Like a beginning. (Jessie & Cyrius)
Résumé : Cyrius décide de rejoindre la maison des Redford pour venir prendre des nouvelles de Jessie, quelques heures avant que l'enterrement de Glenn n'ait lieu. Dans sa chambre, le troisiÚme année apporte à son meilleur ami ce dont il a désespérément besoin : un plan de sortie et un soutien indéfectible.
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Ne pas dire que Cyrius nâavait pas redoutĂ© ce jour Ă©tait une erreur. Le jeune homme craignait cet enterrement, peut-ĂȘtre plus quâil ne voulait lâavouer. Il ne connaissait pourtant pas beaucoup le dĂ©funt. Mais cette personne avait Ă©tĂ© un pilier pour deux ĂȘtres qui lui Ă©taient trĂšs chers.Â
Si Cyrius avait peur, ce nâĂ©tait pas pour lui. Mais pour sa soeur aĂźnĂ©e, sa Cyann, qui aurait dĂ» Ă©pouser Glenn. Et pour son meilleur ami, son Jessie, qui venait de perdre son frĂšre. Sâil avait peur, câĂ©tait de les voir sâĂ©crouler, lâun comme lâautre. Sous le coup de la douleur.
Oh, il y avait bien aussi une part dâĂ©goĂŻsme. Parce quâau fond de lui, tout au fond de lui, il savait quâil ne pourrait pas vraiment leur promettre dâĂȘtre maintenant toujours prĂ©sent pour eux - alors que câest ce quâil voulait faire. Il savait que la machine infernale de sa propre maladie sâĂ©tait mise en route. Et quâun jour, Jessie et Cyann allait le pleurer lui.
La peur et le mal aise quâil ressentait depuis le matin Ă©tait tournĂ©e vers deux des ĂȘtres les plus importants pour lui. Et vers lui mĂȘme.
Mais Cyrius se devait de faire bonne figure. Et surtout dâĂȘtre prĂ©sent.Â
Alors, il arriva bien en avance sur les lieux de lâenterrement la matinĂ©e de ce triste jour. Il sâĂ©tait libĂ©rĂ© de sa famille, au dernier moment, les prĂ©venant par un sms. Il avait dĂ» se battre avec le Dr Sanchez pour avoir la permission de quitter le service oĂč il se trouvait plus tĂŽt que lâheure prĂ©vu. Mais Jessie avait besoin de lui. Et cette fois-ci, il serait lĂ . Vraiment prĂ©sent.
CĂ©leste Ă©tait dĂ©jĂ levĂ©e lorsquâil arriva, vĂȘtue dâune robe noire, debout dans sa cuisine. Cyrius frappa Ă la porte, la salua, lui fit face sans broncher. Il avait toujours la dĂ©sagrĂ©able impression de sâadresser Ă un pantin, quand il devait lui adresser la parole.
Il lui prĂ©senta toutes ses condolĂ©ances, un peu raidement peut-ĂȘtre, puis demanda oĂč se trouvait son meilleur ami.Â
Et, le plus rapidement possible, le jeune homme se dirigea vers la chambre quâoccupait Jessie.Â
Cyrius avait enfilĂ© le costume quâil aurait dĂ» porter au mariage de sa soeur et de Glenn. Gris, sobre, parfait. Il aurait prĂ©fĂ©rĂ© le porter pour un autre jour, un jour plus joyeux, mais il ne se voyait pas choisir une autre tenue pour les obsĂšques du frĂšre de son presque frĂšre.
Le blond ne frappa pas Ă la porte de la chambre. Il lâentrouvrit simplement et jeta un coup dâoeil Ă lâintĂ©rieur.Â
Jessie était déjà debout, bataillant avec sa cravate.
Ce fût trop pour Cyrius. Il ne pût retenir le fou rire qui grimpait le long de sa gorge.
RepĂ©rĂ©, il entra dans la piĂšce, un sourire hilare aux lĂšvres.Â
- JâespĂšre que tu sais mieux dĂ©faire une cravate que lâattacher. Sinon je plains le nombre de mec que tâas dĂ» Ă©trangler avant de passer Ă lâacte.
Jessie nâavait pas beaucoup dormi, cette nuit lĂ . Pendant trop longtemps, il avait considĂ©rĂ© ce jour comme une libĂ©ration. Comme une Ă©tape vers sa nouvelle vie, pour tourner la page et arrĂȘter de vivre Ă travers un passĂ© lassant et destructeur.
Mais plus il se rapprochait de la date fatidique, et plus il avait lâimpression dâavoir trop misĂ©. Dâavoir trop rĂ©flĂ©chi. Lâenterrement lui permettrait dâĂȘtre en paix avec Glenn. Mais les Ă©vĂšnements resteraient gravĂ©s dans sa mĂ©moire. Dans chaque heure. Pendant chaque minute. Jusquâaux derniĂšres secondes.
Alors finalement, il se redressa dans son lit, et fixa la tapisserie dâun air absent. Il nâaurait jamais cru que Celeste et Burl garderaient sa chambre intacte, avec les vieux posters froissĂ©s de ses anciennes idoles, et ses affaires de cours rangĂ©es en contrebas du bureau.
Dans la pĂ©nombre de la nuit, il sâĂ©tait relevĂ© et il Ă©tait allĂ© chercher son costume dans la petite penderie, juste en face de son lit. Il lâavait posĂ© sur la couette Ă peine dĂ©faite et il lâavait regardĂ© pendant plusieurs minutes.
Du noir. Et du blanc. Sobre et élégant.
CâĂ©tait de cette façon que la vendeuse dâune boutique de New-York de prĂȘt Ă porter lui avait soldĂ© lâhabit. Jessie sâĂ©tait contentĂ© de tendre sa carte bancaire pour y faire disparaitre ses derniĂšres Ă©conomies.
Mais aujourdâhui, il regrettait cette dĂ©cision hĂątive. Alors il se contenta dâenfiler le pantalon et la chemise immaculĂ©e avant dâaller chercher tout au fond du placard, sur un cintre en bois, la veste du bal de promo que son frĂšre avait choisi pour lui Ă lâĂ©poque du lycĂ©e.
Le reste de la nuit, il le passa Ă sâadmirer dans le miroir sans jamais enfiler sa cravate. Parce quâelle apportait la touche finale Ă ce quâil redoutait tant. Alors il sâĂ©tait contentĂ© dâobserver son reflet, avec son air fatiguĂ©.
Ce ne fut que lorsquâil sâaperçut quâil Ă©tait dĂ©jĂ six heures du matin quâil sâĂ©broua les cheveux avant de relier le petit bout de tissu noir contre son col, sans jamais parvenir Ă y faire le nĆud adĂ©quat.
Un long rire se moqua de lui, et Jessie ne mit pas longtemps à comprendre de qui il provenait. Il regarda Cyrius à travers le miroir, un air un peu neutre au visage. Pourtant il eut le mérite de lui faire décrocher un sourire avec sa remarque.
- On peut pas vraiment dire que les cols blancs soient le style de mecs que jâai lâhabitude de ramener chez moi.
Il se retourna avant de jauger son ami.
- Tâes classe⊠pour quelquâun qui a passĂ© ces derniers jours dans le coma.
Il attrapa les deux laniĂšres qui enserraient son cou, et il arqua un sourcil.
- Bon, tu mâaides ou tu vas te contenter dâobserver le combat acharnĂ© - mais passionnant, je te lâaccorde - que je mĂšne avec une cravate, dĂšs le petit matin ?
Cyrius ne retient pas le sourire moqueur qui sâaffichait sur ses lĂšvres. Il croisa ses avant-bras sur son torse, plutĂŽt fier dâavoir rĂ©ussi Ă amener lâĂ©bauche dâun sourire sur le visage de Jessie.Â
- Ăa doit ĂȘtre bandant pourtant, les mecs en costard-cravate. Regarde toi, tu es presque parfait ! .. Regarde moi, je suis parfait.
Faire comme avant, blaguer, utiliser lâhumour. CâĂ©tait la maniĂšre de Cyrius dâĂȘtre prĂ©sent pour son ami. De lui tĂ©moigner son soutien. Ce nâĂ©tait certainement pas lui qui allait lui glisser des regards en coin, prendre une mine compatissante et lui tapoter le dos. Pas son genre. Si Jessie avait envie de parler, il le ferait de lui mĂȘme.
Le blond roula des yeux Ă la remarque de son ami.Â
- JâĂ©tais pas dans le coma. Je faisais une sieste !
Cyrius ricana toujours en voyant Jessie continuer Ă se battre avec le morceau de tissu noir pendant autour de son cou. Il avait presque envie de le laisser se dĂ©brouiller, juste pour contempler son agacement.Â
Mais il finit par le rejoindre en quelques pas, vira ses mains dâune tape et se chargea de dĂ©faire le noeud que lâautre blond avait tentĂ© de nouer.Â
- Tâas serrĂ© comme une brute..Â
Les sourcils de Cyrius se froncĂšrent tandis quâil se concentrait pour faire les gestes dĂ©jĂ rĂ©pĂ©tĂ©s maintes et maintes fois - sur lui dâune part, mais aussi sur Jessie quand ce dernier en avait besoin.Â
Il nâeut besoin que de quelques secondes pour rĂ©aliser un noeud parfait. Avec son Ă©ternel sourire, il en profita pour remettre en place le col de la chemise de Jessie et lisser le tissu sur ses Ă©paules.Â
- Digne dâun acteur porno.
Cyrius se laissa ensuite tomber sur le lit, observant la chambre de son ami du coin de lâoeil.Â
- JâĂ©tais entrain de me dire un truc pendant que je conduisais tout Ă lâheure. .. CâĂ©tait cool quand on Ă©tait parti tous les deux en  Caroline du Sud lâĂ©tĂ© de la premiĂšre annĂ©e. Ăa te dirait pas on se recasse ? Loin ?Â
En Ă peine quelques secondes, Cyrius Ă©tait parvenu Ă ses fins. Jessie venait de dĂ©rider son visage et ses muscles se dĂ©contractaient un Ă un. Il Ă©tait soulagĂ© que son meilleur ami ait fait le dĂ©placement. Pour Cyann mais aussi pour lui. Et Ă prĂ©sent, il doutait un peu moins du cap difficile quâil sâapprĂȘtait Ă travers.
Face Ă lâair fringuant de Cyrius, et Ă son ego dĂ©mesurĂ©, la gorge de Jessie se secoua de quelques rires.
Lorsque son camarade sâapprocha un peu plus de lui, Jessie ne put sâempĂȘcher de faire glisser sa main contre son Ă©paule et le tissu qui la recouvrait.
Pendant un instant, ses yeux brillĂšrent en reconnaissant le costume de Cyrius. "Jâaurais un costard gris". Le sms que son colocataire lui avait envoyĂ© un mois auparavant au sujet du mariage lui revint en mĂ©moire comme un flash aveuglant.
Il offrit un regard Ă Cyrius, et il voulut le remercier pendant un instant. Mais ses mots se laissĂšrent aller Ă une remarque acidulĂ©e, parce quâil ne savait pas vraiment faire autrement en prĂ©sence du blond.
- Tâes parfait, ouais. Mais câest le costume qui fait tout le boulot.
Il se permit un sourire plus faible que tous les autres, parce que Cyrius Ćuvrait dĂ©jĂ Ă la tĂąche quâil lui avait confiĂ©.
Observant ses premiers mouvements sans parvenir Ă obtenir suffisamment de recul, Jessie laissa finalement tomber et releva le menton en hauteur.
Il ne fallut que quelques instants Ă son comparse pour lui offrir une cravate soigneusement vissĂ©e contre son cou, et il porta rapidement le tissu derriĂšre sa veste, avant de sâobserver dans le miroir.
De nouveau, il faisait face au reflet de son camarade assis sur le lit, et quelques secondes de surprise prirent place face Ă sa proposition.
Il se retourna vers Cyrius et entrouvrit la bouche, un peu béat.
- Putain. Jâattends que ça. Me barrer dâici. Me barrer de la NYADA. Il se tut et reprit dans un souffle. Oublier.
Il mit Ă peines quelques secondes Ă rĂ©flĂ©chir, et malgrĂ© la culpabilitĂ© quâil Ă©prouvait vis-Ă -vis de Gabriel, il se lança.
- On peut mĂȘme partir demain. Juste comme ça. Juste parce quâon a envie.
Il haussa une épaule, avec un peu de désinvolture.
- Le Nain tâen voudra pas trop ? De rallonger ton sĂ©jour loin de lui ?
Un petit sourire moqueur venait de prendre le relai.
Arriver Ă faire rire son meilleur ami Ă©tait une petite victoire pour Cyrius. Mi-allongĂ© sur son lit, il eut un sourire en coin. Pas moqueur, mĂȘme pas ironique. Juste soulagĂ©. Juste complice.Â
Un sourire comme il les lui rĂ©servait.Â
Il avait comprit ses remerciements derriĂšre le piquant de ses phrases. Les yeux de Jessie avaient toujours parlĂ© Ă sa place. Ou peut-ĂȘtre que Cyrius savait juste lire entre ses mots. Peut-ĂȘtre quâil le connaissait trop bien finalement.Â
En tout cas, il avait prĂ©vu de voir la surprise sur le visage de Jessie. Sa proposition avait fait mouche. Il Ă©tait aussi assez content de voir que lâautre blond Ă©tait prĂšs Ă repartir avec lui, du genre au lendemain, juste pour le fun.Â
Et Cyrius eut la confirmation, tout au fond de lui, que leur relation nâĂ©tait pas prĂȘte de changer. Tant mieux.Â
- Devine quoi  ? Tonton Millers a tout prĂ©vu. Tout. On part demain matin. Jâai tes affaires dans le coffre de ma voiture.. Et.. Je suis pas gĂ©nial ?Â
Il sortit de lâintĂ©rieur de sa veste deux billets dâavion quâil lui jeta avec un sourire en coin.Â
- PremiĂšre classe monsieur. Tu sentiras pas le temps passer.Â
Il se rĂ©jouissait encore plus de voir la tĂȘte de Jessie Ă la vue de la destination quâil avait choisi pour eux.
Mais il se rembrunit rapidement, quand Jessie Ă©voqua Aiden.Â
- .. Il comprendra. Et je crois que pas voir ma gueule pendant quelques jours va lui faire du bien.Â
Depuis plusieurs jours, Jessie avait envie de disparaitre. Et Cyrius lui en donnait la parfaite occasion. La nostalgie se mĂȘla bientĂŽt Ă la joie, lui donnant lâimpression dâapercevoir les premiers couchers de soleil devant ses yeux et le froid du Sud flatter sa peau.
Cyrius accentua son plaisir en lui assurant une porte de sortie en bonne et due forme, dÚs le lendemain. Il avait déjà organisé une bonne partie du voyage, sans en avoir jamais parlé à Jessie.
Parce quâil avait rĂ©ussi Ă prĂ©dire sa rĂ©action bien avant aujourdâhui.
Alors le deuxiĂšme annĂ©e se contenta dâacquiescer, admiratif.
- Je vais rien dire, parce que sinon ta tĂȘte va jamais passer lâintĂ©rieur de la voiture, et ça serait quand mĂȘme bien con pour commencer notre road trip.
Mais Cyrius lui balança en mĂȘme temps deux billets dâavion quâil sâempressa de sortir de leur enveloppe, impatient.
Lorsquâil vit la destination, ses yeux sâĂ©carquillĂšrent.
- Indio ? Tâes sĂ©rieux, mec ? Il laissa Ă©chapper un rire un peu plus rauque que les autres, avant de sâavancer dâun pas ou deux. Jâai toujours rĂȘvĂ© dâaller Ă Coachella ! Et GlennâŠ
Mâavait promis de mây emmener cette annĂ©e.
Pourtant, sa gorge se noua et Jessie ne parvint pas Ă terminer sa phrase. Il ne ressentait aucune tristesse. Juste de la reconnaissance. Parce que Cyrius sâĂ©tait rappelĂ© de ce dĂ©tail. Et Cyrius avait trouvĂ© le lieu parfait pour quâil se sente mieux.
Pourtant, il ravala son sourire quand son meilleur ami mentionna Aiden. Apparemment, il y avait du gaz entre les deux amoureux.
- Comment ça, ça va lui faire du bien ? Qui irait bien sans voir ton visage dâange pendant plusieurs jours ?
Il sâapprocha un peu plus théùtralement, comme sâil dĂ©clamĂ© le plus beau des poĂšmes.
- Sans voir tes cheveux soyeux et dorés comme des épis de blé ?
Il soupira, avant de terminer, toujours aussi moqueur.
- Sans voir ton corps dâApollon et tes muscles saillants ?
Cyrius ne masquait pas son petit sourire fier de lui. Il sâĂ©tira, mais ses yeux ne quittaient pas une seule seconde le visage de son meilleur ami. Enfin il lisait autre chose que de la morositĂ©, ou de lâincomprĂ©hension, ou mĂȘme du vide. Il y voyait comme une lueur de vie, derriĂšre lâiris de ses yeux.
Le blond avait longuement rĂ©flĂ©chi, sâĂ©tait torturĂ© les mĂ©ninges, pour trouver la bonne destination. Il avait fini par choisir celle lĂ . Un peu en hommage Ă Glenn, mais aussi pour faire comprendre Ă Jessie, que quoi quâil arrive, il serait lĂ pour le soutenir. Loin de lui lâidĂ©e de remplacer ce que Glenn avait pu reprĂ©senter pour lui. Non. Le rĂ©alisateur Ă©tait juste prĂ©sent, dĂ©sormais, pour devenir une autre figure fraternelle si Jessie le dĂ©sirait.
Son cadeau-porte-de-sortie-évadons-nous-avec-le-sourire-soyons-fous-et-jeunes-et-vivants semblait marcher du tonnerre, au vue du sourire de Jessie. Cyrius en était plus que fier.
Lâambiance se fit instantanĂ©ment plus bonne enfant. Jessie reprit ses petites piques, mĂ©lange de moquerie et de vĂ©ritable intĂ©rĂȘt. Cyrius ne fĂ»t incapable que dâune seule rĂ©action puĂ©rile : il recula sur le lit, allant se caler contre le mur en mettant le plus de distance entre lui et Jessie, et en lui tirant la langue. Bras croisĂ©s sur son torse.
- Tâas gueule. On parle pas de lui okay ?
Les yeux gris lui lancĂšrent un regard faussement courroucĂ©. Puis un deuxiĂšme quand il comprit quâil ne faisait pas vraiment peur Ă Jessie.
- Câest toi qui va profiter de mon corps dâApollon et de mes muscles saillants pour les jours Ă venir. .. Enfin, mĂąter. Hé ! Tu me touches pas sale pervers !
Et un oreiller dans la figure de Jessie un peu trop prĂšs. Un.Â
Cyrius roula sur le cĂŽtĂ©, essayant de changer de sujet. Il se glissa vers le bord du lit, passant sa tĂȘte en dessous, en tĂątonnant du plat de sa main le sol. Il semblait chercher quelque chose.
- Tu cachais des magazines sous ton lit ou pas toi ? A lâĂ©poque oĂč tu Ă©tais encore moche et boutonneux ?
Jessie savait quâil nâĂ©tait pas dans les habitudes de Cyrius de parler de sa vie sentimentale. Il en avait eu un exemple flagrant avec Lily, et mĂȘme sâil se doutait que la raison nâĂ©tait pas Ă©trangĂšre au fait que Jessie ne pouvait supporter la jeune fille, il avait Ă©galement fini par comprendre que son meilleur ami rĂ©servait sa pudeur Ă ses histoires amoureuses.
Alors il nâinsista pas quand Cyrius lui fit comprendre quâil nâĂ©tait pas prĂȘt Ă en parler, par des mots dont le ton ne trompait personne et un regard qui avait perdu de sa force depuis longtemps. Jessie prĂ©fĂ©ra hocher de la tĂȘte, dâun air entendu.
Et lorsque la situation dĂ©riva, il ne put Ă©chapper Ă lâoreiller que son camarade lui envoya en pleine figure. Jessie attrapa la housse, retenant un fou rire pour tenter de se montrer blessĂ© par cette basse attaque. En vain.
- Une fois, jâai couchĂ© avec des jumeaux. CâĂ©tait bizarre. Alors crois-moiâŠ
Et il balança lâoreiller contre le mur, frĂŽlant au passage son ami. Retour Ă lâenvoyeur.
- Lâinceste, câest pas pour moi. Je risque pas dâavoir envie de te toucher. Sauf si un jour, tu deviens pĂ©tĂ© de tunes, et lĂ , je suis prĂȘt Ă faire ce quâil faut pour que tu mâachĂštes une jolie BM.
Cyrius ne lâĂ©coutait dĂ©jĂ plus quâĂ moitiĂ©, roulant sur le cĂŽtĂ© du lit pour tĂąter la moquette en dessous. Le jeune homme venait de sâintĂ©resser Ă son ancienne vie, dâune drĂŽle de façon, et Jessie afficha un faux air offusquĂ©.
- Moi ? Des magazines ? Jamais !
Puis il croisa les bras avant de désigner son ancien bureau du menton, un sourire en coin.
- Tu mâas pris pour mon pĂšre ou quoi ? Jâutilisais mon PC. Jâai appris Ă effacer mon historique Ă onze ans.
Il recula de deux pas, une moue encore plus expressive collée au visage.
- Et jâai jamais Ă©tĂ© moche, putain. Boutonneux, peut-ĂȘtre un peu. Mais ça⊠Et il dĂ©signa son corps dâun geste de la main Ă peine théùtral, ça fait tourner les tĂȘtes depuis mes 15 ans, mec.
Cyrius allait rĂ©pondre quelque chose, mais on frappa Ă la porte, emportant le regard des deux jeunes sur lâintrus qui sâĂ©chappa de lâembrasure.
- Les garçons, nous nâallons pas devoir tarder. Le rĂ©vĂ©rend attend.
Celeste tenta un mince sourire Ă lâintention de Jessie avant dâobserver son meilleur ami qui venait Ă peine de se relever du lit.
- Oh, Cyrius, votre chemise est froissĂ©e. Et tĂąchez de remonter les boutons jusquâen haut. On ne se rend pas Ă votre enterrement de vie de garçon.
Un dernier sourire et elle disparut.
Jessie lui adressa un regard désolé avant de lever au ciel.
- Ouais, je sais. Surveille-moi aujourdâhui ou je risque de me pendre dans le grenier, aprĂšs la rĂ©ception.
Et ils sortirent de la chambre en ricanant, dâune façon presque lugubre.