31.01. 2018 - Un jour Ă La Haye (#HollandTrip)
DĂ©part matinal, après une courte nuit (2 heures) pour boucler des urgences avant les vacances. Il faudra tout de mĂŞme travailler quelques heures par jour pour ne pas prendre trop de retard sur le mois de fĂ©vrier. Le Wifi fonctionne mieux dans les Thalys que dans les TGV. Je travaille trois bonnes heures dans des conditions idĂ©ales, je ressens Ă peine la fatigue.Â
Nous descendons à Rotterdam plutôt qu’à Amsterdam afin de rejoindre plus facilement La Haye, notre première étape. De Rotterdam, dont l’architecture doit être fascinante, nous ne voyons que le parvis de la gare. Il fait trop gris et froid pour se lancer dans une exploration de la ville. Nous l’inscrirons à notre programme lorsque nous ferons un périple à vélo à travers les Pays-Bas, de préférence au printemps pour que l’expérience soit plus agréable.
Le train est efficace et il nous faut Ă peine 20 minutes pour relier La Haye (qui est, nous l’apprendrons Ă 20 minutes). Il fait toujours froid : nous allons prendre notre temps. DĂ©jeuner d’abord. J’ai repĂ©rĂ© dans le guide du Routard (que nous testons pour la première fois au format Ă©lectronique !) une adresse qui me tente bien : un petit cafĂ© qui propose une carte de sandwichs apparemment extraordinaire et qui remporte chaque annĂ©e au moins un prix au concours du meilleur sandwich du Pays. Nous ne sommes pas déçus : le cadre est charmant, les murs couverts d’estampes anciennes, tout en restant branchĂ© et lumineux. DrĂ´le de clin d’œil pour moi que de dĂ©couvrir ces gravures ! Le contenu des assiettes tient ses promesses : c’est gouteux et original.Â
Direction maintenant l’auberge de jeunesse, histoire de nous dĂ©lester de nos sacs Ă dos. Nous avons rĂ©servĂ© deux lits en dortoir, car les chambres d’hĂ´tel sont très onĂ©reuses Ă La Haye. J’ai gardĂ© un bon souvenir de l’auberge d’Amsterdam (propre, sĂ©curisĂ© et bien gĂ©rĂ©e) et le site internet de KingKool de La Haye nous a mis en confiance. Nous trouvons un lieu aussi dĂ©calĂ© que sympathique et moderne. Chaque chambre propose une dĂ©coration originale : ambiance art contemporain, graffiti, futuriste ou ferme nĂ©erlandaise. C’est cette chambre que nous avons choisie, car il est possible de s’y isoler : chaque lit est dans une cellule de bois, fermĂ© par un rideau. Bon compromis entre Ă©conomie du dortoir (25 euros la nuit) et intimitĂ©.Â
Seul impair Ă mes yeux : le dortoir « men only », couvert d’images tirĂ©es de PlayBoy. Je trouve ça doublement discutable : qu’il n’y ait pas de dortoir rĂ©servĂ© aux femmes d’une part et, d’autre part, qu’on considère le porno comme l’apanage unique des hommes.Â
 Sac déposé, nous voilà fin prêts pour explorer La Haye. L’après-midi est déjà bien avancé (14h30) et il y a fort à parier que nous n’aurons le temps de visiter qu’un seul musée. Nous commencerons donc par le Panorama Mesdag, car je suis rongée par la curiosité ! J’ai hâte de faire l’expérience authentique  de cette attraction si appréciée de la fin du XIXe siècle.
Un panorama est consistĂ© d’une salle circulaire, tout autour de laquelle est disposĂ© une immense toile peinte. Les spectateurs se placent au centre, sur une plateforme, qui leur permet d’embrasser la totalitĂ© de la peinture sur laquelle est gĂ©nĂ©ralement, reprĂ©sentĂ© un paysage, saisi Ă 360°. La magie du panorama rĂ©side dans l’illusion de rĂ©alitĂ©  : le spectateur a la sensation de la profondeur, au point d’en oublier qu’il contemple une toile…Â
Au XIXe siècle, les panoramas de ce type ont connu un succès commercial redoutable. Des entrepreneurs, en Europe comme en AmĂ©rique du Nord, bâtissaient de telles attractions, renouvellement rĂ©gulièrement les paysages prĂ©sentĂ©s, qui pouvaient circuler entre plusieurs villes.. Impressionnants paysages urbains, scènes historiques (grandes batailles…) attiraient un public nombreux. Certains panoramas, grâce Ă de complexes mises en lumière, pouvaient alterner effets nocturnes et diurnes. Dans d’autres une mĂ©canique faisait tanguer la plateforme… Divers avatars du Panorama faisaient les affiches des Expositions universelles. On imagine aisĂ©ment la fascination que de telles expĂ©riences pouvaient exercer sur des hommes qui ignoraient encore l’image animĂ©e… C’est d’ailleurs de cinĂ©ma, nĂ© dans les annĂ©es 1890, qui terrassa la vogue des panoramas…Â
Tous ou presque ont disparu : quelques rotondes subsistent, ailleurs, des toiles ont Ă©tĂ© prĂ©servĂ©es. Deux dorment aujourd’hui dans les rĂ©serves du Louvre (je rĂŞve que l’on puisse, un jour, les contempler). Quelques-uns sont encore prĂ©sentĂ©s, notamment en Suisse. La Haye peut s’enorgueillir de possĂ©der le plus ancien panorama au monde encore conservĂ© dans sa rotonde d’origine ! Trop impatiente de faire l’expĂ©rience du panorama, je traverse sans les regarder les salles du petit musĂ©e qui prĂ©cède la rotonde. Un escalier hĂ©licoĂŻdal, Ă deux rĂ©volutions, qu’on l’on grimpe rapidement. Comme dans les descriptions que j’en ai lues. On accède Ă une plateforme un peu bancale. C’est absolument magique : nous voilĂ sur une dune de sable, la mer Ă l’horizon, le tout baignĂ© de lumière. D’un cĂ´tĂ©, quelques belles rĂ©sidences de villĂ©giature. De l’autre, la campagne. Un bourg, un peu animĂ©. Ă€ l’horizon, la silhouette d’une ville, dont on distingue les clochers. Sur la plage, une troupe de cavalerie en exercice, quelques hommes et femmes affairĂ©s auprès de diverses embarcations. Après le couloir sombre et l’escalier Ă©troit, l’effet est saisissant : j’ai le vertige, mon corps semble peiner Ă ingĂ©rer des informations aussi contradictoires, auxquelles s’ajoute le son des vagues et des mouettes. Il me faut quelques minutes pour reprendre mes esprits et pleinement contempler la peinture qui se dĂ©roule devant moi.Â
 L’audioguide nous apprend qu’elle a été réalisée en 4 mois par le peintre Mesdag, sa femme et ses associés (on ne saura pas combien ils étaient). Peinte en 1880-81, la toile mesure 120 mètres de long pour 14 mètres de haut. Elle représente Scheveningen, à quelques kilomètres d’Amsterdam, alors un petit village au bord de la mer (c’est aujourd’hui, parait-il, très bétonné). J’imagine que cela doit être très touchant, pour les Néerlandais d’aujourd’hui, de contempler ce témoignage laissé il y a presque un siècle et demi. Mais je me demande bien pourquoi Mesdag a choisi un sujet aussi peu exotique pour son panorama !
Au-delĂ de la surprise de l’effet et du tĂ©moignage historique, la visite du Panorama Mesdag est fabuleuse en ce qu’elle permet, mieux que n’importe quel livre, de comprendre comment fonctionne une telle attraction, et comment elle est conçue. Ainsi, l’audioguide rĂ©vèle quelques astuces qui permettent un tel effet de rĂ©el. Depuis la plateforme, le spectateur ne peut voir ni le bord supĂ©rieur du tableau ni le bord infĂ©rieur. Au plafond, un chapiteau de toile masque la verrière qui surplombe la rotonde et cache en mĂŞme temps, la bordure de la toile. Au sol, une fausse dune de sable, parsemĂ© d’objets, permet de creuser la distance qui sĂ©pare le spectateur de la peinture, tout en bouchant la vue sur le bord infĂ©rieur. Je remarque d’ailleurs que les tas de sable et les effets de topographie peints se compensent et s’équilibrent, renforçant l’illusion.Â
L’audioguide rĂ©vèle un autre procĂ©dĂ© qui contribue de beaucoup Ă l’illusion : la rotonde est couverte d’une verrière, invisible au spectateur. Les variations de lumière, les nuages qui passent, crĂ©ent de l’animation Ă la surface de la toile et rendent presque vivants les nuages pourtant figĂ©s par le peintre. Mais comment faisaient-ils donc pour rĂ©aliser de telles prouesses dans la transcription mĂ©ticuleuse du paysage ? En 1880, on imagine bien que la photographie devait ĂŞtre d’un grand recours, mais tout de mĂŞme, ça n’y suffisait pas. L’audioguide nous rĂ©vèle un secret : Mesdag a rĂ©alisĂ© sur place, Ă Scheveningen, un rapide relevĂ© sur des feuilles transparentes : placĂ©es au centre de la rotonde et Ă©clairĂ©es de l’intĂ©rieur par une lanterne, elles ont projetĂ© leur ombre sur la toile tendue sur les murs, permettant de s’assurer du bon positionnement de chaque Ă©lĂ©ment !Â
Nous avons passé une bonne demi-heure à profiter de l’expérience, dont je regrette cependant qu’elle n’ait pas été remise en perspective avec l’histoire des panoramas au XIXe siècle, leur réception, leurs avatars… Je pense que je n’aurais pas autant profité de ma visite si je n’avais pas déjà su tant de choses à propos de ce phénomène somme toute assez peu connu aujourd’hui. Une fois redescendus de la rotonde, nous avons pu profiter tranquillement des différentes salles d’exposition. Trois présentent rapidement  le peintre et entrepreneur Mesdag, à l’origine de ce panorama. On comprend vite, aux tableaux exposés, qu’il avait depuis longtemps le goût du paysage à effet. Il est amusant de trouver une toile figurant Scheveningen, peinte dix ans avant la réalisation du panorama. On admire aussi de belles marines.
Mesdag collectionnait aussi des œuvres. J’avais lu dans un guide qu’on pouvait les voir au Panorama. Ces quelques salles d’exposition m’ont contenté, mais je n’ai pu m’empêcher d’être déçue quand j’ai appris, alors que je quittais La Haye, qu’il existait dans la ville un autre musée, portant également son nom, présentant d’autres de ses œuvres et sa collection personnelle ! Quelle belle occasion ratée de faire plus ample connaissance !
Le Panorama Mesdag prĂ©sente une petite exposition temporaire (4 salles) sur un peintre dont j’ignorais l’existence, mais Ă l’œuvre duquel j’ai Ă©tĂ© très sensible. Il s’agit du peintre Pieter de Josselin de Jong, qui a exercĂ© de 1880 Ă 1906. C’est donc un contemporain de Mesdag. Portraitiste rĂ©putĂ© et recherchĂ©, Pieter de Josselin de Jong prĂ©fĂ©rait cependant des sujets plus sociaux comme les corps au travail dans l’industrie. Il a peint de nombreuses scènes saisies dans les fonderies industrielles : la lumière du mĂ©tal en fusion créé des effets de couleurs saisissants. Le peintre dessinait beaucoup sur le vif : il a noirci des carnets entiers d’esquisses. Son trait est vif, efficace, juste. La grande rĂ©ussite de cette petite exposition est de mettre en regard les tableaux et les croquis qui les prĂ©parent. Il est certain que je vous reparlerai de Pieter de Josselin de Jong, car j’ai Ă©tĂ© totalement conquise !  Â
Ă€ 16h30, alors que nous quittions le Panorama, il Ă©tait trop tard pour entamer un nouveau musĂ©e : ici, tous ferment Ă 17H, soit horriblement tĂ´t. Nous avons donc prĂ©fĂ©rĂ© trouver refuge dans un de ces lieux atypiques, Lola and Bikes, un cafĂ©/librairie/boutique/atelier de rĂ©paration entièrement dĂ©diĂ© au… vĂ©lo.Â
Chouette expĂ©rience, qui prĂ©cĂ©dait trois autres chouettes adresses, suggĂ©rĂ©es par une locale, une amie vivant Ă La Haye et avec qui nous avons passĂ© une agrĂ©able soirĂ©e.Â













