*** Synopsis version light : Émotionnellement intense, humainement génial ?
Cette fois où huit adolescentes/femmes ont accepté de livrer leurs engagements militants, leurs états d'âme de luttes et leurs espoirs à une inconnue qui le leur a proposé.
Cinquante minutes d'intensité et de plaisir partagé qui personnifient une part de la libération de la parole et les espoirs d'une partie de la jeunesse.
*** Contextualisation version longue & détaillée :
Dimanche 7 février 2021, je me rends à Montpellier pour le rassemblement #JusticePourJulie chapeauté par #NousToutesMontpellier.
Compte tenu de la gravité du sujet et de la nécessité du soutien de la population pour que la justice soit rendue à Julie -je ne vais pas te mentir- il n'y avait pas foule devant la Cour d'Assises de Montpellier, rue Foch.
Le rassemblement a été proposé deux ou trois jours plus tôt, l'information a peu circulé et le soleil (enfin de retour après de longs jours de grisaille, de vent et de pluie) a possiblement détourné des âmes de cette action. Vu le contexte social du moment, difficile de le leur reprocher.
Des dizaines de personnes sont bien là en revanche, incarnant plusieurs générations, différentes classes sociales et probablement bien plus de genres que le désuet "femme/homme" dont la binarité exclusive ne semble pas décrire ce que je vois. Il y a des personnes racisé•es, des personnes blanches, quelques drapeaux et des slogans inscrits sur des cartons qui finiront par habiller les grilles de la Cour d'Assises.
A la fin du rassemblement, je m'approche d'une groupe d'adolescentes pour leur demander si elles accepteraient de répondre à quelques questions autour de mon enregistreur audio.
J’ai pris connaissance du rassemblement quatre heures avant de m’y rendre. Dans ce contexte, hormis mon habituelle envie d'écouter les personnes, de nourrir ma curiosité à l’égard de leurs témoignages ou ma volonté de servir une cause, je n'ai rien de défini en tête.
Je ne sais jamais d'avance si je sortirai mon appareil photo ou mon dictaphone.The feeling will see.
L'interview spontané est un exercice qui -et même s'il est compliqué à réaliser- me plaît. Je ne sais pas vraiment où je vais. J'ai évidement une trame, quelques habitudes, mais le cœur de cette démarche est que c’est un échange dans un contexte particulier et qu’il se fait à plusieurs.
Ce n'est pas un "interview" dans le sens traditionnel ou strict du terme. C'est plus libre et plus horizontal. Il s'agit davantage d'un échange pendant lequel je m'évertue à offrir la possibilité à une personne (ou plusieurs) de s'exprimer et d'être entendue(s).
S’il y a du répondant, ça peut vite partir dans tous les sens et devenir sans fin. A contrario, si le répondant est minimal, la durée s'en ressent.
De mon côté, je m'emploie autant que possible de gommer mes impressions, mes accords ou mes désaccords, pour légitimer leurs propos et leur donner toute la place. J'oriente l'échange par mes questions, mais j'essaie au maximum de ne pas répondre à leurs propos. Il n'est pas question de moi, il est question d'offrir un nouvel espace à des voix. Évidemment, je n'arrive pas toujours à taire mes opinions et cette fenêtre de transparence fait partie intégrante du jeu que j'instaure.
L'environnement est bruyant, les jeunes femmes sont animées, particulièrement réactives et gorgées d'entrain. Je gère la prise de son, l'improvisation de questions, l'écoute et d'autres détails qui rendent la performance pour le peu, intense. Si j'évite de bloquer sur les micro-impairs, je dirais que l'échange se fait facilement, dans une bonne humeur communicative et à travers une confiance mutuelle essentielle au bon déroulement.
Assez rapidement une sorte de cercle se forme autour du micro et la parole circule comme une balle rebondissante à l'intérieur. Au bout de quelques minutes d'échanges, mes yeux scrutent à la fois les visages masqués des ados qui répondent tour à tour -parfois toutes en même temps- , je m’assure par des coup d’œils furtifs que l’enregistreur prend toujours le son et je regarde le compteur des minutes pour me situer dans le temps.
Dix minutes passent et pendant que je mène l'échange, je réalise que je ne peux pas interrompre ce qu’il est en train de se passer.
Elles ont trop à nous raconter, trop envie d'être écoutées.
Vingt minutes se sont écoulées, je les écoute et j'ouvre une réflexion en parallèle dans ma tête : "qu'est-ce qui est le plus judicieux ?
Une bande son sans fin avec des jeunes femmes qui ouvrent leurs cœurs, leurs tripes et leurs envies à une parfaite inconnue, à destination d'un auditoire hypothétique quitte à faire un interview free-style avec ce que ça engendre de boulettes ou de maladresses ?
Ou préférer un format court pour garantir un public et une écoute ?".
J'opte avec évidence pour le freestyle à durée indéterminée.
Déjà parce que ces jeunes femmes dès les premières minutes, m'ont communiqué leur rage, leur tendresse, leur intelligence, leur envie viscérale de bâtir une société inclusive autant qu'une justice honnête et fiable et tellement -tellement- d'autres choses précieuses.
Aussi parce que depuis que je fais des micros-trottoirs et autres interviews de format long, j'ai toujours eu un auditoire, qui grandit avec les années.
Mes créations prennent tout leur sens quand une personne me fait un retour positif qui va de « ça m’a changé les idées » à « j’ai compris telle chose grâce à ce témoignage » en passant par « j’ai ouvert les yeux sur telle problématique », etc.
J’espère sincèrement que vous offrirez une écoute attentionnée à ces femmes qui nous offrent de leurs récits.
Leurs vies sont précieuses, leurs attentes sont à considérer autant que leurs reproches à l’égard de nos générations plus anciennes. Malgré une grande part de lucidité teinté de colère nous concernant, elles gardent et cultivent une force communicative et de la tendresse dans leurs rages.
Elles sont légitimes. Elles sont drôles. Elles sont brillantes. Elles sont vénères. Elles sont en colère. Elles sont lumineuses. Elles sont généreuses. Et je pense que toutes, ont quelque chose à offrir à travers cette balade auditive.
Je vous invite à prendre soin de leurs états-d’âmes, à les encourager en commentaires ou à partager des ressources via le post facebook sur ma page “Graphijane” (podcast, pages, émissions, personnalités…) qui pourraient intéresser les plus jeunes, mais pas que ? Elles sont curieuses et on une soif d’apprendre dévorante. Cet espace peut servir à mutualiser nos sources et autres références.
📢 Mon message pour ces meufs
Merci pour votre temps, merci pour vos engagements, merci pour vos tempéraments bien trempés, merci pour vos doutes, merci pour vos idées, merci pour ce partage, merci, merci et bravo.
Lorsque j’ai dit -maladroitement- « vous allez défoncer l’Elysée », mon idée était plutôt « vous êtes tellement brillantes, tellement pleine d’espoir, que j’aime à penser que vous occuperez ces strates gouvernantes dans le futur».
Votre clique me fait penser à celles que l’on surnomme « The Squad » aux USA (Alexandria Ocasio-Cortez, Ayanna Pressley, Rashida Tlaib, Ilhan Omar).
Celles dont ni les hommes, ni les générations plus âgées, ne peuvent discréditer les récits ou illégitimer leurs rêves et leur volontés politiques pour nos sociétés. Celles qui s’unissent bien conscientes de leurs différences et totalement engagées pour en tirer le meilleur les unes avec les autres, les unes pour les autres avec une intelligence remarquable.
Personne ne peut réduire cette clique de jeunes femmes au silence.
Ça m’a éclaboussé en permanence pendant l’interview. Elles semblaient parfois fragiles, mais indestructibles. Si l’une trébuchait, les autres assuraient le renfort naturellement. Si l’une portait une parole brillante, les autres se chargeaient spontanément de valoriser le propos et leur pote. Si l’une -sous le coup de l’émotion- s’exprimait de manière maladroite ou tenait un propos dont les copines ne partageaient pas le fond, sans se désolidariser les unes des autres, elles actaient leur désaccord tout en restant bienveillantes.
Magnifique.
Croyez en vous le « FrenchSquad », you're the tur-fu !
Faites-vous confiance, restez ambitieuses ?
Si militer est un sport, c’est définitivement une course de fond.
C’est on ne peut plus normal d’être révoltée h24 à vos âges lorsqu’on est de votre trempe. Be cool, avec les années on apprend à doser tout ça, ou apprend à trouver des espaces plus légers et ressourçants, on s'impose des déconnexions, on apprend à se protéger avant tout, pour mieux protéger les autres.
Vos engagements sont déjà au-delà de la plupart de vos pairs, soyez indulgentes envers vous-même et cultivez cette belle détermination qui vous honore ?
BIG UP et bonne continuation dans vos vies et vos rêves, à toutes et à chacune.
Merci à tou•tes -audit•rices•eurs- pour votre écoute, vos partages et vos retours.
Prenez soin de vous et au plaisir de nous croiser en manif ?
D'ici là, la lutte continue.
Justice pour Julie, justice pour toutes les femmes à travers le monde, justice pour toutes les minorités.
Blog : www.graphijane.tumblr.com
Note ➡️ j'ai finalement décidé de couper une chose sur la bande : le prénom de la première femme que j’ai questionné (au tout début de la bande son). Dans la mesure où toutes on pris la parole pendant l’enregistrement, je n’ai pas jugé judicieux qu’une seule soit identifiable et j’ai opté pour une forme d’anonymat général qui n’enlève rien à la teneur globale.