Complete : Because The Night Belongs To Us ( Jessie & Gabriel )
Résumé : Lorsque Gossip Nyada lance la rumeur du suicide prochain de Jessie, Gabriel se précipite pour lui changer les idées. Il est loin de se douter que cette soirée va changer à jamais l'image qu'il a du deuxiÚme année. Et c'est sûrement mutuel.
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Comme tous les autres Ă©tudiants de la Nyada, Gabriel ne rĂ©sistait pas bien longtemps Ă la sonnerie qui annonçait une nouveautĂ© de Gossip N. Crainte dâĂȘtre concernĂ© par la rumeur, ou peur dâapprendre quelque chose de terrifiant sur un ami, il ouvrait chaque message lâestomac nouĂ©, et la respiration coupĂ©e.
Et cette fois-ci, il resta bouche-bĂ©e devant la nouvelle que la blogueuse venait de mettre en ligne. Et mĂȘme sâil savait que toutes ses informations Ă©taient Ă prendre des pincettes, il connaissait le principe : Gossip Nyada nâinventait jamais rien⊠Elle manipulait parfois la vĂ©ritĂ©, seulement.
Et parce que lui avait Ă©tĂ© tĂ©moin de la crise de nerf de Jessie, quelques jours auparavant, il ne pouvait pas prĂ©tendre que cette rumeur stupide nâĂ©tait pas vrai. Il devait sâen assurer.
Gabriel se redressa, assis sur son lit. Il consulta lâhorloge, qui annonçait un dĂ©but de soirĂ©e encore frais. Puis, aprĂšs quelques secondes dâhĂ©sitation, il se prĂ©para rapidement.
Ce nâest que quelques minutes plus tard quâil se retrouva Ă toquer Ă la chambre de Jessie, un peu tendu. Il nâavait pas eĂ»t le temps de prĂ©parer un quelconque plan, et il nâavait aucune idĂ©e de lâĂ©tat dans lequel il allait trouver le jeune homme.
Personne ne vint lui ouvrir pendant un moment, et le coeur de Gabriel commença Ă sâemballer. La possibilitĂ© que Gossip N ne se soit pas trompĂ©e Ă©tait un peu trop douloureuse.
- Jessie ! Câest moi !
Il tambourina Ă nouveau contre le bois qui lui faisait face, et enfin, la poignĂ©e sâenclencha. Gabriel se recula, pour reprendre contenance, et Jessie apparut, la mine dĂ©faite, et les yeux un peu rougis.Â
A peine avait-il franchi le seuil de sa chambre, quâune alerte rĂ©veilla lâordinateur en veille de Jessie. Il posa le sachet en papier de la pharmacie sur son bureau, et se pencha en avant pour observer avec curiositĂ© les derniĂšres Ăąneries made in Gossip Nyada.
Mais il blĂȘmit au fil de la lecture, faisant dĂ©rouler le petit texte Ă lâaide de sa souris. Ses lĂšvres sâamincirent, et ses coudes eurent le rĂ©flexe de se tendre en arriĂšre pour Ă©viter de passer ses nerfs sur le reste de son mobilier Ă©lectronique.
Un portable en moins, câĂ©tait dĂ©jĂ suffisamment embĂȘtant.
Il sâapprocha de la fenĂȘtre, enjambant les affaires qui jonchaient le sol. Et il parvint Ă lâouvrir aprĂšs plusieurs tentatives infructueuses. Lâair Ă©tait un peu trop froid, et il brĂ»lait le fond de sa gorge au rythme de ses respirations. Pourtant, il nâessaya pas de bouger. Il aimait cette sensation. Cette douleur agrĂ©able.
Mais ce moment dâaccalmie fut Ă©courtĂ© par un tambourinement contre sa porte. Visiblement, la personne qui le dĂ©rangeait avait perdu vite patience car elle ne tarda pas Ă baragouiner quelque chose que Jessie ne comprenait pas.
Dâun pas trainant, il parvint Ă atteindre la poignĂ©e, et ouvrit au fameux visiteur. Gabriel sembla un peu dĂ©sarçonnĂ© et Jessie pencha la tĂȘte.
Avant de soupirer. Il devait avoir une mine Ă faire peur.
Il hocha la tĂȘte, avant de se dĂ©caler sur le cĂŽtĂ© pour le faire entrer. Gabriel sembla hĂ©siter avant de sâexĂ©cuter.
Quand il lui fit de nouveau face, Jessie croisa les bras.
- Laisse moi deviner⊠Tâes lĂ Ă cause de ce quâelle a dit.
Il désigna son ordinateur du doigt avant de sourire faiblement.
- Câest juste des cachets pour mâaider Ă dormir. Gabriel ne semblait pas se dĂ©rider alors Jessie reprit dâune voix plus douce. Câest promis. Et son ton se fit presque amusĂ©. Tu veux voir mon ordonnance, peut-ĂȘtre ?
Si Jessie ne payait pas de mine, il ne semblait pas particuliĂšrement agacĂ© par la visite de Gabriel. Au contraire, il lâinvita Ă entrer, avant de le confronter sur la raison de sa vitesse. Mais contrairement Ă nombre de leurs conversations diffĂ©rentes, il fit sans froideur, et le brun fut presque surpris de le voir sourire gentiment.
Le deuxiĂšme annĂ©e ne tarda pas Ă justifier la prĂ©sence des mĂ©dicaments et aprĂšs quelques secondes dâhĂ©sitation, Gabriel lui rendit son sourire.
- Non, câest bon, je te croisâŠ
Il se doutait quâil devait avoir lâair un peu idiot, pour avoir rĂ©agit aussi vite, mais depuis la fusillade, il se sentait Ă©trangement liĂ© Ă Jessie. Et il prĂ©fĂ©rait sâassurer que celui quâil commençait Ă considĂ©rer comme son ami allait bien.
Gabriel jeta un coup dâoeil autour de lui, nâĂ©tant jamais venu dans la chambre auparavant. Et il remarqua rapidement lâĂ©tat relativement lamentable de la piĂšce. Si les deux colocataires sâĂ©taient installĂ©s confortablement, et que la petite piĂšce avait Ă©tĂ© arrangĂ©e trĂšs personnellement, elle Ă©tait aujourdâhui ravagĂ©e, et le sol Ă©tait recouvert principalement dâhabits et de feuilles. Gabriel se garda de poser la moindre question, conscient quâĂ©voquer ce fait aurait Ă©tĂ© rappeler Ă Jessie lâabsence de son meilleur ami, et il prĂ©fĂ©ra glisser ses mains dans ses poches.
- JâĂ©tais aussi venu⊠Enfin, si tâas envie, hein. Et si tâas le temps.Â
Jessie lâinterrogea du regard, et Gabriel se rendit compte que sa phrase nâavait pas grand sens. Il tenta un sourire un peu timide.
- Si tâas envie de sortir un peu⊠Histoire de ⊠Sortir.
Il avait faillit dire â te changer les idĂ©es â, mais il craignait que Jessie ne le prenne comme une marque de pitiĂ© de sa part. Car Gabriel Ă©tait loin de faire cette proposition seulement dans lâintĂ©rĂȘt de Jessie. Lui aussi, avait envie de sâoffrir un moment de dĂ©tente, et surtout, de connaĂźtre le jeune homme un peu mieux.
Et si cela permettait Ă Jessie de sâĂ©loigner une soirĂ©e de cette chambre qui devait lui miner le moral, alors les deux y gagnaient, nâest-ce pas ?
La tension de ses derniĂšres semaines sâĂ©tait lĂ©gĂšrement Ă©vanouie, et Jessie voulait oublier la conclusion de leur derniĂšre rencontre, lorsquâil lui avait exposĂ© son idĂ©e dâaller rendre visible Ă lâassassin de Glenn.
Alors il continua de sourire, Ă©coutant avec attention ce que Gabriel avait Ă lui dire. Il fronça toutefois les sourcils lorsquâil lui proposa quâils se fassent une sortie ensemble, le soir mĂȘme.
Jessie jeta un coup dâĆil vers la fenĂȘtre toujours ouverte, et se gratta la joue dâun air absent. La demande pouvait sembler banale mais Ă©tant donnĂ© le parcours Ă©trange que sa relation avec Gabriel avait empruntĂ©, il nâarrivait pas Ă se dĂ©faire de la tĂȘte que ce nâĂ©tait pas naturel.
Quâil faisait ça uniquement pour sâassurer que la prophĂ©tie de Gossip Nyada ne se rĂ©aliserait pas cette nuit.
Il dĂ©passa Gabriel restĂ© dans le couloir pour attraper un tee-shirt roulĂ© en boule, Ă lâextrĂ©mitĂ© de son lit.
- Comme tu peux le remarquer, jâai du rangement Ă faire.
Il hocha la tĂȘte, affichant une mine engagĂ©e avant de se saisir du sac en papier qui trĂŽnait toujours sur son bureau.
- Et puis, jâai mes pilules Ă essayer. Parait quâavec ça, tu dors douze heures dâaffilĂ©e sans broncher.
Il haussa une épaule, les yeux sur le cÎté.
- Mais le lendemain, tâas envie de vider tes tripes.
Ah les effets secondairesâŠ
- Tu vois, chouette soirée en perspective.
Et il lui offrit un dernier sourire Ă peine plus convaincant que les autres.
Jessie ne sembla pas particuliÚrement enthousiasmé par la proposition de Gabriel, et il ne tarda pas à la refuser, prétextant la nécessité de ranger sa chambre et de prendre ses médicaments.
Le troisiĂšme annĂ©e commença par acquiescer doucement, mais quand Jessie se tourna vers lui, pour lui offrir une mine qui trahissait un manque flagrant dâenthousiasme, Gabriel interrompit ses petits mouvements de tĂȘte.
Il tendit la main vers le sac qui contenait les médicaments de Jessie.
AprĂšs une seconde dâhĂ©sitation, Jessie accepta de lui cĂ©der, et Gabriel le posa rapidement sur le bureau derriĂšre lui.
- Tâas pas besoin de ça. Pas tout de suite. Et tâas pas besoin de ranger ta chambre ce soir non plus.Â
Il tentait de garder sa voix calme, et détendue.
- AprĂšs, je tâen voudrais pas de me dire que tâas pas envie de sortir avec moi.Â
La phrase sonna Ă©trangement Ă ses oreilles, et il sâempressa de rectifier, dâune voix plus pressĂ©e.
- Sortir au sens sortir. Au sens soirée. Boire un verre. Faire quelque chose.
Il vit le regard de Jessie sâattarder sur ses pommettes rougissantes, et il tenta de se reprendre.
- Si câest moi le problĂšme, vraiment, je peux comprendre.
Gabriel se permit mĂȘme un petit sourire comprĂ©hensif.
- Mais moi, jâai dĂ©cidĂ© de sortir ce soir. Et si tu viens pas avec moi, je risque de me retrouver Ă moitiĂ© coma⊠Endormi, sur un trottoir.
Il sâĂ©tait reprit Ă temps, et finalement, il nâavait pas lâimpression de sâen sortir si mal que ça. Il se mordit la lĂšvre, dans lâexpectative, mais les extrĂ©mitĂ©s de sa bouche tendaient vers le haut. Et au fond de ses yeux, une pointe dâespoir subsistait.
Jessie aurait aimé que Gabriel se contente de ses prétextes bidons, et de son attitude un peu trop tendu, mais le jeune homme ne tarda pas à riposter.
Son ton Ă©tait toujours aussi doux, et Jessie fit peu Ă peu retomber ses derniĂšres dĂ©fenses. Si Gabriel tentait peut-ĂȘtre de lâaider, il y voyait Ă©galement une occasion de se changer les idĂ©es ensemble.
Et puis, sa maladresse le rendait un peu trop adorable pour quâil puisse vraisemblablement faire acte dâun nouveau refus.
Son tee-shirt froissĂ© passa dâune main Ă lâautre, dans lâexpectative, et finalement il soupira, observant sa chambre dâun oeil distrait.
- Tu vas pas lĂącher lâaffaire, hein ?
Jessie se mit Ă sourire, un peu hĂ©sitant. Et Gabriel secoua la tĂȘte un peu trop sĂ©vĂšrement, ce qui ne rendait que la situation plus comique.
Le blond acquiesça, se rendant compte que cette présence lui avait fait déjà un peu trop de bien en aussi peu de temps.
Et il se décida, pointant du doigt la salle de bains.
- Tu me laisses me passer le visage sous lâeau pour me rĂ©veiller un peu avant ?
Il nâattendit pas une quelconque rĂ©ponse de son interlocuteur, enlevant par la mĂȘme occasion son haut pour attraper une chemise propre au dessus de son meuble.
Ses gestes Ă©taient toujours un peu trop lents, mais il semblait plus dĂ©cidĂ©. Il continua de sourire Ă un Gabriel silencieux, tandis quâil se dirigea dans la piĂšce dâĂ cĂŽtĂ©.
LĂ , il sâobserva dans le miroir quelques minutes, juste pour apercevoir son teint laiteux et les deux lignes grises qui bordaient ses yeux. Et il laissa couler lâeau du robinet.
A vrai dire, se rafraichir ne suffirait sĂ»rement pas Ă le maintenir en forme toute une soirĂ©e. Alors il ouvrit le placard Ă pharmacie prĂšs de la douche, et il attrapa lâun des bocaux entreposĂ©s sur lâĂ©tagĂšre du haut.
Il y avait dissimulĂ© lâune de ses rĂ©serves "en cas de coup dur". Il pencha le sachet transparent sur le cĂŽtĂ©, pour former une mince trainĂ©e blanche sur le cĂŽtĂ© du lavabo.
Il attrapa lâun des filtres posĂ©s prĂšs de son verre Ă brosse Ă dents, se pinça lâextrĂ©mitĂ© du nez, et se pencha suffisamment en avant pour aspirer dâune seule entreprise la ligne complĂšte.
Sa consommation avait Ă©normĂ©ment augmentĂ© depuis le week-end dernier. En gĂ©nĂ©ral, il se limitait Ă deux fois par mois. Mais dĂ©sormais⊠DĂ©sormais, il lui arrivait bien trop souvent dây voir le seul recours de passer une bonne journĂ©e. Loin de toutes les responsabilitĂ©s que son esprit semblait mettre un point dâhonneur Ă lui faire endurer.
Jessie renifla un peu trop brusquement, et tourna sa tĂȘte en arriĂšre.
Juste Ă temps pour apercevoir le reflet de Gabriel dans lâembrasure de la porte. Apparemment, il nâavait pas eu la patience dâattendre plus longtemps.
Et il le regardait presque incrédule.
Alors Jessie coupa lâeau, lâobservant Ă travers la glace dâun air un peu dĂ©sorientĂ©, et il se retourna, le sourire en plus.
- Je suis prĂȘt. On est parti.
Il passa devant le brun, semi-amusé, en ajoutant sur le ton de la confidence.
- Et je te prĂ©viens, câest moi qui choisis oĂč on va ce soir.
Il ferma la porte de la salle de bains derriĂšre lui. Histoire de lui montrer une derniĂšre fois quâil serait malvenu de parler de ce dont il avait Ă©tĂ© tĂ©moin.
Jessie sembla hĂ©siter, mais en lâabsence dâun refus clair et prĂ©cis, Gabriel garda espoir de parvenir Ă ses fins. Il attendit patiemment que son ami pĂšse le pour et le contre, jusquâĂ ce quâil semble se ranger Ă son avis.
Gabriel tenta de cacher sa satisfaction, mais il adressa un sourire sincĂšre Ă son compagnon dâun soir. Et face Ă lui, Jessie semblait sâadoucir de minute en minute. Il acquiesça donc quand le jeune homme lui demanda une minute, et sâinstalla contre une des commodes qui meublaient la chambre, en tentant de ne pas Ă©craser une pile de baskets au sol.
Il fut surpris par un mouvement Ă sa gauche, et son regard se tourna pour atterrir directement sur le torse nu de Jessie. Dans un rĂ©flexe un peu maladroit, il tourna sa tĂȘte de lâautre cĂŽtĂ©, pour fixer⊠Une lampe.
La porte se referma sur lâĂ©tudiant, et Gabriel en profita pour laisser son regard sâattarder sur les photos au mur. La plupart reprĂ©sentaient Jessie, ou celui quâil savait ĂȘtre Cyrius. Ils Ă©taient rarement seuls, et de nombreuses autres tĂȘtes blondes apparaissaient, au grĂ© des moments capturĂ©s. Il eĂ»t une pensĂ©e pour Tyler, et tenta de trouver celle qui avait fait une si forte impression Ă son frĂšre, mais Ă ses yeux, elles se ressemblaient toutes. Certaines semblaient mĂȘme avoir Ă©tĂ© copiĂ©es-collĂ©es.
Sur cette idĂ©e plutĂŽt amusante, Gabriel se retourna pour sâapprocher de la porte. Il pouvait entendre lâeau couler, mais Jessie Ă©tait enfermĂ© depuis ce qui lui paraissait de longues minutes maintenant. Il voulu vĂ©rifier si la porte Ă©tait dĂ©rouillĂ©e, mais elle sâentrouvrit silencieusement quand il la poussa doucement.
Jessie Ă©tait penchĂ© au dessus au dessus du lavabo, et Gabriel eĂ»t juste le temps de le voir inspirer, une narine pincĂ©e de son index. Puis, la tĂȘte en arriĂšre, il inspira fortement, et lâimage prit sens pour lâĂ©tudiant.Â
Jessie ? Jessie se droguait ?
Avant quâil ne puisse complĂštement intĂ©grer lâidĂ©e, Jessie remarqua sa prĂ©sence, et lui adressa un sourire un peu Ă©trange. Et Gabriel se laissa chasser de la salle de bain, un peu sous le choc.
Mais son camarade lui fit comprendre que la conversation Ă©tait close, et il nâĂ©tait pas vraiment en position de sermonner Jessie. AprĂšs tout, il Ă©tait venu pour passer une bonne soirĂ©e lui aussi. Prendre le risque de se mettre Jessie Ă dos Ă©tait hors de question.
Alors, aprÚs de longues secondes de réflexion, Gabriel offrit un sourire un peu hésitant à son camarade.
- Alors ? OĂč est-ce quâon va ?
Il Ă©tait loin de sâimaginer ce que Jessie avait en tĂȘte pour eux.
Si Gabriel avait Ă©tĂ© lâinitiateur de la soirĂ©e, câĂ©tait Jessie qui menait les rennes Ă prĂ©sent. Devant la confusion de son ami, il ne put sâempĂȘcher de faire une moue un peu plus mystĂ©rieuse que dâhabitude.
Il sâapprocha du brun, qui le regardait avec des yeux surpris, avant de sâapercevoir que Jessie passait simplement son bras contre son torse pour rĂ©cupĂ©rer la clĂ© de la chambre posĂ©e en hauteur, prĂšs du porte-manteau.
- Ăa, câest une surprise.
Il lui fit un clin dâĆil, et entrouvrit la porte pour que son camarade sâengouffre Ă lâextĂ©rieur. Et il le suivit, un demi-sourire aux lĂšvres.
Dans la rue, Jessie avait de plus en plus de mal à se contenir. Ses jambes commençaient à sautiller toutes seules, et il tapotait son flanc contre celui de Gabriel quand celui-ci se faisait un peu trop silencieux.
Visiblement, leurs caractĂšres Ă©taient loin dâĂȘtre semblables. Le brun aimait se fondre dans la masse, et jetait un regard un peu trop appuyĂ© aux passants aux alentours. Le blond, lui, nâavait plus dâyeux que pour son camarade.
Il sâĂ©tait mis en tĂȘte de dĂ©sinhiber Gabriel. Parce quâil nây avait rien de plus triste quâune personne qui faisait trop attention aux autres, avant de se concentrer sur le moment prĂ©sent.
Mais plus il sâenfonçait dans les quartiers festifs de la ville, et plus la dĂ©marche du jeune homme se faisait rĂ©ticente.
Il avait remarquĂ© les hommes qui se tenaient la main de lâautre cĂŽtĂ© de la rue.
Il avait Ă©galement fait attention Ă ce groupe dâĂ©tudiantes qui se montraient un peu trop tactiles pour de simples amies.
Mais Jessie lui sourit. Et Gabriel hocha la tĂȘte avant de continuer leur marche nocturne.
Finalement, le deuxiĂšme annĂ©e dut le tirer par le bras pour lui signifier de sâarrĂȘter devant un petit Ă©tablissement qui ne payait pas de mine de lâextĂ©rieur. Seul un nĂ©on couleur rose fluo affichait le nom du club.
Gabriel recula presque dâinstinct et Jessie se plaça devant lui.
- Oui, je sais. Ăa a pas lâair raffinĂ©. Ni trĂšs hĂ©tĂ©ro. Mais je te jure que tu vas passer un bon moment.
Son camarade battait un peu trop vite des paupiĂšres alors il reprit dâune voix moins fĂ©brile.
- Tu me fais confiance, non ?
Jessie resta particuliĂšrement secret quand au lieu dans lequel il voulait emmener Gabriel. Et quand le blond sâapprocha de lui avec un peu trop de mystĂšre dans les yeux, le coeur du jeune homme sâemballa un peu.
Il mit quelques secondes Ă comprendre que ce nâĂ©tait pas de la peur, cette fois-ci. Rien Ă voir avec leur discussion de dĂ©but dâannĂ©e, lorsquâil craignait le moindre contact physique avec Jessie. Non, cette fois-ci⊠Cette fois-ci, Gabriel avait envie de savoir. Il avait envie dâembrasser cette soirĂ©e, et la compagnie de son ami. Et surtout, il avait envie de laisser tomber ces barriĂšres ridicules quâil avait battit pendant deux ans.
Alors, il suivit Jessie sans la moindre inquiétude.
Pourtant, au rythme de leurs pas Ă travers la nuit noire qui sâĂ©tait emparĂ©e de New York, Gabriel dĂ©chanta lentement. Pourtant, la compagnie de Jessie, ouvertement joyeux, Ă©tait agrĂ©able, malgrĂ© le silence qui sâĂ©tait installĂ© entre eux. Son ami ne cessait de lui jeter des coup dâĆils, comme sâil cherchait Ă savoir ce Ă quoi pensait Gabriel.
Et Ă vrai dire, le brun ne pensait pas grand chose du quartier quâils remontaient Ă grands pas. Pas grande chose, parce quâil refusait de trop penser Ă ce quâil voyait de chaque cĂŽtĂ© de ce trottoir. Jessie se tourna Ă nouveau vers lui, comme pour vĂ©rifier quâil Ă©tait toujours partant, et devant son sourire enthousiaste, et sa mine enfin dĂ©barrassĂ©e de toutes ses inquiĂ©tudes, Gabriel ne pĂ»t quâopiner. Oui, il suivrait Jessie Jusquâau bout.
Les yeux écarquillés de Gabriel alternÚrent entre le néon trop rose, et le visage enchanté de Jessie, tandis que ce dernier tentait de justifier son choix.
- Câest une boĂźte gay, commenta Gabriel, dâune voix atone. Une boite gayâŠ
Tu me fais confiance, non ?
Son regard croisa celui de Jessie, et les deux jeunes hommes se fixĂšrent pendant de longues secondes. Car si Gabriel nâavait quâune envie, et câĂ©tait celle de faire demi-tour, il Ă©tait celui qui avait proposĂ© cette soirĂ©e Ă Jessie. Et son ami en avait besoin.Â
Et puis, la confiance⊠Jessie lui avait accordĂ© la sienne, Ă plusieurs reprises. Quand il avait baissĂ© son arme. Quand il lui avait parlĂ© de Glenn. Quand il lâavait appelĂ© Ă la sortie du commissariatâŠÂ
Et ce soir aussi, au fond.
- Ouais. Je te fais confiance.
Il leva les yeux vers le signe, une nouvelle fois, les lĂšvres un peu pincĂ©es. Puis, il secoua la tĂȘte, et fit un pas de plus vers Jessie. AprĂšs quelques secondes dâhĂ©sitation, il chercha quand mĂȘme Ă se rassurer.
- Tu⊠Tu me laisses pas seul là dedans, hein ?
Jessie avait le sentiment que la rĂ©ponse que Gabriel allait lui offrir Ă©tait tout prĂȘte dans son esprit, mais quâelle nâosait pas franchir les limites de ses lĂšvres.
Il continuait de regarder lâenseigne, comme sâil sâagissait du cadavre dâun pestifĂ©rĂ©, et il finit par se fier au choix du deuxiĂšme annĂ©e. Mais il ne tarda pas Ă lui faire part de ses craintes, dans le mĂȘme temps.
Le blond passa ses mains dans ses poches de jean extĂ©rieures et pencha lâavant de son corps vers Gabriel, amusĂ©.
- Je vais tellement me coller Ă toi que tâen pourras plus.
Son camarade hocha la tĂȘte, et Jessie lâattrapa par le bras pour le faire rentrer Ă lâintĂ©rieur.
LâĂ©tablissement ne bĂ©nĂ©ficiait pas de vigile Ă lâextĂ©rieur. Un simple code Ă©tait Ă fournir Ă lâentrĂ©e, et la porte leur Ă©tait ouverte. Le deuxiĂšme annĂ©e Ă©tait plus ou moins un habituĂ© des lieux depuis quâil Ă©tait arrivĂ© Ă New-York mais sa rencontre avec Kenny avait fait baisser la frĂ©quence de ses visites.
Pourtant, Mark, le colosse qui gardait lâentrĂ©e, se souvenait toujours trĂšs bien de Jessie. Il lui avait fait des avances, il y a deux-trois ans, et il nâavait jamais vraiment voulu lĂącher lâaffaire depuis.
Ce soir là , il jaugea Gabriel, les sourcils froncés.
- Câest moi ou Ken a vachement changé ?
Jessie tourna la tĂȘte sur le cĂŽtĂ©, et Mark comprit immĂ©diatement.
- Comme tu dis⊠Tu nous laisses entrer dans la salle ? Jâai un ami qui nâattend que de dĂ©couvrir les joies de ton club.
Le vigile ne rĂ©agit pas tout de suite, et puis finalement, il grommela, tournant le pouce sur le cĂŽtĂ© pour leur signifier lâentrĂ©e.
Jessie lui sourit avant de pousser le dos de Gabriel vers la salle déjà bien enfumée. Elle était plongée dans une pénombre grisùtre, avec des lumiÚres colorées qui éclairaient ici et là des corps masculins un peu trop rapprochés.
La musique eut le don de sonner Jessie, qui porta une main contre son oreille droite. Gabriel, lui, semblait obnubilĂ© par le spectacle qui sâoffrait Ă lui. DĂ©goĂ»t ou fascination, Jessie nâaurait su le dire.
Le jeune homme sâĂ©tait rapprochĂ© de son ami, pour que sa voix domine le son Ă©lectro qui Ă©crasait leurs tympans.
Devant le choc qui ne semblait plus quitter Gabriel, Jessie se mit à rire et se plaça derriÚre lui pour lui attraper les deux épaules.
- Jâai compris. On va dâabord prendre un verre pour te dĂ©tendre, hein.
Jessie ne se fit pas prier pour rassurer Gabriel quant à sa présence à ses cÎtés pour la soirée. Le jeune homme se demanda un instant si le choix de mots était délibéré, mais le blond semblait tout à fait innocent, dans cette petite bulle de joie que la poudre blanche semblait avoir créé autour de lui.
Et Gabriel aurait aimĂ© y entrer, dans cette bulle, pour ne pas ressentir cette panique, qui commençait Ă monter en lui Ă lâidĂ©e de pĂ©nĂ©trer dans la boĂźte de nuit. Mais Jessie mit un terme Ă ses tergiversions, lâentrainant par le bras, pour lâencourager Ă franchir les quelques mĂštres qui le sĂ©paraient encore de la porte.
Un homme Ă la carrure impressionnante bloquait le couloir, et Gabriel cligna des yeux de façon rĂ©pĂ©tĂ©e pour sâhabituer Ă lâatmosphĂšre un peu trop lourde. Il entendait les basses, qui faisaient trembler les murs, mais il nâaurait sĂ»t reconnaĂźtre la chanson. Il ne prĂȘta pas attention Ă lâĂ©change entre Jessie et le vigile, trop occupĂ© Ă tenter de jeter un coup dâoeil derriĂšre eux.
Finalement, la main de Jessie vint se poser en bas de son dos, et il lâinvita Ă avancer vers lâantre du loup. Au moment oĂč ils franchirent les Ă©pais rideaux qui protĂ©geaient le couloir de lâatmosphĂšre Ă©touffante, la musique Ă©clata aux oreilles de Gabriel.
La musique⊠Et le reste.
Son corps entier si figea, comme sâil avait trop dâĂ©lĂ©ments Ă analyser Ă la fois. Ses paupiĂšres se plissĂšrent, tentant de distinguer entre les nuages de fumĂ©e des silhouettes qui se mouvaient un peu trop lentement. Il finit par Ă©carquiller les yeux, tandis quâil parvenait enfin Ă comprendre ce quâil avait devant lui.
Il ressentit une sensation oppressante, sur sa poitrine. Lâair Ă©tait trop chaud, la musique trop forte, et le spectacle de ces hommes qui dansaient les uns contre les autres sans aucune retenue Ă©tait trop dĂ©stabilisante.
Il nâentendit pas Jessie lui adresser la parole, le regard accrochĂ© Ă un couple qui semblait mimer le passage Ă lâacte contre le mur. Cette vision entraĂźna chez lui un profond malaise.
Ce nâest que lorsque deux mains se posĂšrent sur ses Ă©paules quâil reprit conscience. Il fit un bon de cĂŽtĂ©, paniquĂ©, avant de se rendre compte quâil ne sâagissait que de Jessie.
Jessie. Jessie Ă©tait lĂ . Et il ne semblait ni choquĂ© par ce quâil se passait devant lui, ni dĂ©rangĂ© par la rĂ©action de Gabriel.
Le brun attrapa la manche de son pull, comme dans une derniĂšre tentative pour ne pas le perdre de vue. Jessie sembla comprendre ce que ses lĂšvres ne voulaient pas dire, et sans perdre son sourire, il lâentraĂźna vers le bar, oĂč quelques hommes, plus ou moins jeunes, sirotaient des boissons de toutes les couleurs.
Un coup dâoeil sur la droite apprit Ă Gabriel quâil Ă©tait apparemment courant pour le garçons aussi de montrer le maximum de peau possible. Il prĂ©fĂ©ra ramener son regard sur Jessie, qui saluait le Barman avec enthousiasme. Le troisiĂšme annĂ©e en profita pour se pencher vers son ami, et articuler Ă son oreiller :
- Fort. Il me faut un truc fort.
Il se recula, pour vĂ©rifier quâils sâĂ©taient compris, et jeta un dernier coup dâoeil derriĂšre eux. Ses yeux Ă©taient toujours Ă©carquillĂ©s, et ne sâĂ©tait pas rendu compte que sa main nâavait pas lĂąchĂ© le poignet de Jessie.
Jessie saisit, Ă la vue des grands ronds quâĂ©pousaient les lĂšvres de son camarade, quâil nâĂ©tait pas vraiment Ă lâaise devant cette scĂšne un peu trop suggestive. Mais puisquâil ne dĂ©guerpissait pas en courant, câĂ©tait dĂ©jĂ une petite victoire.
Lorsque Gabriel lui attrapa le poignet, il se laissa faire et il ouvrit la marche jusquâau petit bar en bois cirĂ© qui se trouvait Ă quelques mĂštres de la piste. Il restait seulement un tabouret de libre, entre un jeune homme avachi sur le comptoir accompagnĂ© de deux verres de gin tonic vides et un quarantenaire qui avait gardĂ© ses lunettes de soleil sur le bout de son nez.
Il invita son ami Ă sâasseoir, ce quâil fit, avec cet air toujours aussi craintif. CâĂ©tait comme sâil dĂ©couvrait un nouveau monde, ne sachant pas trop sur quel pied danser mais dont le fond des yeux reflĂ©tait lâaviditĂ© dâen savoir un peu plus. MĂȘme si lui-mĂȘme nâen avait pas encore conscience.
Il sâadressa au barman de passage, se penchant vers lui pour atteindre son pĂ©rimĂštre de service. Un nouveau apparemment. Mais il offrit un sourire suffisamment convaincant Ă Jessie pour quâil se sente en confiance.
- Deux cocktails maison. Les moins chers si possibles.
Le garçon lui fit un geste que Jessie interprĂ©ta comme un clin dâoeil malgrĂ© la lumiĂšre tamisĂ©e. Mais le blond se fit alpaguer par un Gabriel dĂ©visageant toujours aussi lourdement les hommes qui dansaient en face de lui.
Jessie sourit et se pencha de nouveau vers le barman, empilant quelques verres sur la table de travail juste en face dâeux.
- Rajoute une autre dose dâalcool dans lâun des deux, dâaccord ?
Et Jessie se recula pour obtenir lâattention de son ami.
- Tu viens danser un peu ? Le temps quâon nous serve ?
Gabriel sembla secouer la tĂȘte, toujours aussi sonnĂ©. Alors Jessie se rapprocha de son oreille, pour couvrir le bruit tout autour dâeux.
- Bon dâaccord. Mais je te rĂ©serve la prochaine danse.
Et il fit un pas sur le cĂŽtĂ©, enlevant son pull et dĂ©boutonnant sa chemise par la mĂȘme occasion. Personne ne faisait vĂ©ritablement attention Ă lui, de toute façon.
Et le club faisait la part belle à une certaine idée de la nudité.
Et sans attendre une rĂ©ponse, il jeta ses affaires sur Gabriel avant de rejoindre la piste de danse en sautant pour se mĂȘler Ă une foule euphorique.
Il Ă©tait temps de sâamuser un peuâŠ
Jessie ne tarda pas Ă proposer Ă Gabriel de le suivre jusquâĂ la piste de danse, mais le brun commençait Ă peine Ă rĂ©aliser ce qui se passait autour de lui, alors il dĂ©clina poliment. Son ami ne sembla pas sâen formaliser, mais quelques secondes plus tard, son souffle chaud venait effleurer lâoreille de Gabriel. Il lui promit une autre danse, et avant que le troisiĂšme annĂ©e nâait le rĂ©flexe de lui rĂ©pondre quâil ne comptait pas quitter le tabouret de la soirĂ©e, Jessie Ă©tait en train de se dĂ©shabiller.
Jessie était en train de se déshabiller.
Le jeune homme se contenta de se dĂ©barrasser de son haut, et dâouvrir rapidement les boutons de sa chemise, mais cela suffit Ă interpeller Gabriel. Il resserra rapidement sa veste autour de lui, indĂ©cis. MalgrĂ© la chaleur ambiante qui rĂ©gnait dans la boĂźte, il ne se sentait absolument pas de dĂ©couvrir le moindre centimĂštre carrĂ© de plus.
Jessie envoya son pull vers Gabriel, avant de disparaĂźtre dans la foule qui sâagitait Ă quelques mĂštres de lĂ . Le brun tenta de le suivre des yeux, mais la tĂąche Ă©tait impossible, et il sentit lâĂ©tau de la solitude lui tomber sur les Ă©paules.
Gabriel sursauta, et se retourna pour faire face au barman, qui poussa vers lui deux verres bien pleins. AprĂšs quelques secondes dâhĂ©sitation, Gabriel en attrapa un, et le porta Ă ses lĂšvres. Sa gorge lui semblait plus sĂšche que jamais, et le liquide frais fut un soulagement de courte durĂ©e. Il prĂ©fĂ©ra Ă©viter de regarder la piste de danse Ă nouveau, pas certain de pouvoir faire face Ă ce spectacle seul. Non, regarder les bouteilles accrochĂ©es au mur, câĂ©tait bien mieux.
Il termina son premier verre trĂšs rapidement. Trop rapidement. Il jeta un coup dâoeil derriĂšre lui, mais Jessie nâĂ©tait nulle part aux alentours. Le cocktail allait se rĂ©chauffer, et il ne serait plus trĂšs bon⊠Non, vraiment, Gabriel avait toutes les bonnes raisons de le boire Ă©galement.
AprĂšs ce second verre, il repoussa les rĂ©cipients vides vers le barman, et trouva enfin la force de se retourner vers lâintĂ©rieur de la boĂźte. Les hommes qui ondulaient au rythme de la musique et au milieu des volutes de fumĂ©e Ă©taient un spectacle Ă©trange, et il pencha la tĂȘte de cĂŽtĂ©, un peu hypnotisĂ© par le rythme des basses Ă ses oreilles.
Cette fois-ci, Gabriel parvint Ă ne pas sursauter. Il se tourna vers le jeune homme qui venait de sâinstaller sur le tabouret Ă cĂŽtĂ© de lui. Il ne devait pas avoir plus de vingt-cinq ans, mais ses cheveux peroxydĂ©s faisaient ressortir ses yeux trop clairs. Gabriel lui adressa un petit sourire, avant de ramener son regard sur la piste de danse.
Par un miracle auquel il ne sâattendait pas, Jessie apparut Ă lâextrĂ©mitĂ© du pĂ©rimĂštre, Ă quelques mĂštres de lui seulement. Mais son ami Ă©tait bien loin de se prĂ©occuper de le rejoindre au bar. Il semblait plus omnibulĂ© par lâidĂ©e de coller ses hanches Ă celles du garçon qui dansait face Ă lui.
Gabriel tourna Ă nouveau sa tĂȘte vers son voisin, qui avait commandĂ© deux verres, dont un quâil poussa vers lui. Le brun fronça les sourcils.
- Tâas lâair dâen avoir besoin.
Son interlocuteur semblait toujours aussi dĂ©tendu, un sourire flottant sur les lĂšvres, et Gabriel se sentit un peu mal-Ă -lâaise. Il venait de se faire offrir un verre. Est-ce que ce nâĂ©tait pas une façon pour cet homme deâŠ
- Je suis pas⊠Je suis juste venu pourâŠ
Le blond Ă©clata de rire, et sa main vint tapoter lâĂ©paule de Gabriel.
Et son inconnu se laissa glisser du siÚge, pour aller danser lui aussi. Gabriel attrapa finalement le verre, et en avala de longues gorgées, pour tenter de se remettre de ce moment un peu difficile.
Entre la musique trop forte, la chaleur Ă©touffante, et la quantitĂ© dâalcool quâil venait dâingurgiter en quelques minutes, son corps ne tarda pas Ă rĂ©agir, et il sentit ses joues se rĂ©chauffer. Le jeune homme passa une main dans ses cheveux, et son regard se posa Ă nouveau sur Jessie. Jessie, qui semblait beaucoup sâamuser. Jessie, qui riait aux Ă©clats face Ă un inconnu, pendant que Gabriel attendait gentiment au bar.
Il commença Ă taper du pied, contre le tabouret, et il ouvrit sa veste un peu plus largement Ă lâa recherche dâair frais, avant de finalement la retirer, et la poser au dessus du pull de Jessie. Lâalcool brouillait lentement ses idĂ©es, et avec elles, ses peurs. Lentement, il se laissa glisser du tabouret. Et quand ses pieds touchĂšrent le sol, il ferma les yeux pour inspirer profondĂ©ment.
RĂ©flĂ©chir ne lui rĂ©ussissait pas trop. Attendre ici non plus. Non, ce quâil lui fallait⊠CâĂ©tait rejoindre Jessie.
Ses paupiĂšres se rouvrirent, dâun coup, et son regard se fit plus dĂ©terminĂ©. Il se mit Ă avancer, dâune dĂ©marche pressante et dĂ©cidĂ©e. JusquâĂ ce quâil ne soit plus quâĂ quelques mĂštres de Jessie.
Lâinconnu continuait de se coller au blond, et Gabriel envisagea un instant de faire demi-tour. Il nâĂ©tait pas certain de la façon dont il pouvait attirer lâattention de son ami, sans le gĂȘner, ou se rendre ridicule. Mais une nouvelle idĂ©e lui vint Ă lâesprit, et il dut retenir son sourire.
Gabriel fit mine de tituber jusquâau deux hommes, et bouscula maladroitement celui qui faisait face Ă Jessie. Lâune des mains du brun vint attraper le bras de son ami, et il fit mine dâĂȘtre dĂ©solĂ©.
Puis, il tourna la tĂȘte vers Jessie, un sourire malicieux au coin des lĂšvres.
- ⊠Tâavais dit que tu me lĂącherais pasâŠ
Il nâavait aucune idĂ©e de ce dans quoi il venait de mettre les pieds.
Jessie se faufila rapidement au centre de la piste, se collant dâun peu trop prĂšs aux corps dĂ©nudĂ©s qui lâentouraient. Non pas quâil Ă©tait Ă lâaffut dâune quelconque proie, mais la salle Ă©tait plutĂŽt petite, et les gens trop nombreux. Si Jessie voulait danser, alors il fallait se mĂȘler.
Pendant sa premiĂšre annĂ©e Ă la NYADA, quand ses pensĂ©es ne tournaient pas encore autour dâun seul prĂ©nom, le jeune homme avait eu lâhabitude de frĂ©quenter ce genre de lieux. Il aimait ce cĂŽtĂ© dĂ©complexĂ© quâil nâavait jamais connu dans sa petite bourgade de Virginie. Il rentrait rarement accompagnĂ© mais flirter ne lâavait jamais dĂ©rangĂ©. Bien au contraire. CâĂ©tait toujours rassurant de plaireâŠ
Rapidement, un jeune homme aux muscles presque plus gros que sa tĂȘte vint se serrer contre sa taille. Jessie lui sourit un peu maladroitement, et tenta un pas en arriĂšre. Mais le manĂšge continua jusquâĂ ce que le blond perde patience. Il prĂ©texta la proximitĂ© trop bruyante des enceintes, et il sâĂ©loigna vers le bar quâil avait dĂ©laissĂ© depuis une bonne dizaine de minutes.
Mais une main lui attrapa lâavant-bras avant quâil nâai pu parcourir la moitiĂ© de son trajet. Jessie tourna la tĂȘte avec un sourire en coin, persuadĂ© quâil sâagissait de Gabriel mais un inconnu au regard brillant lui faisait front Ă la place.
Les cheveux coupés courts, et une barbe naissante lui adoucissait le visage. Il était plutÎt mignon, et sa timidité le rendait moins effrayant que la moitié des corps qui les oppressaient.
Alors Jessie se laissa finalement tenter, et se rapprocha de lui. Le brun se laissait aller Ă des pas de danse loufoques qui eut le mĂ©rite dâamuser Jessie⊠pour peu de temps puisquâil fut projetĂ© sur le cĂŽtĂ© par un autre danseur. Qui nâĂ©tait autre que Gabriel.
Le blond mit seulement quelques secondes Ă comprendre quâil avait dĂ» se faire plaisir au bar et il haussa les Ă©paules face Ă lâexcuse de son ami.
- CâĂ©tait la seule façon de te faire venir danser.
Jessie se mit Ă rire, sans expliciter davantage ses propos, et il se mouva de plus belle. Voyant le reste du groupe sautiller sur place, il sâamusa Ă en faire de mĂȘme. Relevant les bras pour que Gabriel le suive Ă son tour mais il ne semblait toujours pas assez dĂ©cidĂ©.
BientĂŽt, le brun fut ramener en arriĂšre par deux Ă©tudiants Ă peine plus ĂągĂ©s quâeux, qui sâamassĂšrent en face et derriĂšre lui. Leur danse Ă©tait un peu trop lascive pour un jeune homme qui peinait dĂ©jĂ Ă sâimprĂ©gner dâun univers peu familier, et il resta droit comme un piquet.
Jessie, qui assistait Ă ce spectacle en premiĂšre loge, sâesclaffa une nouvelle fois.
- Tâas lâair de plaire, dis moi.
Mais Gabriel fit Ă peine attention Ă sa remarque et il sâempressa de rejoindre Jessie une nouvelle fois. Il calcula mal sa trajectoire et se colla dâun peu trop prĂšs au blond.
- On nous regarde bizarrement.
Jessie sâĂ©tait permis de parler moins fort, et le troisiĂšme annĂ©e observa les alentours un peu trop rapidement.
- Je crois quâil faudrait quâon sâadapteâŠ
Son ton sâĂ©tait fait trainant, et avec un demi-sourire aux lĂšvres, il enleva sa chemise en quelques secondes. Puis il porta ses mains vers le bas de son camarade sans vraiment oser aller plus loin.
Dans les minutes qui suivirent son entrĂ©e en piste, Gabriel tenta de se mĂȘler Ă la foule avec plus ou moins de succĂšs. Habituellement, il se contentait de faire danser sa cavaliĂšre contre lui, mais dans la situation actuelle, tout Ă©tait un peu plus compliquĂ©.
Et quand deux jeunes hommes sâapprochĂšrent un peu trop prĂšs de lui, il tenta de sâĂ©clipser maladroitement. LâĂ©tudiant avait toutes les difficultĂ©s du monde Ă se faire Ă lâattitude particuliĂšrement tactile des autres danseurs, qui nâhĂ©sitaient pas Ă sâapprocher de lui, et Ă effleurer le bas de son dos. Dans sa hĂąte de se mettre Ă lâabri, il prit le parti de se rapprocher de Jessie, et termina presque dans ses bras. Pourtant, une partie du malaise qui sâĂ©tait emparĂ© de lui quelques minutes auparavant sâĂ©vanouit.Â
Si un jour on lui avait dit quâil prĂ©fĂ©rerait se coller Ă Jessie que faire quoi que ce soit dâautreâŠ
Le blond sâadressa Ă lui, et Gabriel jeta un regard autour dâeux, ne comprenant pas vraiment ce quâils avaient fait de mal cette fois-ci. AprĂšs tout, il y avait bien un couple qui faisait ⊠Des choses, Ă une dizaine de mĂštres de lĂ .
Mais Jessie se recula, et se dĂ©barrassa de sa chemise, dĂ©voilant un torse galbĂ© que Gabriel avait dĂ©jĂ eĂ»t lâoccasion dâapercevoir un peu plus tĂŽt. Sauf que cette fois-ci, il nâĂ©tait pas vraiment en Ă©tat de contrĂŽler ses rĂ©flexes, et son regard sâattarda un peu trop longtemps sur les abdos du jeune homme.
JusquâĂ ce quâil sente les doigts de Jessie se effleurer la peau de son bas-ventre. Il baissa les yeux, et aperçut ses mains, qui sâĂ©taient emparĂ©es du bas de son T-shirt immaculĂ©. Pourtant, le blond nâavait fait aucun geste pour le lui retirer. Et quand Gabriel croisa son regard, l y lut une interrogation silencieuse. MalgrĂ© son Ă©tat euphorique, et son aisance dans ce milieu, Jessie parvenait apparemment Ă ne pas perdre de vue les rĂ©ticences de Gabriel.
RĂ©ticences qui ne faisaient pas vraiment le poids, face au regards Ă©tranges des autres danseurs sur son corps trop habillĂ©.Â
Il acquiesça donc, et Jessie souleva le tissu, pour lâen dĂ©barrasser dâun geste rapide. Le contact de lâair moite contre sa peau nue soulagea un peu la fiĂšvre qui sâĂ©tait emparĂ©e de Gabriel, et il sâautorisa mĂȘme un sourire soulagĂ©.Â
La musique avait changĂ©, et Gabriel reconnut aisĂ©ment la chanson, un tube de lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente. Il jeta un regard intĂ©ressĂ© Ă Jessie, qui avait dĂ©jĂ adaptĂ© ses mouvements au rythme pop, et prit le parti de lâimiter autant que possible. Cet objectif en tĂȘte, il parvint presque Ă mettre de cĂŽtĂ© les autres hommes qui dansaient autour dâeux. Lui restait uniquement concentrĂ© sur son camarade blond, qui semblait de plus en plus joyeux. Et lâalcool aidant, un sourire naquit Ă©galement sur le visage de Gabriel.
Ses mouvements sâamĂ©liorĂšrent lentement, et mĂȘme sâil lui arrivait dâavoir de petits loupĂ©s - principalement quand ses yeux descendaient le long des Ă©paules de son modĂšle, il commença Ă prendre un certain plaisir Ă ne danser que pour lui, et non pas pour faire virevolter un corps fin au bout de son bras.
La foule ne cessait de grossir, autour dâeux, et avec elle, lâespace de rĂ©trĂ©cir. MalgrĂ© lui, Gabriel se retrouva de plus en plus proche de Jessie, et de plus en plus limitĂ© dans ses mouvements. MalgrĂ© tout, il continuait de prendre du plaisir, et si par moment ses yeux se fermaient, ce nâĂ©tait que pour mieux ressentir lâintensitĂ© du moment.Â
Quelquâun le poussa un peu plus en avant, et il atterrit directement contre Jessie. Pourtant, ses yeux restĂšrent fermĂ©s un instant tandis que son corps tentait dâanalyser les sensations qui sâĂ©taient emparĂ©es de lui. Sa peau contre celle du blond le brĂ»lait dâune flamme agrĂ©able, qui provoqua un frisson le long de son dos, et le souffle de Jessie contre sa joue Ă©tait une caresse agrĂ©able pour ses pommettes enflammĂ©es. Il finit par rouvrir les yeux, Ă la fois ivre et grisĂ©.
- Je mâadapte bien ? Demanda-tâil, Ă voix basse, mi-curieux, mi-amusĂ©.
Gabriel sâaccorda un lĂ©ger temps de rĂ©flexion avant dâacquiescer un peu gauchement, relevant les bras pour aider lâentreprise de Jessie. Et sa dĂ©cision se solda par un sourire amusĂ©, comme sâil voulait le convaincre quâil ne regrettait pas.
Pourtant, quelques regards Ă cĂŽtĂ© sâarrĂȘtaient dĂ©jĂ sur la plastique de Gabriel, et Jessie ne put sâempĂȘcher de faire de mĂȘme. La salle restait un peu trop sombre pour apercevoir les dĂ©tails, mais les couleurs des spots du plafond zĂ©braient certains endroits du torse athlĂ©tique qui lui faisait face.
Il rĂ©frĂ©na son habitude de siffler un joli morceau, sachant pertinemment que le moindre faux pas pourrait faire paniquer le brun, et il lui demanda dâattendre une minute pour poser leur haut avec le reste de leurs vĂȘtements prĂšs du bar. Le barman lui proposa de les garder derriĂšre le comptoir et il se rĂ©installa rapidement au cĂŽtĂ© dâun Gabriel toujours un peu trop raide.
Les deux Ă©tudiants profitĂšrent dâune nouvelle musique pour sâharmoniser avec lâensemble des autres danseurs. Il vit enfin du plaisir dans les yeux de son partenaire, alors quâil suivait Ă la lettre les mouvements que Jessie pouvait opĂ©rer. Comme sâil sâagissait dâun rituel auquel il voulait sâinitier. Comme si Jessie sây connaissait mieux que lui parce quâil Ă©tait ce quâil ne voulait pas ĂȘtre. Mais le deuxiĂšme annĂ©e ne sâen formalisa pas. Et au contraire, son envie de profiter du moment prĂ©sent se renforça.
Peu Ă peu la foule continuait de sâagglutiner autour dâeux et il devenait difficile dâĂ©viter de se coller les uns aux autres. Alors naturellement, Gabriel se rapprocha de Jessie. Parce quâil ne reprĂ©sentait plus lâennemi ni lâinconnu dĂ©sormais. Et le blond en Ă©tait enchantĂ©. Et lorsquâil lui demanda sâil sâen sortait bien, Jessie ne put sâempĂȘcher de se racler la gorge pour tenter de limiter les frissons qui le parcourait, son torse maintenu au chaud contre celui de Gabriel.
Il releva ses mains pour les poser sur les épaules du troisiÚme année, faisant rouler ses pouces contre le haut de ses omoplates.
Il tenta un sourire, sans vraiment dévisager son ami.
- Tu devrais te détendre un peu plus.
Gabriel courba un peu son dos pour montrer les prĂ©misses dâefforts mais la bataille semblait perdue dâavance.
Alors Jessie approcha ses lĂšvres de lâoreille de son camarade, collant un peu plus leur deux corps dĂ©jĂ humides au passage.
- Je connais un truc pour se dĂ©tendreâŠ
Dâun coup de menton, il dĂ©signa la porte arriĂšre du club, masquĂ©e sommairement par deux jeunes hommes et leur intention de revisiter lâendroit en maison close.
Et Gabriel ne perdit pas une seconde pour répondre.
Gabriel ne fit aucun effort pour se dĂ©coller de Jessie. MĂȘme sâil avait conscience que jamais il nâaurait acceptĂ© cette proximitĂ© entre leurs deux corps habituellement, il se sentait Ă©trangement bien Ă cet instant. Comme si Jessie Ă©tait lâĂ©lĂ©ment qui lui manquait, sur la lignĂ©e de lâalcool, la musique, et la danse.
Le blond le rassura, et Gabriel lui sourit, toujours un peu ailleurs. Mais Jessie ne tarda pas Ă faire glisser ses mains le long des bras de lâĂ©tudiant, pour les poser sur ses Ă©paules. Le geste, pourtant innocent, provoqua de nouveaux frissons sur sa peau moite, et il retint un soupir dâaise. Si le torse de Jessie dĂ©gageait une chaleur tout Ă fait confortable, ses mains Ă©taient plus fraĂźches, et formaient un contraste saisissant avec la peau brĂ»lante de Gabriel.
Gabriel tenta dâappliquer le conseil de Jessie, et fit rouler les muscles de son dos pour tenter de se dĂ©barrasser de cette tension. Mais ses tentatives restĂšrent vaines, comme sâil restait une part de lui, pourtant bien endormie par lâalcool, qui cherchait Ă garder contact avec la personne quâil Ă©tait habituellement.
Cette idĂ©e le fit sourire. La personne quâil Ă©tait habituellement⊠Il nâĂ©tait plus trĂšs certain de vouloir lâĂȘtre, si ça voulait dire se priver de ce quâil ressentait Ă cet instant prĂ©cis. CâĂ©tait nouveau, effrayant, et un peu⊠Excitant.
Ce sentiment ne fit que sâintensifier quand Jessie vint sâappuyer Ă son tour contre lui, pour venir lui parler Ă lâoreille. MalgrĂ© la chanson tonitruante qui remplissait lâair autour dâeux, sa voix apparut trĂšs claire Ă Gabriel.
Et quand le blond se recula, le troisiĂšme annĂ©e ne jeta mĂȘme pas un coup dâoeil vers la porte quâil venait de lui dĂ©signer. Non, son regard resta fixĂ© sur ce visage quâil avait tant craint de croiser pendant des annĂ©es, et dont il ne parvenait pas Ă se dĂ©coller ce soir. Cette soirĂ©e nâavait de sens que si Jessie lui en donnait un. Alors, il vint Ă son tour approcher sa bouche de lâoreille du jeune homme, et sa rĂ©ponse lui Ă©chappa dâelle mĂȘme, naturelle.
Il se recula, plutĂŽt fier de lui, mais il ne parvint pas Ă dĂ©crypter le regard que lui lança Jessie. NĂ©anmoins, le blond ne tarda pas Ă lui tendre sa main, grande ouverte. Et Gabriel la fixa quelques secondes, avant de sâen emparer, le plus naturellement du monde. Ils nâentremĂȘla pas leurs doigts, se contentant dâune poignĂ©e plutĂŽt basique, et les deux jeunes hommes parvinrent Ă sâextraire de la foule.
Jessie sâexcusa rapidement, et lui demanda de lâattendre quelques secondes. Gabriel acquiesça, et patienta seul, contre un des murs qui rĂ©flĂ©chissait la lumiĂšre. A lâĂ©cart de tous ces corps trop musclĂ©s, et sans toute la puissance de la musique, son euphorie commença Ă redescendre lentement. Et surtout, la prise de conscience arrivait, elle aussi.
Il jeta un coup dâoeil au bar, Ă quelques mĂštres de lĂ , et aprĂšs une seconde dâhĂ©sitation, il sây rendit, de sa dĂ©marche un peu altĂ©rĂ©e par lâalcool. Il parvint Ă passer commande au barman, qui dĂ©posa devant lui deux petits verres dâun liquide ambrĂ©.
Gabriel porta le premier Ă ses lĂšvres, bien dĂ©cidĂ© Ă noyer Ă nouveau ses pensĂ©es dans cette sensation agrĂ©able et rĂ©confortante. Il le vida en une fois, et repoussa le citron que lâhomme avait posĂ© devant lui.
Puis, il se retourna, le second Ă la main, et sa langue recueillant les derniĂšres gouttes du liquide sur ses lĂšvres. Il aperçut Jessie, qui venait de revenir Ă lâendroit oĂč il Ă©tait supposĂ© attendre. Et lorsque le regard du blond sâarrĂȘta sur lui, il lui fit un petit sourire, avant de boire le second shot, sans le quitter des yeux.
Contrairement Ă la scĂšne qui sâĂ©tait dĂ©roulĂ©e Ă lâentrĂ©e du club, Gabriel nâavait pas hĂ©sitĂ© bien longtemps avant de suivre Jessie hors de la foule. Le deuxiĂšme annĂ©e lui demanda de lâexcuser quelques instants, afin dâaller rejoindre Mark.
Ce dernier Ă©tait en train de ramener un groupe dâivrognes vers la porte principale, et il ne remarqua quâau dernier moment lâarrivĂ©e de Jessie.
- Faudrait que tu me rendes un service.
Jessie avait essayĂ© dâarborer son sourire le plus convaincant, se montrant Ă la fois tactile et charmeur. Le colosse ne tarda pas Ă manifester son intĂ©rĂȘt, et finit par accepter la demande du blond.
AprĂšs un regard appuyĂ© vers la salle de danse pour sâassurer que personne ne les observait, il passa sa main dans sa poche intĂ©rieure de blouson et dĂ©posa la transaction contre le torse brĂ»lant de Jessie.
Le jeune homme la maintint avec une main, avant dâoffrir un court baiser sur la joue de Mark. Il lui sourit une derniĂšre fois et se mit en quĂȘte de rejoindre Gabriel prĂšs du bar.
Le brun semblait encore avoir abusĂ© de lâalcool, et son sourire se faisait un peu plus Ă©trange Ă chaque verre. Un peu moins contrĂŽlĂ© aussi.
Jessie sâapprocha de son tabouret, posant ses deux mains sur les cuisses de son camarade par pure habitude. Il avait toujours eu ce rĂ©flexe, avec Kenny.
- Du courage en liquide⊠Je te fais si peur que ça ?
Il ne laissa pas Ă Gabriel le loisir de rĂ©pondre et il lâattira contre lui pour le diriger jusquâĂ la porte de sortie. Il poussa le battant avec un peu trop de force et dĂ©vala le petit escalier de pierres qui donnait sur la ruelle adjacente au club.
Elle Ă©tait Ă peine Ă©clairĂ©e, les seules lueurs rougeĂątres provenant des spots du bar dâĂ cĂŽtĂ©. Jessie tourna sur lui-mĂȘme pendant plusieurs instants pour profiter de cette fraicheur bienvenue, relevant la tĂȘte vers le ciel illuminĂ©.
Gabriel Ă©tait restĂ© plus Ă lâĂ©cart et Jessie dut lui faire signe dâapprocher, se laissant tomber contre le mur de briques qui faisait face Ă la porte du club par laquelle ils Ă©taient sortis.
La dureté du mur lui racla le dos, mais il était bien trop euphorique pour penser à la douleur. Au contraire, un grand sourire continuait de soutenir son visage.
Et puis doucement, il sortit de sa poche de jean ce que Mark lui avait procuré. Un briquet. Et un joint déjà soigneusement préparé.
Gabriel sâĂ©tait rapprochĂ© un peu trop lentement, et ses yeux ne quittaient pas les mains de Jessie. Le blond le regarda, un peu hilare, et passa le bout de sa langue sur lâextrĂ©mitĂ© du papier Ă cigarette.
Puis il reporta son attention sur son camarade.
- Me dis pas que tâas jamais essayé ?
Et il tapota le sol goudronneux juste à cÎté de lui.
Jessie sâapprocha de lui Ă grand pas, tout en glissant quelque chose dans la poche de son jean. Gabriel nâeĂ»t pas le temps de rĂ©flĂ©chir Ă ce que ça pouvait ĂȘtre, car son ami ne tarda pas Ă lui faire face, dâun peu trop prĂšs. Jessie sâadressa Ă lui, un brin moqueur, et Gabriel garda son regard accrochĂ© Ă celui du blond.
Avant quâune rĂ©ponse ne puisse se former dans son esprit, la main de Jessie sâaccrocha Ă son poignet, et le jeune homme le tira en avant, pour quâil le suive. Ils traversĂšrent le club, Gabriel tentant tant bien que mal de ne pas trĂ©bucher, malgrĂ© les effets des verres qui sâĂ©taient additionnĂ©s.
Lâair extĂ©rieur fut une bĂ©nĂ©diction, et il sâimmobilisa en haut des marches, foudroyĂ© sur place par la diffĂ©rence de tempĂ©rature. Il inspira profondĂ©ment lâair frais, et lorsquâil rouvrit les yeux, il dĂ»t patienter quelques secondes, que sa tĂȘte cesse de tourner.
Jessie Ă©tait dĂ©jĂ descendu dans la petite ruelle et il fit signe Ă Gabriel de le rejoindre, tout en se laissant tomber au sol. Le brun commença Ă descendre les petits escaliers, dâun pas lourd et hĂ©sitant. Ces deux shots Ă©taient une mauvaise idĂ©e, comme pouvait en tĂ©moigner son Ă©quilibre instable. Mais toute son attention Ă©tait concentrĂ©e sur lâidĂ©e de se rapprocher de Jessie, pour la simple et bonne raison que le jeune homme Ă©tait la seule personne en qui il avait confiance ce soir lĂ .
Mais quand il commença Ă sâapprocher de son ami, il distingua quelque chose, dans les mains du bruns. Quelque chose Ă quoi il ne sâattendait pas vraiment. Un joint. CâĂ©tait à ça que faisait rĂ©fĂ©rence Jessie, lorsquâil avait parlĂ© de se dĂ©tendre ?
Jessie sembla se moquer de son regard un peu mĂ©fiant, tout en lui signifiant de sâassoir au sol, Ă ses cĂŽtĂ©s. Gabriel tenta de plier ses genoux, mais il fut vite dĂ©sĂ©quilibrĂ©, et il se laissa glisser contre le mur, un peu maladroitement.Â
Gabriel atterrit un peu trop prĂšs de Jessie, et leurs flancs se retrouvĂšrent collĂ©s lâun Ă lâautre. La peau du blond avait Ă©tĂ© refroidie par lâair nocturne, et elle sembla juste agrĂ©ablement tiĂšde Ă Gabriel.
- Jâai jamais essayĂ©, confirma-tâil, les yeux fixĂ©s sur le petit tube avec lequel Jessie semblait sâamuser.
Son ami ne tarda pas Ă le porter Ă ses lĂšvres, et il tenta de lâallumer, avec quelques difficultĂ©s. Gabriel resta immobile, les yeux fixĂ©s sur la flamme du briquet, qui venait lĂ©cher lâextrĂ©mitĂ© du joint sans parvenir Ă lâembraser. Et quand enfin, la manĆuvre fonctionna, Jessie ferma les yeux, pour inspirer une longue bouffĂ©e de la fumĂ©e trop Ă©paisse.
Lâodeur dĂ©gagĂ©e par le petit cĂŽne Ă©tait forte, et Gabriel fronça son nez, un peu incommodĂ©. Pourtant, il ne parvenait pas Ă regarder ailleurs, omnibulĂ© par les gestes parfaitement rythmĂ©s de Jessie. Porter le joint Ă ses lĂšvres, inspirer, lâĂ©loigner, bloquer, puis laisser Ă©chapper la fumĂ©e.Â
Le visage du blond ne tarda pas Ă montrer des signes dâune euphorie plus douce que celle que la poudre lui avait offert. Et quand il tendit le joint Ă Gabriel, ce dernier mit quelques secondes Ă comprendre ce quâil voulait.
Il chercha le regard de Jessie, et il ne fut pas surpris dây trouver une certaine absence. Pourtant, il continua de se justifier.
- Je sais pas⊠Non, câest pasâŠ
En temps normal, Gabriel aurait Ă©tĂ© bien plus catĂ©gorique sur la question; Il nâavait jamais touchĂ© Ă la drogue, se limitant Ă quelques verres bien pleins en soirĂ©e. Et jamais il nâavait eĂ»t envie de tenter plus.
Mais la situation Ă©tait bien diffĂ©rente. Tout avait changĂ©, ces derniĂšres semaines. Sa rupture avec LeĂŻla, les baisers avec Jessie⊠Puis la fusillade, la mort, et le reste. Et ce soir, il Ă©tait certain de ne plus ĂȘtre celui quâil avait longtemps imaginĂ©.
Alors il nâattrapa pas le joint. Mais il approcha lentement son visage de Jessie, pour ne sâimmobiliser quâĂ quelques centimĂštres de lui.
Sa tĂȘte se pencha de cĂŽtĂ©, et ses yeux brillĂšrent dâun Ă©clat nouveau. Presque sauvage. Et dans un souffle, il tenta :
Avec sa mine toujours aussi intriguĂ©e, Gabriel se posa aux cĂŽtĂ©s de Jessie. Le blond fut dâailleurs un peu surpris de la proximitĂ© avec laquelle il sâĂ©tait installĂ©, sans essayer de se dĂ©rober sur le biais. Il semblait loin ce temps oĂč ils sâĂ©taient battus dans la salle dâattente de lâinfirmerie.
Jessie savait que chacun de ses gestes Ă©taient observĂ©s dĂ©sormais, et il tenta de garder un sourire rassurant pendant de longues secondes. Pourtant ses mains tremblaient et il avait perdu quelques rĂ©flexes Ă cause des effets de la poudre. Mais il ne regrettait pas, câĂ©tait Ă©galement grĂące Ă elle quâil passait un aussi bon moment, loin des noirceurs auxquels son esprit lâavait accoutumĂ©.
Il releva le stick, plantant le filtre Ă lâextrĂ©mitĂ© de ses lĂšvres, avant dâallumer le briquet quâil avait fait glisser contre ses doigts impatiemment. Le vent Ă©tait frais et il empĂȘchait la flemme dâembraser la fine feuille de papier. Il dut porter sa main contre son visage, pour faire barrage Ă tout obstacle et il relĂącha finalement le tout lorsque la cime se dĂ©cida Ă noircir.
Lâhabitude revint automatiquement, tandis quâil inspira une premiĂšre bouffĂ©e en plissant les yeux pour profiter pleinement de la sensation. La fumĂ©e Ă©pousa la forme de ses joues creuses, tentant en vain de sâimmiscer Ă lâintĂ©rieur de sa gorge, et il resta ainsi pendant plusieurs secondes avant dâexpirer.
Le cercle de vapeur charbonneuse se dĂ©versa devant lui avant de sâĂ©vaporer et Jessie laissa de nouveau place Ă un grand sourire. Il avait dĂ©jĂ lâimpression de ressentir les premiers effets le calmer tandis quâil reposait sa tĂȘte contre le mur derriĂšre lui. Son dos sâenfonçait vers le sol, mais son attention se focalisa enfin sur son camarade Ă qui il tendit le cĂŽne.
Mais Gabriel refusa dâun geste de la main hĂ©sitant. MalgrĂ© cette soirĂ©e pleine de promesses, lâinconnu semblait toujours lui faire aussi peur. Pourtant, il prit lâinitiative de demander de lâaide.
- TâappâŠÂ Jessie se mit Ă rire, penchant sa tĂȘte en avant. Puis il observa de nouveau un Gabriel dĂ©routĂ©.Tâapprendre ? Je peux pas donner des cours, moi !
Le brun sembla vexĂ© de cette rĂ©ponse, et il croisa un bras contre sa poitrine. Alors Jessie soupira, rĂ©flĂ©chissant Ă ses derniĂšres paroles avec plus dâattention.
Et il força le passage en opérant un nouveau rapprochement vers son ami.
- Un shotgun, ça te parle ?
Gabriel secoua vivement la tĂȘte, mais ses yeux restĂšrent plantĂ©s dans ceux de Jessie.
Alors le blond rapprocha son visage une nouvelle fois, et son ami eut un mouvement de recul immédiat.
- Va vraiment falloir commencer à me faire confiance. Tu veux apprendre ou tu veux pas ?
Jessie semblait le mettre au défi, et Gabriel garda ses lÚvres pincées. Et finalement il réadopta sa position initiale.
Alors Jessie lui offrit un nouveau sourire taquin, avant de se réapproprier de nouveau la cigarette roulée.
Pendant un instant qui sembla durer une Ă©ternitĂ© pour les deux Ă©tudiants, Jessie sâenivra du doux poison qui lui brĂ»lait agrĂ©ablement la mĂąchoire et il rapprocha ses lĂšvres dâun Gabriel aux yeux trop vifs.
Le blond pencha la tĂȘte au dernier moment avant dâatteindre le visage de son camarade. Il nâĂ©tait pas en mesure de savoir si le troisiĂšme annĂ©e avait tentĂ© de le repousser car dĂ©jĂ , il laissait Ă©purer un filet de fumĂ©e dans lâouverture que formaient les lĂšvres de Gabriel.
Petit Ă petit, il Ă©vacuait ce nuage gris de sa propre bouche pour lâinsinuer Ă lâintĂ©rieur de celle de Gabriel. Et plus le blond forçait le baiser pour arriver au bout de son entreprise, et plus son camarade semblait pĂ©remptoire.
Ce ne fut que lorsque son dernier souffle se mĂ©langea Ă celui de Gabriel, que Jessie se permit de reculer. Il passa sa langue sur ses lĂšvres un peu trop rouges, et il sâesclaffa en observant Gabriel continuait le manĂšge quâil avait tentĂ© de mĂ©moriser un peu plus tĂŽt.
- Eh ben⊠En voilà un baiser pédagogique.
Dans un premier temps, Jessie se moqua un peu de la demande de Gabriel. Lui qui avait tant combattu son for intĂ©rieur pour parvenir Ă sâavouer quâil avait envie dâessayer ne prit pas particuliĂšrement bien ce refus. Et il ne chercha pas Ă le cacher, en se reculant, le visage froid.
Sa rĂ©action lui obtint un peu plus dâĂ©gard, et son ami ne tarda pas Ă revenir sur ses paroles. Le blond combla lâespace que Gabriel venait de creuser entre eux, et lui proposa quelque chose que le troisiĂšme annĂ©e ne connaissait pas.
Et quand Jessie sâapprocha un peu plus encore, Gabriel eĂ»t un mouvement de recul quâil ne contrĂŽla pas. Comme si les tergiversions de son ami avaient rĂ©veillĂ©s en lui des rĂ©flexes que lâalcool avait endormi. Et il fallut que Jessie lui redemande sa confiance pour que Gabriel parvienne Ă se convaincre que tout irait bien.
Il voulait juste apprendre Ă fumer de lâherbe. Ăa ne devait pas ĂȘtre si compliqué ?
Jessie se rĂ©installa, et il porta Ă nouveau le petit cĂŽne Ă ses lĂšvres. Il inspira lentement, comme sâil cherchait Ă remplir tout lâespace disponible dans sa bouche. Et quand il arracha la cigarette de ses lĂšvres, plutĂŽt que de fermer les yeux, comme il lâavait fait auparavant, il se pencha vers Gabriel.
LâĂ©tudiant le fixa, un peu inquiet, mais le principe de ce quâils sâapprĂȘtaient Ă faire lui vint facilement Ă lâesprit. Il attendit nĂ©anmoins que Jessie soit Ă quelques millimĂštres de son visage pour entrouvrit ses lĂšvres, comme une invitation quâil avait longuement hĂ©sitĂ© Ă accorder.
Jessie laissa Ă©chapper un peu de la fumĂ©e quâil avait emmagasinĂ©e, le temps de coller ses lĂšvres Ă celles de Gabriel. Ce dernier tenta de se concentrer sur lâair trop Ă©pais et tiĂšde que son ami laissait doucement entrer dans sa bouche, comme si le reste Ă©tait sans importance. Si des tas dâidĂ©es sâĂ©taient bousculĂ©es dans son esprit jusquâau dernier moment de lâapproche de Jessie, une seule subsistait Ă cet instant : Accueillir ce cadeau, et ne laisser sâĂ©chapper aucune de ces prĂ©cieuses volutes.Â
Gabriel pouvait sentir la bouche de Jessie, contre la sienne, tandis que le blond terminait dâexpirer la fumĂ©e, mais il Ă©tait comme anesthĂ©siĂ© par brĂ»lure que provoquait cet air nouveau contre sa langue et son palais. Et quand Jessie se recula finalement, il rouvrit les yeux, sans se rappeler Ă quel moment il les avaient fermĂ©s.
Il garda la fumĂ©e plusieurs secondes dans sa bouche, en se forçant Ă ne pas lâavaler, avant de former un cercle avec ses lĂšvres, pour la laisser se mĂȘler Ă lâair froid de la nuit.
Il Ă©tait un peu sous le choc dâavoir osĂ©, et ses yeux un peu trop grand ouverts se levĂšrent vers le ciel criblĂ© dâĂ©toiles. Mais soudainement, la voix de Jessie sâĂ©leva Ă cĂŽtĂ© de lui, et il tourna son visage vers lui dâun coup sec.
- CâĂ©tait pas un baiser⊠Pas vraiment.
Jessie porta le joint Ă ses lĂšvres Ă nouveau, un sourire moqueur sur le visage, et Gabriel toussa un peu. Quand son ami dĂ©colla le cĂŽne de sa bouche, et le lui tendit Ă nouveau, il nâhĂ©sita quâune seconde avant de sâen emparer.
Copiant les gestes quâil avait pĂ»t observer, il porta la cigarette Ă ses lĂšvres, pour en prendre une nouvelle bouffĂ©e. La sensation fĂ»t diffĂ©rente. Moins forte, moins brĂ»lante, et surtout⊠Moins intense.
Il aurait pĂ»t sây habituer.
Gabriel se tourna Ă nouveau vers Jessie et il ajusta sa position pour sur sa tĂȘte repose contre le mur. Il observa en silence les gestes presque gracieux de son ami, dont le visage semblait enfin dĂ©barrassĂ© de sa tristesse. Il ne restait quâun peu de fatigue, et un Ă©clat rĂȘveur au fond de son regard.
- Ăa va mieux ? Demanda Gabriel, Ă mi-voix.
Jessie se tourna vers lui, mais avant quâil ne puisse rĂ©pondre, le brun poursuivit.Â
- Parce que moi ça va mieux. Je crois.Â
Et il lui offrit un sourire sincĂšre et ingĂ©nu, qui dĂ©notait particuliĂšrement avec le joint quâil Ă©tait en train dâapprocher de ses lĂšvres.
A le seconde oĂč Jessie reprit la parole, Gabriel le rembarra un peu trop sĂšchement. Mais le blond Ă©tait suffisamment amorphe pour ne pas sâen formaliser. AprĂšs tout, son camarade pouvait en dĂ©duire ce quâil voulait. Du moment quâil ne lui gĂąchait pas son plaisir personnel par une nouvelle dispute.
Il avait lâimpression de flotter, au fil de ses bouffĂ©s. Comme si la nuĂ©e quâil expulsait de ses poumons venaient alimenter un nuage qui lâenveloppait. Les effluves lui picotaient le nez, mais il ne se privait pas pour les respirer davantage. Tout Ă©tait bon pour surfer sur cette vague de bien-ĂȘtre.
Il avait aussi lâimpression de sentir une chaleur soudaine lui caresser les bras, comme sâil venait de rĂ©cupĂ©rer son pull laissĂ© derriĂšre le comptoir du bar. Quand il offrit le joint Ă Gabriel, il passa ses deux mains sur ses coudes et ramena ses pieds lâun contre lâautre.
Son sourire restait bĂ©at, avec cette impression Ă©trange dâavoir trouvĂ© une solution aux problĂšmes qui sâĂ©taient accumulĂ©s sur le seuil de sa porte.
Et la question de Gabriel tombait Ă point pour faire le tri parmi les idĂ©es un peu embrouillĂ©es qui lâassaillirent.
- Ăa va mĂȘme super bien, en fait.
Sa voix était presque éteinte et ses mots trop lents, mais son attention restée obnubilée par ses chaussures abßmées.
- Merci⊠Jâavais vraiment besoin de ça.
Il attrapa la tige des lĂšvres de son ami pour en profiter Ă son tour. Il avait lâimpression que son corps en rĂ©clamait encore plus Ă chaque fois, et il inhala un peu trop fort.
Il se racla la gorge pour Ă©viter de tousser et de perdre idiotement les premiers relents de la fumĂ©e, et dĂ©posa le bout des cendres contre lâune des briques derriĂšre lui.
Et il se dĂ©porta sur le cĂŽtĂ©, avant de sâaccrocher Ă lâĂ©paule de Gabriel pour ne pas tomber.
- Je commence Ă me dire que je vais mâen sortir. Ouais. Jâvais mâen sortir.
Comme un enfant un peu trop affectueux, il passa sa main contre le torse fiĂ©vreux de Gabriel pour lâentourer.
- Et tout ça, câest grĂące Ă toi. Tâes un peu bizarre mais je tâaime bien, finalement.
Et il rùla de rire, les yeux clos et les pommettes un peu trop relevées.
Gabriel fixa Jessie, intĂ©ressĂ© par ce quâil allait rĂ©pondre, tout en inspirant Ă nouveau lâair chargĂ© de la cigarette quâil avait glissĂ©e entre ses lĂšvres. A chaque nouvelle bouffĂ©e, il en prenait un peu plus, un peu plus vite. Comme pour tester les limites de ce petit cĂŽne quâil goĂ»tait pour la premiĂšre fois.
Et mĂȘlĂ© Ă lâalcool, les premiers effets ne tardĂšrent pas Ă se faire sentir. Sa tĂȘte, dâabord, qui lui paraissait lourde, et comme bloquĂ©e dans un sas dĂ©pressurisĂ©s. Mais son coeur, aussi, quâil sentait battre contre sa poitrine, un peu trop fort. Ses lĂšvres semblaient parcourus dâun milliers de fourmis, et ses jambes ne rĂ©pondaient plus correctement, alors quâil tentait de les dĂ©plier.
Mais surtout, il y avait cette sensation. Celle qui lui collait un sourire sur le visage. Parce que toutes les pensĂ©es difficiles, celles qui ne voulaient pas quitter son esprit jusquâici, semblaient sâenvoler avec les volutes quâil laissait sâĂ©chapper. Son corps entier lui semblait plus lĂ©ger, et lâair extĂ©rieur ne lui sembla plus si froid.Â
Jessie répondit à sa question, un sourire un peu absent sur les lÚvres, et Gabriel agita sa main.
- De rien⊠Jâsuis content.
Il acquiesça avec un peu trop de force, et Jessie vint se coller Ă lui, tout en continuant Ă lui parler. Ses mains effleurĂšrent la peau de Gabriel, et il repensa au moment quâils avaient partagĂ©, sur la piste de danse. Un nouveau frisson lui parcourut le dos, tandis que les images de la soirĂ©e se mĂ©langeaient avec celles dâun couloir mal Ă©clairĂ©.
Il cligna des yeux plusieurs fois, pour se reprendre, et tourna la tĂȘte vers le visage de Jessie, qui Ă©tait si proche de lui dĂ©sormais.
- Je suis dĂ©solé⊠Pour tout⊠CâĂ©tait pas cool. Je voulais pas te faire mal⊠Et je voulais pas tâembrasser⊠Et je voulais pas tout casser entre Kenny et toi.
Gabriel grimaça, trahissant une tristesse et une culpabilitĂ© quâil nâavait osĂ© confier Ă personne jusquâici. Il commença Ă faire jouer ses doigts sur sa cuisse, et il les fit remonter le long de son ventre, avant quâil ne les fasse grimper sur le bras de Jessie, qui barrait son torse dĂ©sormais. Il joua un instant sur la peau du blond, tout en humant une mĂ©lodie Ă voix basse. Puis, finalement, il laissa retomber sa main, et tourna son visage vers son ami.
- Tâes un chic type, Jessie.
Le brun offrit un sourire sincĂšre Ă son camarade, avant de laisser retomber sa tĂȘte contre le mur, avec un peu trop de force. Un craquement se fit entendre.
AprĂšs un court silence, les deux jeunes hommes furent pris dâun fou-rire, qui les agita pendant de longues secondes. Gabriel laissa son hilaritĂ© emplir la petite ruelle, sans autre pensĂ©e quâil aurait aimĂ© que le moment dure plus longtemps, et peut-ĂȘtre, ne sâarrĂȘte jamais. Mais quand son rire se tarit, il ouvrit de larges yeux vers le ciel.
- Il est tard. Et je crois que jâai froid.
Car si la cigarette avait brouillé son ressenti de la température extérieure, les poils hérissés le long de ses bras ne mentaient pas, eux.
En sâexposant un peu maladroitement, Jessie avait apparemment laissĂ© le livre des aveux ouvert. Gabriel en profita pour lui offrir des excuses quâil nâattendait plus. Elles avaient peut-ĂȘtre un goĂ»t de trop peu, au fond, mais Jessie nâavait pas la force dâen demander plus. Il se contenterait de ces bafouillements. Gabriel sâĂ©tait suffisamment fait pardonner en termes dâactes.
Le brun se laissa dâailleurs aller Ă un dĂ©bordement palpable, et ses doigts rencontrĂšrent la peau de Jessie. GrĂące au petit cĂŽne quâil faisait toujours rouler dans sa main posĂ©e au sol, ses sensations sâĂ©taient dĂ©multipliĂ©es et cet effleurement suffit Ă lui donner lâimpression dâun chatouillement insurmontable. Il se mit Ă rire trop fort, mais fut couper net par le compliment un brin Ă©touffĂ© que lui servait Gabriel.
Ils Ă©changĂšrent un sourire, avant que le troisiĂšme annĂ©e ne repose sa tĂȘte contre le mur sans contrĂŽler la force dâimmersion. Au lieu de sâinquiĂ©ter, les Ă©tudiants partirent dans un fou-rire qui en disait long sur leur Ă©tat.
Mais câest Gabriel qui reprit en premier ses esprits, et Jessie ne tarda pas Ă le soutenir dans sa prise de conscience.
- Je crois que je sens plus mes pieds.
Il bougea sa jambe, comme sâil Ă©tait pris dâune crampe trop soudaine, avant dâajouter Ă voix basse.
Il pouffa nerveusement, avant dâessayer de se relever. La tĂąche fut plus difficile que prĂ©vue mais en prenant appui sur les Ă©paules de Gabriel, il retrouva un Ă©quilibre prĂ©caire.
- Ăa serait cool de vivre tous les jours sans tee-shirt nâempĂȘche.
Le brun venait de le rejoindre, debout, et Jessie manqua de trébucher contre lui en posant ses mains contre son bas-ventre.
- Tu passes combien dâheures dans la salle de sports pour avoir ce rĂ©sultat ?
Il avait une mine ahurie qui aurait pu faire mourir de rire Gabriel sâil nâĂ©tait pas aussi stoned que lui.
Mais Jessie releva soudain ses épaules, et entreprit de monter le petit escalier en pierre, avant de porter son attention vers son camarade, un peu plus énergique.
- Faut pas quâon tarde ! DĂ©jĂ quâon va mettre une heure Ă rentrer Ă lâinternatâŠ
Jessie soutint Gabriel dans sa rĂ©flexion, et les deux jeunes hommes se retrouvĂšrent Ă fixer le pied que le deuxiĂšme annĂ©e agitait avec force. Puis, le blond tenta de se lever, avec difficultĂ©. Il sâaccrocha Ă Gabriel, et prit appui sur le mur, jusquâĂ ce quâil parvienne Ă se tenir debout sur ses jambes.
Gabriel lâimita, lentement, tout en Ă©coutant dâune oreille distraite les rĂ©flexions de son camarade. Vivre sans T-shirt. Oui, câĂ©tait une bonne idĂ©e. Quand il ne faisait pas moins deux, comme Ă cet instant. Pourtant, quand son regard dĂ©via Ă nouveau vers le torse de son ami, il ne trouva plus grand chose Ă rĂ©pondre.
Pour ne rien arranger, Jessie fit un pas vers lui, et menaça de sâĂ©crouler au sol, avant de poser ses mains avec une certaine vigueur sur le ventre de Gabriel. Le brun baissa les yeux, un peu fascinĂ© par la taille de ses mains contre sa peau. Le contact Ă©tait agrĂ©able, et il ferma les yeux quelques secondes, sans rĂ©pondre Ă la question.
Mais Jessie ne tarda pas Ă sâĂ©loigner Ă nouveau, pour grimper les marches dâune dĂ©marche presque trop lĂ©gĂšre pour quelquâun qui nâĂ©tait pas clair. Et Gabriel se dĂ©cida Ă le rejoindre, plus lentement.
Quand le blond mentionna lâinternat, et lâheure de marche qui les attendaient, Gabriel retint un grognement. Il se sentait lourd, et sa tĂȘte continuait de tourner par moments. Il se retint au bras de Jessie pour ne pas retomber en arriĂšre, sur les escaliers en bĂ©ton.
- Laisse tomber. Câest trop loinâŠ
Il plissa les yeux, tentant de se rappeler oĂč ils Ă©taient exactement. Et il se rappela le chemin quâils avaient pris pour venir ici. Le mĂȘme quâil faisait tous les vendredis soirs. Un sourire trop large Ă©claira son visage.
- On est Ă deux pas de chez moi. On nâa quâĂ squatter lĂ basâŠ
Gabriel se reposa  un instant contre le mur, et passa une main dans ses cheveux, avant de continuer, en fixant Jessie.
- Ma mĂšre est Ă Washington, avec Ty⊠Yâaura personne. La clĂ© de secours est dans le trou Ă gauche.
Il opina, et Jessie miroita son geste, trĂšs sĂ©rieusement, comme sâil savait lui aussi oĂč Ă©tait ce trou. Gabriel sentit la satisfaction lâemplir Ă lâidĂ©e de ne pas avoir Ă traverser la moitiĂ© de la ville Ă pied. Il franchit lâespace qui les sĂ©paraient, et posa ses mains sur les Ă©paules de son ami, pour obtenir toute son attention.
- Sâteuplait⊠Jessie⊠Jâveux aller dormir. Yâa des lits⊠Câest tout prĂšs⊠Yâa mĂȘme des oreillers !
Il ajouta son argument final trĂšs sĂ©rieusement, comme si câĂ©tait exactement ce que Jessie attendait, et tenta de faire des yeux de chiens battus Ă son ami, Ă©chouant sĂ»rement lamentablement compte tenu de son Ă©tat..
Alors mĂȘme que Jessie fit remarquer le long trajet quâil leur restait Ă parcourir pour pouvoir profiter dâune bonne nuit de sommeil, Gabriel sâopposa Ă une telle Ă©ventualitĂ©. Et il proposa quâils se rendent chez lui Ă la place. Jessie esquissa un sourire avant de comprendre quâil Ă©tait sĂ©rieux. Alors il fronça les sourcils, et adopta une mine un peu plus formelle.
Et pourtant plus le brun lui exposait la tangibilitĂ© de sa proposition et plus il Ă©tait tentĂ© de dire oui. DĂ©jĂ parce quâune marche dâune heure Ă©tait un vrai repoussoir, mais aussi et surtout, parce quâil Ă©tait intriguĂ© par ce quâil pourrait dĂ©couvrir lĂ -bas.
Alors quand Gabriel posa ses mains sur ses Ă©paules pour achever de le convaincre, Jessie finit par opiner Ă grands renforts de mouvements de tĂȘte.
- Des oreillers ? Tâes sĂ©rieux ! Je peux pas refuser alors. Jâai toujours rĂȘver dâen voir en vraiâŠ
Un rire hilare termina la fin de sa phrase, et il se plia en deux pour se tenir le ventre.
Gabriel, lui, mit plus de temps à comprendre la subtilité, et resta un moment stupéfait par le spectacle que lui offrait son camarade.
- Non, sĂ©rieusementâŠÂ Et Jessie se releva. Je sais pas trop bien. Je veux dire⊠Câest chez toi. Câest⊠chez⊠toi.
Mais Gabriel continuait de le dĂ©visager, nâayant pas lâair plus troublĂ© que cela par ce que Jessie essayait de lui faire comprendre.
- Bon, dâaccord. Je capitule.
Et ce fut finalement le troisiĂšme annĂ©e qui ouvrit la marche pour rĂ©cupĂ©rer le reste de leurs vĂȘtements, payer ses consommations et sortir du club qui commençait Ă se vider progressivement, aux vues de lâheure tardive.
DĂšs quâil le pouvait, Gabriel tentait dâĂ©viter de frĂŽler les corps qui se ruaient vers la sortie, mais dĂšs que Jessie se rapprochait de lui, il lui offrait un large sourire.
La confiance était gagnée.
Ils ne durent marcher que quelques minutes avant de rejoindre un quartier dĂ©sert qui masquait avec subtilitĂ© la misĂšre quâelle devait abriter. Ils sâarrĂȘtĂšrent devant un grand immeuble, Ă peine Ă©clairĂ©, et Gabriel et Jessie sây engouffrĂšrent sans mĂ©nagement.
Ils avaient beau faire un peu trop de bruit et se contenter de mettre leur doigt devant leur bouche pour se faire taire lâun et lâautre, de grands Ă©clats de rire incontrĂŽlĂ©s continuaient de rĂ©sonner dans la cage dâescalier quâils remontaient.
Et ce fut avec une lenteur extrĂȘme quâils dĂ©bouchĂšrent Ă lâĂ©tage oĂč Ă©tait situĂ© lâappartement de Gabriel. Jessie observa le plafond avec intĂ©rĂȘt, les mains dans le dos, tandis que son camarade cherchait la clĂ© de secours lĂ oĂč sa mĂšre la laissait dâhabitude.
Un peu trop dĂ©contractĂ© compte tenu de la situation inhabituelle, Gabriel sâaffaira devant la serrure et parvint finalement Ă ouvrir la porte qui leur faisait face.
A peine le brun fut t-il dĂ©chausser que Jessie sauta sur le sofa du salon. Lâappartement Ă©tait plongĂ© dans une pĂ©nombre un peu trop Ă©paisse, et pourtant, le jeune homme se sentait comme chez lui, les jambes croisĂ©es et les mains calĂ©es derriĂšre sa tĂȘte.
- Ton canapâ a lâair confortable. Ăa va, je regrette pas finalement.
Et il se laissa aller Ă un autre petit sourire satisfait en direction de Gabriel.
Gabriel tenait particuliĂšrement Ă convaincre Jessie du bien-fondĂ© de son idĂ©e, et il resta un moment perplexe devant lâhilaritĂ© soudaine de son ami. Quâavait-il bien pĂ»t dire de si drĂŽle ? Il le promettait, il y avait des oreillers chez luiâŠ
Son ami finit par reprendre son sĂ©rieux, et il exprima quelques doutes, sans que Gabriel ne parvienne vraiment Ă comprendre de quoi il parlait. Enfin, si. Il comprenait parfaitement les mots de Jessie. Il en questionnait simplement le sens.Â
Et finalement, sans quâil nâait besoin dâun seul argument de plus, Jessie accepta sa proposition et Gabriel laissa un sourire prendre place sur son visage. Il Ă©tat ravi dâavoir obtenu ce quâil voulait, mĂȘme sâil ne se rappelait plus vraiment pourquoi il avait fait cette proposition Ă Jessie.
- Viens ! Faut quâon aille chercher nos⊠Affaires.
Il entraĂźna son ami jusquâau bar, oĂč il glissa quelques billets Ă lâemployĂ© avant de se mĂȘler Ă la foule qui sortait au compte-goutte dans la rue principale. La proximitĂ© avec les autres corps, pour la plupart dĂ©nudĂ©s, ne le mettait pas particuliĂšrement Ă lâaise, mais son ivresse, et quelques regards en biais Ă Jessie, suffirent Ă lui permettre de rester de bonne humeur.
Une fois dans la rue, les deux jeunes hommes prirent la direction du quartier de Gabriel, dâun pas aussi vif que leur Ă©tait le leur permettait. Le jeune homme tentait de guider Jessie dans la nuit noire, et pas une seule fois lâidĂ©e quâil ramenait un garçon chez lui ne lui sembla dĂ©placĂ©e. Ses pensĂ©es tournaient uniquement autour de lâidĂ©e quâil nâallait pas tarder Ă pouvoir sâallonger, et que son Ă©tat de plĂ©nitude actuel allait lui permettre de sâendormir comme un loir.
Si le quartier Ă©tait plongĂ© dans le noir, le hall dâentrĂ©e de lâimmeuble oĂč habitait Gabriel dĂ©versait un peu de lumiĂšre, comme un phare dans la nuit. Les deux jeunes hommes y pĂ©nĂ©trĂšrent, dĂ©jĂ Ă moitiĂ© hilares. Et leur Ă©tat ne sâamĂ©liora pas au rythme de leur ascension, durant laquelle Gabriel se retrouva plus dâune fois Ă bout de souffle, affalĂ© sur les marches, Ă tenter dâĂ©viter le regard de Jessie, responsable de ce fou-rire qui nâen finissait pas.
Au bout de ce qui lui sembla une Ă©ternitĂ©, ils parvinrent jusquâĂ la porte de lâappartement familial, et Gabriel se mit Ă la rechercher de la clĂ© que Monia laissait toujours dans une petite cavitĂ© sur le cĂŽtĂ©. Le verrou Ă©tait ancien, et il dĂ»t forcer un peu pour que la poignĂ©e cĂšde, dans un long grincement qui lui hĂ©rissa les poils.
Il enleva ses chaussures, dans un rĂ©flexe routinier, et Jessie lui passa devant, pour se laisser tomber dans le canapĂ© du salon. Ni lâun, ni lâautre, nâavaient pensĂ© Ă allumer la lumiĂšre, et il se fixĂšrent dans la pĂ©nombre, sourire contre sourire.
- Jâte lâavais dit, commença Gabriel, dâune voix traĂźnante. On est bien ici ! Il Ă©carta les bras, et fit un tour sur lui-mĂȘme, avant de se rattraper Ă la table basse. Mieux quâĂ la Nyada. Au moins, on risque pas de se faire tirer dessusâŠÂ Puis, son regard sâarrĂȘta sur Jessie, et il fronça les sourcils. Tu dors pas lĂ hein ! Ma mĂšre va me tuerâŠ
Il lui tendit sa main, et quand Jessie finit par lâattraper, il lâaida Ă se relever.
- Les lits aux invitĂ©s⊠Les invitĂ©s au litâŠ
Gabriel laissa Ă©chapper un gloussement qui se transforma en rire, tandis quâil avançait dans le petit appartement. Il se cogna contre une gondole qui Ă©tait recouverte de cadres photos, et jura en espagnol tout en tentant de les garder droits. Enfin, il arriva devant sa chambre, dont il ouvrit la porte pour Jessie.
Il laissa le blond entrer le premier, puis, aprĂšs une seconde dâhĂ©sitation, il le suivit Ă lâintĂ©rieur. Avec un geste un peu trop enthousiaste, il commenta :
- Câest mon lit. Et mes oreillers !
Lorsque Jessie tourna son visage vers lui, Gabriel lui offrit un sourire sincÚre et réjouit.
Jessie venait dĂ©jĂ de sâimaginer passer quelques heures sur ce canapĂ© creusĂ© par les annĂ©es, lâenserrant en son sein. Il nâaurait quâĂ quitter lâappartement au petit matin, et il remercierait Gabriel quand ils auraient tous deux les idĂ©es claires.
Pourtant, son camarade ne lui laissa pas le loisir de mener Ă bout cette pensĂ©e, puisquâil le rappela Ă lâordre en lui promettant une chambre. Jessie voulut refuser mais le regard de Gabriel laissait Ă penser quâil prenait Ă coeur ce dĂ©vouement que sa mĂšre lui avait appris et il lui fit signe de se lever sur le champ.
Alors le blond le suivit, les bras ballants et le regard hagard, se posant sur le mobilier plutĂŽt chiche mais bien agencĂ©. Les Olivera semblait accorder une grande importance Ă la famille si lâon en croyait la multiplication des cadres photos posĂ©s dans les deux couloirs adjacents quâils traversĂšrent.
Et puis soudain, Gabriel sâarrĂȘta et ouvrit en grand la porte dâune chambre. Jessie passa le premier, et crut dâabord reconnaitre lâantre de Tyler. Avant que Gabriel ne mette fin Ă son enquĂȘte prĂ©caire.
Il avait rĂ©pĂ©tĂ© les mots de son ami en sâavançant au milieu de la piĂšce.
- Tu veux dire quâon est⊠dans ta chambre ?
Il se retourna vers Gabriel qui acquiesça, les deux mains posĂ©es sur ses hanches, comme sâil Ă©tait fier de partager son chez soi avec Jessie.
- Mais je vais dormir oĂč ?
Le jeune homme dĂ©signa le matelas, qui Ă©pousait lâangle opposĂ© Ă la porte.
Jessie se sentait idiot Ă poser autant de questions. Mais il avait besoin de clarifier le tout. Il Ă©tait Ă deux doigts dâexploser de rire. Pourtant la situation nâavait rien de particuliĂšrement comique.
Mais il se sentait bien trop dĂ©tendu pour se prĂ©occuper dâun quelconque quiproquo.
- Mais gĂ©nĂ©ralement, je dorsâŠ
- Laisse tomber, je vais mây faire. Et il se laissa tomber sur le lit, avant de ramener ses jambes contre la surface moelleuse. JâvaisâŠ
Il se colla contre le mur, posant sa tĂȘte contre lâĂ©dredon, avec un petit sourire en coin.
- Tâas raison. Ils sont supers tes oreillers.
Mais déjà ses yeux commençaient à se clore.
Gabriel et Jessie se faisaient face, au milieu de la petite chambre que le brun habitait depuis presque dix ans. Le mobilier était limité - un grand lit, une commode, une armoire, et un bureau-, et le rangement laissait un peu à désirer, mais Jessie semblait omnibulé par bien autre chose.
Et quand son ami lui demanda de confirmer quâils se trouvaient bien dans sa chambre Ă lui, Gabriel acquiesça avec une certaine fiertĂ©, plutĂŽt satisfait de lui-mĂȘme. Il nâavait pas faillit Ă ses devoir dâhĂŽte. Il offrait son lit Ă son ami, exactement comme on le lui avait appris.
LâidĂ©e que deux autres chambres vides Ă©taient libres cette nuit lĂ ne traversa bien entendu pas son esprit embrumĂ© par lâalcool et le joint, et il fixa Jessie, un peu surpris par toutes ses interrogations. Tout lui semblait plutĂŽt Ă©vident, Ă vrai dire.
Heureusement, son camarade ne tarda pas Ă sâinstaller sur le lit, sans prendre la peine dâenlever son pantalon ou de se glisser sous les draps. Gabriel pencha la tĂȘte de cĂŽtĂ©, avant de hausser les Ă©paules pour lui-mĂȘme. Il voulu faire un pas en arriĂšre, mais Jessie se poussa contre le mur, laissant une large place Ă ses cĂŽtĂ©s.
Le troisiĂšme annĂ©e resta un moment immobile, Ă fixer le lit, et cette place libre que Jessie venait de lui laisser. Une infime part de lui, celle qui Ă©tait encore Ă peu prĂšs consciente, ne pouvait sâempĂȘcher de penser Ă lâerreur que sâinstaller lĂ pouvait reprĂ©senter. A toutes les raisons qui auraient dĂ»t le pousser Ă reculer, Ă nouveau.
Mais Gabriel avait changĂ©, ce soir lĂ . Non seulement, il avait appris Ă connaĂźtre un Jessie quâil ne craignait plus, mais quâil commençait mĂȘme Ă vraiment apprĂ©cier, mais en plus, il sâĂ©tait frottĂ© - au propre, comme au figurĂ© - Ă un peu de nouveautĂ©. Et le rĂ©sultat nâavait pas Ă©tĂ© si terrible que ça.
Et puis de toute façon, il Ă©tait Ă©puisĂ©. Alors, il se laissa tomber sur le lit Ă son tour, et installa lâoreiller derriĂšre sa nuque. Contrairement Ă Jessie, qui sâĂ©tait installĂ© sur le cĂŽtĂ© il resta Ă©tendu sur le dos, les yeux mi-clĂŽts,Â
Sa voix était faible, et il ferma les yeux quelques secondes, pour tenter de maßtriser cette impression de subir une balade dans une barque agitée par les vagues.
- Jâaime pas quand ça tourne.
Jessie laissa échapper un petit grognement, que Gabriel prit comme une marque de soutien, et il acquiesça, en rouvrant les yeux.
Puis, ses paupiĂšres papillonnĂšrent quelques secondes, avant de faire le noir autour de lui.
LâobscuritĂ© ne dura quâun temps, et elle fut vite remplacĂ©e par un feu brĂ»lant. Des vagues rouges et oranges venaient lĂ©cher les murs autour de Gabriel, et il tenta de reculer, en vain. Son corps entier Ă©tait bloquĂ©, immobile, et invisible. Des voix rĂ©sonnaient autour de lui, sans quâil ne parvienne Ă en comprendre le moindre mot. Il tenta de crier, mais sa voix nâĂ©tait plus quâun mince filet Ă peine semblable Ă un soupir.
Il tenta de se dĂ©battre, encore, et encore. DâĂ©chapper au feu, et aux flammes qui rendaient lâatmosphĂšre insupportable. Il avait chaud, trop chaud, et pour ne rien arranger, il y avait cette odeur, dans lâairâŠ
Une odeur de poussiĂšre, et de peinture.
Puis, ses yeux se rouvrirent, et il laissa Ă©chapper un hoquet de surprise. Il tenta de se redresser dans le lit, mais son corps ne lui obĂ©it pas. Lâair Ă©tait toujours trop lourd, et une partie de lui se demanda sâil Ă©tait encore en train de rĂȘver. Le bourdonnement dans ses oreilles Ă©tait presque insupportable, et il tenta de secouer la tĂȘte, sans succĂšs.
Ce nâest quâĂ cet instant quâil sentit le corps, contre lui. Il sentait une respiration, dans sa nuque, et surtout, un coude contre son Ă©paule. Et il sentit son coeur sâaccĂ©lĂ©rer malgrĂ© lui.
BloquĂ©. Il Ă©tait bloquĂ©. Prisonnier Ă nouveau. Il tenta de se dĂ©battre un peu, mais la prise de lâautre Ă©tait trop forte. Son coeur manqua un battement, puis un autre.
Il allait mourir Ă nouveau.
Dans un Ă©lan de survie, il parvint Ă se retourner, et son corps tout entier repoussa lâautre un peu plus loin dans le lit. Son premier rĂ©flexe fut de se relever, et de chercher Ă sâenfuir. Mais son regard ne pĂ»t manquer la veste, au sol. Et tout devint clair dans son esprit.
Jessie. Jessie Ă©tait lĂ lui aussi. Et si Gabriel sâenfuyait, alors lâhomme sâen prendrait Ă lui aussi.
Dans sa panique, il se retourna sur le lit, et laissa ses genoux venir bloquer lâhomme de chaque cĂŽtĂ©. Et tout naturellement, ses mains vinrent enserrer le cou de sa victime.
La peur et lâĂ©motion avaient rempli les yeux de Gabriel de larmes, et il ne parvenait pas Ă distinguer clairement le visage de celui quâil tenait dĂ©sormais en respect. Mais son esprit parvenait aisĂ©ment Ă rappeler Ă lui ce visage, muĂ© en une grimace de satisfaction. Le dernier quâil avait vu avant de perdre connaissance.
Lâhomme avait commencĂ© Ă se dĂ©battre, sous lui, et Gabriel nâavait pas lâexpĂ©rience de son bourreau, alors ses prises Ă©taient plus fragiles. LâidĂ©e quâil pouvait tout Ă fait perdre Ă nouveau traversa son esprit, et il se rendit compte quâil devait prĂ©venir Jessie.
Jessie, qui dormait sur le canapé.
Sa voix nâĂ©tait pas assez forte, pas assez puissante pour porter au delĂ de la chambre, et il sentit la panique augmenter en son sein. Il tenta dâappuyer plus fort encore sur la gorge de son adversaire, mais il tremblait comme une feuille.
- PARSÂ ! JESSIEÂ ! VA-TâENÂ !
Puis, dans un dernier souffle abßmé, il lùcha, presque sanglotant.
La tĂȘte calĂ©e contre un oreiller bien trop confortable, les genoux ramenĂ©s contre son bas-ventre, Jessie laissa ses derniĂšres forces le quitter pour laisser un sommeil rĂ©parateur prendre le relai.
Ses paupiĂšres closes, il sâimaginait ĂȘtre doucement emportĂ© par les bras rĂ©confortants de MorphĂ©e. Mais son subconscient ne lui en offrit quâun plaisir partiel, comme si son esprit refusait de complĂštement sâabandonner vers les frontiĂšres de limbes fictionnelles.
Une impression Ă©trange lâenveloppa. Ses sens continuaient dâĂȘtre en alerte, et son corps entier se contractait sous la menace dâune ombre indistincte. Mais Jessie se retourna, encore et encore, faisant mouvoir les draps en dessous de lui.
Sâil avait fait plus attention, il aurait entendu les paroles de son ami, couchĂ© Ă ses cĂŽtĂ©s. Il aurait ouvert les yeux et il lâaurait rĂ©confortĂ©.
Câest normal que ça tourne. Ăa finit toujours par passer.
Mais ses lÚvres restÚrent fermées, et il continua de chercher le sommeil en vain.
Ăa finit toujours par passer.
Sauf que son dos se soulevait toujours un peu plus. Comme sâil cherchait Ă sâextraire du lit. Comme sâil cherchait Ă mettre Jessie Ă lâabri.
Oui mais Ă lâabri de quoi ?
Il Ă©tait parfaitement bien, ici. Parfaitement en sĂ©curitĂ©. Dans un appartement fermĂ© Ă clĂ©. Dans une chambre cosye. Sur un matelas quâil partageait avec la prĂ©sence rassurante de Gabriel.
Un rĂ©flexe lui ordonna dâouvrir les yeux. Parce que oui, dĂ©sormais, il la ressentait parfaitement cette peur qui torturait son estomac. Qui lui faisait rater plusieurs battements. Il nâavait pas compris les signes. A cause de cette torpeur qui lui alanguissait ses muscles.
Alors son esprit se réveilla. Et ses paupiÚres se relevÚrent juste à temps pour voir deux grandes mains se jeter sur son cou.
Pourtant ses bras restĂšrent prĂšs de son corps pendant quelques secondes. Le temps quâil comprenne.Mais quâil comprenne quoi ? Rien de tout ceci nâĂ©tait rationnel.
Son ami était en train de serrer sa gorge.
Et le dernier souffle qui sâinsinua dans ses poumons lui rappelait la gravitĂ© de la situation.
- GaâŠÂ Mais il appuya plus fort, et Jessie releva une main. BriâŠÂ Il attrapa le bras tendu du jeune homme qui se trouvait au dessus de lui, et claqua sa paume contre sa peau. El.
Mais lâappelĂ© continuait de serrer, un peu plus fort. Un peu plus violemment aussi.
Pendant une seconde, le deuxiÚme année crut que son camarade venait de reprendre ses esprits. Mais sa prise se resserra contre sa nuque, et Jessie fut incapable de sortir un son supplémentaire.
Il avait besoin dâair. CâĂ©tait urgent. Mais il continuait dâobserver la mort dans les yeux de son agresseur.
Il avait besoin dâoxygĂšne. Juste dâune inspiration. Pour tenir un peu plus longtemps. En vain.
Il avait chaud. Comme si sa boite crùnienne bouillait. Et des gouttes de sueur perlaient peu à peu son front plissé.
Finalement sa main lùcha le bras de Gabriel. Parce que sa panique lui donnait une force qui avait abandonné Jessie depuis bien longtemps.
Mais il continuait dâouvrir la bouche, les yeux mouillĂ©s et le teint rouge.
Il allait rejoindre son frĂšre. CâĂ©tait fini. Juste comme ça. Juste comme çaâŠ
Cette derniÚre pensée sembla lui offrir un semblant de répit. Une idée. Une idée qui le ramenait des années en arriÚre, lorsque son frÚre lui avait appris quelques notions de self-défense.
MalgrĂ© sa faiblesse, il parvint Ă concentrer lâensemble de son Ă©nergie dans sa jambe droite. Il la releva, sans quitter du regard un Gabriel fou et terrifiĂ© Ă la fois. Et il entoura sa jambe Ă lui. Celle qui se trouvait juste au dessus de lui. Celle par laquelle il prenait un appui et un avantage considĂ©rable sur Jessie.
Et dans un dernier instant de courage, il tenta de pousser le jeune homme sur le cÎté. Parce que ses bras et ses mains rassemblaient la totalité de ses forces, il fut trÚs vite déstabilisé et il tomba à la renverse. Il ne tenta pas de se raccrocher. Au contraire, sa chute le fit glisser hors du lit et il se retrouva dos au sol.
Jessie porta instinctivement les deux mains Ă son cou blessĂ©, et il se releva bien trop vite. Sa tĂȘte lâĂ©lança, et la moitiĂ© de son corps ne rĂ©pondait plus. Mais le soulagement avait pris le pas, et il continuait de haleter, incapable de faire correctement entrer lâair dans ses poumons. Comme si mĂȘme maintenant, il prenait le mauvais conduit.
Sa tĂȘte se tourna progressivement vers un Gabriel complĂštement hagard, et il parvint Ă regrouper un ensemble de mots.
- Quâest-ce qui tâas pris ?
Sa cage thoracique bougeait toujours disproportionnellement, et il Ă©tait obligĂ© de reprendre sa respiration Ă chaque syllabe mais il ne doutait plus que son ami lâĂ©coutait et le comprenait.
- Tâes malade ou quoi ?
Il avait criĂ© bien malgrĂ© lui, dâune voix Ă©raillĂ©e.
Gabriel serrait ses mains de toutes ses forces, mais son corps le trahissait par moments, et il nâĂ©tait pas certain de parvenir Ă couper toute arrivĂ©e dâoxygĂšne dans les poumons de son adversaire. Son esprit nâĂ©tait tournĂ© que vers une seule idĂ©e : Offrir Ă Jessie le temps de sâenfuir. De se sauver.
Combien de temps parviendrait-il Ă tenir encore ? Son adversaire ne se dĂ©menait plus, sous lui. Mais son expĂ©rience personnelle avait appris Ă Gabriel que le corps humain pouvait survivre de longues secondes sans cet air si prĂ©cieux. Il ne lĂącherait pasâŠ
Pourtant, et alors que lâhomme nâavait plus tentĂ© de sâenfuir depuis un moment, Gabriel sentit un mouvement contre son genou. Avant quâil ne comprenne ce quâil se passait exactement, il bascula sur le cĂŽtĂ©, et son dos vint heurter le sol dans un bruit sourd.
Il cligna des yeux, plusieurs fois, et se rendit compte que lui aussi avait coupĂ© sa respiration. Ses lĂšvres sâentrouvrirent, Ă la recherche dâune inspiration qui ne vint pas. Et ses yeux fixĂšrent un point invisible devant lui.
La voix de Jessie sâĂ©leva, Ă quelques mĂštres de lĂ , et Gabriel Ă©carquilla les yeux. Il chercha sa silhouette du regard, et il trouva son ami, Ă genoux sur le lit.
Gabriel parvint Ă se redresser un peu, sur ses coudes, et il fixa le blond, empli dâincomprĂ©hension. Venait-il vraiment de âŠ
A entendre les reproches de Jessie, et Ă le voir au bord de lâextinction de voix, oui. Gabriel venait dâĂ©trangler son camarade, en plein milieu de la nuit. Et si le jeune homme nâavait pas eĂ»t le rĂ©flexe de le dĂ©sĂ©quilibrer plutĂŽt que de la combattre, alors il serait peut-ĂȘtre encore en train de lui Ă©craser les voies respiratoires.
La vérité frappa Gabriel de plein fouet. Il avait été à deux doigts de tuer le jeune homme qui lui faisait face.
Lentement, il recula sur le sol, sans chercher Ă se relever, jusquâĂ se retrouver contre la porte, Ă lâopposĂ© de Jessie. Les deux jeunes hommes se fixaient, essoufflĂ©s, dans un silence plus lourd que jamais. Gabriel essuya sommairement ses joues, sur lesquelles la panique avait fait glisser quelques larmes.
Il secoua la tĂȘte, le visage dĂ©fait. Les images de ce quâil venait de se passer tournaient et retournaient dans sa tĂȘte, et il pouvait encore sentir lâombre de cette peur terrible quâil avait ressenti au plus profond de son ĂȘtre.
Il chercha le regard de Jessie, pour lui faire comprendre quâil avait conscience de la gravitĂ© de ses actes, mais le jeune homme semblait mĂ©fiant. Alors Gabriel tenta de sâexpliquer, son corps entier agitĂ© de frissons dĂ©sagrĂ©ables.
- CâĂ©tait⊠Un cauchemar. Je crois. Je âŠ
Il parvint Ă se relever, lentement, en sâaidant de la porte derriĂšre lui, et ses gestes trop lents firent lâobjet de toute lâattention de Jessie, qui Ă©tait restĂ© sur le lit.
Gabriel resta un long moment face Ă la porte, appuyĂ© sur un de ses bras, Ă tenter de calmer son coeur qui sâĂ©tait emballĂ©. Son esprit nâĂ©tait pas clair, et trop de questions se bousculaient pour quâil parvienne Ă faire le tri.
Il était dangereux. Bien trop dangereux.
Il se retourna vers Jessie, le visage tendu.
- Je vais prendre le canapĂ©. La⊠La clĂ© de ma chambre est dans le tiroir de la table de chevet. Je comprendrais si tu voulaisâŠÂ
Il ne termina pas sa phrase, prĂ©fĂ©rant sâenfuir, honteux et inquiet. Il referma la porte avec application, avant de sâĂ©loigner lourdement, en direction de la cuisine.
Sur son chemin, il alluma chaque lumiĂšre quâil croisa. Et une fois arrivĂ© devant le robinet, il sâempressa dâhumidifier son visage avec un peu dâeau froide.
Car sâil y avait bien une chose que Gabriel craignait Ă prĂ©sent, câĂ©tait de retomber dans cette folie douce qui avait faillit faire de lui un assassin.