Double critique - It & Detroit - Quand les opposĂ©s sâassemblent
Bonsoir tout le monde !
Aujourdâhui, je vous prĂ©sente une double critique de deux films qui normalement nâont rien Ă voir, jâai nommĂ© Detroit et It (je dirais pas le nom en français car câest trop chiant). Pourquoi je les associe ? Parce-que bien que lâun est un film choc Ă tendance documentaire et lâautre un film dâhorreur, ils jouent sur les mĂȘmes codes et font « peur » (ou au moins mettent mal Ă lâaise). Eh oui. Vous voulez que je vous explique ? Câest parti.
It, ou lâhorreur psychologique
Quâon soit clair tout de suite : It ne provoque pas des peurs affreuses, mais ce nâest pas grave. Il fait trĂšs bien son job de film dâhorreur et marque les esprits. Mais malgrĂ© ça, ce nâest pas le film exceptionnel dont on mâa tant parlĂ©.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, je vais donc commencer par parler de ce qui affaiblit le film.
Au dĂ©part, lors de ma premiĂšre sĂ©ance, jâai trouvĂ© It trop long et peu pertinent, mais je pense que lâambiance de la sĂ©ance (Ă base de selfies pris Ă cĂŽtĂ© de moi et de bagarres dans la salle) a trop jouĂ© dans ma vision du film. Câest pourquoi je suis allĂ©e le voir une deuxiĂšme fois, quand la hype autour du film sâest calmĂ©e pour que je puisse avoir une sĂ©ance plus calme. Au final, je garde un bon souvenir, marquant, mais pas comme le film rĂ©volutionnaire dont on mâa parlĂ©.
Lâambiance autour du film est trĂšs rĂ©ussie, et jâen parlerai plus tard. Mais oui, certaines scĂšnes sont bien trop lentes ou trop longues Ă mon goĂ»t. Ce Ă quoi se rajoute certains schĂ©mas, surtout au niveau des scĂšnes dâhorreur, qui se rĂ©pĂštent et laisse lâhorreur monter sans jamais aller jusquâau bout. Ăa laisse un goĂ»t dâinachevĂ©, de pas assez. Il y a mĂȘme parfois des scĂšnes dâhorreur qui sont expliquĂ©es, amorties, prĂ©visibles, mais franchement, ce nâest pas si grave je pense. Un autre point nĂ©gatif, mais qui est trĂšs subjectif, est que le triangle amoureux tournant autour de Beverly est lourd, injustifiĂ© et surtout trĂšs injuste vis-Ă -vis de lâun de ses protagonistes. En parler plus serait du spoil, mais vraiment, je trouve que ça essouffle le film et le rend lourd. Mais ce qui mâa le plus choquĂ©e et mâa déçue, câest la fin. Dâune part parce-quâelle joue sur le triangle amoureux et que je trouve ça mal-amenĂ©, dâautre part parce que le combat final contre It est mal filmĂ© et bĂąclĂ© par rapport Ă la propretĂ© de toutes les autres scĂšnes. Et bon sang, que câest dommage !
Et malgrĂ© tout cela, le film est loin dâĂȘtre mauvais. Comme je lâai dĂ©jĂ dis, lâambiance est franchement rĂ©ussie et câest mĂȘme ce quâil y a de mieux dans ce film. Le travail des couleurs et de la musique est trĂšs bon, on sâattache Ă la plupart des personnages et tous sont trĂšs biens jouĂ©s. Le background derriĂšre eux est dâailleurs passionnant et câest pourquoi je vais dĂ©sormais me ruer sur le livre pour en savoir plus. Personnellement, Eddie et Richie mâont fait mourir de rire et je vais les retrouver avec plaisir dans le chapitre 2. En ce qui concerne les scĂšnes dâhorreur, elles marchent bien malgrĂ© quâelles nâaillent pas aussi loin quâelles pourraient, et câest surtout grĂące au charisme de lâacteur de Pennywise. Le problĂšme est que ce ne sont pas ces scĂšnes en soit qui font peur, mais lâambiance et le personnage du clown. En ce qui concerne celui-ci, on ne va pas se mentir, ce Pennywise marque les esprits et surtout, ne se contente pas de faire peur. Il sait comment mettre mal Ă lâaise, il sâamuse Ă manipuler et Ă faire peur jusquâau bout. Câest ce qui fait que ce personnage marche et quâil fasse peur.
Et quant Ă lâambiance⊠Câest le point le plus important du film. Ăa a beau ĂȘtre Pennywise lâĂ©lĂ©ment central du film, ce nâest pas lui qui est le plus effrayant, mais lâambiance malsaine et dĂ©goĂ»tante qui rĂšgne sur Derry, la ville du film. Car oui, derriĂšre le fantastique et les Ă©lĂ©ments surnaturels, câest aussi et surtout les personnages censĂ©s ĂȘtre normaux qui choquent et dĂ©rangent. Lâexemple le plus probant dans It, câest lâattitude des parents de Derry. Des parents, câest censĂ© ĂȘtre  rassurants, mais ceux de Derry ne le sont pas. Ils sont le mal incarnĂ©, mais pas le mal fantasque et imaginaire comme Pennywise, mais le mal rĂ©aliste, celui ordinaire et quâon nâose dĂ©noncer. Ce sont des parents toujours absents ; qui enferment leurs enfants dans des croyances, dans des maladies imaginaires ; qui se mentent Ă eux-mĂȘmes ; qui effraient pour se faire respecter ; qui ne veulent les laisser grandir. DerriĂšre les parents, il y a la rĂ©percussion sur leurs enfants. Et câest la le coup de maĂźtre du film pour moi : le bully, Franck Bowers. Bon sang, que ce personnage est rĂ©ussi. Je ne spoilerai pas, mais câest vraiment le personnage qui mâa le plus marquĂ© et qui mâa le plus mis mal Ă lâaise du film. Il est malsain par ses actions (il en vit Ă tenter de marquer son nom au cutter sur le ventre de lâun des personnes, quand mĂȘme!), par ses expressions, par tout le contexte qui tourne autour de lui. Arriver Ă dĂ©ranger le spectateur sans aucune rĂ©elle scĂšne dâhorreur conventionnelle, câest de lâhorreur psychologique.
Pour rĂ©sumer, It est un bon film dâhorreur. Pas Ă cause des jump-scare et des scĂšnes dâhorreur Ă proprement parler, mais Ă cause de lâhorreur psychologique. Câest en montrant les vices dĂ©rangeants de personnages censĂ©s ĂȘtre rassurants que It brille. Et cette horreur psychologique se transforme en horreur rĂ©aliste quand lâon se rend compte que ce genre de choses arrivent actuellement et vĂ©ritablement, ce qui rend le film malsain et dĂ©rangeant ; et par extension, marquant et rĂ©ussi.
Detroit, ou lâhorreur rĂ©aliste
Pour ceux qui hĂ©sitaient Ă voir Detroit, foncez, câest une perle brute. LittĂ©ralement.
Dans le fond, Detroit nâa rien Ă voir avec It. Câest un film racontant de façon trĂšs crue et sans concession les Ă©meutes qui ont secouĂ© Detroit lors de lâannĂ©e 1967. La façon de filmer de la trĂšs talentueuse Kathryn Bigelow est totalement immersive et câest ce qui rend le film aussi oppressant et rĂ©aliste. Lâintroduction du film est particuliĂšrement rĂ©ussie et mĂȘme les scĂšnes en dehors du Motel marquent. En suivant les personnages en dehors du motel, on sâintĂ©resse Ă eux, on sâattache Ă eux, et une fois que le film bascule en huit-clos anxiogĂšne, on souffre avec eux.
Je nâai rien Ă redire sur ce film. JâĂ©tais captivĂ©e du dĂ©but Ă la fin. Et mon cĂŽtĂ© juriste nâa pas pu sâempĂȘcher de sâinsurger face Ă lâinjustice que dĂ©nonce le film et au mutisme des juge qui ont du sâoccuper de cette affaire. Et mĂȘme au-delĂ du terrible passage dans le motel, la rĂ©alisatrice montre que pour les victimes de ce genre de violences policiĂšres, lâenfer nâest jamais fini. Les dĂ©positions de police, les procĂšs, plus rien nâest facile. Le sujet du film est tellement bien racontĂ© et filmĂ© quâil ne peut que faire rĂ©flĂ©chir (du moins, je pense). Jâai personnellement mis un certain moment Ă redescendre du film, et quand câĂ©tait fait je me suis rendue compte avec horreur que ce genre de choses arrivaient toujours.
Le point fort du film, câest donc cette narration choc, au plus prĂšs de lâhorreur, qui montre et ne laisse aucun rĂ©pit au spectateur. Câest violent et viscĂ©ral. Il mâen faut beaucoup pour ĂȘtre mal Ă lâaise, mais bon sang, je lâĂ©tais vraiment en voyant ce film. Le travail sur lâambiance est hallucinant de rĂ©alisme, Ă un tel point que je me sentais dans la piĂšce avec les personnages. Le son et les lumiĂšres ne font que rajouter Ă lâĂ©touffement ressenti lors des scĂšnes les plus dures. Peu de musiques, que le bruit des coups et des souffles paniquĂ©s. Et de voir les rictus sadiques dĂ©former le visage des policiers racistes est tout aussi effrayant que de voir Pennywise planquĂ© sous sa plaque dâĂ©gout. Lâhorreur se fait tout autant sentir -voir plus- que dans certains films portant le genre mĂȘme de lâhorreur. Mais ce nâest pas de lâhorreur comme nous sommes tant habituĂ©s Ă voir, câest de lâhorreur rĂ©aliste, car câest de savoir que câest rĂ©ellement arrivĂ© et que ça risque dâarriver encore qui effraie.
Detroit nâa rien dâun film dâhorreur mais fait aussi peur et met autant mal Ă lâaise que It. Detroit, câest un film qui dĂ©nonce lâhorreur humaine, comme le fait It.
ConclusionÂ
Avec tout cela, je pense que vous voyez dĂ©jĂ oĂč je veux en venir quant au parallĂšle entre les deux films.
It et Detroit reprĂ©sentent tout deux lâun des cĂŽtĂ©s que jâaime le plus au niveau de lâhorreur : lâhorreur rĂ©aliste, et psychologique. Par rapport Ă lâhorreur psychologique, les exemples sont bien plus frĂ©quents que ceux de lâhorreur rĂ©aliste : lâexcellent The Thing, Rosemaryâs Baby, Le Locataire, Les Autres, ou mĂȘme lâĂchelle de Jacob. Ce sont ce genre de films dâhorreur qui arrivent Ă te faire peur, Ă te rendre mal, rien que par leur ambiance et sans jumpscare. It remplit trĂšs bien ce rĂŽle Ă©galement, mais joue aussi Ă©normĂ©ment sur lâhorreur rĂ©aliste. De ce que jâai entendu sur le livre de It, Stephen King met Ă©normĂ©ment lâaccent sur cet aspect trĂšs malsain rĂ©gnant sur Derry et câest pourquoi jâai vraiment envie de lire ce livre. Car lâhorreur rĂ©aliste, câest lâhorreur humaine, câest celle qui arrive tout les jours dans notre quotidien, sans fiction. Câest cette horreur que trĂšs peu dĂ©noncent et qui nâa Ă©tĂ© que trĂšs peu traitĂ©e dans des films dâhorreur a proprement parlĂ©. Le rĂŽle mĂȘme des parents dans It et toute lâambiance qui rĂšgne autour est propre Ă ce genre de lâhorreur. Quant Ă Detroit, jâai Ă©tĂ© vraiment absorbĂ©e par cette ambiance anxiogĂšne et insupportable rĂ©gnant sur lâAlgier Motel lors de cette terrible nuit de 1967 ; ce film est le portrait mĂȘme de lâhorreur rĂ©aliste.
Pour aller plus loin dans la comparaison, je vais parler de scĂšnes dans chacun des films (sans spoiler non plus) qui mâont mis mal Ă lâaise autant lâune de lâautre.
Pour It, câest la scĂšne oĂč Beverly rentre chez elle et oĂč son pĂšre lui saute dessus Ă la minute prĂšs pour lui demander ce quâelle a achetĂ© et pourquoi. Elle sortait en fait de la pharmacie, oĂč elle a achetĂ© des tampons. Par ses expressions faciales, on voit directement que ce que ressent le pĂšre envers sa fille nâest clairement pas sain pour elle et quâelle en a dĂ©jĂ fait les frais. A voir le regard fuyant de celle-ci, la prĂ©sence de son pĂšre ne fait que rajouter de la pression Ă celle quâelle subit dĂ©jĂ par sa nouvelle peur de grandir (reprĂ©sentĂ© par les rĂšgles, dont il est facilement devinable que câest sa premiĂšre fois). Les gestes du pĂšre rendent le tout trĂšs Ă©touffant, comme sâil souhaite garder sa petite fille -quâil refuse de voir grandir- pour lui, enfermĂ©e dans une cage, pas comme sa fille, mais comme un jouet. Et bon sang, de voir ceci, câest extrĂȘmement malaisant.
En parallĂšle, dans Detroit, il y a une scĂšne oĂč les policiers commencent Ă sâen prendre aux filles blanches prĂ©sentes dans le motel, qui mâa mise aussi mal Ă lâaise que celle citĂ©e ci-dessus dans It. A un moment, lâun des policiers fait glisser le canon de son fusil le long de cuisse de la fille, qui tremble de peur et lance des regards paniquĂ©s Ă la camĂ©ra. Je crois que je me souviendrais toujours des couinements de peur quâelle lance quand il continue de monter le fusil, et du regard pleinement satisfait du mec qui se dĂ©lecte de la peur de sa victime.
Ici, on a clairement deux scĂšnes extrĂȘmement malsaines, jouant sur les mĂȘmes codes et presque les mĂȘmes mouvements de camĂ©ra pour rendre lâambiance encore plus ⊠insupportable. Je trouve ça clairement intĂ©ressant que deux films nâayant rien Ă voir jouent en fait sur des mĂȘmes codes pour un rĂ©sultat tout aussi semblable : des scĂšnes horrifiques, jouant sur leurs rĂ©alismes.
Ce que je tire de cette mise en parallĂšle, câest quâun film nâa pas besoin de jumpscare ou de sâannoncer clairement horrifique pour faire peur, et quâil suffit de tirer les bonnes cordes psychologiques pour dĂ©clencher des rĂ©actions de malaise au spectateur.
Je finirai cette double critique un peu improvisĂ©e par vous demander de voir ces films. Pas que pour vous faire peur, mais pour rĂ©flĂ©chir et pour voir lâhorreur rĂ©aliste que dĂ©noncent les films. Parce-quâau final, câest bien beau de se faire peur avec des dĂ©mons fantasques, mais il y a des horreurs qui se dĂ©roulent ici, sur Terre, et qui sont ignorĂ©es. Et que câest un peu ça le message de ces deux films.

















