurs des nuages planant au dessus de ceux qui les lisent.
via https://dayone.me/P4Xzn6
Atelier 27/5/2013 - Le récit
- Bonsoir l'ami, que puis-je pour toi? - Bonsoir. Je cherche mon hôtel. - Un hôtel? Quel hôtel? Il n'y a pas d'hôtel ici. Tu n'en as pas besoin, tu n'es pas fatigué. Entre. Je connais un monsieur qui pourra t'aider à l'intérieur. Étrange bonhomme, mais je suis perdu, je n'ai pas trop le choix. J'entre. A l'intérieur c'est le grand boucan, partout des gamins qui courent dans tous les sens. Des cris, des pleurs, des rires dans tous les recoins. Et tout en haut des plafonds qui réverbèrent le brouhaha incessant. Je dois avoir atterri dans une colonie ou un de ces foyers pour enfants abandonnés. Au milieu de tous ces mômes se meut un énorme bonhomme au visage caché par l'ombre de son chapeau trop grand. Une énorme boule de beurre avec des extrémités et une cravate. Il semble fondre à chacun de ses pas. Je lui demande s'il sait où se trouve mon hôtel. Il me regarde un instant, en bas, en haut, perle sa sueur de tous les pores de sa peau, lisse sa moustache d'un geste indifférent, et me demande si je ne suis pas le père d'un de ces enfants. Je n'ai jamais eu d'enfant! Alors il me répond qu'il ne peut pas m'aider, qu'il connait bien un hôtel dans les parages mais si j'ai pas d'enfant et n'en ai jamais eu il ne peut rien faire. Je crie à l'absurde et au non sens, mais mes paroles glissent sur lui comme sur son attention. Il reprend son chemin et s'engouffre dans une étroite porte au bas d'un long mur rouge sang parsemé de fenêtres de toutes tailles. Je me retourne vers les enfants et leur pose la même question. Tous me répondent par la même question : tu sais où ils sont toi mes parents? Hein! Tu sais? Et ils repartent gambader, crier, pleurer, rire. Je m'engage alors vers la porte du grand mur et entre à l'intérieur. Soudain, le silence. Pas un bruit ne s'échappe des murs, même le parquet n'ose grincer. En face de moi un immense couloir. Sur les côtés, des portes et des portes, toutes bien rangées les unes à la suite des autres. J'en ouvre une, deux, trois, dix, cinquante, cent ! Et à chaque fois le même spectacle : une pièce vide et sans fenêtre. La fatigue, ça tourne, ma tête, l'espace, les murs, le sol, je m'écroule. De légers flashes imprègnent des images. Le passé lentement se re-dessine. Les couleurs imbibent les personnages, les lieux. La matière prend forme, se durcit et s'affine. Je suis assis, dans un bar. La lumière se réfracte froidement sur les contours du verre. Je n'ai plus très soif. En face de moi un couple s'échange quelques mots par intermittence, regarde leurs ongles, le comptoir, le mur, dehors au cas où quelque chose se passerait, un passant passait, mais rien ne se passe.. Le barman me demande si je désire autre chose. Non. Les éclairages aveuglent la pièce. Une sorte de grand soleil en pleine nuit, bien jaune, bien net, qui découpe bien les ombres et les peint en noir. Le couple se parle, quelques banalités. Je pourrai pas dire s'ils s'aiment. Ils n'ont pas l'air de se détester. Avec ses cheveux auburn elle me rappelle Louise. Elle causait peu. ça me déplaisait pas. Ces moments ensemble me manquent. Mais on aurait pas pu rester plus longtemps ensemble, on se serait fossilisé. Il se fait tard, il est temps que je rentre à mon hôtel. Je me mets en marche et dans la nuit m'engage. Les lampadaires étalent leur fatigue, du coup je distingue mal les silhouettes des immeubles. Je m'engage à droite, puis à gauche, et encore à gauche. Un bar scintille au fond d'une rue avec une enseigne rouge néon sur le dessus. Je ne me souviens pas l'avoir déjà croisé autour de l'hôtel. Ils pourront peut être m'indiquer ma route. Plus je m'approche, plus sa forme se précise, mais pas pour ce que je croyais. Ce n'est pas un bar, c'est autre chose. Un type avec un sourire partout sur la figure m'accueille. Je reconnais son allure, c'est le type qui m'a fait entrer tout à l'heure. son visage, je n'arrive pas à voir à quoi il ressemble son visage, il est trouble, sans netteté, sans rien. Et le creux de sa bouche, noire, toute noire, s'étend, emplit toutes mes pensées, mon être. Je la vois. Le vide. Une douce odeur chaude et familiale me réveille. Le passage du sang bat mes tempes d'un tambourin plein et régulier. Des nuances de farine, de sel et d'eau pénètrent mes narines. Mon œil droit s'entrouvre le plus prudemment du monde et laisse pénétrer un mince filet de lumière. Des effluves d'été emplissent la pièce. Je me lève, les jambes et les pensées engourdies. Autour de moi des étagères et dessus des petits pains matinaux rangés soigneusement. Je suis dans une boulangerie, mais laquelle, je ne pourrai le dire, et je n'ai aucune envie de le savoir, apaisé par toute cette levure encore chaude. Un léger murmure sonore m'interpelle. En me concentrant un instant je reconnais de faibles pleurs, derrière moi. Je m'en approche à petit pas, et trouve, derrière le comptoir, une jeune femme blottit sur elle-même. Seuls dépassent ses cheveux rouges. A ma venue elle soulève ses pleurs et me sourit. Je reconnais alors la femme du bar. Deux grosses larmes coulent sur sa joue droite. Une pour cet homme qu'hier soir elle a quitté, l'autre pour cet amour naissant entre nous jamais avoué.
Atelier - Nouvelle instant
L'art du voyage:
Je m'assois lentement sur le canapé. Le cuir craque. Je lève mon regard et fixe la toile accrochée face à moi. Une peinture abstraite composée de formes improbables. Haute comme un homme et aussi large qu'un paysage. J'arbore l'ensemble intrigué, laisse doucement les couleurs et les lignes m'imprégner. Je me ballade entre les détails, observe deux cercles rouges s'embrassant. Juste en-dessous se vide un triangle d'or, blessé par la morsure de leur amour. Des lignes arabesques s'en déversent, tournent sans fin sur elles-mêmes éprises d'une passion incontrôlée. Des tâches de lumière éclatées dans l'horizon bleu nuit les aspirent. Des sensations de baiser frôlent mon passé. Une chimère mi-ange, mi-animal, m'entoure de son linceul et m'attire. Perdant toute attache je m'enfonce tel un plomb dans l'oubli. Mon sang tremble de vertige. Un vacarme explose entre mes chaires. Mes larmes et mes rires brûlent les resserrements de mes ires. Une tribu de visages nus agitent leurs corps endiablés. Les battements de leurs pieds enflamment ma peau et consument mes désires. D'un réflexe soudain je m'agrippe aux anses des amours sphériques. Doucement leurs courbes apaisent mes étourdissements, m'entourent d'un chant régulier et maternel. Mon souffle renaît d'un long oubli. Mes doigts redécouvrent le grain régulier du canapé. Quelque chose a changé.
Atelier 22/4/13 - Ecriture blanche
Je suis rentré vers 20h. J'ai mis l'eau à bouillir et mis en marche l'ordinateur. Elle était connectée. Il restait quelques pâtes, je les ai mises à cuire. Elle m'avait envoyé un message. Le minuteur a sonné, les pâtes étaient prêtes, ma réponse aussi. Nous nous sommes données rendez-vous au café de la rue Clerc. Elle était à l'heure, j'avais un peu de retard. Le garçon a rapidement pris notre commande. Elle travaillait pour une association. Avant elle vivait sur Nantes. Nous nous sommes revus, sa présence ne m'était pas désagréable. Elle venait d'avoir 30 ans, je l'ai demandé en mariage. Tous mes cousins n'ont pu venir à la cérémonie, sa famille représentait le plus grand nombre. J'ai été muté à Orléans, elle m'a suivi. Nous avons eu un premier enfant, Luc. Nous avons acheté un pavillon. Le jardin était grand et assez reposant les Dimanches. Un jour en rentrant du travail j'ai cru l'entendre au téléphone avec un amant. Je n'ai pas osé lui en parler. On a oublié. On a eu un deuxième enfant, une fille. Quand elle eut l'âge de courir, la maison est devenu trop étroite. Les rentes du crédit était importantes, nous avons dû attendre. En décembre de l'année suivante j'ai eu mon augmentation, nous avons déménagé, un peu plus loin du centre, un peu plus grand. Les enfants sont partis à l'école. Elle est partie de la maison. Les enfants se sont adaptés. La maison est devenue trop chère, l'immobilier a chuté, je ne pouvais plus rembourser. On m'a trouvé un foyer, temporaire. J'ai pu voir encore un peu mes enfants. Au travail on a remarqué mes petits vols de sucre et de café. Comme mes objectifs n'étaient plus atteints, on m'a licencié. Personne n'a voulu me réembaucher. Sans économie j'ai dû vivre au plus simple. Je me suis mis à mendier rue Jean Jaurès. Les passants rarement me regardaient. Chaque jour je m'effaçais un peu plus jusqu'au jour où l'ambulance m'a emmené et n'a pas su me réveiller.

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A s'épuiser de nager dans le noir liquide vaseux de ces océans sans horizon, à s'acharner pour atteindre la promesse d'un îlot qui n'aura pour contour que son mirage, on se sent faiblir et trembler face à une chute annoncée dans un abîme gluant sans fond.
 - Inspiré par l'homme au dé
Atelier 11/3/2013 - Description subjective
L'allée annonçant l'entrée de la propriété s'étend sans fin vers le lointain. Les pins aux troncs arc-boutés s'amoncellent le long du tracé, étouffant les quelques rayons de lune qui essayent d'y pénétrer. La cour, bien plus dégagée, habille le lieu d'un lourd manteau de silence, d'un silence vide qui n'en finit pas de raisonner dans le cœur de l'antre et qui par la force de sa présence insistante affole les bruits alentours. Se dresse alors la façade principale, haute de tant de mètres, gardienne intemporelle de la droiture du bâtiment, ferme et impassible elle ne s'orne que de quelques moulures sans fantaisies. Toutefois, si l'on s'attarde un instant de volutes charnelles s'en dessinent par endroit et laissent espérer quelques murs plus doux. Les imposantes fenêtres de six carreaux vêtues vous scrutent à tout instant de leur regard sans fond, reflet des plus longues nuits sombres d'hiver. Elles enregistrent sans mot dire toutes leurs observations et jugements dans le froid de leurs lames de verre. Mais en haut, au dernier étage, à la droite de la gouttière de plomb, une fenêtre brille d'une aura différente, d'une aura soyeuse et caressante, que l'on aimerait enlacer jusqu'aux confins de l'aurore. Mais tant de distance vous sépare d'elle qu'on ne peut qu'en deviner l'intérieur, sans que ce dernier ne vous ait jamais imaginé ni même attendu.
Atelier 25/2/2013 - Monologue intérieur
Ah celui-là , un sacré personnage, j'en vois dans la journée défiler mais des comme lui. Bon il est quelle heure. 15h. Je ne sais pas de quoi elle aura l'air, ni moi non plus d'ailleurs, j'aurai peut-être dû aller chez le coiffeur, ouais mais à vingt balles la coiffe pour les trois poils qui courent sur mon caillou. Remarque j'aurai discuté un peu, ça m'aurait détendu. Pas comme cette côte. Beaucoup trop tendue. La matraque, où que l'ai mise. Et l'autre à la télé hier soir, du pain en veux-tu en voilà , je vous jure, pas un pour racheter l'autre. Non mais y a peut-être le temps pour le coiffeur, 19h ça va faire juste, même si je ferme plus tôt, les journée sont calmes, trop calme. J'vais pas faire mon mois, les gens ils ont plus le sous, ou alors les modes changent, moi ça me dépasse. Un jour bleu, un jour noir. De vraies gonzesses. J'espère qu'elle sera mignonne, un petit brin de je sais pas quoi que j'aime bien avec de la générosité à plus savoir quoi en faire dans les … Aïe! putain con, j'ai bien failli y passer. Mon petit doigt, pauvre petit doigt, reste là petit sinon les filles elles auront peur de moi. Déjà que c'est pas la panacée. Non mais il avait vraiment une tête le client. Tiens une tête à voter pour l'autre de la télé, impressionné par le smoking, la cravate, et tout, et le langage pompeux et les mots fumeux. Mon jambon! C'est bon il est bien là , je l'ai pas oublié. J'espère qu'elle me rappellera ces petites choses, enfin je dis ça, je la connais même pas. C'est bien maman ça, se mêler de tout même de moi, enfin de moi c'est normal, mais mes amours. Enfin je vais pas m'en plaindre, enfin pas tout de suite. Bon le fil à gigot il est où? Je lui offrirai de la joue de porc, tendre et soyeuse, comme mes petites fesses, ou comme ses joues à elle, que je ne découperai pas, ah non, ça pour rien au monde, y a que la bidoche morte qui mérite mon couteau. Non et puis ça saignerait de partout. Ah je me dégoûte moi-même. Et Jéjé qui mange ses tripes entourées de tranches de lard, non mais des fois. Tiens, j'arrive au bout du pot justement. Marche bien les tripes, une mode de plus, la mode de la tripe, la tripe à la mode, la mode du slip, le slip à la mode! J'ai mis mon fétiche alors si avec ça… ah je me plongerai dans ses yeux pour y enfouir mes peines et mes doutes. Non mais j'ai des pensées dès fois. Remarque c'est pas trop mal. Et son corsage je m'y plonge… Aïe! Là , je me suis coupé, ah bravo. C'est pas grand chose mais c'est bien fait. Le sparadrap vite. Ca fera virile, même le client comme le petit dernier ça l'impressionnera, tiens avec un peu de chance il votera pour moi aux prochaines élections. Tsin tin tsin! Et le nouveau président de la république générale de la Vème du pays du steak frite et de la Charolaise est… Ah, si avec ça elle succombe pas ma louloutte.
Les lumières étalées en lignes verticales scintillaient sur les âmes souriantes. Les temps innocents berçaient nos soirées insouciantes sur le rythme d'antan. Nous étions libres de nos rages passées ensevelies sous notre bonheur présent.
 - Soirée 30 ans Sam
Atelier 11/2/2013 - Le point de vue
Les premières lueurs du jour s'étalaient doucement sur les pavés de la rue St-Jacques. Les odeurs de pain chaud s'emparaient de l’espace, profitant du calme présent. On entendait encore quelque champs d'oiseaux voletant dans les arbres voisins. En bas de l'hôtel "Edouard" sortait de la petite porte Mr Omochi muni de son appareil à focal infinie. Il traversa la rue déserte et se dirigea sans un rictus vers le saint graal japonais : Notre Dame. Le parvis était silencieux et habillait sereinement la haute cathédrale. S'approchant de l'entrée pour mieux capturer les détails sculptés Mr Omochi faisait dos à une élégante ombre noire.
- J’ai dû me tromper, ce jeune quinquagénaire m’a l’air des plus frais et vivants. Je ne remarque aucune trace de maladie, d’un peu de pourri, de mal entretenu en lui. Il doit y avoir erreur. Mais je ne me trompe jamais, enfin rarement, enfin de temps en temps mais pas souvent. Et puis les quelques fois où je suis passé trop tôt il y avait quand même un petit quelque chose, un peu de misère ou de guerre ou de mauvais air. Mais là , rien.
A quelques mètres au-dessus de la scène voletait un pigeon un peu trop gras, un peu trop vieux. Il se posa après un court vol plané sur une gargouille centenaire. A aucun moment il ne s’imagina que très bientôt les sirènes rugiront, que les pneus crisseront, les ambulanciers s’agiteront. De toute façon il ne s’imaginait jamais grand chose si ce n’est une boule de graisse bien huileuse avec de la levure en dessert. Détendu il se relâcha, son guano tomba, et sur l’objectif de Mr Omochi s’étala. Allégé il s’envola, la gargouille sous le poids se détacha, tout en bas s’écrasa, et Mr Omochi une dernière fois expira.

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Atelier 4/2/2013 - Jeu de briques
Le ciel perdit son bleu azur. L’orangé, plus sombre, prit place doucement étalant ses rouges feux sur les nuages retardataires. A ces visions je faiblis, baillai aux corneilles et m’enfonçai dans le fauteuil jaune au centre de la pièce. Mes yeux coulèrent dans le fond de leur poche. Noir. Clos. Profondeur. - Vous êtes en retard! Le regard fixe et grand ouvert un chat mauve aux accents de trompette m’ordonna de le suivre. Voici les clefs, n’oubliez pas de passer le balai une fois par semaine! Et surtout aucune tentative de crawl, brasse ou autre nage. Pas touche à la mer! Portez-vous bien! - Mer? Quelle mer? A ces derniers mots déjà il n’existait plus, le chat n’était plus. En face de moi s’élevait un phare immense aux rondeurs infinis. Si grand que je n’osai en faire le tour. La clef tourna dans la serrure et l’intérieur se dévoila. Les murs étaient silencieux, seul s’exprimaient quelques fissures, craquelures dans les coins reculés. Entre les murs de grandes fenêtres donnaient sur la mer à perte de vue, une mer lisse et endormit. A droite, au Nord, derrière moi, la mer. Les autres étages étaient semblables, sans fioritures, très épures. Et partout quelques pelures, écorchures, cassures le long des murs. Je ne pouvais laisser cela comme ça. Je pris la plus grande tige aplatit, les plus beaux pinceaux de la garde robe et m’attelai à la tâche : frottant, décapant, lissant les imperfections qui m’entouraient. Mais plus je les corrigeais, plus il en apparaissait, un vrai cauchemar! Les jours passèrent, autant de fois que se cacha le soleil. Le labeur durait, les petits trous se reproduisaient, les lapins dansaient, les murs riaient, Mary Poppins s’ennuyait et le pinceau râlait. Jamais je ne lâcherai! Je vous aurai! Maudit chat, c’est toi qui te joue de moi. Je reconnais ça et là ta griffe dans les poques de ces murs droits. Mais tu ne m’auras pas! Bientôt cette tour brillera. Bientôt ses fondations chanteront la fierté de leur pureté. Une mouette passa, le pinceau m’en tomba et l’espoir s’écroula. J’en resterai là . Jamais les pièces ne retrouveront leur éclat. Même pas moi. Je m’assis, abasourdi, au centre et me repentis. Les jambes croisées, les bras oubliés, j’étais lassé. Seul mes yeux osaient scruté cet intérieur si irrégulier. Le soleil se cacha encore deux, trois fois. Mes sens se calmèrent, mes pupille s’habituèrent, les trous me parlèrent. Nous échangeâmes, firent connaissance de nos âmes et quelques soleils plus tard nous nous embrassâmes.
Atelier 14/1/2013 - Objet
- Objet 1 (à deviner): Objectif: Sa silhouette se présente simple et légèrement allongée. Elle ondule au trois quarts mais garde une ligne générale droite. Elle a été fondue dans un métal simple et abondant, puis polie grossièrement. Aucun ajout de couleur ne lui a été appliqué ce qui lui confère une apparence brute. Par sa légèreté elle se manie aisément dans l'air, dans un liquide comme dans une matière soluble ou gélatineuse. Poétique: Je la vois se reposant langoureusement à la terrasse d'un café, prête à se plonger dans un bain chaud de soleil des heures durant. Elle s'amuse de ses reflets, des éclats qu'elle fait jaillir dans les yeux de ses voisins. Garce, elle n'hésite pas à étendre ses lignes et ses proportions parfaites. Moi même, je l'avoue, je me laisse piéger par ses jeux enfantins et la fixe silencieux de mes yeux. Pourtant ici à Paris elle n'est pas unique, des milliers comme elle se prélasse fière et s'affiche en publique. Oui mais aucune autre n'a son allure si particulière, si envoûtante à mon imaginaire. - Objet 2: Toujours aimable, jamais un râle, elle trône depuis toujours dans cet espace si chaleureux et familiale. Prête à vous accueillir tous les temps de la journée, que vous soyez nombreux et joyeux, ou écrivain solitaire et silencieux. Son long dos, allongeable, résiste sans grand mal aux blâmes et autres brimades là où d'autres s'affalent et se rétament. Elle n'est pas de sable mais d'un bois fier sur 4 pieds, ma table.
Atelier 7/1/2013 - Transposition du mythe du Minotaure
Juste avant que ne s'abattit le pont d'acier sur le sable il regarda une dernière fois la photo du doux visage de son amour que le grain vieillissant et le flash trop puisant avait angélisé. Il l'embrassa et la glissa dans la poche gauche de sa veste, juste à côté de son matricule. L'enfer s'ouvrit alors. La gueule grande ouverte, prêt à happer et déchiqueter chacun de ses compagnons et lui-même. Déjà il étouffait sous l'odeur des chaires éclatées. La nausée avait montée tout au long du voyage et débordait désormais de tous ses orifices. Il cracha, vomit toutes les peurs qui le terrassaient, se reprit et se lança à l'assaut de ce monstre sanguinaire. En même temps que le sang emplissait la mer, la rage nourrissait ses pas. Mais l'ennemi était partout et nulle part on ne le voyait. La reverra-t-elle? Les balles sifflaient leur haine et venaient s'abattre au hasard de leur appétit. Tâtonnant, remuant sur ce terrain qu'il ne connaissait, il avançait centimètre par centimètre. A sa droite le crâne d'un soldat explosa, à gauche s'écroulaient cent milles âmes agonisantes. Que fait-elle en ce moment? Il tirait au hasard, encore indemne. Pour combien de temps encore? Il se leva, cria, hurla de toutes ses forces pour repousser au plus loin sa mort. Le sol était meuble, ralentissait ses pas, alourdissait sa course, mangeait ses forces. Les obus explosaient sans fin, avec acharnement, ne laissant à découvert que de rares parcelles de la plage. Il s'engouffra dans l'une d'elle. Elle qui jamais ne pourra lui faire de mal. il atteignit une pente. Chaque battement de son coeur était un miracle. Il zigzaguait, mitraillait toute forme mouvante. Il atteignit un bunker. Elle qui rêvait de vivre dans une ferme aux ombres dorées. Il envoya une puis deux puis trois grenades puis s'engouffra dans la poussière, la puanteur. Il se retrouva face à cet homme. Appuyant machinalement sur son fusil automatique. Il ne l'avait pas vu, trop concentré à ôter des vies. Alors il s'approcha et avec toute l'énergie qui lui restait, avec tout le râle qui le hantait, il l'abattit froidement de sa lame, répétant le geste du boucher autant de fois qu'il lui fallu pour oublier son visage. Le silence tomba. Il s'écroula. Il commença à s'éprendre de spasmes violents, oubliant son être. D'un réflexe, sa main vint chercher la photo. Il la reconnu. Il sourit. Il pleura. Il était en vie.
Atelier 17/12/12 - Photo
Déjà se faisaient happées par les branches brumeuses les images noircies du passé.
D'un pas aveugle et mouillé j'avançais sur le sol meuble, recouvert de feuilles mortes, décomposées, en perte de leur peau jadis flamboyante. A chaque avancée je broyais d'éparses squelettes d'arbres secs. Je suspectais effrayé les caches inaccessibles à mon regard de m'épier, de me suivre à chacun de mes craquements involontaires. Ils savaient pour mon devenir, ils ont toujours su. Jamais ils ne le dévoileraient.
Je me laissais guider par un filet de lumière qui au loin perçait. Plus je le regardais, le fixais, plus son intensité grandissait, s'étalait dans mes rétines jusqu'à éblouir toute forme du réel. Tout ce blanc brûlait mes désirs d'espoir et commençait à pénétrer mes peines. Alors de rage je ferma les yeux, je battis mes bras et mes mains à travers un cri sans fin et couru affolé sans me retourner. J'oubliai le chemin, j'oubliai les repères, j'oubliai mes peurs. Mes jambes se consumaient sous leur folie excitatrice. La douleur harponnait mes muscles mais au lieu de les terrasser elle relançait l'afflux sanguin enfin libéré. Les larmes coulaient entre les plis de ma peau et venaient soulager mes bonheurs arides. Je ne me souciais plus de la pesanteur des troncs et de leurs extensions, du vol rasant des corbeaux siffleurs. J'étais ma jeunesse, j'étais mon présent.
Atelier 3/12/12 - Incipit
La théorie du vide
Un soir que j'étais dans ma chambre, j'ai entendu un bruit dans le couloir. Je ne pourrai le décrire exactement. Il n'était pas tout à fait sourd, pas tout à fait familier. C'était entre le bringuebalement d'une touffe poilue sur une plaque de cellophane et la chute d'un maillet sur un pouffe asymétrique.
J'ai cru tout d'abord à l'hallucination. Je me suis écouté, je me suis sondé, tâtant de ma main en position stéthoscope chaque battement de mes organes, de mes tempes, pensant y déceler une anomalie dans la mécanique de mes entrailles. Mais rien. A peine une légère poussée de chaleur au niveau du cuire chevelu.
Je tendis l'oreille vers l'entrebâillement de la porte, forçant ma concentration, poussant mes sens auditifs à leur plus haut niveau d'efficacité, jouant de la tension de mes tympans, effaçant toute pensée empêcheuse de silence. Mais rien.
Pourtant ce bruit avait bien été là , presque palpable. Un bref instant mais là . Il avait eu une existence avec un début, une fin, et sa propre aventure entre les deux. Il avait aimé, haï, baisé, volé, jalousé, espéré. Je le sais, je l'ai entendu. Si ça se trouve, il est peut être même encore parmi nous, brisé, éparpillé dans le couloir, mais pas totalement éteint. Peut-être essaye-t-il de rassembler ses dernières forces pour expirer sa dernière parole, son dernier souhait. Les coquillages sont bien emplis des derniers chuchotements des vagues. Alors je me dois d'être à ses côtés, unique témoin de son ultime râle.
J'hésite.
Dois-je y aller, dois-je me lancer à sa recherche? En remontant un à un les échos de sa chute je devrai le retrouver assez rapidement, juste avant de le perdre à jamais. Mais si son dernier vœux était de mourir seul, dans le calme, simplement et dignement. Et non en anonyme au milieu d'un vacarme désordonné. Après tout il a bien choisi le couloir pour dernière demeure au moment où dans ce lieu de passage personne ne passait.
Que faire?
Rien.

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Atelier écriture - 12/11/12 - Inventaires antinomiques
Les choses qui s'écrivent:
- Un horizon houleux sur une mère déchainée - Un nuage traversant un songe - Un voyage intérieur menant à une vérité inavouée - Un inventaire de pensées qui se seraient échappées - Une lettre d'amour puisée à la source du coeur - Une épopée fantastique dans des décors fantasmagoriques - Une vie qui déjà aimerait renaître - Une lettre libre pour celui ou celle qui la lira - Une jeunesse qui se soucie peu des mots - Un assemblage de sons, de couleurs et d'émois - Des paroles dansant sur leur rythme chantant - Tous les maux qui traversent nos êtres
Les choses qui se taisent:
- Un meurtre - Un inceste - Un viol - Un vol - Une haine - Un mensonge - Une honte - Un loupé - Un raté - Un embarras - Une gêne - Un amour - Un pleur - Un homme
Atelier écriture - 12/11/12 - Inventaires
Les choses du soir : un ciel orangé s'éteignant, une verveine chaude, un film de Rohmer, une lourde couette, un dîner de rire, une rasade de whisky, un oreiller à partager, une lumière tamisée, des trottoirs bruyants, une brasserie dorée, une discussion passionnée, trois remises en cause, une utopie presque réelle, un St-Pourçain Les Gardiens cuvée Grand Cru, une regard volé, un sourire échangé, un retour trouble, des rêves de Morphée. L'Orangerie, maison de ma mère: Un portail toujours ouvert, deux pots d'Uzès, un oranger et son jumeau citronnier, un jardin bien rangé, quelques raps au vent, une renouée du Japon increvable, un potager en fleur, des courgettes exubérantes, des géraniums épanouis, un rayon de soleil à travers un carreau de l'Orangerie, une cuisine généreuse, des boules de Noël en lévitation, une chambre reposante, les souvenirs d'André, des histoires familières, un sourire ressourçant. Dans les pages de mon carnet: Une pensée du jour, une idée de nouvelle, un projet photo, un livre à lire, un peu de vocabulaire japonais, un lieu à ne pas oublier, des mots expulsés, un prénom rencontré, un dessin incertain, un projet de vie inavoué, un amour du passé, une tâche bien ancrée, un poème de jeunesse, des ratures tueuses de mot, une liste à la Prévert, des pages blanches.