Aurora Borealis, 1865 by Frederic Edwin Church (American, 1826--1900)
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 Aurora Borealis, 1865 by Frederic Edwin Church (American, 1826--1900)

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Polina Kostanda
“Sky Box” by Parker Parrella, 2025 8x8 Acrylic on canvas
Comète, Jean-Paul Selinger
The Visit, Philip Leslie

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Minéraux, Alexandre-Isidore Leroy De Barde
The Night by Albert-Jules Édouard (French, 1845--1919)
La nuit immense et noire aux déchirures blondes.
Aragon

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Jeanne Dortzal
Les Versets du Soleil
Tlemcen
Bouquet d'ombre et de feu, scintillement cassé,
             Etuve du silence.
Tlemcen! rose qui joue à mourir et s'élance
             Vers un jardin passé.
Sultane des midis quand s'étire la terre.
             Quelle odeur de troupeau,
De sable et de palmier me hante? J'ai, si claires,
             Ces choses sous la peau.
Et le petit Arabe en chemise fripée
             M'entraîne, pas à pas,
A travers un dédale où tournent des mosquées,
             Et ce chant est si bas
Qui m'environne, l'heure est Ă ce point mortelle
             Que me voici, brisant
             De l'eau entre mes dents;
Je ris, je ne sais plus, je viens mouiller mes ailes,
              Et les terrasses sifflent,
J'entends la plainte jaune et les hoquets du sable,
              Là -bas. Mais l'eau me gifle,
Je ne suis qu'une fleur qui remue. Et des fables
La Medersa
Bâtie aux flancs du rêve, ayant pour contreforts
       Le silence et l'espace,
Pour piliers: le soleil et des hommes,
       Des hommes de ma race,
Portant Ă leur turban, comme une aigrette d'or,
       Le mépris et l'audace,
Et connaissant la vie et le peu que nous sommes,
Venant contre un jet d'eau méditer sur la mort.
                    La Médersa!
J'aimais Tlemcen pour son odeur et ses mosquées,
     Ses ruelles, ses femmes, son ciel bas;
             Mais j'adore en sourdine
             Cette prison musquée
             Où des roses arabes
             Retombent en versets,
             Emmêlant leurs syllabes
             A mes pleurs qui cheminent.
      Etouffement nacré, ô solitude,
            Vasque de la pensée!
Ah! mourir de silence à l'heure où tout s'élude,
             En tenant enlacée
             L'ombre qui fut la vie...
Tlemcen
La nuit a déchiré sa chasuble d'étoiles;
Des flocons de clarté neigent sur le Bosphore.
Un bleu sourd a léché les felouques; les voiles
        Tirent sur les amares;
   Et, dans un clapotis de perles,
Sur un mode mineur, avec des gutturales
        Roses, le chant déferle,
        Ivre d'éternité.
La fraîcheur des burnous et le vol des syllabes
Entrechoquant leurs ailes;
Les voûtes d'un jardin lourdes de tourterelles,
La chaleur piaffant comme un cheval arabe.
Nulle abeille. Midi sous son peplum orange.
Une ville qui broute et s'endort sur des marches,
Sous son manteau d'alfa un ciel Ă face d'ange,
Et des femmes offrant leur sexe sous des arches.
Est-ce vous
Qui comprendrez pourquoi,
Serein,
Sous une tempĂŞte de sarcasmes,
Au dîner des années futures
J’apporte mon âme sur un plateau ?
Larme inutile coulant
De la joue mal rasée des places,
Je suis peut-ĂŞtre
Le dernier poète.
Vous avez vu
Comme se balance
Entre les allées de briques
Le visage strié de l’ennui pendu,
Tandis que sur le cou écumeux
Des rivières bondissantes,
Les ponts tordent leurs bras de pierre.
Le ciel pleure
Avec bruit,
Sans retenue,
Et le petit nuage
Ă€ au coin de la bouche,
Une grimace fripée,
Comme une femme dans l’attente d’un enfant
À qui dieu aurait jeté un idiot bancroche.
De ses doigts enflés couverts de poils roux, le soleil vous a épuisé de caresses, importun comme un bourdon.
Vos âmes sont asservies de baisers.
Moi, intrépide,
je porte aux siècles ma haine des rayons du jour ;
l’âme tendue comme un nerf de cuivre,
je suis l’empereur des lampes.
Venez à moi, vous tous qui avez déchiré le silence,
Qui hurlez,
Le cou serré dans les nœuds coulants de midi.
Mes paroles,
Simples comme un mugissement,
Vous révèleront
Nos âmes nouvelles,
Bourdonnantes
Comme l’arc électrique.
De mes doigts je n’ai qu’à toucher vos têtes,
Et il vous poussera
Des lèvres
Faites pour d’énormes baisers
Et une langue
Que tous les peuples comprendront.
Mais moi, avec mon âme boitillante,
Je m’en irai vers mon trône
Sous les voûtes usées, trouées d’étoiles.
Je m’allongerai,
Lumineux,
RevĂŞtu de paresse,
Sur une couche moelleuse de vrai fumier,
Et doucement,
Baisant les genoux des traverses,
La roue d’une locomotive étreindra ton cou.
Derniers vers inachevés
1
Elle m’aime, elle ne m’aime pas
Je trie mes mains
Et j’ai cassé mes doigts.
Alors les premières têtes des marguerites
Secouées d’une chiquenaude
sont cueillies et sans doute
éparpillées en mai
que mes cheveux gris se révèlent
sous la coupe et la douche
que l’argent des années nous enserre éternellement !
honteuse sensation banale – sentiment que j’espère
que je jure
jamais elle ne reviendra vers moi.
****
2
C’est bientôt deux heures
Pas de doute tu dois déjà dormir
Dans la nuit
La voix lactée avec ses filigranes d’argent
Je ne suis pas pressé
Et rien en moi
Ne veille ni ne t’accable de télégrammes
5
Je connais le pouvoir des mots ; je connais le tocsin des mots
Ce n’est pas le genre que les boîtes applaudissent
De tels mots des cercueils peuvent jaillir de terre
Et iront s’étalant avec leurs quatre pieds en chêne ;
Parfois ils vous rejettent, pas de publication, pas d’édition.
Mais les mots sacro-saints qui vous étouffent continuent à galoper au dehors.
Vois comme le siècle nous cerne et tente de ramper
Pour lécher les mains calleuses de la poésie.
Je connais le pouvoir des mots. Comme broutilles qui tombent
Tels des pétales à côté de la piste de danse rehaussée.
Mais l’homme avec son âme, ses lèvres, ses os…
Adaptation personnelle
Mais peut ĂŞtre
Ne reste-t-il
Au temps caméléon
Plus de couleurs ?
Encore un sursaut
Et il retombera,
Sans souffle et rigide.
Peut – être,
Enivrée de fumées et de combats,
La terre ne relèvera-t-elle jamais la tête ?
Peut ĂŞtre,
Un jour ou l’autre,
Le marais des pensées se fera cristal
Un jour ou l’autre,
La terre verra le pourpre qui jaillit des corps,
Au-dessus des cheveux cabrés d’épouvante
Elle tordra ses bras, gémissante
Peut être…
MaĂŻakovski
Andrea Zanzotto, Météo, trad. Philippe Di Meo, Maurice Nadeau, 2002
L’ennui avec le bruit, disait Cage, c’est la musique. Le dépossédant. Les poèmes foutaient du bruit dans la musique, rendaient la musique au bruit. Défaisaient la langue dans la bouche. Rendaient l’eau dans le fossé plus eau, les herbes plus herbes.
L’activité du poème n’est pas incessante. Qu’en savons-nous ? De quelle autre activité pouvons-nous la rapprocher ? Celle invisible des vers dans le cadavre ?
Liliane Giraudon, extrait de Le travail de la viande, 2019, P.O.L.
j'ai déchiré ma robe aux genoux maintenant je sais par où les routes passent.
Laurence Lola VeilleuxÂ

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Le hibou
Marie Krysinska
Ă€ Maurice Rollinat
Il agonise, l’oiseau crucifié, l’oiseau crucifié sur la porte. Ses ailes ouvertes sont clouées, et de ses blessures, de grandes perles de sang tombent lentement comme des larmes. Il agonise, l’oiseau crucifié! Un paysan à l’oeil gai l’a pris ce matin, tout effaré de soleil cruel, et l’a cloué sur la porte. Il agonise, l’oiseau crucifié. Et maintenant, sur une flûte de bois, il joue, le paysan à l’oeil gai. Il joue assis sous la porte, sous la grande porte, où, les ailes ouvertes, agonise l’oiseau crucifié. Le soleil se couche, majestueux et mélancolique, – comme un martyr dans sa pourpre funèbre; Et la flûte chante le soleil qui se couche, majestueux et mélancolique. Les grands arbres balancent leurs têtes chevelues, chuchotant d’obscures paroles; Et la flûte chante les grands arbres qui balancent leurs têtes chevelues. La terre semble conter ses douleurs au ciel, qui la console avec une bleue et douce lumière, la douce lumière du crépuscule; Il lui porte d’un pays meilleur, sans ténèbres mortelles et sans soleils cruels, d’un pays bleu et doux comme la bleue et douce lumière du crépuscule; Et la flûte sanglote d’angoisse vers le ciel, – qui lui parle d’un pays meilleur. Et l’oiseau crucifié entend ce chant, Et oubliant sa torture et son agonie, Agrandissant ses blessures, – ses saignantes blessures, – Il se penche pour mieux entendre. * * Ainsi es-tu crucifié, ô mon cœur! Et malgré les clous féroces qui te déchirent, Agrandissant tes blessures, tes saignantes blessures, Tu t’élances vers l’Idéal, A la fois ton bourreau et ton consolateur. Le soleil se couche majestueux et mélancolique. Sur la grande porte, les ailes ouvertes, agonise l’oiseau crucifié.
Marie Krysinska, Rythmes pittoresques
"Nos ombres ont respiré ensemble. Sous nous les eaux du fleuve des événements coulaient presque avec silence. Nos ombres respiraient ensemble et tout en était recouvert."  - Michaux