Les Joyaux de la Princesse interviewé pour la compilation Autoplasie II - 1993
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Les Joyaux de la Princesse interviewé pour la compilation Autoplasie II - 1993

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"Repetition is a form of change"
Brian Eno
"âQue dites-vous ?⊠Câest inutile ?⊠Je le sais ! Mais on ne se bat pas dans lâespoir dâun succĂšs ! Non ! non, câest bien plus beau lorsque câest inutile !â
 Cyrano de Bergerac - Edmond Rostand 1897
"Pour beaucoup de niais vaniteux que la vie déçoit, la famille reste une institution nĂ©cessaire, puisquâelle met Ă leur disposition, et comme Ă portĂ©e de la main, un petit nombre dâĂȘtres faibles, que le plus lĂąche peut effrayer. Car lâimpuissance aime reflĂ©ter son nĂ©ant dans la souffrance dâautrui."
Sous le soleil de Satan - Georges Bernanos 1926
"MĂȘme si nous comprenions les auteurs dâattentats-suicides, ces opĂ©rations ne font pas partie de notre ligne politique. En termes dâimage vis-Ă -vis de lâOccident, elles ont Ă©tĂ© nĂ©fastes, mais, en interne, on ne saurait nier quâelles aient servi, Ă un moment donnĂ©, le Hamas qui est apparu ainsi comme le fer de lance contre lâoccupation israĂ©lienne ? Ces attentas ont rĂ©ussi Ă briser le mur sĂ©curitaire dâIsraĂ«l qui, depuis vit dans une peur permanente, et Ă provoquer une Ă©migration, encore limitĂ©e, des IsraĂ©liens qui ne les supportaient plus. Quoi quâil en soit, la vie humaine a une trop grande valeur pour que jâapprouve ces attentats-kamikazes. Peut-ĂȘtre avons-nous sur cette question une vision proche des Occidentaux, mais la diffĂ©rence entre vous et nous, câest que je ne commande jamais de tels aces. Il faut voir en effet la dĂ©tresse qui pousse les Palestiniens Ă agir ainsi face Ă une agression qui dure depuis prĂšs dâun demi-siĂšcle."
Les révolutionnaires ne meurent jamais - Georges Habache 2008

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âMais, comme jâadmirais le livre et tenais Eldridge pour un homme dâune valeur exceptionnelle, je crus comprendre pourquoi il se sentait obligĂ© dâĂ©crire ce qui Ă©tait en fait un avertissement : guetteur vigilant sur le rempart de la citĂ© (et je dis cela sans ironie), il voyait en moi un roseau fragile, bizarre et dangereusement penchĂ©, trop rĂ©cupĂ©rĂ© par le systĂšme pour que les Noirs puissent sâappuyer sur lui. Ă mon avis, la façon dont il retournait contre moi ma cĂ©lĂ©britĂ© Ă©tait Ă fois naĂŻve et injuste ; il devait aussi mâassocier dans son esprit Ă la dĂ©gradation indicible du mĂąle â Ă tous ces pĂ©dĂ©s, Ă ces tantouzes dont lâallure et les propos avaient dĂ», plus dâune fois, lui donner la nausĂ©e en prison. JâespĂšre que ma personnalitĂ© et le sens de mon Ćuvre ne se rĂ©duisent pas Ă cela mais je suis certainement quelquâun de bizarre. â
No Name in the Street (ChassĂ©s de la lumiĂšre) - James Baldwin 1972 Â
Quand on observe la rĂ©action des gens du Nord devant les PanthĂšres Noires, quand on voit avec quelle lĂąchetĂ© ils permettent quâon les menace, quâon les emprisonne, quâon les assassine, et ceci en toute illĂ©galitĂ©, on Ă©prouve un immense mĂ©pris pour ce Nord Ă©mancipĂ© qui, hier encore, manifestait tant dâadmiration et de sympathie pour les Noirs hĂ©roĂŻques du Sud. Heureusement, nous Ă©tions nombreux alors Ă Ă©prouver quelque scepticisme devant cette
sympathie si vertueuse et nous ne sommes ni surpris ni déçus maintenant. Heureusement, nous sommes nombreux Ă avoir toujours su que «lâesprit du Sud est lâesprit de lâAmĂ©rique tout entiĂšre», ainsi que le disait un de mes frĂšres, il y a quelque vingt-cinq ans. Aujourdâhui, exactement comme les Allemands au temps du IIIe Reich, alors quâon harcĂšle des innocents, quâon les emprisonne et quâon les assassine dans toutes les villes du Nord, les citoyens ne savent rien et ne veulent rien savoir de ce qui se passe autour dâeux. Pourtant la naissance des PanthĂšres Noires Ă©tait aussi inĂ©vitable que ce qui arriva ce jour-lĂ Ă Montgomery, en Alabama, quand Mme Rosa Parks refusa de se lever dans un autobus pour
cĂ©der sa place Ă un homme blanc. Cette journĂ©e se prĂ©parait depuis longtemps ; danger aprĂšs danger, humiliation aprĂšs humiliation, Pestrade sur laquelle devait se dresser Mme Parks sâĂ©tait construite sans rĂ©pit. Si celle-ci avait eu un mal de tĂȘte ce jour-lĂ et si la communautĂ© noire nâavait pas connu toutes ces souffrances, il nây aurait pas eu de boycott des autobus et nous nâaurions jamais entendu parler de Martin Luther King.
Il en va de mĂȘme pour les PanthĂšres : il Ă©tait inĂ©vitable que la colĂšre Ă©clate, quâun homme noir affronte ouvertement, devant tous ses frĂšres, le revolver dâun policier et conteste son droit Ă ĂȘtre dans le ghetto. Cet homme fut Huey. Mais le dĂ©fi que lança ce garçon trapu, Ă la peau cuivrĂ©e, Ă lâair si convenable, nâaurait pas eu de telles consĂ©quences si Huey nâavait pas exprimĂ© la rage et effacĂ© lâhumiliation de milliers, de millions dâhommes.
Ce jour-là , Huey (en qui Bobby Seale vit, selon ses propres mots, «
le plus grand fils de pute de lâhistoire ») rendit leur honneur aux hommes et aux femmes du ghetto. Câest pourquoi, loin dâĂȘtre une organisation illĂ©gale et anarchique, les PanthĂšres reprĂ©sentent une grande force de paix et de stabilitĂ© dans le ghetto. Mais, comme cela conduit Ă une autonomie sans prĂ©cĂ©dent historique pour les habitants, personne, parmi les gens au pouvoir, nâest prĂȘt Ă affronter cette Ă©vidence. Aujourdâhui comme hier, les AmĂ©ricains blancs ne
peuvent pas croire Ă la rĂ©alitĂ© des injustices supportĂ©es par les AmĂ©ricains noirs. Ils ne le peuvent pas parce quâils sont incapables dâaffronter ce quâelles rĂ©vĂšlent sur eux-mĂȘmes et leur pays ; cette incomprĂ©hension gĂ©nĂ©rale et butĂ©e a pour effet de rendre encore plus dangereuse la vie des Noirs et tout particuliĂšrement celle des jeunes. Les chefs des PanthĂšres Noires en sont les premiers conscients. Câest pour cela quâils tiennent tant Ă mettre sur pied des programmes de travail et dâĂ©tudes dans le ghetto â depuis la distribution des repas chauds aux Ă©coliers et les cours pour les Ă©lĂšves des lycĂ©es et des collĂšges, jusquâĂ la rĂ©daction, la mise en page et la distribution de leurs journaux. Toutes ces activitĂ©s servent dâantidote Ă la dĂ©moralisation, cette plaie du ghetto, et permettent aux gens de se rĂ©aliser. Câest pour cela aussi quâils apprennent le maniement des armes â pas, comme les AmĂ©ricains blancs, par peur de leurs voisins, bien quâils soient les plus menacĂ©s, mais pour protĂ©ger leur vie, leurs femmes et leurs enfants, leurs maisons plutĂŽt que la vie et la richesse dâun oncle Sam qui, au mieux, nâa su traiter ses neveux noirs quâavec un mĂ©pris teintĂ© de paternalisme. Lâimportant, maintenant, et je crois que tous les Noirs le savent, est de crĂ©er et de maintenir un noyau dâoĂč sortira un peuple nouveau .Les PanthĂšres Noires se montrĂšrent, sâoffrirent comme cibles si lâon prĂ©fĂšre, afin de rĂ©vĂ©ler Ă la communautĂ© noire la prĂ©sence en son sein dâune force nouvelle, capable de la guĂ©rir et de la libĂ©rer.â
No Name in the Street (Chassés de la lumiÚre) - James Baldwin 1972
âCe dont les Noirs ont besoin, câest dâune protection contre la police, comme nous le montre la rĂ©action de la communautĂ© noire Ă lâapparition des PanthĂšres. Sans son soutien, les PanthĂšres nâauraient Ă©tĂ© quâune bande parmi tant dâautres et câest prĂ©cisĂ©ment ce qui dĂ©clencha la riposte de la police : vĂȘtus comme des guĂ©rilleros, ces jeunes gens, qui rĂ©clamaient le droit de porter des armes, intervenaient chaque fois quâun policier interpellait un Noir et lâinformaient de ses droits ; ils proclamaient le droit des Noirs Ă lâautodĂ©fense et furent vite cataloguĂ©s comme « fauteurs de troubles ».
Mais les Blancs se sentent insultĂ©s par la mĂ©fiance des Noirs Ă lâendroit des policiers blancs ; ils sâĂ©tonnent quâun homme, une femme ou un enfant noirs aient quelque raison de craindre le flic blanc. Au cours de la procĂ©dure de composition du jury qui prĂ©cĂ©da le procĂšs de Huey, un des jurĂ©s rĂ©cusĂ©s par Charles Garry dĂ©clara:
« Comme je lâai dĂ©jĂ dit, mon opinion, câest que nous devons effacer de nos cĆurs et de nos esprits le racisme, le fanatisme et la sĂ©grĂ©gation, mais pas en descendant dans les rues. Je pense â et lâon mâa appris â quâil ne faut pas rĂ©sister Ă un officier de police et que nous avons des tribunaux pour rĂ©gler nos diffĂ©rends. Quelle que soit ma certitude dâavoir raison, si un officier de police me donnait un ordre, jâobĂ©irais, sachant que jâobtiendrais justice auprĂšs des tribunaux si je nâĂ©tais pas coupable. » Gariy lui posa alors cette question : «Supposez quâun policier dĂ©gaine et tire sur vous, que feriez-vous alors ? » AprĂšs un temps de silence, le jurĂ© rĂ©pondit :
«Permettez-moi de vous dire ceci : je ne crois pas quâun officier de police fasse cela. »
Nous avons lĂ un exemple prĂ©cis et frappant des mĂ©canismes de la piĂ©tĂ© amĂ©ricaine. Le dĂ©but de cette dĂ©claration est particuliĂšrement rĂ©vĂ©lateur: «... nous devons effacer de nos cĆurs et de nos esprits le racisme, le fanatisme et la sĂ©grĂ©gation, mais pas en descendant dans les rues ». Sâil est possible de se demander Ă qui ce «nous » se rapporte, il nây a pas de doute quant Ă lâobjet de lâaccusation voilĂ©e mais violente que contient le « mais pas en descendant dans les rues ». Qui que soit ce « nous », lâorateur nâen fait probablement pas partie. Mais les Noirs sont Ă©videmment les responsables de lâanarchie et du danger «dans les rues». Et tout ceci inutilement: puisque la police est honorable et les tribunaux justes. Quâon ne sâĂ©tonne pas de voir les AmĂ©ricains sâaccrocher Ă ce rĂȘve. Il repose sur un narcissisme profond et lamentablement puĂ©ril ; il est dâailleurs entretenu dans leur esprit avec beaucoup de soin et de persĂ©vĂ©rance : par leurs hommes politiques, par la façon dont les journaux leur prĂ©sentent lâinformation par le cinĂ©ma, la tĂ©lĂ©vision et par les aspects de la culture populaire. â
No Name in the Street (ChassĂ©s de la lumiĂšre) - James Baldwin 1972 Â
âOn sâadresse Ă ceux qui ne sont pas protĂ©gĂ©s, ceux qui ont justement le plus besoin de la protection de la loi â et on Ă©coute leur tĂ©moignage. Demandez Ă nâimporte quel Mexicain, Portoricain, Ă nâimporte quelle personne noire, ou pauvreâ demandez aux malheureux comment ils sont traitĂ©s par les tribunaux et alors vous saurez, non pas si ce pays est juste, mais sâil aime la justice et la conception quâil sâen fait. En tout cas, lâignorance alliĂ©e au pouvoir est certainement le plus fĂ©roce ennemi de la justice.â
No Name in the Street (Chassés de la lumiÚre) - James Baldwin 1972
âDans lâensemble, il y avait peu de Noirs paris eux. Dans cette atmosphĂšre si irrĂ©elle, ils marchaient dans les rues, frĂ©quentaient les mĂȘmes quartiers, Ă©taient les cibles des mĂȘmes forces de rĂ©pression, semblaient nâavoir aucune animositĂ© les uns pour les autres â aux yeux des forces hostiles qui les guettaient, câĂ©tait mĂȘme plutĂŽt le contraire â, et pourtant on ne sentait aucun lien entre eux; ils Ă©taient sĂ©parĂ©s. Les Noirs ne plaçaient pas leur confiance dans les fleurs mais dans les fusils.â
No Name in the Street (ChassĂ©s de la lumiĂšre) - James Baldwin 1972 Â

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âQuand jâĂ©tais jeune, par exemple, câĂ©tait une insulte dâĂȘtre appelĂ© Noir. Les Noirs se sont maintenant emparĂ©s de cette Ă©pithĂšte jadis pĂ©jorative et en ont fait leur mot de ralliement et un signe honorifique, ils enseignent Ă leurs enfants Ă ĂȘtre fiers dâĂȘtre noirs. Il est vrai que ces enfants ont toutes les couleurs imaginables : thĂ©, cafĂ©, chocolat, moka, miel, aubergine enrobĂ©e de piment, piment trempĂ© dans de lâaubergine. En AmĂ©rique, les Noirs ne sont pas plus uniformĂ©ment noirs que les Blancs sont, physiquement, blancs. Mais ces nuances de couleur, depuis si longtemps utilisĂ©es pour angoisser et corrompre nos esprits et nous dresser les uns contre les autres, ne reprĂ©sentent plus rien maintenant. La nĂ©gritude est une condition spirituelle terrible, une des plus grandes Ă©preuves quâun ĂȘtre vivant peut affronter â voilĂ ce que disent les Noirs. Rien de plus facile et, pour lâAmĂ©ricain tourmentĂ© par sa culpabilitĂ©, de plus inĂ©vitable que de balayer cette conception en la traitant de chauvinisme Ă rebours. Mais en cela, les Blancs amĂ©ricains se trompent. Se dĂ©livrer des stigmates de la nĂ©gritude en la revendiquant, câest rejeter Ă jamais la complicitĂ© et la collaboration avec les auteurs de votre dĂ©gradation. Lâennemi blanc se trouve brusquement placĂ© devant un simple combat physique, quâil ne pourra gagner que physiquement. Des hommes blancs ont tuĂ© des hommes noirs parce que ceux-ci refusaient de dire
«Monsieur»: mais ils dĂ©siraient moins obtenir un cadavre, et encore moins ce sang qui tache, que la confirmation de leur valeur et de leur pouvoir. Quand lâimagination de lâhomme blanc ne domine plus lâesprit de lâhomme noir, un nouvel Ă©quilibre ou ce quâon pourrait appeler une inĂ©galitĂ© inconnue jusquâalors commence Ă apparaĂźtre
: le Blanc ne sait plus qui il est, alors que le Noir sait pour eux deux. Car, sâil est difficile de se libĂ©rer des stigmates de la nĂ©gritude, il est Ă©videmment aussi difficile de survivre aux illusions de la blancheur. Or, fier de sa couleur retrouvĂ©e, qui est enfin la sienne, le Noir proclame, pas toujours trĂšs poliment dâailleurs, la validitĂ© et la force de son existence â mĂȘme dans lâombre de la mort â et le Blanc, se sentant insultĂ©, a peur. AprĂšs tout, il a ses raisons non seulement de se mĂ©fier de ce concept de couleur mais aussi de redouter ce qui risque dâen advenir sâil tombe dans de mauvaises mains. Mais lâimportant câest quâil Ă©tait inĂ©vitable que les Blancs et les Noirs en arrivent Ă ce degrĂ© extrĂȘme de tension. Câest seulement aprĂšs avoir franchi ce moment que nous saurons ce que notre histoire a fait de nous.â
No Name in the Street (ChassĂ©s de la lumiĂšre) - James Baldwin 1972 Â
âLes gens, mĂȘme quand ils sont assez Ă©tourdis pour naĂźtre Noirs, ne sont pas sur terre simplement pour fournir des manteaux de vison et des diamants Ă des dames au teint pĂąle, vulgaires et bavardes, ou des occasions de gĂ©nocides Ă leurs compagnons asexuĂ©s, mal aimĂ©s et finalement mĂ©prisables â oh, prisonners!â
No Name in the Street (Chassés de la lumiÚre) - James Baldwin 1972
â âJâen ai assez, disait parfois Glori, de tous ces darkies bourgeois, frais Ă©moulus de lâUniversitĂ©, qui nâont jamais vu un rat ou un cafard de leur vie, qui nâont jamais crevĂ© de faim ni travaillĂ© un seul joue et qui - ayant brusquement dĂ©couvert leur nĂ©gritude la semaine derniĂšre - viennent mâexpliquer Ă moi ce que signifie ĂȘtre noir.â Huey nâĂ©tait pas du tout ainsi. Huey parle beaucoup - il a beaucoup de choses Ă dire - mais il Ă©coute. â
No Name in the Street (Chassés de la lumiÚre) - James Baldwin 1972
âAlors les prĂ©tentions culturelles de lâhistoire apparaissent comme un simple masque pour le pouvoir et câest ainsi que, pour se dĂ©barrasser de Shell, Texaco et Coca-Cola, de la 6e flotte et du gentil soldat amĂ©ricain venu protĂ©ger ces investissements, on jette aussi par-dessus bord Balzac et Shakespeare, Faulkner et Camus.
Plus tard, bien sûr, il pourra les inviter à revenir mais ce sera à ses propres conditions et, évidemment, dans sa propre terre.
Quand le paĂŻen et lâesclave crachent sur la croix et prennent un fusil, câest que les murs de lâhistoire vont une nouvelle fois ĂȘtre attaquĂ©s et sâĂ©crouler sur ses habitants actuels pour les disperser et les dĂ©truire. Ceux-ci alors ne peuvent quâinvoquer lâhistoire pour les sauver, cette histoire qui, aux yeux des opprimĂ©s, les a dĂ©jĂ condamnĂ©s. Câest pourquoi Faulkner espĂ©rait que les Noirs amĂ©ricains auraient la gĂ©nĂ©rositĂ© dâ«y aller doucement», câest-Ă -dire quâils donneraient aux Blancs le temps de se racheter, comme sâils nâen avaient pas eu suffisamment et comme si leurs victimes croyaient encore aux miracles blancs. Et Camus rĂ©pĂ©tait le mot «justice » comme si câĂ©tait une incantation, une formule magique Ă laquelle toute lâAfrique allait aussitĂŽt rĂ©pondre. Mais les Noirs amĂ©ricains ne pouvaient plus «y aller doucement» parce quâils avaient pris rendez-vous avec lâhistoire pour lui arracher leurs enfants. Et la «justice» de Camus Ă©tait un concept fabriquĂ© et trahi par lâEurope de la mĂȘme façon que lâĂglise chrĂ©tienne avait dĂ©shonorĂ© et blasphĂ©mĂ© ce Sauveur au nom de qui elle avait fait mourir des millions et des millions de gens. Et si cet argument paraĂźt trivial, câest Ă cause de lâendurcissement du cĆur et de la conscience chez ces gens qui croient que leur pouvoir leur a donnĂ© le droit exclusif Ă lâhistoire.
Si les chrĂ©tiens ne croient plus en leur sauveur (qui dâailleurs nâa pas rĂ©ussi Ă les sauver), pourquoi, se demande alors le paĂŻen, abandonnerais-je mes dieux pour le vĂŽtre ? Car moi je sais que mes dieux sont rĂ©els : ils mâont permis de vous rĂ©sister.â
No Name in the Street (Chassés de la lumiÚre) - James Baldwin 1972
âLe rĂȘve communiste a implosĂ©, le capitalisme a gagnĂ© une bataille sinon la guerre mais une logique paradoxale fait que certains des ennemis les plus dĂ©clarer du totalitarisme soviĂ©tique, ces homme de la Nouvelle gauche Ă qui ce film est largement consacrĂ©, ont Ă©tĂ© entrainĂ© dans le mĂȘme tourbillon. Revanche des staliniens leur opposition de gauche est morte avec eux. Ils Ă©taient liĂ© dialectiquement comme le serpent Ă la tortue, souvenez vous dâOrson Wells, câĂ©tait leur charactĂšre.â
âUne pensĂ©e consolante ce pendant, 15 ans aprĂšs il y avait toujours des loupsâ
Le fond de lâair est rouge - Chris Marker 1977 (1993)

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âdo it yourself pearl harborâ
âwho do you think you are Lawrence of Nigeria ?â
Putney Swope - 1969
âDans une lettre datĂ©e du 17 fĂ©vrier 1978, Hermann Broch (1886-1951), postulant que âseul le petit-bourgeois est dĂ©moniqueâ, ironisait sur le bagage nietzschĂ©en standard des petits hommes modernes standardisĂ©s et pressĂ©s: âNietzsche a fourni lâarsenal de la dĂ©monie au petit bourgeois motorisĂ© du XXe siĂšcle.â Les nouveaux philistins cultivĂ©sâ rĂȘvent dâĂȘtre Ă la hauteur du premier commandement nietzschĂ©en inscrit sur la âtable nouvelleâ des valeurs: âDevenez durs !â Ils veulent ĂȘtre, eux aussi, des âcrĂ©ateursâ ayant fait du mot de Zarathoustra leur adage : âDurs, en effet , sont ceux qui crĂ©entâ On ne compte plus les disciples de Zarathoustra, tous âdursâ, depuis les dix derniĂšres annĂ©es du XIXe siĂšcle. Mais, parmi ces âdursâ, rares furent les crĂ©ateurs? Et nombreux durent de pitoyables bouffons. Dur Ă lâextĂ©rieur, mous Ă lâintĂ©rieur: de simples crustacĂ©s â
Les nietzschéens et leurs ennemis - pour avec et contre Nietzsche - Pierre-André Taguieff 2021