Il n'est pas trop tard
Je n'ai connu la fin des années 80 qu'à travers les yeux d'un enfant. L'éducation que j'ai reçue a été cependant imprégnée de l'esprit de cette époque, une vision emplie d'espoir, une foi en l'avenir et un ardent désir de liberté. Ouvrant aujourd'hui la fenêtre qui plonge sur le monde, le constat est accablant et la question poignante et terrible : comment en est-on arrivé là ? Nous avions le devoir et le soin de transmettre un monde dans lequel s'épanouissent les forces de la vie. Las, c'est un monde régi par les écrans et l'IA dans lequel nous avons abandonné les jeunes générations, tuant dans leur regard l'insouciance et le droit à la rêverie. C'est l'aigreur et la haine que nous lâchons sur eux, façonnées par la guerre, les injustices, l'explosion des inégalités et une planète durablement abîmée. De la nostalgie, nous ne leur en léguons que la part la plus sombre. Là où elle devait ouvrir les portes de la poésie et le goût de la transmission, la nostalgie a muté en amertume nationaliste. C'est aux âmes malades, revanchardes et obsédées par des lubies stériles et mortifères que nous livrons, pour un aller sans retour, les jeunes générations.
Pourtant. C'est à la beauté qu'il nous appartenait de les initier ; à lever les bras vers le ciel, le visage rayonnant du sentiment océanique, celui de la fraternité. C'est à l'émerveillement face à la nature que nous devions les inviter, au respect des êtres, de l'infiniment petit et de l'infiniment grand. C'est à l'amour, comme sens ultime de la vie, que nous avions l'ardente nécessité de les éveiller. L'anthropologue David Graeber affirmait que "la vraie nature du néolibéralisme, c'est non pas un projet économique, mais un projet politique visant à saper l'imagination". Il n'est pas trop tard, levons-nous, rêvons, libérons les entraves à notre imagination.
Aimons !
Romain Ferrara













