Moscou sous la neige
Mercredi 30 octobre, 11 heures : le bruit effréné de la circulation vietnamienne devient feutre. Notre avion décolle pour nous ramener vers le froid d'une fin d'automne, là où nous avions laissé nos vies. C'est un jour sans fin qui nous attend, de ceux que l'on traverse de haut par une kyrielle de fuseaux horaires et une infinité d'espaces. Nous n'avons presque rien vu du Vietnam, mais ce n'est sans doute pas la seule raison qui nous pousse à estimer la fin de notre périple trop rapide, trop abrupte. Ces derniers temps, nous souhaitions ardemment que l'aventure s'éternise encore un peu. J'écris ces dernières lignes alors que Moscou est sous la neige. Evidemment, nous appréhendons le retour! Pendant ces quelques mois volés au quotidien, nous avons savouré un bout de monde sous un vent de liberté. Vivre au plus près de la nature, plus lentement, porter un regard neuf sur les choses ; savourer le jour qui se lève dans des endroits différents, la chaleur quotidienne qui caresse la peau ; revenir à la simplicité, au fondamental, apprécier l'allègement minimaliste ; se dépasser en gravissant un sommet, en marchant trois jours durant dans une chaleur humide, dans une société où tout est disponible sans effort. Accepter, à l'heure où la technologie a oblitéré ce que l'on imaginait authentique, de faire quitter à nos représentations le seul prisme occidental. Voyager est-il un but en soi? Il a manqué à Olivier, sans doute, un fil rouge à ce voyage. J'ai quant à moi retrouvé le plaisir d'écrire, l'exigence du mot juste, tout en maudissant parfois cette exercice un peu trop nombriliste auquel j'avais décidé de me livrer -celui de raconter par le menu nos aventures, si insignifiantes soient-elles. Cependant, je ne suis pas sûre que cette question soit la bonne. L'essentiel est de savoir ce que nous allons en retirer ; je laisse le temps nous en dire un peu plus, mais je sens notre regard sur le monde plus grand, notre conscience plus aiguisée. Je reviens la tête pleine de de merveilles et d'un constat alarmant : les images de ces monceaux de plastique qui défigurent les paysages, et dans lesquels les poulets qui seront ensuite mangés picorent sans inquiétude, me hantent ; la conscience écologique est bien l'apanage des pays riches, et le constater in situ est d'une rudesse sans appel. Nous avons été surpris de croiser sur les routes d'Asie tant de gens de notre âge. Nous sommes le reflet de notre temps, libertés individuelles et incertitudes globales. Nous savons que la stabilité du monde, et la nôtre - professionnelle, familiale, économique, écologique - n'est plus à l'ordre du jour. L'idée d'un avenir radieux est illusoire, alors nous voulons le présent : voyager sans attendre, en refusant de se sacrifier pour faire carrière, apprendre à vivre autrement. Peut-être avons nous renoncé à changer le monde, mais changer de monde pour un temps, se réenchanter est une aventure extraordinaire. Après ces petits mois de liberté et de nomadisme, après avoir eu, nombre de fois, le souffle coupé devant la magnificence de la nature, nous savons que le retour à la sédentarité et à la vie urbaine n'aura rien d'une sinécure. Une fois rassasiés de bonne nourriture et de l'amour de nos proches, il faudra se réinventer, sans ressasser éternellement le temps béni de l'aventure, et nous sommes pleinement conscients que c'est un nouveau défi qui nous attend. A bientôt, toi qui a suivi Kaobang !
















