- qui m’a imprégné comme une infusion.
Oeuvres d’Edouard Levé - chez P.O.L.
Il s’agit d’un petit ouvrage qui dégage, dès le premier regard, une saveur toute curieuse d’expérimental. La couverture trop immaculée pour être simple est constellée de petits points formant un visage humain, celui d’Edouard Levé. Quand on ouvre le livre, surprise : on n’y retrouve rien des schémas habituels mais une liste de fragments numérotés, de tailles diverses.
“1. Un livre décrit des oeuvres dont l’auteur a eu l’idée, mais qu’il n’a pas réalisées.”
Répertoire d’inventions, galerie de l’inspiration artistique ou encore kaléidoscope magique. Patchwork de trouvailles ingénieuses qu’on imagine bien au milieu d’un musée, ou ailleurs, c’est presque mieux que de les voir en vrai.
“195. Plusieurs centaines de clefs sont accrochées au mur. Elles ont été réalisées à l’occasion d’innombrables changements de serrures pour le compte d’un homme paranoïaque vivant seul, entouré de domestiques qu’il soupçonne. Ready-made.”
L’humour subtil de Levé, parfois un poil cynique, nous façonne en creux un personnage qui n’apparait pourtant jamais : celui de l’artiste. La fascination appelle aux interrogations : comment trouve-t-il toutes ses idées ? On en imagine certaines tout droit sorties d’un rêve, d’une soirée arrosée ou, ting, apparaissant subitement dans son esprit au milieu de la chaussée.
“240. Refroidissement. Malgré une envie compulsive de faire un dessin, un homme se contente d’en décrire le projet. Le dessin est réalisé plus tard, d’après les notes.”
L’attention du lecteur vagabonde ça et là : entre les fragments, il peut d’ailleurs feuilleter le livre à tous moments et dans tous les sens. Et entre ses émotions : la réflexion face aux tournures parfois quasi scientifiques des constructions, le rire devant l’absurde de certaines créations, la tendresse à l’égard de sa sensibilité quand il nous laisse l’entrapercevoir.
“76. Le son d’une salle de cinéma où est projeté un film muet est diffusé dans une salle d’exposition. La pièce sonore porte le titre du film.”
On a envie de donner vie à ces descriptions d’oeuvres d’art. On trouve de nouvelles idées, stimulés par son imaginaire sans fin. Il nous suffit d’ouvrir un livre pour visiter ce musée de l’imaginaire, où nulle norme ne vient obscurcir le génie créateur.
Dessin by http://hennkim.tumblr.com/