Fabien Mérelle transpose sur la page nos peurs mythologiques et nos cauchemars.
DiplomĂ© des Beaux-Arts parisiens, Fabien MĂ©relle attire notre regard avec ses dessins trĂšs rĂ©alistes baignĂ©s de rĂȘve et dâĂ©trangetĂ©. Au bout du crayon, câest un monde onirique qui prend vie oĂč animaux, objets et humains essaient de cohabiter, parfois avec humour, toujours avec poĂ©sie.Â
Ma feuille est une scĂšne, un théùtre. LâĂ©quivalent en littĂ©rature serait une nouvelle, et sĂ»rement pas un roman. Quelque chose de court, mais de trĂšs dense.
En plus des animaux, trĂšs prĂ©sents dans lâimaginaire de Fabien MĂ©relle, un personnage en pyjama apparaĂźt Ă maintes reprises. DĂ©bardeur ou tee-shirt en coton blanc, short rayĂ© bleu. Et son visage constellĂ© dâune barbe de trois jours peut nous rappeler Ă©trangement quelquâun. En effet câest lâartiste qui se reprĂ©sente, choisissant le pyjama car il passait ses journĂ©es dâĂ©tudiant Ă dessiner dans cette tenue, nâayant pas dâatelier. Ces habits de la nuit peuvent dâailleurs faire Ă©cho Ă lâunivers des rĂȘves dans lequel lâartiste nous invite.Â
Reluquer l'enfance c'Ă©tait ouvrir la boĂźte de pandore des craintes et des peurs primaires, c'Ă©tait plonger la tĂȘte dans une mythologie qu'on s'est forgĂ©e dans le noir d'une chambre, au coucher. Elle est venue habiter mes dessins, théùtre depuis de conflits et d'envies, sans brides, dĂ©sormais, le rĂ©el apprivoisĂ©.
Le paradoxe des oeuvres de MĂ©relle tient au dĂ©calage conceptuel entre le rĂ©alisme minutieux de son trait et Ă lâirrĂ©alisme du sujet choisi. Lâhomme au pyjama, accroupi, les bras vers lâarriĂšre, porte un Ă©lĂ©phant sur son dos. Une immense pieuvre revĂȘtue de lâĂ©ternel pyjama dĂ©shabille une jeune femme dont on ne voit que les jambes et les bras. La frontiĂšre entre rĂȘve et cauchemar sâamincit au fil des scĂšnes que lâartiste nous rĂ©vĂšle.Â
Pendant les Beaux-arts, lors dâun Ă©change, je suis allĂ© vivre quatre mois en Chine. Je me suis alors retrouvĂ© seul dans un immeuble en construction. ComplĂštement seul dans cette grande tour... Toutes mes phobies dâenfance sont revenues. Je me suis mis en scĂšne pour la premiĂšre fois dans mes dessins et je me suis moquĂ© de mes phobies, de mes peurs mythologiques.Â
Beaucoup de mĂ©tamorphoses chez Fabien MĂ©relle, peur mythologique par excellence. Que sa tĂȘte devienne un manĂšge, une lourde pierre ou un papillon de nuit. Que son corps se transforme en arbre tranchĂ© ou en mĂ©tier Ă tisser. LâatmosphĂšre nâest jamais Ă lâhorreur mais plutĂŽt Ă une mĂ©lancolie ou Ă une peur enfouie, transmises par la douceur du trait. Comme si lâhomme au pyjama convertissait tout ce qui est dedans Ă lâextĂ©rieur, une introspection devenue mĂ©tamorphose physique ou rencontre animaliĂšre. Et lâĂ©trange devient poĂ©sie sous le crayon.Â
(au fait il rĂ©alise parfois ses dessins en sculpture en taille rĂ©elle, extrĂȘmement rĂ©alistes, allez jeter un oeil !)Â
/Papillon dans la tĂȘte, 2011, encre et aquarelle sur papier, 28,2x21cm/
/Poulper, 2010, encre sur papier, 28,2x21cm/
/Tronçonné, 2011, encre sur papier, 21x28,2cm/
/Citations empruntĂ©es au livret Fabien MĂ©relle par canson Ă lâoccasion du prix canson 2010 dont il est laurĂ©at/