« Elle va toujours en manif, mais a rangĂ© â a contrecĆur - son K-way noir et son marteau, parce quâelle comprend que les luttes doivent ĂȘtre inclusives, et que tout le monde nâa pas les mĂȘmes enjeux Ă se faire arrĂȘter par les keufs. Alors si elle veut que tout le monde ait sa place, il faut bien quâelle fasse quelques concessions. Pour cette mĂȘme raison, elle a appris Ă modĂ©rer ses propos en assemblĂ©e, parce que sa vĂ©hĂ©mence avait pu parfois mettre mal Ă lâaise des personnes, et quâelle ne veut surtout pas participer Ă crĂ©er des ambiances qui ne soient pas safe. Elle bouillonne de rage contre ce monde, mais veut rester cohĂ©rente et se responsabiliser vis-Ă -vis de ses privilĂšges et par lĂ mettre fins aux oppressions systĂ©miques. (âŠ) Il y a une injonction â plus ou moins silencieuse â Ă soutenir tout acte qui Ă©mane dâune catĂ©gorie de personnes opprimĂ©es. Sauf Ă©videmment, quand ces actes entraĂźnent le renforcement dâune autre oppression systĂ©mique. Et lĂ , on rentre dans la merveilleuse bataille des oppressions. Mettant de cotĂ©, parce quâelle est bien plus diffuse et insidieuse, celle qui sâexerce sur nous tous.tes par notre civilisation elleâmĂȘme. Et on se retrouve alors avec un milieu antiâautoritaire et radical dans lequel il devient compliquĂ© de critiquer le travail, les technologies, le rĂ©formisme, la consommation ou les divertissements de masse et tout aussi compliquĂ© de prĂŽner lâaction directe et lâusage de la violence. Il y a une dĂ©chirure qui me semble inĂ©vitable entre nos aspirations Ă dĂ©truire ce monde (et non pas Ă le rĂ©former), et nos envies que ce monde aussi soit le plus juste possible, ici et maintenant. Entre nos envies de rupture radicale, et celle de vouloir mener des luttes complĂštement inclusives, avec des personnes qui nâont parfois rien dâautre en commun que le partage dâune oppression, et tout ça en ne reproduisant aucune domination, ni aucune violence (alors mĂȘme que celle-ci peut toujours ĂȘtre ressentie, pour quelques raisons que ça soit.) envers quiconque est opprimĂ©.e. Toutes ces intentions peuvent ĂȘtre louables, mais Ă mon sens, elles finissent par sâentrechoquer les unes les autres et Ă un moment il faut choisir et arrĂȘter de prĂ©tendre quâon peut mener tout ça de front. Une lutte (ou un aspect particulier de celle lutte) lorsquâelle est rĂ©cupĂ©rĂ©e par lâĂtat ou des multinationales (par le pouvoir, finalement), perd son potentiel Ă sâattaquer Ă lui. Point barre. »