Interrogatoire de la Dame Balsamo.
Archives de l'Empire, Y, 13123.
Interrogatoire fait par nous Bernard-Louis-Philippe Fontaine, conseiller du Roi, commissaire au Chatelet de Paris,
De l'ordre du Roi à nous adressé par M. le lieutenant général de police à la nommée Laurence Féliciani, femme du sieur Joseph Balsame, Italien, actuellement détenue de l'ordre du Roi au couvent de Sainte-Pélagie, à Paris. Sur les faits à elle imputés et pour lesquels elle est détenue en ladite maison, en laquelle nous nous sommes transportés à l'effet dudit interrogatoire, et ayant été amenée dans un des parloirs dudit couvent, nous avons procédé à cet interrogatoire ainsi qu'il suit.
PremiĂšrement, lâayant enquise de nous dire ses nom, surnom, Ăąge, pays, qualitĂ©s et demeure, elle a rĂ©pondu, aprĂšs serment par elle fait de dire vĂ©ritĂ©, quâelle se nommait Laurence FĂ©liciani, ĂągĂ©e de dix-huit ans, Ă ce quâelle croit, native de la ville de Rome, femme de Joseph Balsamo, dessinateur Ă la plume.
InterrogĂ©e combien il y a de temps quâelle est mariĂ©e avec le sieur Balsamo, quel Ă©tait son Ă©tat avant son mariage, quel est celui de ses pĂšre et mĂšre, et comment elle a fait la connaissance de son mari,
A rĂ©pondu quâau mois dâavril prochain il y aura quatre annĂ©es quâelle est mariĂ©e avec le sieur Balsamo, que son mariage a Ă©tĂ© cĂ©lĂ©brĂ© Ă Rome, en lâĂ©glise de Saint-Salvator in Campo ; quâavant son mariage elle demeurait chez son pĂšre, nommĂ© Joseph FĂ©liciani, qui est fondeur en mĂ©tal, et qui avait sa boutique sur lâestrade de Pelligrini, Ă Rome ; quâelle a fait la connaissance de son mari dans la maison dâune Napolitaine, voisine de son pĂšre ; que son pĂšre a consenti au mariage, quâil nâen Ă©tait cependant pas trop content, parce quâelle Ă©tait trop jeune, mais quâelle a sollicitĂ© son pĂšre, parce quâelle aimait son mari.
InterrogĂ©e oĂč elle a demeurĂ© avec son mari depuis leur mariage jusquâau moment quâils sont venus en France,
A rĂ©pondu quâils sont restĂ©s environ sept mois Ă Rome ; que de lĂ ils sont passĂ©s Ă Notre-Dame de Lorette, de lĂ Ă Berg, dans lâĂtat de Venise, de lĂ Ă Milan, de lĂ Ă GĂȘnes, ensuite Ă Aix en Provence, ville de France ; que de lĂ ils ont passĂ© Ă Barcelone, en Espagne, oĂč ils sont restĂ©s environ quatre mois ; que de lĂ ils ont Ă©tĂ© Ă Madrid, oĂč ils sont restĂ©s un an ; quâaprĂšs cela ils ont passĂ© Ă Lisbonne, oĂč ils ont restĂ© environ quatre mois, et que câest de Lisbonne quâils sont ensuite passĂ©s Ă Londres, oĂč ils ont sĂ©journĂ© lâespace dâenviron sept mois ; de lĂ ont passĂ© Ă CantorbĂ©ry, en Angleterre, oĂč ils sont restĂ©s environ quatre mois, et que câest de lĂ quâils sont partis pour se rendre en France, dans lâintention de se rendre Ă Paris.
InterrogĂ©e sur les motifs qui les ont dĂ©terminĂ©s Ă quitter successivement les diffĂ©rents endroits quâils ont habitĂ©s, et comment ils ont fait pour subsister,
A rĂ©pondu que pendant le sĂ©jour quâils ont fait Ă Rome, son mari a travaillĂ© pour M. le cardinal Orsini, qui lui a accordĂ© sa protection, et pour lequel il a fait diffĂ©rents papiers superbes ; que malheureusement ils ont fait la connaissance dâun marquis Alliat, Sicilien, qui se disait colonel et ministre plĂ©nipotentiaire du roi de Prusse ; que le marquis a proposĂ© Ă son mari de le faire capitaine au service de la Prusse, de le mener en Allemagne, oĂč il serait secrĂ©taire italien ; que son mari a acceptĂ© ces propositions, en a fait part au cardinal Orsini, qui lui a donnĂ© une lettre de recommandation pour le gouverneur de Lorette, oĂč ils devaient passer, comptant faire le voyage de Berlin ;
Que sâĂ©tant rendus, elle et son mari, le marquis Alliat et un abbĂ©, qui Ă©tait son secrĂ©taire, Ă Lorette, ils se sont adressĂ©s au gouverneur, qui a donnĂ© cinquante sequins dâItalique au marquis Alliat, sur la lettre du cardinal Orsini, mais quâelle imagine que le marquis, quâelle a appris depuis ĂȘtre un coquin, avait imitĂ© les caractĂšres de la lettre du cardinal, et y avait ajoutĂ© quelque chose pour avoir cet argent ; quâau surplus elle ne lâa pas vu faire, mais quâelle est persuadĂ©e que la lettre du cardinal Ă©tait une simple recommandation ;
Quâavec cet argent ils ont voyagĂ© jusquâĂ Berg, ville de Venise ; que le troisiĂšme jour de leur arrivĂ©e le marquis Alliat sâest en allĂ© avec un domestique allemand, et que le mĂȘme jour, au soir, elle, son mari et le secrĂ©taire du marquis, qui Ă©tait restĂ©, ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s Ă lâauberge oĂč ils logeaient, et, le lendemain, conduits devant le magistrat, qui les a interrogĂ©s sur de fausses lettres que le marquis avait faites, et quâaprĂšs cela le magistrat leur a fait dire quâils Ă©taient en libertĂ©, et quâils pouvaient aller oĂč bon leur semblerait ;
Que pour sâaider ils ont vendu tous leurs effets et sont passĂ©s Ă Milan ; que son mari nâa pas osĂ© retourner Ă Rome, parce quâil craignait que le cardinal Orsini ne fĂ»t fĂąchĂ© contre lui, parce quâil Ă©tait cause quâil avait Ă©tĂ© trompĂ© par le marquis ; quâĂ Milan ils se sont habillĂ©s en pĂšlerins, nâayant pas dâargent, dans lâintention de passer en Espagne ; quâils sont passĂ©s par Aix, en Provence, pour se rendre Ă Barcelone ; quâils y sont restĂ©s pendant quatre mois, que son mari a travaillĂ© pour le vice-roi, mais quâils ont Ă©tĂ© obligĂ©s de quitter Barcelone, parce que le vice-roi avait pris une fantaisie pour elle, interrogĂ©e, voulait sâamuser avec elle, et sur ce quâelle lâavait rebutĂ©, avait pris beaucoup dâhumeur contre eux et voulait les chagriner et la faire arrĂȘter sous prĂ©texte quâelle nâĂ©tait pas mariĂ©e, et que pour le dĂ©tromper elle a Ă©tĂ© obligĂ©e de faire venir son extrait de mariage de Rome ;
Que de Barcelone ils ont passĂ© Ă Madrid ; que pendant lâannĂ©e quâils y sont restĂ©s, son mari a gagnĂ© sa vie Ă travailler pour diffĂ©rents seigneurs, singuliĂšrement pour le duc dâAlbe ; que la connaissance que son mari a faite dâun Sicilien, avec lequel il sâest ensuite brouillĂ©, et les mauvais propos tenus contre lui par ce Sicilien, ont dĂ©terminĂ© son mari Ă quitter Madrid volontairement pour passer Ă Lisbonne ; mais quâelle, interrogĂ©e, sây Ă©tant toujours trouvĂ©e malade par la grande chaleur du climat, ils ont pris le parti de passer en Angleterre ;
Quâils ont Ă©tĂ© Ă Londres, oĂč son mari a Ă©tĂ© malade pendant un mois et a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© pour dettes, parce que, ne sachant pas parler anglais et nâayant pas de connaissances, il nâavait pas pu travailler ; que sir Dehels, seigneur anglais, leur prĂȘta des secours pour faire sortir son mari de prison, ensuite le fit travailler Ă Londres et dans un chĂąteau quâil a Ă CantorbĂ©ry ;
Observe quâavant de faire la connaissance de sir Dehels, son mari avait fait celle dâun Sicilien qui prenait la qualitĂ© de marquis de Vivonne, qui gĂąta lâesprit de son mari et lui persuada, pour se procurer de lâargent, de faire venir dans la chambre de sa femme un Anglais de la secte des quakers, et pendant quâil y serait de faire venir un juge pour lui faire un procĂšs et tirer de lâargent de lui, suivant les lois dâAngleterre, ce qui a Ă©tĂ© cause quâils ont passĂ© Ă CantorbĂ©ry, oĂč, ne trouvant plus Ă travailler, ils ont formĂ© le projet de passer en France.
InterrogĂ©e si elle connaĂźt le sieur Duplessis, prenant la qualitĂ© dâintendant de M. le marquis de Prie, qui demeure Ă Paris, rue Neuve des Petits-PĂšres ; comment, dans quel endroit et Ă quelle occasion elle a fait sa connaissance,
A rĂ©pondu que, quittant lâAngleterre et passant en France dans le paquebot, elle y a fait la connaissance du sieur Duplessis, qui lui a fait toute sorte de politesses ainsi quâĂ son mari ; que celui-ci lui ayant montrĂ© de ses ouvrages, le sieur Duplessis en a paru surpris, et lui a dit quâil ferait fortune Ă Paris ; que le sieur Duplessis a dit quâil Ă©tait avocat au Parlement, quâil connaissait beaucoup de seigneurs, quâil nâavait que faire de prendre de lâinquiĂ©tude, quâil le ferait prĂ©senter au Roi, quâil ne fallait plus quâil voyageĂąt ; que sa femme Ă©tait bien aimable, bien gentille et bien douce, quâil ferait tout son possible pour les bien Ă©tablir Ă Paris ;
QuâarrivĂ©s Ă Calais, elle a dit au sieur Duplessis quâelle allait rester Ă Calais, parce quâelle nâavait pas assez dâargent pour aller Ă Paris ; que, sur cela, le sieur Duplessis lui fit toute sorte dâamitiĂ©s et de promesses, et lui proposa de la conduire dans sa chaise de poste Ă Paris ; quâelle nâavait quâĂ laisser son mari, quâil viendrait aprĂšs ; quâelle refusa cette proposition, et quâensuite il fut convenu entre le sieur Duplessis et son mari quâelle se placerait dans la chaise et que son mari la suivrait Ă cheval, et que câest ainsi quâils sont venus Ă Paris.
InterrogĂ©e quelle est la conduite que le sieur Duplessis a tenue avec elle depuis lâinstant quâelle en a fait la connaissance, quelles sont les propositions quâil lui a faites, et si elle sait quelles Ă©taient les vues du sieur Duplessis en se chargeant dâelle et de son mari,
A rĂ©pondu que pour venir de Calais Ă Paris elle a Ă©tĂ© avec le sieur Duplessis dans une chaise de poste et que son mari suivait Ă cheval ; que pendant toute la route le sieur Duplessis nâa cessĂ© de la tourmenter en lui disant quâelle avait fait sur lui la plus grande impression ; quâil lâaimait Ă la fureur, quâelle Ă©tait belle, quâelle Ă©tait jeune, quâelle Ă©tait douce, quâil ne tenait quâĂ elle de faire son bonheur, quâil se chargeait de faire sa fortune, quâil ne lâabandonnerait jamais ; que, lorsquâelle serait Ă Paris, sâil ne parvenait pas Ă faire avoir une place Ă son mari et Ă faire son bonheur, il lui donnerait cent louis pour faire son voyage de Rome, lui faisant entendre quâil Ă©tait trĂšs riche ;
Quâelle, interrogĂ©e, ainsi tourmentĂ©e contre son grĂ©, a Ă©tĂ© plusieurs fois tentĂ©e de rester en chemin et dâabandonner le sieur Duplessis, afin de se soustraire Ă ses sollicitations et aux violences mĂȘme quâil lui faisait souvent dans la voiture pour lui arracher des faveurs ; mais que, connaissant le caractĂšre bouillant et emportĂ© de son mari, elle craignit de lui faire part de ce qui se passait, ce quâelle aurait Ă©tĂ© obligĂ©e de faire si elle eĂ»t refusĂ© de continuer la route, et prit le parti de suivre le sieur Duplessis, toujours en rĂ©sistant Ă ses persĂ©cutions.
QuâarrivĂ©e Ă Paris dans la matinĂ©e, le sieur Duplessis les a conduits chez lui ; que lĂ , elle et son mari ont demandĂ© dâĂȘtre placĂ©s dans une auberge ; que son mari est sorti avec un Français de la connaissance du sieur Duplessis pour en aller chercher une ; que, pendant environ une heure quâelle est restĂ©e avec le sieur Duplessis seul, ce dernier sâest jetĂ© Ă ses genoux et a recommencĂ© de nouveau ses vives sollicitations, tantĂŽt furieux, tantĂŽt pleurant, et faisant toutes sortes dâefforts pour obtenir dâelle des faveurs quâelle persistait Ă lui refuser ;
Quâau retour de son mari ils ont dĂźnĂ© chez le sieur Duplessis, qui leur dit que lâauberge quâils avaient Ă©tĂ© voir Ă©tait trop chĂšre pour eux, et leur annonça quâil les placerait dans une chambre qui ne leur coĂ»terait rien ; quâaprĂšs le dĂźner, il les mena lâun et lâautre dans la chambre quâils ont occupĂ©e dans la maison de madame la marquise de Prie, et quâaprĂšs cela le sieur Duplessis a menĂ© elle interrogĂ©e Ă lâOpĂ©ra, du consentement de son mari, qui ne put y aller parce quâil Ă©tait malade du voyage ;
QuâaprĂšs lâOpĂ©ra il lâa menĂ©e chez lui ; quâelle interrogĂ©e, qui Ă©tait persuadĂ©e quâil la conduisait oĂč Ă©tait son mari, nâa reconnu la supercherie que lorsquâelle a Ă©tĂ© chez le sieur Duplessis, qui a recommencĂ© ses persĂ©cutions et ses violences auxquelles elle a toujours rĂ©sistĂ©, et quâaprĂšs cela il lâa ramenĂ©e lui-mĂȘme dans la chambre de son mari, qui Ă©tait au lit ;
Que pendant six semaines ou deux mois, ces mĂȘmes persĂ©cutions et violences ont eu lieu toutes les fois que le sieur Duplessis a eu lâadresse de se trouver seul avec elle, mais sans aucun succĂšs ; quâelle ne peut cependant pas se dispenser de dĂ©clarer que les maniĂšres gĂ©nĂ©reuses du sieur Duplessis, la tendresse quâil lui marquait, ses expressions amoureuses, ses promesses, lui firent prendre de lâinclination pour lui, joint Ă ce que son mari lui causait quelquefois du chagrin par vivacitĂ© et jalousie ;
Quâun jour, entre autres, le sieur Duplessis lui annonça que, ne pouvant pas vivre sans la possĂ©der, parce quâil Ă©tait trop amoureux, il avait pris le parti de la quitter ; quâelle, interrogĂ©e, voit bien aujourdâhui que ce nâĂ©tait quâune finesse de la part du sieur Duplessis, qui avait pour objet de connaĂźtre sa façon de penser, mais quâalors elle imagina quâil parlait sĂ©rieusement, ce qui lui fit beaucoup de peine, parce que dâun cĂŽtĂ© elle avait pris de lâinclination pour lui, et que, de lâautre, elle imaginait bien que son mari jaloux croirait que le sieur Duplessis lâabandonnait parce quâelle avait cĂ©dĂ© ;
Ce qui lui fit prendre le parti dâavoir un ton plus doux avec le sieur Duplessis et de lui laisser concevoir des espĂ©rances ;
Quâun dimanche, ayant dĂźnĂ© avec son mari chez le sieur Duplessis, aprĂšs le dĂźner elle resta seule avec le sieur Duplessis, parce que son mari, quoique jaloux, avait confiance en elle, sâen alla faire visite au sieur Mercuraz, apothicaire, et Ă sa femme, dont le sieur Duplessis leur avait fait faire connaissance en arrivant Ă Paris ; que ce fut dans ce tĂȘte-Ă -tĂȘte que le sieur Duplessis vint Ă bout de ses desseins Ă force de sollicitations et de violences ; que son mari revint peu de temps aprĂšs ;
Que depuis cette Ă©poque le sieur Duplessis lui tĂ©moigna, toutes les fois quâil put la rencontrer seule, quâil Ă©tait jaloux de son mari, et lui fit entendre quâil fallait quâelle sâen sĂ©parĂąt ; quâen France les femmes avaient cette libertĂ© ; que la justice nây pourrait rien ; quâil ne savait comment elle pouvait vivre avec un vilain homme comme celui-lĂ ;
Quâun jour, elle interrogĂ©e, ayant fait des reproches au sieur Duplessis de ce quâil continuait de voir une nommĂ©e madame Foucher, marchande de modes, rue Saint-HonorĂ©, quâelle sâaperçut ĂȘtre bien avec lui, cela donna de lâhumeur au sieur Duplessis, qui, le soir, en les quittant elle et son mari, leur tĂ©moigna beaucoup de froideur, ce qui donna lieu Ă son mari de penser quâil sâĂ©tait passĂ© quelque chose entre elle et le sieur Duplessis ; que ce dernier lui avait ĂŽtĂ© son honneur, ce qui le fit entrer dans une si grande fureur quâil est sorti sur-le-champ, Ă©tant alors environ dix heures du soir, pour aller chercher le sieur Duplessis chez la dame Foucher, oĂč il allait tous les soirs, et le forcer de se battre avec lui, et quâelle ne sait pas ce qui sâest passĂ© ;
Que le sieur Duplessis lâa toujours tourmentĂ©e pour quitter son mari toutes les fois quâil en a trouvĂ© lâoccasion, et lui a tournĂ© la tĂȘte Ă cet Ă©gard ; quâil lui a conseillĂ© de prendre tous les papiers de son mari, ce quâelle nâa pas voulu faire, parce quâelle a senti que cela pourrait lui faire beaucoup de peine ; quâil lâa aussi sollicitĂ©e de prendre toutes ses robes, tous ses diamants et ses effets, lui faisant entendre quâil la placerait dans une chambre du faubourg Saint-Germain, sous la protection de M. le prince de Conti, et que personne, pas mĂȘme le Roi, nây pourrait rien ;
Mais quâelle a toujours rĂ©sistĂ© Ă ses sollicitations, ce qui donnait de lâhumeur au sieur Duplessis, qui la traitait dâenfant, lui reprochait de nâavoir ni courage ni esprit.
QuâĂ lâoccasion dâune scĂšne qui eut lieu dans la maison de madame la marquise de Prie entre un fripier et son mari pour raison dâun habit, le sieur Duplessis, qui Ă©tait lâauteur de cette contestation, parce que câĂ©tait lui qui avait dĂ©chirĂ© un cachet que le fripier avait attachĂ© Ă cet habit, a dit Ă elle et Ă son mari quâils ne pouvaient plus demeurer dans cette maison, et les a amenĂ©s lâun et lâautre loger chez lui, oĂč ils sont restĂ©s quatre ou cinq jours ;
Que, comme il nâavait pas beaucoup de logement, son mari a cherchĂ© une auberge, et a louĂ© un appartement rue des Vieux-Augustins ; que lorsquâil a Ă©tĂ© question de sâen aller, le sieur Duplessis a pris le prĂ©texte quâil lui Ă©tait dĂ» de lâargent, et nâa pas voulu que son mari emportĂąt sa malle et ses effets, et a traitĂ© son mari de coquin et dâescroc ; quâalors son mari, furieux, lui a dit quâil sâadresserait Ă la justice ; que le sieur Duplessis lui a dit quâil aille au diable ; quâelle et son mari se sont en allĂ©s ensemble ; que sur-le-champ ils ont Ă©tĂ© chez M. de Sartine pour lui porter leur plainte ;
Observant que le sieur Duplessis avait prĂ©venu elle interrogĂ©e du refus quâil ferait de la malle ; quâelle nâavait que faire de sâinquiĂ©ter, et quâelle nâavait quâĂ le laisser faire ; quâelle ne savait pas quelles Ă©taient ses vues ;
Que le surlendemain, qui Ă©tait un samedi, elle prit le parti dâaller trouver le sieur Duplessis, dans lâespĂ©rance quâelle le dĂ©terminerait Ă remettre la malle ; que le sieur Duplessis sây refusa toujours, et la sollicita de dĂźner avec lui, en lui disant quâaprĂšs le dĂźner ils reparleraient de cela ; quâelle se dĂ©termina Ă dĂźner avec lui, persuadĂ©e que le sieur Duplessis lui remettrait ses effets ; quâaprĂšs le dĂźner, il lui fit boire un verre de liqueur dont elle eut la tĂȘte tout Ă©tourdie, et quâaprĂšs le dĂźner le sieur Duplessis est sorti en disant quâil allait chez le commissaire Fontaine, qui lui avait tĂ©moignĂ© beaucoup dâamitiĂ©, et quâil Ă©tait bien sĂ»r quâil ferait de lui tout ce quâil voudrait, en assurant elle interrogĂ©e quâil reviendrait de bonne heure ;
Que cependant le sieur Duplessis nâest rentrĂ© quâĂ minuit, et quâĂ cette heure elle nâa pas osĂ© retourner avec son mari, ce que le sieur Duplessis avait bien prĂ©vu et ce quâil dĂ©sirait ; quâĂ la sollicitation du sieur Duplessis elle a couchĂ© cette nuit-lĂ avec lui, toujours persuadĂ©e, dâaprĂšs ce que lui avait dit le sieur Duplessis, que son mari ne pouvait lui rien faire ;
Que le lendemain dimanche, dans lâaprĂšs-midi, le sieur Duplessis lui a dit quâil allait la conduire chez le commissaire Fontaine ; quâelle nâavait que faire dâavoir peur, quâil fallait quâelle dise quâelle nâĂ©tait pas mariĂ©e, que les papiers de son mariage Ă©taient faux, que câĂ©tait son mari qui travaillait Ă la plume qui les avait faits, quâil avait Ă©tĂ© obligĂ© de sortir de Rome pour avoir fait de faux billets, quâil avait Ă©tĂ© obligĂ© aussi de se sauver de tous les endroits oĂč ils avaient Ă©tĂ© pour la mĂȘme raison, que câĂ©tait un coquin qui nâavait jamais voulu travailler ;
Et sur ce que elle interrogĂ©e, qui est dĂ©licate de conscience, lui a dit quâelle ne pouvait pas dire ces choses-lĂ puisquâelles Ă©taient fausses, il lui a rĂ©pliquĂ© quâelle nâavait quâĂ le dire sur la conscience de lui Duplessis, parce que son mari le lui avait dit ;
Quâelle a suivi le sieur Duplessis chez le commissaire Fontaine, auquel elle a dit Ă peu prĂšs tout ce que le sieur Duplessis lui avait dit de dire ; quâen sortant de chez le commissaire ils sont retournĂ©s chez le sieur Duplessis, et que lĂ le sieur Duplessis lâa mise entre les mains de Morat, son domestique, et de sa femme, qui lâont conduite chez la femme ThĂ©ron, rue Saint-HonorĂ©, oĂč elle a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e.
Que depuis ce moment-lĂ elle nâa pas vu le sieur Duplessis, si ce nâest une seule fois, dont elle va rendre compte ; mais que presque tous les jours le sieur Morat et sa femme sont venus la voir de la part du sieur Duplessis et lui apporter des nouvelles, lui dire quâelle nâavait rien Ă craindre, quâelle Ă©tait sous la protection de madame la marquise de Prie, et que lui Duplessis la protĂ©gerait et emploierait pour elle jusquâĂ sa derniĂšre chemise.
Qu'au bout d'une quinzaine de jours, ledit Morat et sa femme sont venus lui dire qu'il fallait qu'elle allùt chez le sieur Duplessis, comme de son propre mouvement ; qu'il était bien dans le chagrin parce que son mari l'accusait de l'avoir enlevée et le poursuivait en justice ; qu'elle ne trouverait pas M. Duplessis, mais qu'elle trouverait madame la marquise de Prie, parce qu'il fallait qu'il parût que c'était elle qui la protégeait ; qu'elle dirait à madame de Prie qu'elle venait seulement demander à M. Duplessis des chemises et quelque chose par charité, et qu'il fallait aussi qu'elle dßt que la femme chez laquelle elle était l'avait trouvée par les rues.
Qu'en effet, ledit Morat et sa femme l'ont conduite chez ledit sieur Duplessis, dans l'appartement duquel elle a trouvé ladite dame marquise de Prie, à laquelle elle a dit tout ce que ledit Morat et sa femme lui avaient dit de dire ; que ladite marquise de Prie lui a annoncé qu'elle la prenait sous sa protection ; lui a dit qu'elle avait de l'obligation au sieur Duplessis, qu'il était dans l'embarras pour avoir voulu lui rendre service, qu'il fallait qu'elle rendßt une plainte contre son mari ; qu'elle dßt qu'elle ne voulait pas vivre avec son mari et défendre ledit sieur Duplessis, et qu'elle allùt le lendemain chez Me Delpech, qui était son avocat.
Que si elle faisait tout cela, elle la ferait mettre dans un couvent, qu'elle payerait sa pension, qu'elle lui donnerait de l'argent pour retourner Ă Rome, et qu'elle parlerait pour elle au nonce du Pape.
Lui a dit aussi qu'elle croyait que le sieur Duplessis était innocent, mais que quand il ne le serait pas, il ne faudrait pas le dire, parce qu'ils seraient renfermés tous les deux pour tout le temps de leur vie.
Que le sieur Duplessis est survenu, qu'il a pleurĂ©, et a dit Ă elle, interrogĂ©e, qu'il avait manquĂ© d'aller Ă BicĂȘtre ; qu'elle Ă©tait une honnĂȘte femme, incapable de faire du mal, ainsi que lui, et autres choses ; et que la marquise de Prie, en la renvoyant, lui a donnĂ© douze francs, en disant que c'Ă©tait pour avoir des fiacres.
Que le lendemain elle a Ă©tĂ© conduite par la femme ThĂ©ron chez lâavocat Delpech, auquel elle a parlĂ© ; quâelle lâa trouvĂ© fort doux et fort honnĂȘte, quâelle lui a contĂ© une partie de ce quâon lui avait dit de dire, quâil lui a demandĂ© oĂč elle demeurait, quâelle lui a rĂ©pondu de sâadresser Ă la femme ThĂ©ron, qui a donnĂ© sa demeure, et qui a continuĂ© de soutenir quâelle avait trouvĂ© elle, interrogĂ©e, dans la rue, et sâen Ă©tait chargĂ©e par charitĂ©.
Que le lendemain ou le surlendemain, ladite femme Morat est venue voir elle interrogĂ©e, et lui a dit que le sieur Duplessis Ă©tait bien content de ce quâelle avait dit Ă lâavocat, quâelle Ă©tait bien aimable, quâil y avait encore une dĂ©marche Ă faire, quâil fallait quâelle allĂąt chez Me Ladry, procureur ; que câĂ©tait la derniĂšre fois quâelle irait par justice, et quâelle serait dĂ©barrassĂ©e de son mari ; que ladite femme ThĂ©ron lâa conduite chez ledit sieur Ladry, quâelle a bien reconnu pour lâavoir vu chez ledit sieur Duplessis, oĂč il a dĂźnĂ© plusieurs fois ;
Quâelle a dit audit sieur Ladry tout ce que ledit sieur Duplessis lui avait conseillĂ© de dire contre son mari ; quâelle a Ă©tĂ© deux fois chez ledit sieur Ladry, et que lâune de ces deux fois elle y a trouvĂ© ledit sieur Duplessis, qui a apportĂ© audit sieur Ladry un gros mĂ©moire quâil avait fait pour elle contre son mari, en le priant bien fort de le faire copier, afin quâon ne vĂźt pas que câĂ©tait de lui ;
Que ledit sieur Ladry, en jurant en français, lui a dit quâil Ă©tait beaucoup trop gros, et en sâadressant Ă elle, interrogĂ©e, il lui a demandĂ© si tout ce qui Ă©tait dans ce mĂ©moire Ă©tait vrai ; quâelle lui a rĂ©pondu oui, ainsi quâelle Ă©tait convenue de le faire, mais que dans le fait il nây avait rien de vrai, si ce nâest lâhistoire dâAngleterre, et que tout le reste le sieur Duplessis lâavait pris dans son imagination, que mĂȘme elle nây a rien compris ;
QuâaprĂšs cela ledit sieur Ladry lui a dit quâil fallait faire un mĂ©moire beaucoup plus court et y mettre les choses les plus essentielles ; que ledit sieur Ladry a Ă©crit ce quâelle a dit, et quâensuite il lui a demandĂ© si elle savait signer, et que lui ayant dit que non, il lui a fait faire une croix ; que ladite femme ThĂ©ron, qui Ă©tait prĂ©sente, a signĂ© comme tĂ©moin.
Que dans ce mĂȘme temps, ladite femme Morat est venue chez ladite femme ThĂ©ron ; que ne lâayant pas trouvĂ©e, elle sâest adressĂ©e Ă la femme Malon, qui demeure chez ladite femme ThĂ©ron, et lui a donnĂ© un louis en disant quâil fallait faire venir un Ă©crivain, lui faire Ă©crire le mĂ©moire pour quâon ne reconnĂ»t pas lâĂ©criture du sieur Duplessis, qui Ă©tait connue chez M. de Sartine ; quâelle nâa pas voulu faire cela ;
QuâĂ cette occasion la femme ThĂ©ron et la femme Malon se sont fĂąchĂ©es contre elle, lui ont dit quâelle Ă©tait un enfant ; que ladite femme Morat Ă©tant revenue pour savoir de la part du sieur Duplessis ce qui avait Ă©tĂ© fait, et ayant appris quâelle nâavait pas voulu faire venir dâĂ©crivain, elle a dit que puisquâelle voulait faire Ă sa tĂȘte, il fallait la conduire chez un commissaire pour faire sa plainte contre son mari ;
Que ladite femme Malon lâa conduite chez un commissaire pour faire sa plainte ; que le commissaire lui a dit quâil nâentendait pas son langage ; quâil fallait faire Ă©crire ce quâelle avait Ă dire, et lui a tournĂ© le dos en disant Ă la femme Malon : « Je vous lâavais dit hier, quâil fallait Ă©crire. »
Observant quâelle se rappelle que quelques jours aprĂšs son entrĂ©e chez ladite femme ThĂ©ron, ladite femme Morat a remis douze francs Ă ladite femme ThĂ©ron, pour la nourriture dâelle interrogĂ©e ; quâelle est restĂ©e chez ladite femme ThĂ©ron jusquâau moment oĂč elle a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e, et que lorsque nous sommes venus chez cette femme, elle nous a rĂ©pĂ©tĂ© quâelle ne connaissait pas le sieur Duplessis, et quâelle avait trouvĂ© elle interrogĂ©e, dans la rue.
InterrogĂ©e quelles sont les connaissances que le sieur Duplessis lui a fait faire Ă Paris, Ă quelles personnes il lâa prĂ©sentĂ©e ou fait prĂ©senter, et sous quel prĂ©texte,
A rĂ©pondu que le sieur Duplessis lui a fait connaĂźtre ledit sieur et dame Mercuroz, ladite dame Foucher, la dame marquise dâAlogny, qui avait promis Ă son mari de le faire connaĂźtre pour ses ouvrages Ă M. le marĂ©chal de Richelieu, et un maĂźtre Ă danser, que le sieur Duplessis lui a donnĂ©, qui sâappelle Lion.
InterrogĂ©e pourquoi le sieur Duplessis les a renvoyĂ©s de chez lui vers la fin de dĂ©cembre dernier, et si elle nâĂ©tait pas dâintelligence avec ledit sieur Duplessis Ă cet Ă©gard,
A rĂ©pondu que le sieur Duplessis ne les a pas renvoyĂ©s, que câest son mari qui a cherchĂ© un appartement, parce que le sieur Duplessis lui faisait tout plein dâimpertinences ; quâelle nâĂ©tait point dâaccord avec le sieur Duplessis ; que ce dernier lui avait dit quâil refuserait de donner leurs effets, parce quâil fallait quâelle quittĂąt son mari, qui Ă©tait un coquin, et quâelle vĂźnt demeurer avec lui Duplessis, quâelle serait heureuse et protĂ©gĂ©e par tout le monde.
InterrogĂ©e pourquoi elle a dit Ă diffĂ©rentes personnes que son mari Ă©tait un coquin, quâil avait Ă©tĂ© obligĂ© de se sauver de Rome, oĂč il avait Ă©tĂ© condamnĂ© Ă ĂȘtre pendu pour avoir fait un faux billet, quâil avait fait de mauvaises affaires dans tous les endroits oĂč il avait Ă©tĂ© et dâoĂč il avait Ă©tĂ© obligĂ© de se sauver, quâil avait voulu la prostituer, notamment Ă Londres, pour avoir de lâargent ; interpellĂ©e de dire si tous ces faits sont vrais ou faux, et pourquoi elle les a rĂ©pandus,
A rĂ©pondu quâil est vrai quâelle a tenu ces propos-lĂ , mais que câest le sieur Duplessis qui lui a conseillĂ© de les tenir, et quâil nây a de vrai que lâhistoire dâAngleterre, telle quâelle nous lâa dite.
Interrogée si elle a connaissance que le sieur Duplessis ait ouvert la malle de son mari,
A rĂ©pondu quâelle nâen a aucune connaissance ; que ledit sieur Duplessis lui a toujours refusĂ© de lui donner jusquâĂ un bonnet ; que son mari, quâelle a vu depuis quâelle est ici, lui a dit que sa malle avait Ă©tĂ© ouverte chez M. de Sartine, quâil nâavait pas trouvĂ© dans sa malle les chemises dâelle interrogĂ©e, si ce nâest deux mauvaises chemises, que cependant il y en avait huit toutes neuves de Hollande ; quâil nâavait pas trouvĂ© non plus une boĂźte de carmin, un livre de secrets et beaucoup dâautres effets, quâelle interrogĂ©e a connaissance que ces effets Ă©taient dans la malle, et quâelle ne sait pas pourquoi ils ne sây trouvent plus.
InterrogĂ©e si elle a connaissance que câest le sieur Duplessis qui ait renvoyĂ© le domestique du sieur Balsame, son mari, en lui donnant de lâargent et ses hardes pour le faire Ă©vader,
A rĂ©pondu quâelle nâa aucune connaissance de cela ; que le lendemain quâelle est sortie de chez le sieur Duplessis, le sieur Balsame ayant donnĂ© six francs Ă ce domestique pour acheter quelque chose, il a disparu ; quâen ayant parlĂ© depuis au sieur Duplessis, il nâest convenu de rien, quâil lui a seulement dit : « Comment voulez-vous que quelquâun vive avec votre mari, qui est un diable ? », et a ajoutĂ© que par charitĂ© il lui avait fait donner six francs par ledit Morat, son domestique.
Interrogée si elle a connaissance que le sieur Duplessis ait attenté à la vie de son mari,
A rĂ©pondu quâelle ne pense pas du tout que le sieur Duplessis ait voulu attenter Ă la vie de son mari.
Observe quâun soir, aprĂšs avoir soupĂ© chez ledit sieur Duplessis, son mari, qui avait mangĂ© des Ćufs, se trouva malade ; quâelle interrogĂ©e et le sieur Duplessis ne mangĂšrent pas de ces Ćufs, parce quâils nâĂ©taient pas dans lâhabitude de souper ; quâun autre jour, sur la fin du temps quâils demeuraient chez le sieur Duplessis, Ă©tant Ă dĂ©jeuner, ledit sieur Duplessis versa du vin au sieur Balsame, qui, ne lâayant pas voulu boire, elle, interrogĂ©e, a pris le verre de son mari pour boire le vin que le sieur Duplessis venait de verser, et quâalors le sieur Duplessis lui ĂŽta le verre des mains et jeta le vin sur le feu, dans la cheminĂ©e, et lui donna Ă boire de la mĂȘme bouteille dans un autre verre ; quâelle dit au sieur Duplessis pourquoi il faisait cela, quâil ne lui rĂ©pondit rien, si ce nâest que son mari lâimpatientait parce quâil ne voulait pas boire.
à elle représenté un mémoire rédigé sur une feuille de papier dont les trois premiÚres pages sont remplies, et dont la quatriÚme et derniÚre page est écrite jusque vers la moitié, intitulé :
Ă MONSEIGNEUR LE LIEUTENANT GĂNĂRAL DE POLICE â MĂ©moire pour Lorenza FĂ©liciani, Romaine de nation, Ă©pouse du sieur Joseph Balsame, dessinateur et peintre Ă la plume, contre ledit sieur Joseph Balsame, se disant marquis de Balsame, son mari.
Lecture Ă elle faite de ce mĂ©moire ; interpellĂ©e ensuite de dĂ©clarer si câest elle qui a fait ce mĂ©moire, si elle sait par qui il a Ă©tĂ© fait et Ă©crit,
A rĂ©pondu quâelle ne sait pas par qui ce mĂ©moire a Ă©tĂ© fait ni Ă©crit, quâelle nâen connaĂźt pas le caractĂšre, mais que tout ce quâil contient est faux, et quâil nây a que ce quâelle nous a dit qui soit vrai.
Ensuite, pour constater ledit mémoire, il a été signé et paraphé au haut de chaque page et à la fin de la quatriÚme page par nous commissaire seulement, attendu que ladite Féliciani nous a déclaré ne savoir écrire ni signer, de ce interpellée, et est ledit mémoire ainsi constaté, resté en nos mains.
Lecture faite Ă ladite interrogĂ©e du prĂ©sent interrogatoire et de ses rĂ©ponses, a dit ses rĂ©ponses contenir vĂ©ritĂ©, y a persistĂ©, et a dĂ©clarĂ© ne savoir Ă©crire ni signer, de ce enquise par nous suivant lâordonnance, et nous commissaire avons signĂ©.