Nous sommes fiers de vous présenter notre film ! AprÚs 7 mois de voyage, 8 To de vidéos et des heures de montage, vous pouvez maintenant revivre notre aventure au chaud depuis votre canapé préféré.
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Nous sommes fiers de vous présenter notre film ! AprÚs 7 mois de voyage, 8 To de vidéos et des heures de montage, vous pouvez maintenant revivre notre aventure au chaud depuis votre canapé préféré.

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2 semaines de musique au Brésil pour finir le voyage
Brésil - Epilogue
Imaginez un pays oĂč chaque soir peut ĂȘtre un soir de fĂȘte si vous connaissez le bon endroit. Un pays oĂč les gens aiment chanter et danser. OĂč la tempĂ©rature est idĂ©ale pour se promener au soleil et jouer dans les vagues tout lâaprĂšs-midi. OĂč nourriture et boisson sont Ă des prix dĂ©risoires et abondent Ă chaque coin de rue. Serait-ce le pays rĂȘvĂ© de tout brassband ?
Avant de rentrer en France, retrouver familles et amis et manger la tant fantasmĂ©e nourriture française (baguette, fromages, chocolat et sushis) nous faisons un dernier arrĂȘt au BrĂ©sil. Ici, le programme est simple : jouer dans la rue et dans des bars, le plus possible, visiter un peu, et profiter de ces derniers moments tous ensemble. Abel, David et Yann nous rejoignent peu Ă peu, ajoutant 2 trombones et 1 trompette Ă notre formation, pour encore plus de plaisir.
PlutÎt que de pondre un éniÚme pavé, laissez moi vous raconter ce dernier pays en images
DÚs notre arrivée à São Paulo, nous jouons dans la rue
Excursion de 2 jours Ă Ilhabela, non loin de SĂŁo Paulo. Ici certains hĂ©sitent Ă se jeter Ă lâeau dans les cascades dâun parc (spoiler : finalement non, il y avait trop de moustiques)
Retour Ă la ville pour jouer, ici dans le centre historique
Le soir, lâavenue Paulista est trĂšs frĂ©quentĂ©e, parfait pour jouer quelques morceaux
Premier concert Ă Rio dans un bar cachĂ© au fond dâune petite ruelle du quartier de Lapa, en Ă©bullition comme tous les soirs de fin de semaine
Début de manche à Copacabana, des gens ramÚnent leur chaise de plage pour profiter de la musique
En arriĂšre-plan : la plage et le cĂ©lĂšbre PĂŁo de AçĂșcar perdu dans la brume
On nâoublie pas de distribuer des cartes de visite Ă tout le monde
Nous jouons prĂšs de lâAqueduto da Carioca (quâon devine derriĂšre le public) Ă Lapa, lâendroit parfait pour faire la fĂȘte le week-end
Nous, un danseur, des passants arrĂȘtĂ©s par la musique et (derriĂšre) les innombrables stands de sandwichs, hot-dogs et caipirinhas
En fin dâaprĂšs-midi on monte au PĂŁo de AçĂșcar pour voir le soleil se coucher sur la ville
Tous les lundis soirs à Pedra do Sal, un groupe de samba fait danser la foule qui se réunit en cercle autour des musiciens
Nous avons eu la chance de jouer quelques morceaux dans ce lieu emblématique
Programme de la journĂ©e : grasse matâ, manche Ă Copacabana et baignade/sieste sur la plage
Les mardis soirs, câest ici que ça se passe. Cette rue Ă Ipanema, devant le bar Canastra est bondĂ©e ce soir-lĂ . On en profite pour jouer pour la foule jusquâĂ ce que le voisinage et la pluie mettent fin Ă la soirĂ©e
Retour Ă Lapa au Nanam Bar, oĂč une scĂšne a Ă©tĂ© installĂ©e dans une rue. Plusieurs autres groupes jouent Ă©galement ce soir, lâoccasion de finir la soirĂ©e en jam
Le lendemain, rĂ©veil difficile pour certains mais nous parvenons quand mĂȘme Ă monter jusquâau sommet du Corcovado - Ă pieds, et parfois Ă 4 pattes selon le relief - oĂč le Christ RĂ©dempteur veille sur la ville
Jeudi soir. Le quartier de Baixo Gavea est lâendroit oĂč sortir ce soir lĂ . On en profite pour jouer entre 2 stands de caipirinhas
Nous sommes invitĂ©s au Pre-Honk! festival, une soirĂ©e brassband oĂč nous jouons avec la Fanfarra Black Club. Encore une fois, ça part en jam Ă la fin de notre set et jusquâĂ tard dans la nuit
Enfin, notre dernier concert au Brésil. 24h aprÚs ce moment, nous atterrissons à Orly en France.
AprĂšs 7 mois nous rentrons en France, câest la fin du voyage et la fin de notre projet. Nous reprenons chacun notre vie, nos Ă©tudes, et ici nos chemins se sĂ©parent puisque certains repartent directement Ă lâautre bout du monde pour Ă©tudier Ă lâĂ©tranger. Quâest ce quâil restera de cette aventure ? La rĂ©ponse dĂ©pend de chacun, mais je suis sĂ»re quâil restera quelque chose, des bons souvenirs, des mauvais, une vision nouvelle sur les choses, une envie de repartir, une haine fraĂźche pour le reggaeton, des liens uniques entre nous, peut ĂȘtre le rĂȘve de recommencer.
Merci dâavoir suivi nos pĂ©ripĂ©ties via ce blog, on espĂšre avoir Ă©tĂ© une bonne source de divertissement, Ă dĂ©faut dâĂȘtre une source rĂ©guliĂšre dâinformations. Je dis que le projet est fini pour lâeffet dramatique, mais en rĂ©alitĂ©, il nous reste encore beaucoup Ă partager avec vous ! Nous travaillons sur notre album, nos clips, nos vidĂ©os et films du voyage, et espĂ©rons pouvoir vous montrer tout ça bientĂŽt...
Emilie
Voyage - Pérou - 30 juin au 15 juillet
AprĂšs avoir vĂ©cu un mois et demi au PĂ©rou, nous nâavons toujours pas dĂ©couvert sa plus emblĂ©matique montagne : le Machu Picchu ! Heureusement, il nâest pas encore trop tard. Maintenant que les ateliers sont terminĂ©s, le spectacle fait, les morceaux enregistrĂ©s, et le cĆur des pĂ©ruvien(ne)s conquis par notre musique et les sourires des musiciens, il est temps de partir pour une petite visite de ce pays Ă la culture riche, aux paysages somptueux et Ă la nourriture divine.
Samedi 30 juin
Nous arrivons Ă lâaĂ©roport, pour une fois chargĂ©s comme des voyageurs normaux, ayant laissĂ© tous nos instruments Ă Lima. Nous nous apprĂȘtons Ă entrer dans la zone dâembarquement, quand nous sommes interpelĂ©s au dĂ©tour dâun couloir par la plus belle surprise quâon nous ait jamais faite : les enfants avec qui nous avons fait des ateliers pendant 6 semaines Ă Kantaya sont lĂ , bien rangĂ©s comme pour une photo de classe, tenant une jolie pancarte tous ensemble. MenĂ©s par une Jessica toujours pleine dâĂ©nergie, ils nous disent merci en chĆur, puis on profite dâun moment chaleureux avec eux pour leur faire nos adieux. Nous sommes tous trĂšs Ă©mus, pris au dĂ©pourvu, et chacun dit au revoir du mieux quâil peut aux enfants quâil a connu.
AprĂšs un casse-croĂ»te Ă diverses chaĂźnes de fast food pour se remettre de ces Ă©motions, nous dĂ©couvrons le cadeau laissĂ© par les enfants : un recueil de petits dessins et mots adressĂ©s Ă chacun. Enfin, nous embarquons et lâavion sâenvole pour la premiĂšre destination de notre voyage de 2 semaines : Cusco.
Une fois arrivĂ©s dans la capitale des Incas, nous partons en quĂȘte de lâauberge rĂ©servĂ©e via internet dans laquelle nous dormirons les prochains jours. Le nom de lâauberge en fait sourire plus dâun, puisquâil reprend un cĂ©lĂšbre dicton anglais, qui dans notre jargon signifie « quelque chose dâimprovisĂ©, fait sans rĂ©flĂ©chir aux consĂ©quences ». Les taxis nous emmĂšnent jusquâĂ lâadresse indiquĂ©e, mais la fameuse auberge est introuvable. AprĂšs plusieurs minutes de recherche et de vĂ©rification de lâadresse, nous apercevons un grand portail en tĂŽle, Ă cĂŽtĂ© duquel un petit bout de papier est accrochĂ© Ă mĂȘme le mur de brique, au nom de lâauberge. Nous pouvons enfin dĂ©couvrir notre lieu de vie, qui sâavĂšre ĂȘtre un hĂŽtel fraichement ouvert voire mĂȘme en cours de construction, aux conditions spartiates mais avec une vue imprenable sur la vallĂ©e et un gĂ©rant accueillant et anglophone. Il ne nous en faut pas plus, on sâinstalle et on sâendort rapidement aprĂšs un premier dĂźner dans la ville.
Les tempĂ©ratures ici ne sont pas aussi clĂ©mentes quâĂ Lima, nous sommes beaucoup plus haut Ă 3400m. Heureusement les rayons du soleil viennent vite nous rĂ©chauffer, et nous partons nous balader dans la ville. Cusco est une jolie ville, oĂč le centre historique et touristique grouille de petites rues pavĂ©es et places paisibles oĂč coulent des fontaines. Le tout est baignĂ© de lumiĂšre du soleil, chose que nous ne sommes que trop contents de voir aprĂšs la grisaille de Lima. Chacun se promĂšne librement dans la ville, certains en profiteront pour regarder les matchs de huitiĂšme de la coupe du monde dans divers cafĂ©s, restaurants et petits stands du marchĂ©, dâautres assisteront Ă plusieurs parades sur la Plaza Mayor.
Il est presque possible de suivre le match en se baladant dans la rue puisque de nombreux commerces ont une télé qui le diffuse en direct
Le lendemain nous partons pour un tour en van dans la vallĂ©e sacrĂ©e, direction Ollantaytambo. Le trajet est long mais le paysage qui dĂ©file derriĂšre les vitres est un vrai spectacle et le van nous emmĂšne Ă plusieurs endroits qui valent le dĂ©tour. On se balade sur de titanesques terrasses carrĂ©es Ă Chincheron, puis on dĂ©couvre le site de Moray avec dâĂ©tranges Ă©tages circulaires comme des cultures en terrasse qui servaient aux incas Ă expĂ©rimenter la culture de diffĂ©rentes plantes. AprĂšs une descente vertigineuse dans une vallĂ©e Ă©troite, le van nous amĂšne Ă la salinas de Maras : une mine de sel Ă ciel ouvert, avec des bassins qui recueillent lâeau chargĂ©e de sel qui sort de la montagne. On vous le confirme, lâeau est bien salĂ©e.
Terrasses Ă Chincheron
Moray
Salinas de Maras et eau saturée en sel
AprĂšs ce dernier arrĂȘt, le van nous amĂšne Ă Ollantaytambo, petit village au pied des ruines de la forteresse du mĂȘme nom. Nous visitons cette forteresse perchĂ©e Ă flanc de montagne, qui fĂ»t le siĂšge de combats entre incas et espagnols. La vue sur la vallĂ©e est tout aussi impressionnante que les talents de bĂątisseurs et lâacharnement de ceux qui sont allĂ©s mettre ces tas de pierre au sommet de cette montagne.
A Ollantaytambo, le soleil met du temps Ă arriver le matin. Les montagnes voisines sont tellement hautes quâelles gardent le village dans une ombre glacĂ©e pendant tout le dĂ©but de la matinĂ©e. Enfin, nous profitons des premiers rayons du soleil, puis nous partons en bus direction Hydroelectrica, endroit qui sert de point de dĂ©part vers Aguas Calientes, ville dâoĂč partent les visites au Machu Picchu. Les routes sont vertigineuses mais le paysage est splendide et on arrive finalement sans problĂšme Ă destination. De lĂ on part Ă pied en longeant la voie ferrĂ©e, comme beaucoup dâautres voyageurs. Pas pressĂ©s par le temps, nous marchons tranquillement entre la voie ferrĂ©e et un ruisseau et arrivons Ă la tombĂ©e de la nuit au village, aprĂšs un peu plus de 2h de marche pour ceux qui nâont pas eu la bonne idĂ©e de piquer une tĂȘte dans le ruisseau pour combattre la chaleur. AprĂšs avoir rĂ©glĂ© quelques derniers prĂ©paratifs pour la visite du lendemain, nous nous couchons tĂŽt car le rĂ©veil a Ă©tĂ© fixĂ© Ă 3h30, pour pouvoir aller prendre les premiers bus en direction du Machu Picchu.
Au sommet dâune montagne, on aperçoit des ruines. Serait-ce le Machu Picchu ?
Câest seulement arrivĂ©s Ă lâarrĂȘt de bus que nous dĂ©couvrons que nous sommes loin dâĂȘtre les seuls Ă avoir eu cette idĂ©e. La queue pour monter dans les premiers bus atteint une longueur digne de Space Mountain un jour de vacances scolaires. On sây insĂšre et on attend que les premiers bus arrivent. Heureusement, la compagnie de bus a prĂ©vu le coup et dĂšs lâheure dâouverture on voit arriver dâun coup assez de bus pour embarquer une bonne partie de la file vers la montagne. Le bus fonce dans la nuit et nous dĂ©pose Ă lâentrĂ©e du site, oĂč encore une fois il faut faire la queue pour prĂ©senter nos billets et entrer. Une partie du groupe est montĂ©e Ă pieds, en partant Ă la mĂȘme heure que nous et arrive au mĂȘme moment avec 500m de dĂ©nivelĂ© dans les jambes. Enfin, tout le monde entre et aprĂšs quelques instants de marche on se trouve face Ă une vue inoubliable : les ruines accrochĂ©es Ă la montagne sont encore dans la pĂ©nombre et totalement dĂ©sertes. Nous profitons de ces instants magiques oĂč le site est encore peu peuplĂ© pour nous balader dans ces ruelles dĂ©sertes.
AprĂšs un tour rapide, nous nous retrouvons tous au pied de la « Montaña Machu Picchu ». Le sommet de cette montagne surplombe les ruines Ă 3050m dâaltitude, et nous avons dĂ©cidĂ© de la gravir pour profiter de la vue, dâautant plus que lâascension est dĂ©crite comme aisĂ©e par le guide dâEdmond. Nous commençons Ă monter parmi les premiers, Ă lâouverture de cette partie du site. Nous nous rendons vite compte que cette balade consiste Ă peu prĂšs uniquement en une sĂ©rie infinie de marches (500m de dĂ©nivelĂ© en fait), avec toujours une vue de plus en plus belle et vertigineuse. Le soleil se lĂšve peu Ă peu et nous sommes bientĂŽt accablĂ©s par la chaleur en plus de la fatigue. MalgrĂ© ça, on double peu Ă peu la plupart des groupes devant nous, et finissons lâascension dans les premiers : parfait pour prendre des photos sans ĂȘtre gĂȘnĂ©s et profiter de la vue incroyable du sommet.
On doit descendre rapidement car il nous reste peu de temps pour visiter le Machu Picchu, puisquâil faut ensuite retourner Ă Hydroelectrica, comme la veille, pour attraper un bus. AprĂšs avoir descendu en courant toutes ces marches, nous nous affalons un moment sur les grandes terrasses dâherbe oĂč broutent les camĂ©lidĂ©s.
Un guide anglophone est trouvĂ© et nous le suivons Ă travers les ruines, essayant de mieux comprendre lâhistoire du lieu et de sa dĂ©couverte. Le soleil tape et nos postĂ©rieurs cherchent la moindre surface plane pour s'y poser quelques instants. Mais la journĂ©e est loin d'ĂȘtre finie. A la fin de la visite, il est midi, nous devons maintenant nous dĂ©pĂȘcher de retourner jusqu'Ă Hydroelectrica oĂč notre bus partira au plus tard Ă 15h. Certains dĂ©valent la montagne Ă pieds et les autres reprennent le bus jusqu'Ă Aguas Calientes. De lĂ tout le monde se met Ă marcher les quelques 11km qui les sĂ©parent de l'unique moyen de rentrer Ă Ollantaytambo ce soir. Selon les Ă©quipes, le dĂ©part de cette marche forcĂ©e se fait Ă un peu plus de 2h, 2h, ou mĂȘme 1h45 de l'heure fatidique de dĂ©part du bus. C'est donc avec une bonne journĂ©e de marche dans les pattes et pour beaucoup sans dĂ©jeuner que nous nous mettons Ă marcher plus vite que jamais, sur le chemin de fer caillouteux.
A Hydroelectrica, un des bus de la compagnie qui nous transporte est dĂ©jĂ parti, ne reste plus quâun petit van qui attend les derniers retardataires du groupe. Le chauffeur nous menace de partir sans les derniers, nous avons dĂ©jĂ dĂ©passĂ© lâheure fatidique de 15h et il devient difficile de trouver des excuses pour retarder le dĂ©part. On voit heureusement surgir tout le monde peu Ă peu, dans diffĂ©rents Ă©tats dâĂ©puisement mais vivants. Le bus peut enfin partir, et il semble bien dĂ©terminĂ© Ă rattraper son retard par la vitesse, puisquâon arrive Ă destination aprĂšs 3h au lieu de 5h pour le mĂȘme trajet Ă lâaller. On bĂ©nĂ©ficie mĂȘme dâune pause goĂ»ter oĂč chacun se gave dâun nombre variable de sandwichs/hamburgers pour compenser le jeĂ»ne de cette dure journĂ©e.
Le lendemain, nous rentrons Ă Cusco avec quelques visites sur le chemin. On monte Ă Pisac, en van, puisqu'un bon nombre de personnes ont perdu l'usage extensif de leurs jambes. Nous visitons ces ruines, impressionnantes par leur position le long dâune crĂȘte de montagne qui surplombe la vallĂ©e. Ensuite on descend Ă pieds vers le village de Pisac, en croisant encore plusieurs vestiges sur notre chemin. Quand nous arrivons au village, nous dĂ©jeunons puis reprenons le van. On sâarrĂȘte aux bains rituels de Tambomachay puis Ă la forteresse de Pukapukara. Au crĂ©puscule, nous faisons un dernier arrĂȘt Ă Qenqo, oĂč le coucher de soleil sur Cusco nous offre une vue paisible, parfaite pour conclure cette excursion.
La vue sur la vallée depuis les ruines de Pisac
Descente vers le village
Les bains rituels de Tambomachay
Retour Ă Cusco
De retour Ă notre auberge, on retrouve le proprio qui a profitĂ© de notre absence pour mener quelques travaux de construction dans le jardin. Pour fĂȘter son tout nouveau four Ă pizza au milieu du salon et sa buanderie en dur, il nous invite Ă partager l'apĂ©ro avec lui. Les plus courageux le suivront, tandis que les autres se contentent d'aller dĂźner et de se coucher aussi tĂŽt.
La journĂ©e suivante chacun visite librement Cusco et beaucoup ne manquent pas les matchs de quart de la coupe du monde, oĂč la France et la Belgique se qualifient pour la demi-finale. Certains goĂ»tent un plat typique dont on avait beaucoup entendu parler mais jamais osĂ© essayer : le cuy, aussi appelĂ© cochon dâinde. La gastronomie du PĂ©rou nâa pas fini de nous surprendre.
Quelques photos de Saqsaywaman, un site proche de Cusco
AprĂšs le Machu Picchu, une autre attraction touristique rĂ©putĂ©e incontournable nous attire pour cette derniĂšre journĂ©e Ă Cusco. Nous partons avec un tour organisĂ© pour la « Montaña colorada ». Le bus vient nous chercher Ă 3h30, prĂ©textant un trajet trĂšs long jusquâau dĂ©but de la randonnĂ©e et la nĂ©cessitĂ© dâarriver tĂŽt sur le site. Pourtant nous perdrons beaucoup de temps Ă rĂ©cupĂ©rer et Ă attendre divers passagers dans toute la ville, puis avec une pause dĂ©jeuner de plus dâune heure Ă attendre dans le froid matinal. Enfin on arrive au dĂ©but de la randonnĂ©e. On monte tous Ă pieds, malgrĂ© l'offre tentante de se mettre sur le dos d'un cheval menĂ© par un pĂ©ruvien habituĂ© Ă grimper ces montagnes. Les plus rapides vont jusqu'Ă une vallĂ©e plus reculĂ©e oĂč ils profitent d'une vue magnifique loin du flux principal de touristes. La montagne aux 7 couleurs est impressionnante, et nous sommes en plus montĂ©s Ă plus de 5000m. On redescend Ă l'entrĂ©e du parc pour reprendre le bus et rentrer Ă Cusco. On profite du dĂ©jeuner proposĂ© par le tour pour dĂ©montrer une fois de plus nos talents pour faire disparaitre les buffets Ă volontĂ©.
à peine arrivés à Cusco aprÚs une longue journée fatigante pour tous ceux qui ont fait la randonnée à la montana, on file à la station de bus, direction Puno au bord du célÚbre lac Titicaca.
Nous arrivons Ă l'aube Ă Puno aprĂšs une courte nuit, on s'installe Ă notre hĂŽtel et la plupart se serrent dans la chambre mise Ă notre disposition pour une petite sieste. Edmond et moi allons directement au port Ă la recherche d'un bateau pour visiter les Ăźles Ouros l'aprĂšs-midi. On en profite aussi pour petit dĂ©jeuner Ă base de trĂšs bons sandwichs Ă l'Ćuf et au fromage. AprĂšs le dĂ©jeuner on embarque sur un petit bateau Ă moteur qui nous emmĂšne en direction des fameuses Ăźles flottantes Ouros. On traverse une zone recouverte de roseaux et on arrive Ă une Ă©tendue dâeau oĂč plusieurs maisons se dressent sur de petites plateformes de roseaux. On dĂ©barque sur une des nombreuses Ăźles oĂč nous sommes accueillis par la famille qui y vit, qui nous explique la vie ici. Le lac aurait servi de refuge aux peuples vivant prĂšs des berges du lac au moment de la conquĂȘte hispanique. PlutĂŽt que de vivre sur des bateaux, ils fabriquĂšrent ces plateformes flottantes de roseaux pour y construire leurs maisons. De nos jours, câest apparemment un bon moyen dâĂ©chapper aux taxes que subissent les habitants plus terrestres. Des gens y vivent encore aujourdâhui, de la pĂȘche et du tourisme. Pour se convaincre que lâĂźle est bien flottante, on peut sentir lâĂźle tanguer sous nos pieds lorsque des vagues font bouger la surface du lac.
Le lendemain nous partons pour lâĂźle Taquile oĂč nous allons passer une nuit dans une auberge tenue par une famille vivant lĂ -bas. Le bateau nous emmĂšne hors de la baie de Puno, au large de la pĂ©ninsule de Capachica. AprĂšs plusieurs heures, nous nous dirigeons vers une Ăźle petite, Ă lâair sauvage avec seulement quelques habitations et champs sur ses pentes. Au port nous sommes accueillis par notre hĂŽte, un habitant de Taquile qui nous mĂšne vers sa maison, un peu plus haut dans les terres. On ne sâattendait pas forcĂ©ment Ă monter autant avant le dĂ©jeuner, mais la vue une fois arrivĂ©s Ă lâauberge nous rĂ©conforte. En plus de ça, on nous invite Ă nous asseoir et on nous sert le repas : une soupe en entrĂ©e puis une truite du lac, parfaitement grillĂ©e. AprĂšs le dĂ©jeuner, la famille nous fait une dĂ©monstration des techniques de filage de la laine et de tissage, pour fabriquer leurs habits traditionnels. Ensuite nous partons pour la plage, munis de maillots et serviettes, prĂȘts pour se baigner. Le chemin vers la plage est plus long que prĂ©vu, serpentant Ă flanc de colline sur le bord de mer presque jusquâau bout de lâĂźle. La vue est paradisiaque et nous arrivons aprĂšs quelques heures Ă la plage. Tout le monde ne suit pas le mĂȘme chemin et on se retrouve sĂ©parĂ©s Ă 2 plages diffĂ©rentes. Mais les deux groupes ont la mĂȘme bonne idĂ©e de se baigner dans lâeau glacĂ©e du lac, ce qui est donc fait, non pas sans souffrance. Le soleil de la fin de journĂ©e nous rĂ©chauffe et nous sĂšche, puis nous rentrons, admirant en chemin le coucher de soleil sur le lac.
Le mardi 10 juillet est un jour spĂ©cial puisque aujourdâhui se joue la qualification de la France pour la finale de la coupe du monde, Ă©vĂ©nement considĂ©rĂ© comme immanquable par beaucoup dans le groupe. Il nâest donc pas question de traĂźner, nous devons absolument ĂȘtre arrivĂ©s devant un poste de tĂ©lĂ©vision Ă 13h, heure Ă laquelle commence le match au PĂ©rou. Nous partons tĂŽt de Taquile, mais ne rentrons pas directement Ă Puno, prĂ©fĂ©rant passer par la pĂ©ninsule de Capachica, rĂ©putĂ©e comme trĂšs jolie. Edmond nous assure que le trajet depuis Llachon oĂč le bateau nous dĂ©pose jusquâĂ Capachica, oĂč nous pourrons trouver une tĂ©lĂ©, est indiquĂ© comme faisable en 3h par diffĂ©rentes sources. Une fois sur place, nous peinons Ă trouver le chemin qui nous permettrait de faire ce trajet aussi rapidement, et marchons donc sur la route qui longe la cĂŽte. Un groupe plus aventureux se lance sur un petit chemin de terre qui mĂšne vers une destination inconnue mais peut ĂȘtre la bonne. Le reste arrĂȘte un bus qui passait par lĂ et arrive bien en avance Ă Capachica, puis dĂ©cide de retourner Ă Puno directement pour profiter du plus grand choix de bars et de tĂ©lĂ©s quâoffre la ville. MĂȘme le groupe que lâon pensait perdu dans les collines de la pĂ©ninsule rĂ©ussit finalement Ă arriver Ă temps Ă Capachica et ne manque que le dĂ©but du match. Le groupe de Puno sâinstalle tranquillement dans un chifa (restaurant asiatique Ă la pĂ©ruvienne), puis dans un petit bar et sâexclame Ă chaque action, comme tout bon supporter, ce qui surprend et fait rire les employĂ©s et clients de ces lieux. AprĂšs cette victoire de la France, nous partons Ă la gare attendre notre bus de nuit pour Arequipa. AprĂšs plusieurs centaines de rĂ©pĂ©titions des slogans de vendeurs de tickets « Arequipa Arequipa Arequipa Arequipaaaa » et « Copacabana La Paaaaaz », câest enfin lâheure pour nous de partir. On sâinstalle dans le bus et on essaye de dormir un peu, malgrĂ© les mouvements du bus et le bruit.
Sâen suivent 2 journĂ©es Ă Arequipa, oĂč chacun sâadonnera Ă diverses activitĂ©s comme le vĂ©lo de descente, la visite du magnifique couvent de Santa Catalina, la sieste Ă lâhĂŽtel et de nombreuses balades dans les belles rues de la ville.
AprÚs ces journées reposantes, une grande partie du groupe part pour Huacachina, une oasis dans le désert. Au programme : buggy dans le désert, sandboard et sieste sur dune.
Les plus aventureux finissent le voyage par un arrĂȘt Ă Paracas, sur la cĂŽte, pour aller voir les Ăźles Ballestas et leur faune.
Nous repassons enfin rapidement Ă Lima, le temps de dire au revoir Ă toutes les choses et personnes inoubliables que nous avons eues la chance de connaitre ici. Câest plein de nostalgie que nous quittons cette ville dans laquelle nous avons vĂ©cu quelques semaines Ă peine, mais oĂč nous avions nos repĂšres. AprĂšs la victoire de la France Ă la coupe du monde, que nous avons pu fĂȘter avec dâautres français rassemblĂ©s devant lâĂ©cran gĂ©ant de lâAlliance Française, nous partons pour SĂŁo Paulo au BrĂ©sil oĂč nous Ă©crirons lâĂ©pilogue de notre aventure.
Au revoir, ville sous les nuages, le soleil du Brésil nous attend !
Emilie
Lima, quâest ce que câest pour vous ?
Lors dâune interview, un journaliste mâa posĂ© cette question : « Quâest ce qui tâas marquĂ© dans la vie Ă Lima et dont tu te souviendras toute ta vie ? ». Je me suis demandĂ© par la suite ce quâaurait dit Ă ma place chacun des autres. Je suis donc parti Ă la collecte des rĂ©ponses et voici ce quâil en ressort :
Miraflores et Mi Peru
Probablement la premiĂšre chose qui vient Ă lâesprit des membres du groupe lorsquâon leur pose la question. Nous avons pu observer ce clivage dĂšs le premier jour oĂč nous nous sommes rendus Ă Mi Peru pour rencontrer Jessica, la responsable des centres oĂč nous donnons nos ateliers. Nous prenons le bus depuis le centre oĂč les rues sont droites, propres et lisses, les bĂątiments assez hauts, peints proprement et pleins de vitres, les parcs verts, bien entretenus et omniprĂ©sents, et nous dirigeons vers les quartiers plus en pĂ©riphĂ©rie, et plus prĂ©cisĂ©ment Mi Peru Ă 40 kilomĂštres au nord. LĂ , plus rien ne ressemble Ă lâendroit oĂč on est montĂ© dans le bus deux heures plus tĂŽt. Tellement que certains diraient quâils ont lâimpression de changer littĂ©ralement de pays. Se dressant de maniĂšre presque alĂ©atoire sur les collines, Mi Peru et les quartiers voisins ont en fait vu le jour lors de la migration rurale. Ils ont donc en premier lieu Ă©tĂ© construits sans aucune notion dâorganisation, la maison standard constituĂ©e de quatre murs en briques et une tĂŽle faisant office de toit.
Miraflores, le quartier touristique et verdoyant de la ville
Mi Peru, le petit quartier en banlieue oĂč nous faisons nos ateliers
Absence de soleil Ă Lima
Sans exagĂ©rer le moins du monde, le ciel ici est lâun des plus horrible quâon ait vu. En plus de cinq semaines, nous avons dĂ» voir le soleil Ă Lima trois fois tout au plus. Et pour ce qui est des Ă©toiles et de la lune, ce nâest mĂȘme pas la peine dây penser. Le premier jour, nous pensions que cela Ă©tait dĂ» Ă la pollution mais il semble, dâaprĂšs les chiffres officiels et notre vĂ©cu, que la capitale pĂ©ruvienne reste quand mĂȘme bien moins polluĂ©e que Phnom Penh oĂč on ne passait pas un jour sans voir le soleil. Ce ciel perpĂ©tuellement couvert est en fait dĂ» au climat de Lima particuliĂšrement humide et du fait que nous soyons au dĂ©but de lâhiver.
DerriĂšre ce dense brouillard se trouve une Ăźle Ă lâhorizon
La bouffe
Ahhhh, rien de mieux pour connaĂźtre un pays que de profiter de sa gastronomie. Le PĂ©rou Ă©tant connu pour ĂȘtre un des pays dâAmĂ©rique du sud avec une gastronomie incroyable et surtout bon marchĂ©, nous ne nous sommes pas privĂ©s dâen profiter. Diverse et aux produits exotiques, elle a su nous sĂ©duire dĂšs les premiers jours. Nous avons certes commencĂ© par nous ruer sur les Mc Donaldâs et fast foods similaires aprĂšs deux semaines chez les Chipayas, avant quâun ami de Catalina nous conseille des restaurants locaux. Il peut sâagir de petits restaurants sobres et modestes au menu Ă 8 soles (2⏠environ), de cebicherias ou bien de picanterias, trĂšs populaires Ă Arequipa. Les cebicherias ont pour spĂ©cialitĂ©, comme le nom lâindique, est le ceviche, sorte de tartare de poisson marinĂ© au jus de citrons accompagnĂ© dâoignons frais. Un dĂ©lice ! Quant aux picanterias, on y mange surtout des spĂ©cialitĂ©s arĂ©quipaines comme la chupe de camarones (soupe de crevettes), le solterito de queso (salade de fromage frais) et le rocoto relleno, piment trĂšs fort (10Ăšme sur lâĂ©chelle de scoville) farci dâun mĂ©lange de viande et recouvert de fromage.
A Ventanilla, nous prenons aussi lâhabitude dâaller Ă midi Ă un petit restaurant juste Ă cĂŽtĂ© de notre hĂŽtel. Nous y profitons des dĂ©licieux ceviches et papas a la huancaina, pommes de terre recouvertes de sauce de fromage frais et dâaji amarillo (chili jaune). Pour plats, nous avons le choix parmi une carte qui change de jour en jour entre les lomos saltados (tranches de viandes sautĂ©es avec des oignons et lĂ©gumes), le aji de gallina (poulet effilĂ© avec une sauce au piment), le estofado de pollo (ragoĂ»t de poulet), le chicharron de pollo ou de pescado (friture de poulet ou de poisson) et tant dâautres. Pour les vĂ©gĂ©tariens, commander les accompagnements seulement Ă©tait plus que suffisant. Allant des tallarin verde (pĂątes au pesto maison) au locro de zapallo (ragoĂ»t Ă©pais de potiron avec des morceaux de fromage local). Sur le chemin de retour des ateliers, nous passons par dâinnombrables stands de nourriture et de jus de fruits. On sây arrĂȘte Ă chaque fois sans hĂ©sitation pour un jus dâorange ou de pamplemousse et quelques churros ou une cachanga (pĂąte frite) nature, au sucre ou au fromage. Pour ce qui est du soir Ă Ventanilla, deux groupes se forment : le premier pour aller Ă un chifa, nom donnĂ© aux restaurants chinois, et le deuxiĂšme pour aller Ă une polleria, sorte de KFC populaire oĂč, pour une poignĂ©e de soles, on pouvait avoir Ă©norme ration de frites dont la quantitĂ© de sauces par-dessus pourrait boucher des artĂšres juste Ă sa vue.
Beaucoup de ces mets nous manqueront certainement.
Le ceviche accompagné de sa patate douce et de ses grains de maïs grillés
Adel dégustant une cachanga aprÚs les ateliers
Edmond profitant du stand de jus de fruits
La jungle urbaine de Lima
« FAUCĂĂĂĂ ! FAUCĂĂĂĂ ! LA MARIIIIIINAAAAAAAAA ! » ou bien « TELĂĂĂFONO ! TELĂĂĂFONO ! AEROPUERTOOO ! TELĂĂĂFONOOOOOOO ! », gueulent ce que jâappellerais « les collecteurs de clients » (de leur vrai nom los cobradores) dans les bus et combis (minibus et vans) qui parcourent la capitale pĂ©ruvienne en long, en large et en travers. Nous nous sommes vite habituĂ©s Ă ces mots Ă force de les entendre Ă chaque arrĂȘt pendant les deux heures de trajet pour aller Ă Ventanilla. Tellement que ça en est devenu une blague entre nous. Des locaux nous dirons mĂȘme que lâon perd notre accent français lorsque nous imitons presque Ă la perfection ces cris de cobradores. Les premiers jours, nous ne comprenions rien Ă ce que ces personnes criaient dans la rue depuis la porte ouverte du bus qui roule et nous ne voyions pas lâutilitĂ© dâun tel raffut car les destinations Ă©taient toujours marquĂ©es sur les bus. NĂ©anmoins, il semble que les pĂ©ruviens sây retrouvent Ă merveille dans ce qui semble ĂȘtre le chaos absolu pour un Ćil occidental.
Les péruviens ont le rythme dans le sang
Au PĂ©rou, on a lâimpression que tout le monde sait danser, allant des gens qui se mettent Ă danser sur notre musique lorsquâon joue dans la rue jusquâaux personnes qui dansent dans les clubs et boites de nuit. Bien sĂ»r, les styles quâon y entend sont principalement du reggaeton, de la salsa, de la bachata et quelques fois de la cumbia. Pour nous qui ne savons pas danser ces styles, câest assez impressionnant de voir cette assurance dans les gens qui les dansent et nous sommes la plupart du temps perdus et nous nous retrouvons soit sur le banc de touche oĂč alors Ă danser nâimporte comment en faisant rire nos voisins de dancefloor. Les danseuses et danseurs, de leurs pas quasi-professionnels, font rougir ceux parmi nous qui prĂ©tendaient savoir danser un tant soit peu ces danses (a.k.a. moi). Par contre pour ce qui est des enfants, quelques-uns ont aussi ce talent pour danser en rythme mais nâarrivent pas forcĂ©ment Ă le mettre en pratique dans les autres exercices de rythmes que nous faisons. Deux gamines mâont notamment appris des petites danses basiques qui sont devenues une sorte de maniĂšre de se dire bonjour quand on arrive au centre.
Darla exécutant une danse de la victoire
Ambiance dans une boite de nuit péruvienne
Selim

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Premiers pas Ă Lima
« Ventanilla ! Ventanilla ! »
Le vendeur de billets sâĂ©poumone depuis la porte ouverte du bus en faisant signe aux gens sur le trottoir, espĂ©rant gagner quelques passagers de plus Ă cet arrĂȘt dâun district animĂ© de la capitale. A sa grande surprise, il voit entrer Ă la file un nombre consĂ©quent de jeunes chargĂ©s dâĂ©normes sacs de forme Ă©trange. Ces nouveaux passagers ont vite fait de conquĂ©rir toutes les places assises restantes et comblent tout espace libre de leurs bagages encombrants, rendant le passage difficile pour notre pauvre vendeur de billets. Comble du clichĂ©, certains sortent de leur sac des baguettes de pain quâils commencent Ă manger en plein trajet. Les districts dĂ©filent derriĂšre les vitres du bus, les passagers vont et viennent mais le groupe reste. Le bus sâĂ©loigne des quartiers densĂ©ment peuplĂ©s, longe lâaĂ©roport et le bord de mer au loin.
AprĂšs plus dâune heure de pĂ©riple, il sâengage finalement dans un paysage fait de collines de sable sur lesquelles poussent de petites maisons de bois de toutes les couleurs.
Le bus sâarrĂȘte Ă la municipalitĂ© de Mi Peru et les quelques passagers restants peuvent se tirer de leur sieste digestive et descendre pour continuer leur trajet. Leur instrument sur le dos, ils attaquent la montĂ©e de la colline, dâabord sur des routes pavĂ©es, puis ensuite Ă mĂȘme le sable de lâimmense dune qui forme tout un quartier. A flanc de colline, parmi les maisons ordinaires, se trouve une maison peinte en vert Ă©clatant devant laquelle jouent quelques enfants. Cette maison, câest une des Casitas Feliz de lâassociation Kantaya qui aide les enfants de ce quartier, et câest lĂ que nous nous rendons pour nos ateliers de musique.
Nous sommes arrivés à Lima il y a deux semaines déjà , depuis nous avons rencontré les enfants de Kantaya, organisé nos ateliers avec eux, mais aussi trouvé des solutions logistiques originales pour ne pas perdre trop de temps dans les transports, fait nos premiers concerts sur les pavés de la capitale et découvert un aperçu de la gastronomie péruvienne.
Rencontre avec Kantaya
DĂšs nos premiers jours ici nous avons Ă©tĂ© accueillis par Fabiola, une des fondatrices de lâassociation Kantaya. AprĂšs une petite prĂ©sentation de lâassociation, nous avons pu visiter les centres Ă Mi Peru, guidĂ©s par Felix, un professeur de lâONG. LĂ -bas nous avons rencontrĂ© Jessica, qui sâoccupe de lâorganisation de Kantaya sur le terrain. Avec elle nous avons dĂ©cidĂ© des jours oĂč nous viendrons au centre et des enfants que nous y verrons Ă chaque fois. Etant donnĂ© lâĂ©loignement de Mi Peru aux quartiers oĂč nous souhaiterions habiter et faire des concerts, nous avons dĂ©cidĂ© de condenser nos crĂ©neaux dâatelier pour limiter les dĂ©placements fastidieux. Nous faisons 2 heures dâateliers chaque lundi, mardi et mercredi. Nous voyons les mĂȘmes groupes dâenfants lundi et mercredi, et un groupe diffĂ©rent et moins nombreux le mardi. Les enfants vont du grade 1 au grade 6, soit de 5 ans Ă 11 ans.
La premiĂšre semaine, nous avons dâabord rencontrĂ© les enfants lors dâun concert et dâun premier atelier de dĂ©couverte tous ensemble. Ils dĂ©bordent dâĂ©nergie et ont lâair dâapprĂ©cier la musique. AprĂšs leur avoir appris la chanson que nous avons inventĂ©e en Bolivie, « Viento Frio » (simple traduction trĂšs approximative de la chanson « Vent frais » en espagnol), certains ont ainsi continuĂ© Ă la chanter mĂȘme aprĂšs la fin de lâatelier, et nous lâont rĂ©pĂ©tĂ©e le lendemain quand nous sommes revenus.
Organisation logistique : ou comment éviter 4h de transport par jour
Avant dâarriver sur place, notre dilemme Ă©tait le suivant : habiter Ă Ventanilla ou Mi Peru pour ĂȘtre proche de notre lieu dâatelier mais ne pas pouvoir aller facilement dans des quartiers animĂ©s propices aux concerts, ou habiter dans un quartier plus sympathique mais sâobliger Ă prendre le bus quotidiennement pendant des heures. Les quartiers de Ventanilla et Mi Peru Ă©tant rĂ©putĂ©s comme Ă©tant dangereux, et manquant dâinformations, nous avons logĂ© Ă Miraflores pour notre premiĂšre semaine : câest un quartier conseillĂ© pour les visiteurs, animĂ©, avec de nombreuses auberges de jeunesse.
Nos premiers trajets pour les ateliers nous ont confirmĂ© les dĂ©sagrĂ©ments rapportĂ©s par les Brasspackers, projet FSF venu ici en 2015 : le trajet est long, voire trĂšs long le soir avec le trafic, les bus sont petits et on peut parfois se retrouver sans place assise. Plusieurs dâentre nous furent pris dâenvie de dĂ©couvrir davantage le quartier dans lequel nous faisons nos ateliers, pour voir quelque chose de diffĂ©rent des quartiers plus riches et touristiques du centre. Nous avons aussi pu voir que le quartier nâĂ©tait a priori pas dangereux pour nous. Nous avons alors cherchĂ©, avec lâaide de Jessica, un endroit Ă Mi Peru oĂč nous pourrions dormir. Finalement, Jessica a rĂ©ussi Ă nous trouver des places dans le seul hĂŽtel de la ville qui nâavait pas Ă©tĂ© reconverti en quelque chose dâautre â lâendroit nâest pas trĂšs touristique.
Lâorganisation est la suivante : nous vivons en dĂ©but de semaine Ă Mi Peru, pour pouvoir aller facilement aux ateliers, puis en fin de semaine nous retournons dans une guest house dans le district de Miraflores qui nous sert de camp de base oĂč nous dĂ©posons toutes nos affaires encombrantes. Ainsi nous nâavons Ă faire le trajet entre Mi Peru et Miraflores que deux fois par semaine, et sommes tranquilles le reste du temps. Astucieux.
Premiers concerts
Nous passons donc quelques jours chaque semaine Ă Miraflores, jours que nous pouvons consacrer Ă la musique avec rĂ©pĂ©titions, enregistrements pour notre album et bien sĂ»r, concerts le soir. AprĂšs nos deux semaines de retraite dans le dĂ©sert en Bolivie, nous avons tous hĂąte de faire de nouveau des concerts, dâautant plus que la ville semble avoir un bon potentiel pour cela, avec des quartiers trĂšs animĂ©s la nuit, de nombreux bars, boĂźtes et scĂšnes un peu partout.
Le week-end dernier nous sommes allĂ©s dans le district de Barranco, voisin de Miraflores, oĂč on trouve notamment une rue animĂ©e, bordĂ©e de bars et boĂźtes faisant fi de toute rĂ©glementation concernant le volume maximal de leur sono, et ce jusquâĂ tard dans la nuit. En se plaçant astucieusement entre deux bars on peut presque noyer notre volume sonore dans celui des musiques des bars, nous sommes donc Ă lâabri de toutes plaintes de voisins, câest lâendroit parfait pour jouer. Nous espĂ©rons aussi que notre prĂ©sence et notre succĂšs dans la rue intĂ©ressera quelques bars qui pourraient nous inviter chez eux pour que nous puissions jouer sur de vraies scĂšnes un peu plus tard. Ainsi, nous avons jouĂ© plusieurs fois dans ce quartier, devant un public enthousiaste.
Forts de ce succĂšs nous avons tentĂ© de faire la mĂȘme chose Ă Miraflores, malheureusement nous devons demander une autorisation de jouer Ă la municipalitĂ©, demande qui est pour le moment coincĂ©e dans les rouages de lâadministration jusquâĂ la semaine prochaine.
Il nous reste encore beaucoup à faire en terme de concerts ici et nous avons hùte de voir ce que Lima nous réserve !
Le début des ateliers avec les enfants de Kantaya
Cette semaine nous avons eu nos premiers ateliers avec les enfants, nous les avons rĂ©partis en plusieurs groupes entre les diffĂ©rents binĂŽmes dâanimateurs et avons fait connaissance. Chaque atelier dure 2 heures, avec les mĂȘmes enfants. La premiĂšre heure dâatelier est similaire Ă ce que nous avons pu faire aux Fidjis et au Cambodge : chaque binĂŽme suit son groupe pendant les 6 semaines, avec des ateliers qui visent Ă faire progresser les enfants Ă plus long terme. Pour la deuxiĂšme heure dâatelier, les groupes dâenfants changent de binĂŽme dâanimateur Ă chaque fois. Chaque binĂŽme anime une activitĂ© un peu diffĂ©rente de ce que lâon fait dâhabitude en atelier : danse, théùtre dâimprovisation, quizz de culture musicale, initiation Ă la flĂ»te Ă bec et composition de musique assistĂ©e par ordinateur. Ainsi, nous espĂ©rons pouvoir garder leur attention tout au long des deux heures et cela nous permet de leur proposer du contenu plus variĂ© et plus travaillĂ© pendant les ateliers thĂ©matiques.
Les enfants sont attachants, certains ont lâair vraiment intĂ©ressĂ©s par les ateliers, et ils nous pardonnent notre espagnol approximatif, nous aidant mĂȘme Ă progresser en corrigeant nos erreurs.
Assez parlé, voici quelques photos des ateliers en groupes fixes et thématiques :
Certains groupes font leur atelier en plein air, sur un grand terrain proche de la casita
Apprentissage de rythmes
La fameuse Cup Song
Atelier thématique : danse ! A tour de rÎle, chaque enfant invente un mouvement et tout le monde le reproduit
Atelier thĂ©matique : quizz de culture musicale. Les enfants sont par Ă©quipe et essayent de deviner les instruments et styles musicaux quâils entendent pour gagner des points
Atelier thématique : composition de musique assistée par ordinateur. Les enfants enregistrent des bouts de leur propre chanson et on leur montre comment on peut traiter le son et le mixer
Quelques jours Ă Mi Peru
Lundi dernier nous avons fait nos sacs et sommes partis pour 3 jours Ă Mi Peru. AprĂšs notre aprĂšs-midi dâatelier, nous avons descendu la colline Ă la suite de Jessica qui nous a aidĂ©s Ă rĂ©server un hĂŽtel. AprĂšs une petite marche Ă travers les rues de Mi Peru, nous arrivons Ă lâhĂŽtel Tauro, apparemment vide Ă part nous, ce qui nous permet dâavoir toutes les chambres dâun mĂȘme Ă©tage et dâĂȘtre assez tranquilles. Le confort est spartiate mais nous ne nous attardons pas dans nos chambres et sortons tout de suite pour une petite balade Ă Ventanilla avec Jessica, qui nous guide vers des endroits oĂč nous pourrons peut-ĂȘtre jouer et des restaurants oĂč manger. Le quartier regorge de petites Ă©choppes, restaurants et commerces, on y trouve mĂȘme un grand centre commercial avec food court. Câest parfait pour nous, nous rentrons repus Ă lâhĂŽtel.
Le lendemain, Felix (prof Ă Kantaya) nous a gentiment emmenĂ©s pour dĂ©jeuner dans un restaurant Ă Mi Peru. Ainsi nous avons dĂ©couvert quâil Ă©tait possible ici de manger un menu trĂšs copieux pour 8 soles, soit un peu plus de 2âŹ. La vie ici a ses avantages !
Ceviche : poisson mariné dans du citron, ici avec oignons, patate douce et maïs grillé. Une spécialité locale délicieuse
Pour la fin de semaine nous sommes revenus Ă Miraflores oĂč nous avons emmĂ©nagĂ© dans une nouvelle auberge de jeunesse, dans une rue plus calme que la premiĂšre afin de pouvoir enregistrer dans une chambre. Nous espĂ©rons pouvoir rester ici, malgrĂ© quelques plaintes des voisins suite Ă notre premiĂšre rĂ©pĂ©tition dans le jardin. Le soir nous irons de nouveau Ă Barranco pour jouer dans la rue et profiter de lâambiance unique du quartier. HĂąte de vous en dire plus, mais ça sera pour la prochaine fois.
Hasta luego !
Emilie
Rendez-vous en terre inconnue : Globeshakers Project chez les Chipayas en Bolivie
 AprĂšs une nuit passĂ©e dans le train, nous sommes enfin arrivĂ©s Ă Oruro, principale ville de la rĂ©gion, dâoĂč nous sommes partis en van jusquâau principal village des Chipayas. La principale difficultĂ© fut de mettre tous les instruments ainsi que les gros sacs sur le van, mais nous avons finalement rĂ©ussi. Quelques heures plus tard, aprĂšs un trajet sur la route puis sur une piste, et aprĂšs avoir traversĂ© des villes et des villages de plus en plus isolĂ©s, nous sommes enfin arrivĂ©s Ă notre destination. En arrivant, nous sommes accueillis par Lucas, membre de lâONG italienne ASPEm (Association solidaire pour les pays Ă©mergents), qui sera notre principal contact sur place et qui nous sera dâune trĂšs grande aide pour nous intĂ©grer au village. Nous avons pu loger Ă lâhĂŽtel du village, câest-Ă -dire un ensemble de petit logement avec un bĂątiment central pour les repas, le tout ayant Ă©tĂ© construit et financĂ© par lâUnion EuropĂ©enne afin de favoriser le tourisme dans la communautĂ© Chipaya. Toutefois, nous Ă©tions les seuls occupants de cet hĂŽtel, et dâaprĂšs son livre dâor, cela faisait mĂȘme plusieurs mois quâaucun touriste nâĂ©tait venu.
               Image 1 : Notre hÎtel chez les Chipayas
 Notre programme sur place devait ĂȘtre de faire 9 longs ateliers dans 3 Ă©coles pendant nos 2 semaines de sĂ©jours sur place. Nous nâen ferons finalement que 7, la seconde Ă©cole, situĂ© dans le second village des Chipayas ne pouvant nous accueillir. Le premier jour, nâayant pas dâatelier, nous en avons profitĂ© pour visiter le petit village des Chipayas, composĂ© de sa place principale, avec une Ă©cole primaire, une mairie et quelques commerces situĂ©s dans des habitations ainsi que de quelques rues en terre bordĂ©es de maisons, dont quelques-unes Ă©taient en ruines. MalgrĂ© lâisolation apparent du village, la plupart des Ă©quipements sont dâassez bonne qualitĂ©. Par exemple, le village comportait Ă©galement un gymnase ainsi quâun collĂšge. Câest dans ce collĂšge que nous avons fait nos premiers ateliers.
         Image 2 : La place principale du village, avec lâĂ©cole primaire
            Image 3 : Une rue du village aux abords de la place
   AprĂšs un rĂ©veil assez-tĂŽt le matin et un petit dĂ©jeuner trĂšs copieux (comme lâensemble de nos repas sur place), nous nous rendons en avance au collĂšge Urus Andino afin de planifier avec le directeur ainsi que le professeur de musique/ trompettiste / chef dâorchestre de la fanfare nos trois jours dâateliers. Tout dâabord, comme chaque lundi, une petite cĂ©rĂ©monie est organisĂ©e, comportant un lever du drapeau Bolivien mais aussi un temps dâexpression pour les Ă©lĂšves, avec par exemple un sketch sur la rivalitĂ© entre Bolivie et Chili fait par quelques jeunes Ă©tudiants. A cette occasion, les Ă©lĂšves mettent leur tenue traditionnelle. Câest Ă©galement Ă cette occasion que nous nous prĂ©sentons, en faisant un petit concert et en nous prĂ©sentant, dans un espagnol qui restait encore assez approximatif (Ă part Lucas, nous nâavons rencontrĂ© personne parlant le moindre mot dâanglais dans tout le village). A cette occasion, nous nous sommes rendu compte que jouer Ă plus de 4 000 mĂštres dâaltitude Ă©tait trĂšs difficile, peut-ĂȘtre mĂȘme plus que ce Ă quoi nous nous attendions. AprĂšs cet Ă©vĂšnement, nous avons pu faire un atelier avec une classe dâĂ©lĂšves, oĂč nous avons travaillĂ© sur le chant et le rythme, ainsi quâune dĂ©couverte des instruments. Pour cela, nous avons repris lâun des canons les plus classiques qui est enseigné : « Vent frais, vent du matin », que nous avons pour lâoccasion traduit en espagnol, « Viento frĂo ». Cette traduction et cet atelier a Ă©tĂ© une assez franche rĂ©ussite, et nous avons ainsi gardĂ© ce canon pendant tout notre sĂ©jour en AmĂ©rique du Sud.
      Image 4 : Cérémonie de lever du drapeau au collÚge Urus Andino
                  Image 5 : Un atelier au collÚge Urus Andino
   Les deux jours suivants, nous avons pu refaire le mĂȘme atelier, mais cette fois avec dâautres Ă©lĂšves. En effet, nous pensions que comme nous nâallions rester que deux semaines, il nâĂ©tait absolument pas possible de faire une action sur la durĂ©e, il Ă©tait plus logique et plus intĂ©ressant dâessayer de proposer une premiĂšre initiation et une premiĂšre dĂ©couverte dâune musique et dâune culture diffĂ©rente de la leur, afin de peut-ĂȘtre faire en sorte que quelques Ă©lĂšves sâintĂ©ressent de plus prĂšs Ă la musique et Ă la possibilitĂ© de faire dâutiliser leur corps pour faire de la musique ou de lâart plus globalement. En plus de ces ateliers, nous avons pu Ă©changer avec la fanfare de lâĂ©cole, composĂ©e dâĂ©lĂšves jouant de la trompette, des sortes de tuba ou des percussions. Ils nâĂ©taient donc pas habituĂ©s aux trombones ou encore moins aux saxophones, trĂšs inhabituels pour une fanfare. Ă la suite dâune demande du professeur de musique, autodidacte, Benjamin a Ă©galement pu faire un cours de thĂ©orie musicale aux diffĂ©rents membres de la fanfare. Malheureusement, par manque de temps, nous nâavons pas pu organiser un Ă©vĂšnement ou enregistrer un morceau avec cette fanfare.
                     Image 6 : Exercices de rythme au collÚge Urus Andino
    LâaprĂšs-midi, lorsque nous ne faisions pas dâateliers, nous nous sommes occupĂ©es de diffĂ©rentes maniĂšres : comme il Ă©tait difficile de jouer Ă une telle altitude, les notes Ă©tant changĂ©es et lâendurance nâĂ©tant pas au rendez-vous, seuls nos percussionnistes Tim et Adel ont pu ĂȘtre enregistrĂ©es, mais de nombreuses rĂ©pĂ©titions ont tout de mĂȘme Ă©taient effectuĂ©es. Enfin, lâactivitĂ© principale de la fin de lâaprĂšs-midi Ă©tait un match de football contre des Ă©lĂšves ou des adultes, Lucas nous Ă©tant souvent dâun trĂšs grand secours. De plus, ce fut Ă©galement lâoccasion pour beaucoup de se reposer et de profiter dâun air ainsi que dâun ciel absolument pur, ce qui nous a permis de voir Ă©normĂ©ment dâĂ©toiles. Les journĂ©es Ă©taient cependant assez courtes, la tempĂ©rature chutant drastiquement lorsque la nuit tombait, il a ainsi gelĂ© plusieurs fois la nuit, et les tempĂ©ratures ressentis Ă©taient bien en-dessous de 0. Heureusement, tous ces problĂšmes de froid disparaissaient lors de nos repas, trĂšs copieux et servis par des hĂŽtes extrĂȘmement gentils. En partant, si nous Ă©tions pour la plupart de ne plus manger en entrĂ©e de chaque repas une soupe de quinoa, nous Ă©tions tous trĂšs tristes de devoir quitter ceux qui nous ont autant aidĂ©s pendant deux semaines.
                               Image 7 : Match de football endiablé
              Image 8 : Ciel étoilé au-dessus de notre hÎtel
   Cependant, une petite Ă©quipe composĂ©e dâEwan, Edmond, Selim et Valentin est allĂ©e Ă Oruro le mardi afin de rĂ©gler plusieurs affaires importantes, comme acheter des vĂȘtements chauds pour ceux qui en manquaient, des bouteilles dâeau potable pour tous ou des cartes SIM de tĂ©lĂ©phone pour pouvoir communiquer plus facilement. En effet, si quelques personnes avaient achetĂ© auparavant une carte SIM, elles Ă©taient toutes liĂ©es Ă un opĂ©rateur qui nâavait aucun rĂ©seau chez les Chipayas (en rĂ©alitĂ©, seul un opĂ©rateur avait un tout petit peu de rĂ©seau, mais cela Ă©tait suffisant pour ce que nous souhaitions faire), et nous avions besoin dâun peu de rĂ©seau, pour contacter nos familles et surtout pour contacter lâONG du PĂ©rou et finaliser notre logistique pour Lima, notamment pour le logement sur place. Cette petite aventure fut assez mouvementĂ©e, et mĂ©rite donc dâĂȘtre racontĂ©e. Nous nous sommes donc levĂ©s Ă 3 heures du matin afin de prendre un van qui allait nous emmener jusquâĂ Oruro, le trajet durant environ 4 heures. En arrivant sur la place principale, nous remarquons quâil nây a pas un van qui attend, mais 6 ! Chacun Ă©tait opĂ©rĂ© par une entreprise diffĂ©rente, nous avons eu des difficultĂ©s Ă trouver notre van, mais nous avons finalement rĂ©ussi. Il Ă©tait finalement totalement rempli, chaque siĂšge ou strapontin Ă©tant occupĂ© par un adulte ou deux ou trois enfants, certains en tenue de ville, dâautres en tenues traditionnelle. AprĂšs un trajet dans la nuit bolivienne, nous sommes finalement arrivĂ©s trĂšs tĂŽt le matin, aux alentours de 7 heures, Ă lâune des places du marchĂ© de la ville, situĂ©e Ă quelques kilomĂštres du centre-ville. Comme tous les magasins Ă©taient fermĂ©s, nous avons dĂ©cidĂ© de marcher jusquâĂ la partie commerciale de la ville oĂč nous souhaitions trouver ce que nous cherchions. AprĂšs un petit dĂ©jeuner dans un des quelques lieux ouverts Ă cette heure, nous avons attendu jusquâĂ lâouverture des magasins pour acheter ce que nous souhaitions : cartes SIM, chaussettes, adaptateur, bonnets, fruits, bouteilles dâeau potable etc. dans les diffĂ©rents magasins ou vendeurs de rue, et nous avons Ă©galement pu organiser la suite de notre voyage, en rĂ©servant notre premiĂšre auberge de jeunesse Ă Lima et en recontactant notre ONG partenaires. Ensuite, nous avons pu nous promener dans la ville, qui nâa que trĂšs peu dâĂ©lĂ©ments remarquables. La principale attraction dâOruro est son carnaval, qui nâĂ©tait pas Ă cette pĂ©riode de lâannĂ©e. AprĂšs cette journĂ©e bien remplie Ă explorer la ville, nous avons fini par repartir vers la place oĂč nous avait dĂ©posĂ© le chauffeur le matin, oĂč nous avons attendus avec dâautres Chipayas, pour la plupart avec de nombreuses affaires achetĂ©es pendant la journĂ©e, le van qui allait nous ramener jusquâau village. Ce van Ă©tait une nouvelle fois bien plein, et avec cette fois-ci beaucoup dâaffaires sur le toit : en comptant les enfants, nous Ă©tions 18 pour 14 places. Et Ă lâendroit oĂč lâon sortait de la route pour prendre la piste, alors quâil nous restait une heure de route et que personne nâĂ©tait descendu, 3 nouvelles personnes sont montĂ©es avec nous dans le van, restant debout ou prenant des enfants sur leurs genoux. Finalement, aprĂšs ce pĂ©riple, nous avons finalement pu revenir jusquâĂ lâhĂŽtel rapporter toutes nos denrĂ©es au reste du groupe.
       Image 9 : La piste en terre partant du village menant à Oruro
   AprĂšs nos trois jours dâateliers avec le collĂšge Urus Andino, nous devions partir le jeudi faire nos ateliers avec une Ă©cole primaire, situĂ©e dans un village diffĂ©rent. Cependant, nous nâavons pas pu y aller le jeudi ou le vendredi, et nous nâavons donc fait quâun seul atelier le lundi suivant. Le jeudi, les Ă©coles Ă©taient fermĂ©es, et nous avons pu participer Ă une « fĂȘte » organisĂ©e par le village et les douanes nationales, entre autres pour sensibiliser Ă la contrebande et aux importations et exportations illĂ©gales. A cette occasion, nous avons notamment pu jouer devant une trĂšs grande partie du village, qui nous a chaleureusement accueillis. Comme Ă chaque occasion spĂ©ciale, et pour certains comme quasiment chaque jour, une grande partie des Chipayas Ă©taient habillĂ©s dans leur tenue traditionnelle assez unique. Nous avons aussi pu nous balader dans les diffĂ©rents stands et rencontrer un petit plus la population Chipaya, mĂȘme si la barriĂšre de langue restait assez importante. De plus, aprĂšs cette fĂȘte, nous avons fait un dernier atelier au collĂšge avec les Ă©lĂšves qui le souhaitaient, et qui Ă©taient venus nombreux alors quâils nâavaient pas Ă©cole ce jour-lĂ . Etant donnĂ© le nombre dâĂ©lĂšves, ce dernier atelier fut plus informel et centrĂ© sur des jeux de rythmes et de crĂ©ativitĂ©. Enfin, nous avons profitĂ© du vendredi pour travailler au niveau musical ou sur dâautres projets, et nous avons Ă©galement pu organiser un week-end avec Lucas dans le parc national de Sajama.
              Image 10 : Concert sur la place principale du village Chipaya
             Image 11 : PrĂ©sentation dâinstruments au collĂšge Urus Andino
   Ainsi, aprĂšs ces deux jours, nous sommes partis samedi matin jusquâau parc national de Sajama, situĂ©s Ă quelques heures de route du village. Ce parc national contient notamment le Nevado Sajama, point culminant du pays Ă 6542 mĂštres dâaltitude. Nous sommes donc partis en van, mais aprĂšs une trentaine de minutes de route, celui-ci sâarrĂȘte, et lorsque le chauffeur ouvre le capot, beaucoup de fumĂ©e blanche en sort. Sâil nâa pas voulu lâavouer, nous avons compris quâil avait dĂ©cidĂ© par Ă©conomie dâutiliser de lâeau comme liquide de refroidissement, et comme la nuit prĂ©cĂ©dente avait Ă©tĂ© particuliĂšrement froide, cette eau avait gelé ! Finalement, aprĂšs plus dâune heure dâattente, un second vĂ©hicule est venu et nous avons transfĂ©rĂ© toutes nos affaires vers celui-ci, et nous avons continuĂ© notre route vers le parc national. Le trajet fut assez long, notamment car le chauffeur ne savait pas bien plus que nous comment aller jusquâĂ ce parc national, et a aussi passĂ© plusieurs dizaines de minutes pour trouver la « station-essence » dâun village sur la route en demandant aux quelques passants croisĂ©s oĂč elle Ă©tait. Cette « station-essence » Ă©tait en rĂ©alitĂ© une maison comme les autres, sans la moindre enseigne, mais son propriĂ©taire possĂ©dait dâinnombrables bidons remplis dâessence. Nous avons pu atteindre la zone du parc en dĂ©but dâaprĂšs-midi, et nous avons pu dĂ©poser nos affaires Ă notre hĂŽtel. Nous avons donc dĂ©cidĂ© de passer le reste de la journĂ©e Ă nous balader dans le petit village, puis Ă faire une petite randonnĂ©e dans les contreforts du Nevado Sajama, dâoĂč nous avions dĂ©jĂ une trĂšs belle vue sur toute la zone. AprĂšs ces efforts, nous sommes allĂ©s alors que la nuit tombait Ă une source thermale, lâautre particularitĂ© du parc national. MĂȘme sâil faisait nuit lorsque nous sommes arrivĂ©s, nous avons Ă©tĂ© autorisĂ©s, aprĂšs nĂ©gociations, Ă aller nous baigner dans cette source, trĂšs chaude, notamment par rapport au froid glacial qui nous attendait Ă lâextĂ©rieur. En rentrant, nous avons cherchĂ© oĂč manger, avant de finalement trouver le magasin oĂč travaillait le propriĂ©taire, situĂ© de lâautre cĂŽtĂ© du village par rapport Ă lâhĂŽtel, et nous avons finalement rĂ©ussi Ă manger. Le lendemain, nous sommes partis en expĂ©dition afin de grimper le dĂ©but de lâescalade du Nevado Sajama. Cette randonnĂ©e fut trĂšs Ă©prouvante, notamment Ă cause de lâaltitude, mais a permis dâavoir une trĂšs belle vue de lâensemble du parc. AprĂšs un second repas dans le magasin/restaurant du propriĂ©taire de lâhĂŽtel, nous sommes finalement repartis jusquâau village des Chipayas, que nous avons atteint sans nouvelle pĂ©ripĂ©tie.
Image 12 : Randonnée dans le parc Sajama (Nevado Sajama enneigé en fond)
               Image 13 : Vue de hauteur (drone) du parc de Sajama
   AprĂšs ce Week-end mouvementĂ©, nous sommes donc allĂ©s le lundi au second village Chipaya, encore plus isolĂ© que le premier. Par exemple, nous avons dĂ» plusieurs fois descendre du van qui nous emmenait pour passer certains passages de la piste, car le vĂ©hicule ne pouvait pas le faire avec autant de chargement. Cet atelier fut trĂšs intĂ©ressant, mĂȘme si les Ă©lĂšves Ă©taient bien plus timides que ceux du collĂšge dâUrus Andino. CâĂ©tait notamment le cas des filles de lâĂ©cole, qui pour certains nâont tout simplement pas voulu participer Ă lâatelier proprement dit malgrĂ© nos nombreuses invitations. Tout dĂ©part, pour nous prĂ©senter, nous avons fait un petit concert avec prĂ©sentation des diffĂ©rents instruments, avant de nous sĂ©parer en trois groupes, un avec les plus ĂągĂ©s et deux avec les enfants les plus jeunes, et nous avons essayĂ© de les initier au corpo-rythme ainsi quâau chant, notamment en canon, avec des jeux et avec la chanson « Viento frĂo ». MalgrĂ© quelques soucis de timiditĂ©, nous avons rĂ©ussi Ă faire ce que nous souhaitions, et le traditionnel essai dâinstruments Ă la fin de lâatelier fut une grande rĂ©ussite, les enfants Ă©tant trĂšs heureux de pouvoir en essayer un ou deux. Nous sommes donc ensuite rentrĂ©s Ă notre logement, en passant cette fois-ci et en nous arrĂȘtant Ă des dunes proches du village afin de prendre quelques photos et de faire quelques figures dignes des plus grands cascadeurs.
          Image 14 : Atelier de rythme avec de jeunes enfants Chipayas
  Forts de notre expĂ©rience du jour prĂ©cĂ©dent, nous avons fait nos trois derniers ateliers avec lâĂ©cole primaire situĂ©e sur la place principale du village sans encombre, car nous avions rĂ©ussi Ă assez bien dĂ©finir nos objectifs ainsi que sâil Ă©tait possible de faire avec des enfants de cet Ăąge. Ainsi, pendant ces trois jours, nous avons eu des groupes dâenfants diffĂ©rents, que nous avons essayĂ© de sĂ©parer par classes et/ou Ăąges mĂȘme si les groupes Ă©taient finalement trĂšs mĂ©langĂ©s. Nous commencions par quelques morceaux ainsi quâune prĂ©sentation des instruments, avec un Ă©chauffement collectif, avant de nous sĂ©parer en plus petits groupes afin de faire chant, rythme et jeux Ă©ducatifs. A la fin des ateliers, nous essayions de nous regrouper pour faire une activitĂ© en commun, et si possible de rejouer un morceau ou deux, avant de les laisser essayer nos instruments, partie bien sĂ»r prĂ©fĂ©rĂ©e des enfants.
            Image 15 : PrĂ©sentation dâinstruments Ă des enfants Chipayas
   Finalement, vendredi matin, nous avons remerciĂ© trĂšs chaleureusement nos hĂŽtes aprĂšs un dernier petit-dĂ©jeuner, nous avons rangĂ© nos affaires et les avons entassĂ©es une nouvelle fois sur le toit du van, avant de quitter ce lieu et cette atmosphĂšre unique, hors de lâespace et du temps, pour aller Ă la capitale du pays La Paz, oĂč nous allions rester une journĂ©e avant de repartir vers le PĂ©rou. Lucas nous a accompagnĂ© Ă La Paz, sa mission avec les Chipayas Ă©tant Ă©galement fini et souhaitant faire son rapport Ă la direction de lâONG, situĂ©e Ă©galement Ă La Paz. AprĂšs une journĂ©e entiĂšre de transport, et une petite difficultĂ© Ă trouver notre hĂŽtel, nous sommes finalement arrivĂ©s Ă la capitale Ă©conomique du pays. Le samedi, nous avons ainsi pu rencontrer dâautres membres de lâONG avec qui nous avons pu dĂ©briefer notre action et Ă©changer sur notre expĂ©rience sur place. Nous avons profitĂ© du reste de la journĂ©e pour visiter cette ville entiĂšrement en pente, le traditionnel mĂ©tro souterrain Ă©tant dans cette ville remplacĂ© par des funiculaires flambants neufs, trĂšs pratiques et trĂšs jolis mais dĂ©tonnant un peu avec le reste de la ville, visiblement moins riche : par exemple, une trĂšs grande majoritĂ© des bĂątiments sont en briques nues, et beaucoup semblent encore en partie en construction. Le centre-ville en lui-mĂȘme est trĂšs joli, avec plusieurs belles rues et Ă©galement des Ă©glises assez remarquables, datant de lâĂ©poque coloniale. Une des particularitĂ©s de la ville est son cĂ©lĂšbre « MarchĂ© aux sorciĂšres », lieu en rĂ©alitĂ© assez touristiques vendant toutes sortes de produits Ă©sotĂ©riques, de la poudre magique aux fĆtus de lama ! Nous avons pu profiter de cette derniĂšre soirĂ©e en Bolivie pour voir une derniĂšre fois Lucas, qui nous a accompagnĂ© et grandement aidĂ© pendant ces deux semaines, et que nous ne remercierons jamais assez.
    Image 16 : Photo de groupe aprÚs notre dernier atelier au village Chipaya
En effet, le lendemain dimanche, il Ă©tait dĂ©jĂ temps dâaller jusquâĂ lâaĂ©roport de La Paz, dâoĂč nous nous sommes envolĂ©s vers lâune des derniĂšres grandes Ă©tapes de notre voyage : Lima et le PĂ©rou !
Valentin
Traversée du désert
6h30 du matin. Chili, dĂ©sert dâAtacama, devant une guesthouse en pĂ©riphĂ©rie de la petite ville de San Pedro de Atacama. Treize Globeshakers se dĂ©pĂȘchent de sortir leurs innombrables bagages : le van vient les chercher dâune minute Ă lâautre. Ce nâest finalement quâaux coups de 7h10 que le vĂ©hicule pointe le bout de son nez. Le conducteur commence Ă entasser dâabord les sacs puis les instruments en finissant par la hardcase de souba de deux mĂštres cubes. Tout ceci finit par occuper Ă lui tout seul quatre places et toute lâallĂ©e du van malgrĂ© le fait que lâagence ait Ă©tĂ© prĂ©venue de lâĂ©normitĂ© des bagages de la bande de touristes. Le conducteur, qui doit encore aller chercher trois autres personnes, ne sait plus comment faire. Il finit par passer un coup de fil, probablement pour dire dâenvoyer un autre vĂ©hicule prendre le reste des gens, et le van dĂ©marre enfin direction la frontiĂšre Bolivienne.
AprĂšs une heure de trajet environ, nous arrivons Ă un petit hangar oĂč nous rentrons vite pour nous abriter du froid du matin. Nous faisons la queue pour avoir le tampon de sortie du territoire chilien et câest reparti. Quelques centaines de mĂštres plus loin dans le no manâs land sĂ©parant le Chili de la Bolivie et sur une route qui se transforme en piste juste aprĂšs le poste de frontiĂšre, le van sâarrĂȘte au milieu de nulle part et le conducteur nous dĂ©signe une file dâeuropĂ©ens devant une cabane en pierre surmontĂ©e du drapeau de la Bolivie : Câest le poste de frontiĂšre bolivien. Nous sommes tous rĂ©ticents Ă lâidĂ©e de faire cette longue queue dans le froid glacial du dĂ©sert, dĂ©sert qui est quand mĂȘme Ă 4500m au-dessus du niveau de la mer, mais bon, nous nâavons pas le choix si nous voulons fouler le territoire bolivien lĂ©galement. La file avance assez rapidement et en Ă peine 20 min nous rentrons dĂ©jĂ un Ă un dans le petit cabanon pour avoir notre tampon dâentrĂ©e. En revenant sur le parking (qui nâest que la vaste Ă©tendue de cailloux derriĂšre le cabanon), nous disons adieu au conducteur de van qui retourne Ă San Pedro de Atacama et faisons la connaissance des trois chauffeurs qui nous guiderons Ă travers les paysages magnifiques de lâaltiplano bolivien Ă bord de leurs Jeeps (de la marque Toyota). Le petit-dĂ©jeuner nous est servi sur une table dĂ©pliante Ă lâarriĂšre des jeeps et nous faisons la connaissance des 6 brĂ©siliens qui feront le trajet avec nous dans la troisiĂšme jeep de la flotte. Nous retrouvons aussi Nymphe, une amie flamande que nous rencontrĂ©e lors dâun de nos concerts Ă Valparaiso, que nous avons revue lors de nos concerts Ă San Pedro et qui fera la traversĂ©e de trois jours jusquâĂ Uyuni avec nous. Une fois lâestomac bien rempli, nos chauffeurs escaladent leurs jeeps et on les aide Ă charger les bagages sur le toit. Cette quantitĂ© de bagages astronomique (facilement le double des autres jeeps que lâon voit autour de nous) amuse les conducteurs et ils voient la situation comme un dĂ©fi de Tetris. Tout bien sanglĂ© sur le toit, nous voici enfin partis pour une traversĂ©e des paysages inoubliables du dĂ©sert dâUyuni.
Premier arrĂȘt rapide oĂč les conducteurs nous invitent Ă aller payer les frais dâentrĂ©e dans le parc national quâest la rĂ©gion dâUyuni que nous nous apprĂȘtons Ă traverser et nous repartons tout de suite aprĂšs. En quelques minutes de route, nous voici arrivĂ©s au premier lieu fabuleux de notre pĂ©riple. Il sâagit de la Laguna Verde qui, comme son nom lâindique si bien, a une eau de couleur verdĂątre due Ă sa forte concentration en cuivre. Elle contient aussi des minĂ©raux comme lâarsenic, ce qui rend, par sa toxicitĂ©, la lagune dĂ©pourvue de toute vie animale. Lâendroit est au pied du volcan Licancabur qui culmine Ă 5920 mĂštres dâaltitude et que lâon voyait dĂ©jĂ depuis San Pedro de Atacama. Nous profitons du paysage, prenons quelques photos et nous repartons. Rien ne sert de sâattarder dans le froid du matin et nous avons encore beaucoup de choses Ă voir.
Pour la prochaine Ă©tape, les jeeps nous dĂ©posent aux Termas de Polques, des sources tellement chaudes que câest presque (je dis bien presque) insupportable dây rester trop longtemps au risque de cuire bouilli. Certains sont un peu hĂ©sitants Ă lâidĂ©e de braver le froid du dĂ©sert avant de rentrer dans lâeau mais finissent par se laisser convaincre et ne le regrettent pas une fois dans lâeau. Dâautres sont saisis de vertiges au moment de sortir de lâeau avec la diffĂ©rence brusque de tempĂ©rature mais il leur suffit de quelques minutes de repos et tout va mieux. Nous nous sĂ©chons tranquillement au soleil et nous nous rhabillons pour remonter dans les jeeps pour la suite du pĂ©riple.
Au moment de sâarrĂȘter pour le troisiĂšme lieu, je commence Ă me dire que ce dĂ©sert est bien dense en paysages exceptionnels : nous ne mettons quâĂ peine 10 minutes de route Ă chaque fois pour arriver Ă lâarrĂȘt suivant. Nous descendons des jeeps et Ă©coutons les explications en espagnol des conducteurs tout en admirant le paysage. Comment dire ? Cette partie du dĂ©sert prĂ©sente tellement de nuances de rouges Ă©talĂ©es de maniĂšre improbables sur des dunes imposantes et innombrables petites formations rocheuses qui viennent se poser ici et lĂ sur les dunes quâil porte le nom de lâun des plus grands peintres surrĂ©alistes. Laurent, Adel, Ewan et Emilie sâaventurent dans le dĂ©sert Salvador Dali pour voir les dunes de plus prĂšs tandis que les autres prennent des photos. Nous ne sommes encore quâĂ 4750 mĂštres Ă peine que Nymphe et moi-mĂȘme commençons Ă sentir les effets de lâaltitude, alors que pourtant câest la premiĂšre fois pour tout le monde Ă cette altitude, sauf pour Edmond et Benjamin qui ont fait lâascension du volcan Cerro Toco la veille. Les vertiges nous prennent et on demande au conducteur si les feuilles de coca sont bien efficaces contre le mal de lâaltitude. Il nous en donne gĂ©nĂ©reusement depuis sa propre rĂ©serve toujours Ă portĂ©e de main. Il nous explique quâil faut Ă peine mĂącher la pincĂ©e de feuilles puis la loger entre la joue et la gencive et la laisser infuser. Les bienfaits de la coca se font sentir en quelques minutes et nous pouvons repartir vers notre prochaine destination.
Nous nous apprĂȘtons au pire lorsque notre chauffeur nous annonce que nous avons un bout de chemin Ă faire au-dessus de la barre des 5000 mĂštres dâaltitude pour arriver Ă notre prochaine destination : les geysers Sol de Mañana (soleil du matin). Nous nous accrochons Ă nos boules de coca dans la bouche et y arrivons sont trop de complications. Ces formations gĂ©othermiques font monter des traĂźnĂ©es de fumĂ©e qui peuvent atteindre la cinquantaine de mĂštres au lever du soleil, heure recommandĂ©e pour les observer (ce qui donne le nom de lâendroit) lorsque le froid du matin et le soleil donnent toute sa splendeur au phĂ©nomĂšne. Ces fumĂ©es toxiques ne restent pas moins impressionnantes au moment oĂč nous les visitons. Les conducteurs nous invitent Ă revenir aux jeeps pour reprendre la route vers lâendroit oĂč nous allons dĂ©jeuner.
Nous nous remplissons le ventre Ă lâauberge oĂč les conducteurs nous amĂšnent et nous reprenons rapidement la route car il est dĂ©jĂ tard et nous avons encore beaucoup de chemin Ă faire. Nous arrivons trĂšs vite au dernier et surement le plus incroyable arrĂȘt de la journĂ©e : la Laguna Colorada. Ce lieu unique est lâabri de beaucoup dâespĂšces protĂ©gĂ©e et une escale pour de nombreux oiseaux migrateurs. On y retrouve des flamants roses par milliers venus pour sây reproduire. La lagune compte 25% de la population mondiale de flamants des Andes et 50% de celle dâune autre espĂšce de flamants roses. Son nom est assez logique vu quâil veut dire lagune colorĂ©e et on comprend au premier coup dâĆil vu que la lagune a une eau dâune couleur allant de nuances de marron au rouge intense. Cette palette de couleur vient des sĂ©diments ainsi que de algues prĂ©sents dans la lagune. Nymphe et moi restons en position latĂ©rale de sĂ©curitĂ© chacun sur une des banquettes de la jeep Ă mĂącher nos feuilles de coca tandis que les autres gambadent parmi les flamants roses et les lamas qui sâabreuvent au bord de la lagune.
Nous repartons environ une heure avant le coucher du soleil et le chauffeur nous annonce que nous avons environ une heure et demi de route avant dâarriver Ă lâauberge oĂč nous passerons la nuit. Le temps passe assez vite dans les blagues et les rires et nous arrivons enfin Ă Villa del Mar, le petit village oĂč nous allons passer la nuit qui Ă©tait dĂ©jĂ tombĂ©e. On nous sert un bon repas chaud durant lequel un des chauffeurs viens vers nous et nous demande si ce serait possible de jouer quelques morceaux pour le staff de lâauberge et les quelques autres touristes qui y passent la nuit. AprĂšs consensus, on accepte et tout le monde sort son instrument. Enfin, tout le monde sauf Adel dont la grosse caisse contient la moitiĂ© de ses habits et prendrait une trentaine de minutes Ă dĂ©monter, vider et remonter. Il finit par prendre juste une cloche en se disant que ça allait passer. Les gens filment et profitent du set bien que faux Ă cause de lâaltitude et du froid. Nous allons ensuite tous dans nos chambres nous abriter sous nos couettes et profiter dâune nuit de sommeil bien mĂ©ritĂ©e.
Le lendemain matin, rĂ©veil Ă 7h30 pour aller prendre le petit-dĂ©jeuner et partir Ă 9h tapantes. On commence donc Ă charger la tonne de bagages Ă 9h20. Lionel, Nymphe et moi dĂ©cidons dâaller faire le long du petit village, le tour Ă©tant difficile avec une seule rue. A une des extrĂ©mitĂ©s de la rue, nous apercevons un canyon et une queue dâavion qui dĂ©passe. Nous nous mettons Ă grimper sans hĂ©sitation en espĂ©rant voir la carcasse de lâengin Ă©crasĂ©. Avec lâinscription « FAB-221 » et quelques recherches sur internet, je comprends quâil sâagit en fait dâun ULM des forces aĂ©riennes boliviennes mais pas plus de dĂ©tails sur comment il sâest retrouvĂ© au fond de ce canyon. Nous revenons Ă lâauberge pour constater que seulement un 4x4 sur deux est chargĂ©. Nous partageons notre dĂ©couverte de lâavion avec les autres qui sâempressent dâaller voir dâeux-mĂȘmes et prenons le relais pour passer les bagages aux chauffeurs qui sont sur le toit des jeeps. 10h passĂ©es, nous prenons enfin le dĂ©part pour le deuxiĂšme jour de notre odyssĂ©e.
Une fois dans la jeep et vu les effets de lâaltitude sur les non-initiĂ©s, nous demandons au conducteur si câest possible dâacheter des feuilles de coca dans le village. Il nous dĂ©pose dans une petite Ă©picerie et nous rentrons demander ce pour quoi nous sommes venus. Le vendeur nous dit quâil a des sacs de 30 bolivianos (3âŹ75) et des sacs de 10 bolivianos (1âŹ25). Edmond et moi prenons chacun un sac de 10 en nous disant quâon en aura pas besoin de beaucoup dans tous les cas. Nous voilĂ bien surpris donc quand lâĂ©picier reviens de lâarriĂšre-boutique avec deux sacs de la taille dâun Ćuf dâautruche. Nous rangeons tout ça et câest reparti. Nous nâavons pas de temps Ă perdre. Il y a beaucoup de choses Ă voir aujourdâhui dâaprĂšs le chauffeur. La jeep commence Ă sâaventurer dans des paysages de plus en plus rocheux et nous finissons par arriver Ă notre premiĂšre Ă©tape de la journĂ©e : La Copa del Mundo (pas besoin de traduire celle-ci). Nulle explication de la part du conducteur nâest nĂ©cessaire : Câest un gros rocher en forme de coupe du monde. On observe lâimmense caillou quelques minutes et sommes tout de suite distraits par les autres canyons autour, semblant propices Ă lâescalade. Alexis, Jean et Lionel, voyant les petites tours de pierres construites par les touristes dĂ©jĂ passĂ©s par ici, dĂ©cident de se lancer dans un projet faramineux et commencent Ă rassembler les plus belles pierres des alentours pour dresser la plus haute construction du lieu. Pendant ce temps, nous autres prenons des photos tout en haut des rochers impressionnants et redescendons avec prĂ©cautions petit Ă petit vers les jeeps. Les retardataires sont nos architectes en herbe qui ont du mal a quitter leur beau dolmen dâun mĂštre de haut.
La destination suivante est seulement quelques kilomĂštres plus loin dans la mĂȘme rĂ©gion rocheuse. On sâarrĂȘte devant un Ă©norme rocher en forme de thĂ©iĂšre. La nature est parfois trĂšs imaginative. Le conducteur nous annonce comment les vents et lâĂ©rosion ont formĂ© cette merveille naturelle qui dâaprĂšs les locaux a la forme dâun chameau. Chacun sa vision des choses jâimagine. Nous nous ruons pour escalader la thĂ©iĂšre et le rocher trois fois plus haut Ă cĂŽtĂ©. Nous nâavons pas vu de forme particuliĂšre dans cet amas rocheux. A vous dâen juger dâaprĂšs la photo. Valentin profite du fait quâon soit tous dispersĂ©s Ă diffĂ©rentes hauteurs du rocher pour faire une belle photo de groupe et nous redescendons en directions des jeeps. Edmond et moi offrons une tournĂ©e gĂ©nĂ©rale de feuille de coca car certains veulent essayer. Nous nâavons pourtant aucun problĂšme avec lâaltitude jusque-lĂ Â ; nous sommes redescendus aux alentours de 4000 mĂštres dâaltitude, de la rigolade quand on a dĂ©jĂ passĂ© la barre des 5000.
Pour rester dans le mĂȘme paysage canyonneux, les conducteurs nous emmĂšnent dans un vrai labyrinthe rocheux. Un sable fin jonche le sol plat et dâimmenses tours de pierre se dressent tels de gratte-ciels au milieu du dĂ©sert. Ceci explique en partie le nom de lâendroit : la Ciudad de la Italia Perdida (la CitĂ© de lâItalie Perdue). DâaprĂšs le chauffeur (et dâaprĂšs ce que jâai compris de son espagnol), ce lieu porte ce nom en hommage Ă deux italiens qui Ă©taient venus explorer lâendroit et qui sây sont perdu pendant des jours avant de retrouver leur chemin vers la civilisation. Nous nous enfonçons dans la citĂ© de pierre puis descendons des jeeps. Nous commençons Ă nous aventurer parmi les tours de pierre en repĂ©rant bien notre chemin, histoire de ne pas finir comme les deux italiens. On finit par se trouver quelques rochers dont les sommets sont accessibles et entamons lâescalade. Comme dâhabitude, nous nous posons un petit moment en haut pour une petite sĂ©ance photo et pour papoter un peu avec une vue sans pareil sur les canyons dâun cĂŽtĂ© et le dĂ©sert de lâautre.
Il est presque midi et avec la matinĂ©e dâescalade, les conducteurs nous proposent une pause de 15 minutes au bord dâun point dâeau avec des lamas. Nous nous y posons et profitons de la tranquillitĂ© de lâendroit. Quelques malins tentent dâapprocher les bĂȘtes. Plusieurs stratĂ©gies sont dĂ©ployĂ©es : imitation du cri de lâanimal (mĂȘme si personne ne sait quel bruit fait un lama), dissimulation parmi le troupeau en marchant Ă quatre pattes, approche en mode 1, 2, 3, soleil⊠Mais toutes Ă©chouent bien Ă©videmment et nous repartons vers les jeeps avec des crampes de rires Ă lâestomac.
Nous passons devant lâendroit oĂč le dĂ©jeuner est prĂ©vu mais le conducteur nous annonce que nous allons dâabord aller visiter un lieu proche qui vaut le dĂ©tour. Nous arrivons sur une plaine Ă cĂŽtĂ© dâun canyon et les conducteurs nous disent quâil faut marcher un peu pour arriver jusquâau lieu en question. Nous suivons leurs pas experts dâabord sur la plaine puis ensuite au-dessus des rochers. On continue Ă monter jusquâau moment oĂč on arrive au bout du rocher. Au-delĂ , nous apercevons une Ă©tendue dâeau noirĂątre entourĂ©e de canyons. Câest la Luguna Negra. Nous nous posons sur ce bord de rocher, admirons le paysage et redescendons car câest pas tout ça, mais on a faim.
On nous sert un repas bien copieux Ă base de riz, de salades diverses et dâun pastel de pĂ pas, un plat Ă mi-chemin entre le gratin dauphinois et les lasagnes. Bien entendu, en quelques minutes toutes les assiettes sont vides. Voyant cela, les brĂ©siliens qui font le voyage avec nous dans la troisiĂšme jeep, qui ont dĂ©jĂ compris quâon ne mange pas des quantitĂ©s normales pour des ĂȘtres humains, nous donnent gĂ©nĂ©reusement le reste de leur dĂ©jeuner (cet Ă dire la moitiĂ©, Ă croire quâeux non plus ne mangent pas non plus des quantitĂ©s normales pour des ĂȘtres humains). Nous repartons le ventre bien rempli. Prochaine destination : el Canyon del Anaconda. Non, cet endroit ne tient pas ce nom dâun gros rocher en forme dâanaconda (ce serait improbable quand mĂȘme) mais de la riviĂšre sinueuse et verte de vase qui coule tranquillement en bas du canyon. Nous sommes tout en haut de la falaise pour observer ce paysage. Nous allons Ă la recherche de coins de falaise moins frĂ©quentĂ©s des touristes pour ĂȘtre tranquilles.
Pour le prochain arrĂȘt, les conducteurs ont prĂ©vu une petite pause au petit village de San Augustin. Nous y trouvons une petite Ă©picerie oĂč nous faisons des courses de sucreries. Certains se posent au soleil sur les bancs de la place principale quand dâautres vont visiter les alentours. DĂ©jĂ 30 minutes sont passĂ©es dans le village et nous devons repartir en direction de notre derniĂšre Ă©tape de la journĂ©e : une voie ferrĂ©e parfaitement rectiligne en plein milieux de nulle part. Cette voie ferrĂ©e marque le dĂ©but de la rĂ©gion dĂ©sertique du salar dâUyuni (qui est le programme de la troisiĂšme et derniĂšre journĂ©e). Ces rails qui semblent sâĂ©tendre jusquâĂ lâinfini disparaissent Ă lâhorizon dans un mirage impressionnant. Nous dĂ©cidons de mettre Ă lâĂ©preuve notre sens de lâĂ©quilibre et allons essayer de marcher droit sur les rails. Les meilleurs arrivent Ă enchaĂźner trois pas avant de poser pied Ă terre. Nous prenons des photos Ă la perspective hallucinante et revenons vers les jeeps.
Sur les coups de 16h, on arrive dĂ©jĂ devant un petit bĂątiment en pĂ©riphĂ©rie dâun village au milieu de nulle part. Les conducteurs nous expliquent que nous passerons la nuit ici et nous nous empressons donc de prendre chacun un lit dans un des dortoirs pour Ă©viter de se retrouver dans la chambre conjugale que les deux derniers arrivĂ©s se partageront. Comme il est encore assez tĂŽt, nous partons Ă lâexploration des environs. A moins de 200 mĂštres Ă lâest, nous tombons sur un endroit assez particulier. Nous voyons des monticules de pierres dressĂ©s en dĂŽmes. En sâapprochant, nous nous apercevons quâil sâagit en fait du cimetiĂšre du village. Les dĂŽmes sont en fait des tombeaux dans lesquels un trou laisse apercevoir les ossements du dĂ©funt. Le sang glacĂ©, nous continuons notre route vers une zone de canyons qui a lâair idĂ©ale pour profiter du coucher du soleil. Ămilie rĂšgle lâappareil photo, lance un timelapse du coucher du soleil et se joint aux autres posĂ©s Ă rigoler et Ă lire le livre dâespagnol de Jean sur le sable qui devient de plus en plus froid. Tellement froid que nâavons plus la patience dâattendre la fin du timelapse et refaisons le chemin inverse vers lâauberge dĂšs que le soleil passe derriĂšre la ligne dâhorizon montagneuse. Une fois Ă lâabri du vent froid de lâaltiplano, nous profitons dâun bon matĂ© (boisson dâAmĂ©rique du sud Ă base dâinfusion de feuilles) de coca et dâune douche chaude pour la modique somme de 10 bolivianos (1âŹ25) pour certains. On nous sert ensuite un repas gĂ©nĂ©reux et mĂȘme une bouteille de vin par table. A la fin du repas, un des conducteurs vient nous voir et nous demande si ce serait possible de jouer quelques morceaux. Nous acceptons et sortons les instruments. Comme la veille, les gens sortent leurs smartphones et filment tout le set pour garder une trace des dĂ©hanchĂ©s endiablĂ©s des musiciens. Malheureusement, le set ne peut pas durer longtemps car les musiciens commencent dĂ©jĂ Ă suffoquer Ă cause de la poussiĂšre qui sâĂ©lĂšve du sol fait entiĂšrement de sel. Nous rangeons les instruments dans leurs Ă©tuis et sortons dehors pour trouver un ciel comme on en a jamais vu auparavant. Des centaines dâĂ©toiles Ă©clairent la voute cĂ©leste avec au milieu une Voie LactĂ©e Ă©clatante.
Le lendemain matin, les rĂ©veils sonnent Ă 4h30. Nous faisons rapidement nos sacs et les chargeons sur les jeeps. Il faut partir vite pour ne pas rater le lever du soleil sur le salar dâUyuni. Nous continuons la nuit dans les voitures et arrivons vers 6h du matin Ă lâentrĂ©e du Salar. Les jeeps roulent sur une route au beau milieu de ce qui semble ĂȘtre un lac immense. Câest en rĂ©alitĂ© juste une couche dâeau de quelques centimĂštres au-dessus de la mer de sel que sont les alentours. Ce miroir dâeau salĂ©e reflĂšte parfaitement les montagnes Ă lâhorizon donnant ainsi un paysage de lever de soleil quâon ne voit quâune fois dans une vie.
Nous prenons la route (enfin la piste de sel) ensuite vers notre prochaine destination oĂč nous attend le petit-dĂ©jeuner. Pour y arriver, les deux jeeps roulent lâune Ă cĂŽtĂ© de lâautre pendant une heure sans sembler avancer tant le paysage est plat et uniformĂ©ment blanc dans cette mer de sel de plus de 10000 kilomĂštres carrĂ©s.
Nous arrivons ensuite Ă lâĂle Incahuasi (oui une ile au milieu du dĂ©sert). Cette colline de corail est en fait une ile uniquement pendant les quelques jours de lâannĂ©e oĂč le salar et recouvert dâeau (comme Ă lâendroit du lever du soleil). Ăa peut paraitre absurde de dire que cette Ăźle est formĂ©e de corail alors quâelle se trouve Ă 4000 mĂštres au-dessus du niveau de la mer. Mais tout sâexplique quand on apprend que le salar est en fait une partie de mer qui sâest retrouvĂ©e coincĂ©e par la formation de montagnes autour et dont lâeau sâest Ă©vaporĂ©e en laissant tout ce sel. Cette Ăźle est surtout connue pour sa multitude de cactus imposants pouvant aller jusquâĂ 4 mĂštres de haut, avec une taille record de 12 mĂštres pour le plus haut cactus de lâĂźle. Nous escaladons le chemin amĂ©nagĂ© de la colline pour arriver au sommet oĂč nous observons lâimmensitĂ© du salar et le sel qui sâĂ©tend Ă perte de vue Ă lâhorizon. On se dit mĂȘme quâavec un peu dâimagination, on peut trĂšs facilement imaginer lâeau qui Ă dĂ» se trouver Ă un moment sur ces terres. AprĂšs une demi-heure passĂ©e Ă flĂąner et prendre des photos, nous redescendons pour le petit-dĂ©jeuner qui nous attend sur le parking.
Au moment du dĂ©part, nous partageons aux conducteurs que nous aimerions nous arrĂȘter une petite heure au milieu du salar Ă un endroit peu frĂ©quentĂ© des touristes. Le but de cette pause est de faire des photos dĂ©fiant la perspective et trompant la logique mais aussi de profiter de ce cadre unique pour tourner un clip pour un de nos morceaux. Ils acceptent volontiers et nous emmĂšnent Ă un endroit tout Ă fait comme on lâimaginait. Quelle que soit la direction dans laquelle on regarde, il y a du sel jusquâĂ lâhorizon. Nous nous empressons de dĂ©charger la jeep qui emmĂšne les instruments et nous mettons en position pour filmer. Les brĂ©siliens restent nous regarder un petit moment et finissent par partir au bout de 30 minutes du mĂȘme morceau jouĂ© en boucle et filmĂ© de tous les cĂŽtĂ©s. VoilĂ dĂ©jĂ presque une heure que nous nous sommes arrĂȘtĂ©s et le tournage arrive Ă son terme. Nous ne rangeons nĂ©anmoins pas les instruments tout de suite. Il est dâusage au salar dâUyuni de faire des photos qui jouent avec la perspective et le fait quâil nây ait aucun point de repĂšre dans le paysage (vous comprendrez ce que je veux dire avec cette photo :
Nous repartons donc, toutes cartes mĂ©moires remplies et batteries vidĂ©es, vers ce qui reste de lâaventure. Nous voyons une petite construction Ă lâendroit oĂč les conducteurs nous arrĂȘtent. Câest le plus vieil hĂŽtel de sel du salar. Maintenant, il nâa plus dâhĂŽtel que le nom, car il nâest plus en service mais sert plutĂŽt de checkpoint touristique oĂč on peut acheter des souvenirs. A cĂŽtĂ© de lâhĂŽtel, un petit espace est rĂ©servĂ© aux drapeaux que les touristes plantent lĂ . Il y en a des Ă©normes et on ne manque pas dâapercevoir le drapeau breton bien entendu, prĂ©sent Ă toute occasion. A quelques mĂštres, une petite construction de sel se dresse en lâhonneur du Dakar qui passe chaque annĂ©e par le salar dâUyuni depuis 2014.
Nous revoici de nouveau dans les jeeps. A lâapproche de Colchani, nous passons devant les mines de sel de cette rĂ©gion de salar. Il nây a lĂ que des monticules de sel grattĂ© et rassemblĂ© pour ensuite ĂȘtre ramenĂ© aux raffineries de Colchani pour ĂȘtre traitĂ©. Nous dĂ©cidons de ne pas sây arrĂȘter et continuons notre route. On arrive enfin Ă Uyuni, point final de notre pĂ©riple. Nos guides nous amĂšnent tout de suite au restaurant prĂ©vu pour le dĂ©jeuner car ils savent maintenant que nous ne prenons pas le sujet de la nourriture Ă la lĂ©gĂšre. On nous y sert un repas bien nourrissant et, alors quâon pensait le tour est fini, les conducteurs nous invitent Ă remonter dans les jeeps et nous annoncent que nous avons encore un lieu Ă visiter. Nous ressortons de la ville et nous retrouvons de nouveau en milieux dĂ©sertique. On arrive trĂšs vite donc Ă lâultime stop du voyage : le CimetiĂšre de Trains dâUyuni. On y trouve des carcasses de locomotives de la fin du XIX siĂšcle. AbandonnĂ©s lĂ , ces trains appartiennent au patrimoine de la ville et attirent les touristes aussi bien que les taggueurs. Nous y flĂąnons une bonne demi-heure et grimpons les vĂ©hicules en nous prenons pour des gangsters du Far West en plein braquage.
On nous amĂšne ensuite en ville, juste Ă cĂŽtĂ© de la gare ferroviaire car nous prenons le train pour Oruro le soir mĂȘme. Nous partons Ă la recherche de cartes sim, de wifi et de bon cafĂ© pour faire passer la fin de lâaprĂšs-midi. Nous disons aussi au revoir Ă Nymphe qui prend le bus pour Potosi, la prochaine destination de son voyage qui sâorganise au jour le jour. Mais ce nâest quâun au revoir, car nous la reverrons Ă Lima lorsquâelle y passera. La nuit tombĂ©e, nous âgĂźtanisonsâ dans la gare jusquâĂ minuit passĂ©, heure oĂč nous embarquons vers deux semaines parmi les Chipayas.
A la prochaine pour de nouvelles aventures,
Selim
Voyage - Santiago & Valparaiso - 23 au 29 avril
23 avril, 15h50 - Aéroport de Santiago
Nous faisons nos premiers pas sur le continent sud-amĂ©ricain, vivant un drĂŽle de voyage temporel qui nous amĂšne seulement 4 heures aprĂšs notre dĂ©collage de Suva, vers midi le mĂȘme jour. Un peu confus mais reposĂ©s d'avoir dormi pendant les vols, nous sortons du terminal pour retrouver Catalina, qui nous accueille dans sa ville. Nous chargeons nos bagages - plus lĂ©gers que les fois prĂ©cĂ©dentes puisqu'un sac est parti vivre sa vie lors de notre escale en Nouvelle-ZĂ©lande - et roulons vers la capitale chilienne, dans laquelle nous passerons quelques jours.
Nos affaires s'entassent sous l'escalier de la maison de Catalina et nous repartons rapidement en direction du centre-ville : un plan d'attaque a été défini depuis les Fidjis, nous aurons un concert tous les soirs, en commençant immédiatement. Ce premier concert a été l'occasion de retrouver des amis chiliens de Centrale, ce qui illumina la soirée et nous permit en plus de découvrir un aspect de la street food chilienne : les churrasco, lomito et autres hot-dogs completo, d'incroyables sandwichs avec de la viande, de l'avocat et de la tomate ou du fromage - de quoi satisfaire les besoins en gras de notre groupe d'affamés. Cette journée qui dure déjà depuis 34 heures - à quelques siestes prÚs - ne demande qu'à s'achever par une bonne nuit de sommeil, ce qui nous est accordé grùce aux lits, matelas, canapés et tapis de chez Catalina, qui nous loge avec beaucoup d'hospitalité.
Le lendemain nous retrouvons Rodrigo, un ami qui habite Santiago mais aussi tromboniste Ă la Band'a Joe, qui va nous mener vers les meilleurs endroits de la ville oĂč jouer pour les passants. Instruments sur le dos, nous parcourons les rues jusqu'Ă arriver Ă la Plaza de Armas, bordĂ©e de rues piĂ©tonnes commerçantes Ă l'air idĂ©ales pour nous. Ravis, nous dĂ©plions notre banniĂšre et montons les instruments, quand deux carabineros qui passaient par lĂ nous invitent gentiment Ă ne pas en faire plus, au risque d'une amende. Ils nous conseillent d'aller dans un autre quartier de la ville oĂč nous pourrons jouer plus tranquillement. Un peu déçus, nous profitons quand mĂȘme d'ĂȘtre dans le centre-ville pour s'Ă©quiper de cartes sims et dĂ©jeuner - encore une fois Ă base de viande grasse et d'avocat. C'est l'occasion pour tous les non hispanophones de se rendre compte de l'erreur stratĂ©gique qu'ils ont fait, sachant que pas un commerçant n'a l'air de vouloir parler autre chose qu'espagnol, et ce, dans la capitale du Chili. Cela fait, nous marchons vers notre terre promise de la musique de rue, avec un petit arrĂȘt touristique au parc Cerro Santa Lucia, qui offre une jolie vue sur la ville.
Enfin nous trouvons un endroit, certes pas idĂ©al, mais oĂč ni voisins, ni commerçants, ni carabiniers vĂȘtus de vert n'y trouvent quelque chose Ă redire. Quelques morceaux sont jouĂ©s, attirant l'intĂ©rĂȘt des passants et presque assez de pesos pour faire un cadeau Ă la maman de Catalina en remerciement de son accueil chaleureux.
Mais le soleil ne va pas tarder Ă se coucher derriĂšre les montagnes qui entourent la ville, nous devons donc nous hĂąter vers le concert du soir : un bar conseillĂ© par Rodrigo, un peu excentrĂ© mais Ă l'air plutĂŽt enthousiaste quant Ă notre venue. AprĂšs deux bus et une petite sieste, nous arrivons dans un quartier Ă l'air rĂ©sidentiel, dans lequel nous trouvons le Robert Nesta Bar. Nous sommes accueillis par une dĂ©coration atypique et travaillĂ©e Ă base de recup, de tentures et de coussins et par des gens souriants et anglophones qui travaillent ici. Nous sommes gĂątĂ©s de biĂšre artisanale et de pizzas maisons, pendant que le bar se remplit et que d'autres musiciens jouent sur la scĂšne. Enfin, c'est Ă nous, nos morceaux s'enchainent et semblent plaire, le dance floor se remplit, les story instagram pleuvent et on pardonne mĂȘme l'espagnol mĂȘlĂ© d'anglais de notre speaker encore peu accoutumĂ© Ă ce difficile exercice. Ce set doit malheureusement se terminer quand les gĂ©rants du bar annoncent la fermeture. En tant que musiciens nous pouvons rester un peu et discutons avec les gĂ©rants de l'histoire du bar, Ă la base salle de rĂ©pĂ©tition pour un groupe de musique, transformĂ© par le groupe d'amis qui le gĂšre de nos jours en un lieu de musique, de fĂȘte et de bonne biĂšre. L'heure tourne, les plus fatiguĂ©s ou enrhumĂ©s par le changement de climat soudain commencent Ă trouver les canapĂ©s bien confortables et le bar va fermer pour de bon. Chacun est donc mis dans un uber par les plus lucides Ă cette heure et ramenĂ© tant bien que mal dans son lit, oĂč il pourra ronfler en paix.
Le lendemain, un nouveau plan de bataille nous attend : nous avons dĂ©cidĂ© de prĂ©parer le dĂźner du soir chez Catalina, pour remercier sa mĂšre de son hospitalitĂ©. Nous ferons un plat qui nous semble Ă la fois Ă peu prĂšs français et facile Ă prĂ©parer : des crĂȘpes.
Le plan d'attaque est le suivant :
Une premiĂšre Ă©quipe de courageux lĂšve tĂŽt se tire dĂšs l'aurore de son lit et se rend Ă un supermarchĂ© pour rĂ©unir tous les ingrĂ©dients nĂ©cessaires. Une fois revenus de cette premiĂšre quĂȘte ils commencent la prĂ©paration des crĂȘpes, d'abord avec la pĂąte puis en cuisant les crĂȘpes.
Une deuxiĂšme Ă©quipe prend ensuite le relais en continuant Ă cuire la pĂąte puis, Ă l'approche du repas, garnit les crĂȘpes salĂ©es d'un oeuf, de jambon et d'oignons caramĂ©lisĂ©s.
Ce plan se rĂ©alisera Ă merveille et mĂȘme mieux que prĂ©vu grĂące Ă la main un peu lourde de l'Ă©quipe du matin sur la quantitĂ© de pĂąte Ă crĂȘpes nĂ©cessaire. Chacun pĂ»t se rĂ©galer de crĂȘpes salĂ©es et sucrĂ©es accompagnĂ©es de pisco sour, un cocktail contenant notamment du pisco et du blanc d'Ćuf, une spĂ©cialitĂ© chilienne.
Cette journée fut aussi l'occasion pour certains de visiter la ville lors d'un tour à pieds dans le centre-ville avec quelques explications sur l'histoire du pays.
Plaza de Armas
La Moneda, siÚge de la présidence du Chili
Le lendemain, nous partons pour ValparaĂso, Ă 1h de bus de Santiago. La ville est situĂ©e sur la cĂŽte, rĂ©putĂ©e pour ses constructions colorĂ©es Ă flanc de colline, son port, et son ambiance propice Ă l'art et Ă la musique. Dans cette aventure nous sommes accompagnĂ©s par Rodrigo, qui se rĂ©vĂšlera ĂȘtre un atout certain pour trouver tout type de bons plans, en plus d'apporter son sourire et sa bonne humeur.
DĂšs notre arrivĂ©e, nous nous dirigeons avec tous nos instruments en direction du port. Sur le chemin nous sommes arrĂȘtĂ©s Ă un coin de rue par une offre Ă laquelle plusieurs dâentre nous cĂšdent : le kilo de fraises Ă 1000 pesos (soit 1,30âŹ).
Le paradis
A partir de ce moment il faut imaginer le reste du trajet avec quelques personnes piochant en continu des fraises dans une rĂ©serve infinie, avec les doigts rouges et collants et lâestomac rempli des dĂ©licieux fruits jusquâĂ ne plus pouvoir en manger. Au port nous trouvons un bateau de plaisance qui accepte de prendre notre groupe et sa quantitĂ© absurde de bagages pour un petit tour en mer guidĂ©. Nous admirons la ville depuis la mer, avec ses nombreuses collines recouvertes d'habitations, naviguant entre les porte-containers et bateaux de la flotte chilienne, et croisons quelques mammifĂšres marins qui se dorent au soleil.
AprĂšs cette jolie balade nous avons retrouvĂ© la terre ferme pour goĂ»ter de fameux empenadas (pĂąte brisĂ©e ou feuilletĂ©e, fourrĂ©e de fromage fondu, ou viande et oignons et divers lĂ©gumes), avant de partir en quĂȘte d'un endroit oĂč jouer dans la rue. Ici, le problĂšme est tout autre qu'Ă Santiago, personne ne nous empĂȘche de jouer, si ce n'est d'autres groupes de musique dĂ©jĂ installĂ©s dans les meilleurs spots de la ville. AprĂšs avoir errĂ© quelques temps entre places occupĂ©es par des guitaristes-chanteurs dignes du parvis de l'OpĂ©ra et carrefours ambiancĂ©s par des groupes locaux, nous avons fini par trouver un lieu et un crĂ©neau disponible pour jouer. Les gens s'attroupent autour de notre coin de la Plaza Anibal Pinto, un chien des rues vient s'allonger sur notre tenture pour ĂȘtre aux premiĂšres loges.
AprĂšs quelques morceaux sous le soleil, nous reprenons toutes nos affaires, direction l'hostel oĂč nous dormirons. On s'y installe rapidement puis partons, plus lĂ©gers, pour une visite guidĂ©e de la ville. Deux versions sont proposĂ©es : une premiĂšre avec une guide française qui propose une visite culturelle et historique, une deuxiĂšme en suivant Rodrigo dans une balade sur les collines de la ville en apprenant l'espagnol. Les deux groupes ont pu dĂ©couvrir la beautĂ© du quartier de cerro Alegre, recouvert de fresques et d'art, et donnant une jolie vue sur le port.
Le deuxiĂšme groupe dĂ©cide de finir sa visite en goĂ»tant une spĂ©cialitĂ© locale : le terremoto, boisson Ă base de vin et de glace, entre autres ingrĂ©dients. Le bar El Gato En La Ventana semble ĂȘtre l'endroit idĂ©al, d'autant plus que - comme son nom l'indique - il serait la demeure de quelques chats, ce qui est un atout majeur. AprĂšs un voyage dans un des fameux ascenceurs pour descendre dâune colline (un genre de funiculaire trĂšs raide qui permet de se rendre sans effort sur une colline), le groupe arrive devant le bar pour le trouver fermĂ© malheureusement. Un employĂ© venu prĂ©parer l'ouverture du bar est interpellĂ© par Rodrigo qui mĂšne finement la conversation jusqu'Ă obtenir une proposition de concert dans ce bar, le soir mĂȘme. Satisfait, le groupe part cĂ©lĂ©brer cette bonne nouvelle avec d'Ă©normes Chorillanas, encore une spĂ©cialitĂ© exceptionnelle Ă base de frites, Ćufs, viande et gras.
Quelques heures plus tard, tout le monde se retrouve au bar en avance, puis il est décidé de commencer par jouer dans la rue car elle est trÚs animée le soir. Nous rassemblons encore une fois passants et chiens des rues, avec ces derniers qui accompagnent nos morceaux de leurs aboiements.
Nous retournons ensuite au bar oĂč nous devons jouer plus tard et Ă©coutons le groupe qui passe avant nous, dĂ©couvrant des sonoritĂ©s nouvelles mais que nous retrouverons souvent dans les mois prochains. Ă notre tour de monter sur scĂšne, nous ne sommes pas rassurĂ©s car la salle n'est pas trĂšs remplie et les gens sont tous assis Ă une table, ce qui n'est pas idĂ©al pour danser. Bonnes surprises : la scĂšne est large et l'acoustique de la salle est trĂšs bonne. La qualitĂ© musicale s'en ressent, chacun prenant beaucoup de plaisir Ă jouer, et cela semble plaire au public qui Ă©coute attentivement et applaudit chaque morceau. La fatigue nous rattrape et nous rentrons nous coucher, aprĂšs avoir dĂ©cidĂ© de rester un jour et un soir de plus dans cette ville pour mieux en profiter.
La journée du lendemain nous permet de visiter encore la ville, un peu plus tranquillement. On se promÚne dans les hauteurs de la ville, certains vont jusqu'à la Sebastina, maison de Pablo Neruda profiter de la vue imprenable puis descendent vers un musée d'art en plein air, tandis que d'autres profitent du beau temps au parc du centre culturel Ex Carcel.
Le soir nous jouons au bar El Viaje aprĂšs quelques morceaux dans la rue pour attirer les passants. La tactique - normalement sans faille - Ă©choue en partie quand le public est attirĂ© en chemin par un autre brassband qui joue un peu plus bas dans la mĂȘme rue. Le bar se remplit au fil des chansons et la soirĂ©e prend une bonne tournure. AprĂšs le concert nous sortons devant le bar et profitons des chants d'un groupe de plusieurs personnes qui font un chĆur dont la beautĂ© nous fait rester dans le froid, debouts sur les pavĂ©s. Certains, frappĂ©s de fatigue rentrent se coucher tandis que d'autres font durer la soirĂ©e dans les rues toujours animĂ©es du centre ville.
Nous repartons pour Santiago le lendemain matin, pour notre derniĂšre journĂ©e avant le dĂ©part en avion pour San Pedro de Atacama, au nord du pays. Une fois dans la capitale, plusieurs groupes se forment. Une majoritĂ© rentre chez Catalina pour se reposer, certains vont en quĂȘte d'accessoires de saxophones divers, ou profitent de la journĂ©e pour revoir des amis en stage de cĂ©sure Ă Santiago. Le sac vagabond Ă©garĂ© lors du dernier vol retrouva son chemin jusqu'Ă son propriĂ©taire, juste Ă temps pour notre dĂ©part. Le soir, nous rentrons tous chez Catalina pour une derniĂšre soirĂ©e avec barbecue et le fameux piscola (cocktail pisco et coca).
AprĂšs quelques heures de sommeil tout le monde est tirĂ© de son lit de force et nous allons Ă l'aĂ©roport avec presque toutes nos affaires - quelques sous vĂȘtements sortis d'une lessive furent lĂ©guĂ©s Ă la maman de Catalina. Tout le monde embarque sans gros problĂšme mais parfois dans un Ă©tat proche du sommeil, certains se rĂ©veilleront vraiment seulement dans quelques heures, Ă l'aĂ©roport de Calama, pour de nouvelles aventures que nous vous raconterons dans un prochain article
Emilie

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Ateliers Ă Suva Primary School - Petites histoires
8h16 (UTC+12), Suva.
Le salon de notre maison commune est en Ă©bullition : certains engouffrent une ultime bouchĂ©e de tartine au beurre de cacahouĂštes, dâautres attrapent divers objets incongrus (ecocups, enceinte bluetooth, flutes, petites balles, feuilles et stylo, ou tubes de PVC coupĂ©s), le reste est dĂ©jĂ devant la porte, prĂȘts Ă partir, lançant quelques encouragements aux retardataires. Enfin, aprĂšs avoir hĂ©lĂ© quelques taxis (trĂšs courants aux Fidjis et abordables quand on sây serre Ă 4 ou 5) et affrontĂ© le lĂ©ger trafic du matin, nous nous retrouvons pile Ă lâheure devant la porte de la Suva Primary School. DĂšs notre entrĂ©e dans la cour, une nuĂ©e de filles en robe colorĂ©e et de garçons en chemise et short gris se presse autour de chaque binĂŽme. « What are we doing today? Did you bring the drums? Are we going to play cowboy??â. Les groupes sâinstallent dans leur espace (salle de classe ou coin de cour dĂ©limitĂ© par un tapis), les retardataires arrivent en courant et en rigolant, lâatelier va commencer !
A Suva Primary School, nous Ă©tions organisĂ©s en 6 binĂŽmes de 2 animateurs qui sâoccupaient chacun de 2 groupes dâune dizaine dâenfants des classes de Year 2, Year 3 et Year 4 (7 Ă 10 ans). Un premier atelier avait lieu Ă 8h30 avec un premier groupe, puis un deuxiĂšme Ă 9h30 avec le second groupe. Bien que nous avions tous des objectifs communs chaque semaine pour les enfants (apprentissage de rythmes, de chansons, construction dâinstruments puis spectacle), les binĂŽmes gardaient une grande libertĂ© dans la prĂ©paration et la rĂ©alisation de leurs ateliers. Les groupes dâenfants Ă©taient Ă©galement tous trĂšs diffĂ©rents, allant de la classe modĂšle Ă la plus difficile Ă tenir. Pour donner une idĂ©e de ce que chaque groupe a pu vivre, interrogeons donc chaque binĂŽme pour voir ce quâils ont Ă nous raconterâŠ
Adel et Benjamin
- Un atelier que votre groupe a adoré ?
Ils ont adorĂ© le jour oĂč on leur a fait une petite initiation Ă la flĂ»te Ă bec ! On avait amenĂ© des flĂ»tes, avec pour but de leur apprendre Ă jouer un petit truc simple comme « FrĂšre Jacques ».
On commence lâatelier en leur montrant comment boucher les trous de la flĂ»te les uns aprĂšs les autres pour faire une gamme. Ils sont tout excitĂ©s, mais ont presque tous le mĂȘme problĂšme : leurs mains et leurs doigts sont petits, ce qui fait quâils nâarrivent pas toujours Ă faire les bonnes notes. Ăa allait pour la premiĂšre main, puis ensuite quand il fallait mettre la deuxiĂšme, ils enlevaient la premiĂšre. En plus de ça, ils ne comprenaient pas vraiment pourquoi ils ne faisaient pas les bonnes notes, nâayant jamais fait de musique avant. On essaye de leur expliquer comme on peut, mais difficile de surpasser leur problĂšme de taille et de dextĂ©ritĂ©.
Beaucoup dâapplication malgrĂ© la difficultĂ©
Ils pensaient que c'Ă©tait facile au dĂ©but, mais ils se sont vite rendu compte sue c'Ă©tait plus dur que prĂ©vu. Seule une fille a rĂ©ussi Ă jouer FrĂšre Jacques Ă la fin de cet atelier. Mais malgrĂ© ces difficultĂ©s, on a Ă©tĂ© surpris par leur dĂ©termination et par le fait qu'ils en redemandaient Ă la fin ! Du coup on a ramenĂ© les flĂ»tes le lendemain et on leur a fait travailler la mĂȘme chose : Ă la fin ils rĂ©ussissaient tous Ă boucher correctement les premiers trous, et Ă faire des notes correctes. Tous les enfants arrivaient Ă faire les premiĂšres notes de « FrĂšre Jacques » donc on leur a fait jouer le dĂ©but tous ensemble. Malheureusement on nâa pas continuĂ© les sĂ©ances d'aprĂšs car on est passĂ© Ă la construction dâinstruments, ce qui les a aussi bien emballĂ©s.
Leur jeu préféré : « fisherman » !
Le jeu est super simple, dâailleurs on ne comprenait pas forcĂ©ment pourquoi ils lâadoraient autant, mais en tout cas Ă chaque fois quâon demandait quel jeu ils voulaient faire en fin dâatelier, câĂ©tait celui-lĂ quâils rĂ©clamaient. MĂȘme au moment de la sonnerie, ils voulaient encore continuer Ă jouer, autant de fois que possible.
Le « fisherman » câest un « poisson-pĂȘcheur », le classique jeu de colo oĂč un groupe de « pĂȘcheurs » choisit un nombre et forme une ronde en levant les bras, puis les autres enfants (les « poissons ») doivent passer Ă lâintĂ©rieur de la ronde pendant que les pĂȘcheurs comptent. Quand le nombre choisi est atteint, le filet est fermĂ© (les pĂȘcheurs baissent les bras) et tous les poissons Ă lâintĂ©rieur sont attrapĂ©s et doivent rejoindre lâĂ©quipe des pĂȘcheurs.
Alexis et Tony
Alexis et Tony avaient deux groupes dâenfants trĂšs diffĂ©rents : le premier Ă©tait un groupe de filles toutes gentilles et douĂ©es, le deuxiĂšme Ă©tait un peu plus difficile.
- Vous aviez un groupe un peu difficile, quel est le pire coup quâils vont ont fait ?
Un jour, un des enfants â un des moins attentifs â sâest mis Ă se jeter par terre. Mais littĂ©ralement se jeter comme un sac. Ou alors tomber comme abattu par un mal horrible, mais sans aucune raison. En voyant cette nouvelle activitĂ© passionnante, tous les autres se sont mis Ă lâimiter en rigolant, alors quâon les regardait, Ă©bahis. Une variante consistait Ă se jeter aux pieds de l'autre pour lancer un mini duel qui finissait en pleurs des deux opposants. Impossible de les raisonner, câĂ©tait lâhorreur de les calmer. Heureusement, ils se sont lassĂ©s et on a pu retrouver un peu de normalitĂ© Ă lâatelier suivant.
- Un moment drÎle avec eux ?
Un vendredi matin, juste avant PĂąques, il y avait un genre de fĂȘte Ă lâĂ©cole alors les enfants Ă©taient tous bien habillĂ©s ou dĂ©guisĂ©s. Un de nos enfants est arrivĂ© en atelier tout fier de son costume : il Ă©tait dĂ©guisĂ© en ange, avec dâĂ©normes ailes garnies de plumes. Malheureusement, cela a donnĂ© de bonnes idĂ©es Ă ses amis qui se sont amusĂ©s Ă le plumer petit Ă petit.
Une autre histoire : lors dâun des premiers ateliers, nous avons proposĂ© aux enfants de jouer aux chaises musicales pour finir lâatelier. Câest quelque chose que nous faisions souvent au Cambodge et qui marchait toujours bien. Le jeu est simple : les enfants marchent autour de chaises (il y a une chaise de moins que le nombre dâenfants) pendant que lâun de nous joue de son instrument. Quand il arrĂȘte les enfants doivent sâasseoir sur une chaise, celui qui nâa pas de chaise a perdu et est Ă©liminĂ©, puis le jeu continue avec les autres en enlevant encore une chaise. Nous ne connaissions pas encore bien ce groupe et ne pouvions nous douter de ce qui allait arriver. Les enfants, fans du jeu et voulant gagner Ă tout prix, finissaient par se pousser les uns les autres pour avoir une chaise. ForcĂ©ment, un enfant un peu bousculĂ© sâest mis Ă pleurer. Un des autres, le plus frĂȘle du groupe, a dit en nous regardant dâun air sĂ©rieux : « si on continue ce jeu, on va tous mourir ». Attendris, nous avons quand mĂȘme continuĂ© un peu le jeu â sans consĂ©quence sur la santĂ© de nos petits monstres.
Un exemple dâatelier de chaise musical (Edmond et Valentin)
- Et votre autre groupe, comment ça se passaient ?
Nous avions aussi un groupe constituĂ© principalement de filles. Ces enfants Ă©taient super enthousiastes et plutĂŽt douĂ©s. Par exemple ils ont adorĂ© la cup song (rythme fait en tapant sur des Ă©cocups, inspirĂ© de la cĂ©lĂšbre chanson) ! On a passĂ© un atelier Ă leur apprendre, puis aux ateliers suivants, on les voyait sâamuser Ă reproduire le motif avec tout en nâimporte quoi. Nâayant pas dâĂ©cocup sous la main, ils utilisaient ce quâils avaient qui y ressemblait : trousse, bouteille dâeau vide. On les soupçonne mĂȘme de sâĂȘtre entraĂźnĂ©s chez eux car on les voyait progresser entre deux ateliers.
La cup song : un atelier adoré par tous les groupes (ici les enfants du groupe Emilie et Tim)
- Une anecdote rigolote ?
A la fin des ateliers on leur demandait ce qu'ils voulaient faire comme jeu, en choisissant parmi les jeux quâon leur avait dĂ©jĂ appris. Un jour, pour changer, nous avons demandĂ© aux enfants de proposer eux-mĂȘmes un jeu. Une fille sâest portĂ©e volontaire et a donc expliquĂ© Ă tout le monde son " jeu" : elle a mis les enfants par groupe, chaque groupe ayant une couleur et Ă©tant soigneusement notĂ© au tableau. Les groupes se rĂ©partissent dans la piĂšce et elle explique : il faut choisir puis chanter une chanson ce qui permet de gagner un point ou pas. La distribution des points par la petite chef du jeu suit le critĂšre assez arbitraire de « je trouve ça bien ou pas bien ». Une souris verte chantĂ©e par Alexis et moi se vit ainsi attribuer 1 point, aprĂšs hĂ©sitation. Nous Ă©tions Ă©tonnĂ©s de voir que les autres enfants ne remettaient pas du tout en cause cette notation arbitraire, mĂȘme sâils ne recevaient pas de point, et Ă©taient mĂȘme plutĂŽt enthousiastes. Malheureusement ce jeu absurde mais mignon dĂ»t ĂȘtre interrompu avant sa fin : il Ă©tait l'heure de commencer notre deuxiĂšme atelier, de retrouver nos enfants terribles.
Ewan et Laurent
Ewan, Laurent et leurs deux groupes en mĂȘme temps
- Un moment qui vous a surpris ?
Tout semblait indiquer que ce matin allait ĂȘtre un atelier comme les autres. Un dernier dĂ©tail restait Ă rĂ©gler pour trouver un petit moyen ludique, bref et simple de concentrer le groupe et commencer l'atelier.
Une idĂ©e nous vint alors, ce petit jeu stupide, un peu casse-tĂȘte Ă expliquer mais trĂšs rapide Ă comprendre par induction une fois le jeu lancĂ©. Le jeu est simple : on se compte. Les rĂšgles : chacun ne parle qu'une seule fois, dit un nombre, le groupe ne se concerte pas (donc ne parle pas en dehors du compte) ; si deux personnes parlent en mĂȘme temps, annonce un chiffre en mĂȘme temps : c'est perdu (le dĂ©nombrement Ă©tant ratĂ©) ! Le but : arriver le plus loin possible dans le compte.
En théorie, deux minutes et c'était bon !
Nous expliquons les rĂšgles, montrons un exemple simple et les enfants visiblement trĂšs enthousiastes semblent avoir compris les rĂšgles. Je lance alors le jeu par un simple "Top!" en claquant des mains... Et les enfants rĂ©pondent instantanĂ©ment d'un cri en chĆur : "Un!".
Presque oui..! On rĂ©explique les rĂšgles, on relance, mĂȘme rĂ©sultat.
Ewan : OK. Presque. PrĂȘt..? TOP!
Toute la classe d'une mĂȘme voix : UN !
Cette fois-ci le bonheur est complet, certains se lÚvent et courent partout, sautent de joies devant nos yeux incrédules. AprÚs une minute d'euphorie, interruption du jeu et explication :
Ewan : Alors, si vous remarquez qu'en faisant exactement la mĂȘme chose 20 fois d'affilĂ©e ça ne marche pas, ça peut peut-ĂȘtre Ă©ventuellement dire que ce n'est pas la bonne technique !
La classe en chĆur : OK !
Laurent : Bon, alors on va faire un dernier essai et cette fois-ci tentez de ne pas rĂ©pondre tous "UN !" immĂ©diatement et simultanĂ©ment ! N'oubliez pas que l'objectif est d'arriver jusqu'Ă 8 puisque vous ĂȘtes 8.
Ewan : Donc, par exemple si je dis Top..
La classe en chĆur, sautant de joie : "UN !", et courant ensuite partout dans la salle.
Laurent : Mais non mais c'était un exemple..!
Ewan : OK.. Donc, écoutez juste ; ne parlez pas ; on va vous montrer un exemple avec Laurent.. Donc si je dis "Top"!..
Les enfants rĂ©pondent Ă l'unisson d'un mĂȘme cri de joie et certains se lĂšvent mĂȘme pour courir dans la classe en levant les bas au ciel d'un air vainqueur, convaincus d'avoir percĂ© les secrets d'un jeu complexe.
AprÚs quelques efforts et des techniques secrÚtes d'explication, nous parvenons à ramener le silence dans la classe et à leur faire comprendre que Laurent va commencer seul le compte suite au "Top", pour débloquer la situation et les faire monter plus loin dans le compte :
Ewan : Top !
Laurent : 1 !
La classe entiÚre, immédiatement, simultanément, parlant comme un seul enfant fou de joie : 2 !
Quelques minutes passent encore, avant que nous finissions par interrompre le jeu en leur disant qu'ils ont malheureusement perdu, ce qui a l'air de les décevoir, sans qu'ils ne comprennent davantage la raison de leur échec.
Par un quelconque miracle, le groupe plus jeune de l'atelier suivant arriva quant Ă lui trĂšs rapidement jusqu'Ă 8 (sur 12).
Jean et Lionel
- Quel était le point fort de votre groupe ?
Nos enfants Ă©taient de trĂšs bons chanteurs ! Ils Ă©taient capables de trĂšs bien chanter et pouvaient mĂȘme inventer dâautres voix sur les chansons quâon leur proposait. On sâen est rendu compte dĂšs le dĂ©but des ateliers quand on leur a fait chanter le cĂ©lĂšbre « O when the saints », quâils connaissaient dĂ©jĂ en plus et quâils chantaient trĂšs bien. On en a profitĂ© pour leur apprendre plein de chansons. On leur a fait chanter FrĂšre Jacques, une chanson de Pirates des CaraĂŻbes, le classique « Le Lion est mort ce soir », « Ohio » de Justice que nous avons ensuite fait avec les autres groupes au spectacle, et enfin « Friends » quâun des groupes a chantĂ© au spectacle Ă la fin de sa scĂšne.
Echauffement de la voix : important avant de chanter
On leur a aussi appris la cĂ©lĂšbre chanson pour enfants en français : « Les petits poissons ». Et lĂ câest une autre histoire marquante de nos ateliers : on ne pouvait pas du tout sâattendre Ă la rĂ©action que les enfants ont eue. Quand on a commencĂ© Ă chanter pour leur montrer le morceau, toutes les filles de la classe se sont mises Ă ne plus bouger, en ayant lâair toutes tristes. On leur a parlĂ© et on leur a demandĂ© ce qui nâallait pas, mais elles ne voulaient pas rĂ©pondre, on ne pouvait rien faire. Bon, au final on leur a quand mĂȘme fait chanter la chanson pour le spectacle, et ça allait mieux, la tristesse inexpliquĂ©e Ă©tait passĂ©e. On nâa jamais su ce qui a provoquĂ© ça, ça restera un mystĂšre.
- Un atelier que vous avez bien aimé ?
Le premier jour avec eux, on a prĂ©sentĂ© lâatelier comme un jeu tĂ©lĂ©visĂ© pour le rendre plus amusant : nous les animateurs on Ă©tait les prĂ©sentateurs, et les enfants Ă©taient les participants au jeu. On a utilisĂ© ce cadre pour dâabord se prĂ©senter, puisqu'on ne se connaissait pas encore, puis pour leur faire deviner le nom des diffĂ©rents instruments (prĂ©sentĂ©s la veille), et enfin pour leur faire apprendre des petits rythmes et les faire chanter pour gagner des points dans le âjeuâ. Tout le long, on restait dans la peau de notre personnage et un des groupes a vraiment adorĂ© et a bien jouĂ© le jeu !
Pour plusieurs de nos ateliers on faisait une histoire qui servait de fil conducteur Ă lâatelier : ça motivait Ă fond les enfants et ça servait de transition entre les diffĂ©rentes activitĂ©s quâon leur faisait faire. On leur a fait vivre une aventure de pirates avec carte au trĂ©sor, puis une quĂȘte Ă©pique dans un chĂąteau avec Ă©pĂ©es et dragons.
Edmond et Valentin
- Une activitĂ© avec votre groupe qui nâa pas marchĂ©e comme prĂ©vu ?
Un matin en atelier nous avons décidé de jouer au jeu du guide aveugle pour commencer sur une note ludique. Ce choix, apparemment anodin, a vite été amÚrement regretté.
Le contexte du jeu est le suivant : la salle de classe est divisée en 3 zones, chaque zone étant associée à une note jouée au saxophone. Ensuite, il y a deux étapes :
PremiĂšre manche : les enfants sont Ă la file et doivent se rendre un par un Ă la zone quâils pensent ĂȘtre la bonne, suite Ă la note jouĂ©e
DeuxiĂšme manche : les enfants sont par paire, un des enfants est « lâaveugle », il a les yeux bandĂ©s et son ami doit le guider vers la bonne zone (selon les mĂȘmes rĂšgles que prĂ©cĂ©demment)
Cela parait simple, non ? DĂ©trompez-vousâŠ
On commence par un tour d'essai oĂč on leur a montrĂ© les zones et les notes, ils Ă©taient en file et devaient se rendre Ă la zone qui leur semblait correcte. Chaque enfant allait effectivement Ă un coin de la salle, mais aucun n'allait au bon. MĂȘme aprĂšs avoir vu un camarade se tromper, ils reproduisaient la mĂȘme erreur en allant Ă la mĂȘme zone â que nous avions dĂ©jĂ indiquĂ©e comme Ă©tant une erreur. Voulant les empĂȘcher de choisir une zone au hasard ou de se laisser influencer par le choix des autres, on a essayĂ© une nouvelle fois en faisant un dĂ©compte de 5 secondes, au bout duquel ils devaient se trouver dans la zone quâils pensaient ĂȘtre la bonne. En fait ça a empirĂ© les choses : Ă partir du dĂ©but du dĂ©compte ils se mettaient Ă courir frĂ©nĂ©tiquement entre les zones, jusqu'Ă finalement perdre puisqu'ils se retrouvaient dans une zone alĂ©atoire, voire mĂȘme hors de toute zone...
DĂ©sespĂ©rĂ©s, mais souhaitant quand mĂȘme enchaĂźner sur la deuxiĂšme partie du jeu â un peu plus difficile mais aussi plus ludique â nous avons donc continuĂ©, mis les enfants par paire et bandĂ© les yeux de lâun des deux. Au dĂ©but on essayait de voir s'ils allaient au bon endroit â sait-on jamais. Ce n'Ă©tait pas le cas. Pour faciliter la tĂąche on a dĂ©cidĂ© d'indiquer au guide l'endroit correct avant qu'il ne mĂšne son ami, pour quâil nâait plus quâĂ indiquer la direction Ă prendre. Aucun groupe nâa rĂ©ussi. Certains binĂŽmes avaient des problĂšmes au niveau de la façon de faire du guide : un guide pensait que dire « avance » sans plus de dĂ©tails Ă son ami suffirait, un autre sâamusait Ă envoyer son ami dans le mur plutĂŽt que de le guider vers le bon endroit. Un autre binĂŽme avait un problĂšme autrement intĂ©ressant : l'aveugle allait Ă gauche quand le guide lui disait d'aller Ă droite et inversement. Lâenfant connaissait bien sa droite et sa gauche â on a vĂ©rifiĂ© â pourtant une fois les yeux bandĂ©s ça devenait impossible pour lui de sâorienterâŠ
Ce jeu qui avait super bien fonctionnĂ© en vingt minutes au Cambodge s'est Ă©tirĂ© de la maniĂšre dramatique dĂ©crite ci-dessus sur l'ensemble de l'atelier d'une heure. Autant dire que nous nâavons jamais rĂ©essayĂ© et sommes vite passĂ©s Ă autre chose pour la suite.
Emilie et Tim
- A quel moment les enfants vous ont fait bien rire ?
Les enfants de nos groupes Ă©taient un peu timides au dĂ©but, mais ont vite appris Ă nous connaitre et ils ont fini par ĂȘtre assez proches de nous, sâautorisant mĂȘme quelques petites taquineriesâŠ
Un jour je menai un atelier sous la forme dâune histoire (plusieurs exercices et jeux, reliĂ©s ensemble par un fil conducteur sous la forme dâun rĂ©cit dâaventure). Nous imaginions ĂȘtre de braves aventuriers, prĂšs Ă partir pour une journĂ©e dâexploration dans la jungle, voire mĂȘme Ă la recherche dâun trĂ©sor perdu. Je commence lâhistoire : « Nous sommes tranquillement chez nous, un matin, et nous nous rĂ©veillons ! Nous nous levons de notre lit et nous Ă©tirons ! Aaaaaah ça fait du bien ! ». Une petite Ă cĂŽtĂ© de moi mâinterromps : « Ah mais câest pour ça quâaujourdâhui tu portes un pyjama ? » dit-elle en pointant mon pantalon, un des deux seuls pantalons que je possĂšde pour 6 mois, que je portais jusque lĂ sans honte en de nombreuses circonstances. Je bafouille une rĂ©ponse vaguement affirmative et enchaĂźne sur la suite, mi-amusĂ©e et mi-vexĂ©e.
Mais je ne suis pas la seule Ă avoir Ă©tĂ© victime de leurs clashs involontaires et adorables.. Pendant un autre atelier, Tim expliquait Ă tout le groupe de nos Year 4 comment faire un corpo-rythme. Tous les enfants avaient lâair dâĂ©couter attentivement, sauf un petit groupe de 3 filles, pourtant super sages dâhabitude. LĂ elles sont en train de se chuchoter Ă lâoreille et de glousser en jetant des coups dâĆil furtifs Tim. Je leur demande ce quâil se passe et leur dit de se concentrer, mais elles refusent de mâexpliquer. Lâatelier continue normalement, puis Ă la fin, les 3 filles vont voir Tim et lâune dâelle fait office de porte-parole : « Tu ressembles Ă Justin Bieber avec ta coupe de cheveux », dit-elle avant de rire en se cachant le visage dans les mains â mouvement classique dâenfant fidjien timide. Devant lâair confus et vexĂ© de Tim, elle prĂ©cise quand mĂȘme que câest une bonne chose dâaprĂšs elle car Justin Bieber est trĂšs mignon.
On peut voir ici le pantalon en question ainsi que la coupe de cheveux âJustin Bieberâ
Nos ateliers Ă Suva Primary School, ce sont toutes ces anecdotes, tous ces petits moments drĂŽles, mignons, dĂ©sespĂ©rants, frustrants ou satisfaisants, mais aussi plein dâautres plus banals de temps passĂ© ensemble avec les enfants Ă les voir progresser, rire, sâamuser, se lĂącher.
Nous garderons tous des souvenirs forts de ce - relativement - court passage dans le quotidien de ces enfants. Nous partons demain en direction de la Bolivie, plus prĂ©cisĂ©ment vers le Salar de Uyuni, oĂč nous rencontrerons de nouvelles personnes, de nouveaux enfants, sans doute bien diffĂ©rents des enfants Fidjiens. Nous ne doutons pas que cela sera tout aussi riche en dĂ©couvertes, en surprises et en moments rigolos : on vous racontera !
Emilie
Jacques Nadi : Au revoir les Fidji
   Pour aller Ă la ville touristique de Nadi, au Nord-Ouest de lâĂźle, nous avons pris depuis Suva un bus local empruntant la route cĂŽtiĂšre, qui est qualifiĂ©e dâ« autoroute », alors que cette voie correspondrait plutĂŽt Ă une dĂ©partementale. AprĂšs 5 heures de trajet dâune conduite sportive du chauffeur, nous sommes enfin arrivĂ©s Ă la gare routiĂšre de Nadi, puis nous avons enfin rĂ©ussi Ă atteindre notre hĂŽtel.
   Le lendemain matin, nous sommes sĂ©parĂ©s en deux groupes, pour faire 2 croisiĂšres diffĂ©rentes, la premiĂšre faisant le tour de nombreuses Ăźles sans sây arrĂȘter, la seconde plus courte et sâarrĂȘtant sur une Ăźle particuliĂšre.
   Pour la premiĂšre croisiĂšre, nous avons pris un taxi depuis notre hĂŽtel jusquâĂ lâembarcadĂšre. Nous avions une marge assez confortable avant le dĂ©part de la croisiĂšre, mais cette marge a fondu trĂšs rapidement Ă cause dâun accident qui sâest produit sur la route. Nous sommes donc arrivĂ©s seulement quelques minutes avant le dĂ©part, mais nous avons pu tout de mĂȘme acheter nos billets et monter dans le bateau. Le navire servant aussi de navette avec diffĂ©rentes Ăźles, il Ă©tait plein au dĂ©but mais il sâest progressivement vidĂ© au fur et Ă mesure de la journĂ©e. Nous avons ainsi pu voir de nombreuses Ăźles trĂšs diffĂ©rentes les unes des autres : les plus proches Ă©taient des simples Ăźlots, avec du sable, 3 palmiers et un hĂŽtel, mais plus on sâĂ©loignait de Nadi et plus certaines Ăźles apparaissaient comme immense et sauvage. A chaque Ăźle ou presque, le processus Ă©tait le mĂȘme : un petit bateau nous attendait, quelques personnes montaient et beaucoup descendaient, puis nous allions Ă lâĂźle suivante.
   AprĂšs notre dĂ©jeuner, servi sur le bateau, nous avons fait demi-tour, pour refaire une grande partie des Ăźles que nous avions dĂ©jĂ parcourus, afin de rĂ©cupĂ©rer une partie des passagers qui Ă©taient descendus pendant la matinĂ©e. Cette journĂ©e nous aura permis de voir de nombreux paysages exceptionnels, mĂȘme si nous nâaurons pas pu nous balader sur lâune des Ăźles. En arrivant, un bus nous attendait et dĂ©posait les diffĂ©rents passagers jusquâĂ leur hĂŽtel, oĂč nous avons pu rejoindre le reste du groupe.
   AprÚs un petit déjeuner sommaire à base de fruits et gùteaux du supermarché du coin, nous sommes partis en direction du port de plaisance de Nadi, aprÚs avoir durement négocié quelques taxis à un prix décent dans cette ville de tourisme de luxe. Une fois arrivés sur place il est un peu tard et les croisiÚres ne vont pas tarder à partir, pas de temps à perdre. Nous nous renseignons aux différents guichets, tentant de négocier une croisiÚre d'une journée à un prix qui nous permettrait si possible de manger dans les jours qui suivent. Une des compagnies finit par nous convaincre avec un argument de taille : le repas du midi est un buffet à volonté.
   Nous embarquons alors sur un petit bateau qui ne tarde pas à démarrer et nous emmÚne au large, vers une ßle inconnue. Sur le chemin nous voyons plusieurs ßles de différentes tailles. Sur les plus grandes, des hÎtels ou des installations de plage, sur les plus petites seulement du sable dépassant de l'eau sur quelques dizaines de mÚtres carrés.
   Nous nous dirigeons enfin vers une ßle en particulier : elle est assez petite, bordée de sable blanc et d'eaux turquoises. On débarque, puis on part rapidement pour une sortie snorkelling. Avec masque et palmes, nous sommes déposés par bateau au niveau d'un récif de corail, habitat naturel de nombreux poissons. Nous plongeons dans ces eaux translucides et sommes accueillis par un spectacle incroyable : des poissons de toutes les couleurs se fraient entre les coraux et les nageurs. Nous rentrons ensuite sur notre petite ßle à l'air de carte postale : c'est l'heure de rentabiliser cette croisiÚre en mangeant des quantités inhumaines de nourriture au buffet. Cette noble entreprise ne réussit pas à tout le monde, et certains peinent à finir leur quatriÚme assiette.
   Heureusement, le programme de l'aprÚs-midi est propice à la digestion : sieste pour rattraper des nuits de sommeil courtes, baignade, tour de l'ßle à pieds sur terre et dans l'eau (l'ile n'est vraiment pas trÚs grande). Le tout avec des remix reggae de chansons connues dans les oreilles bien sûr - ça ne serait pas les Fidjis sans ça.
   Enfin, nous prenons le bateau et regagnons l'ile principale de Viti Levu, oĂč nous rentrons Ă notre auberge pour retrouver les autres devant un beau coucher de soleil sur la mer.
   Nous avons tous pu nous retrouver le soir, et jouer au bord de la plage, malgrĂ© le peu dâenvie du personnel de lâhĂŽtel, qui nous a malheureusement interdit de rejouer aprĂšs un premier set trĂšs sympathique, avec un public assez motivĂ© et de plus en plus nombreux.
  Le lendemain, pendant que certains sont restĂ©s Ă lâhĂŽtel, les autres ont dĂ©cidĂ©s dâaller visiter un parc national Ă cĂŽtĂ© de Nadi. Lâexcursion pour le parc national commence par un trajet en pick-up couvert, trajet dans le froid et un temps assez maussade avec beaucoup de vent, mais heureusement, ce trajet aura valu la peine. En arrivant au parc national, nous avons le choix entre deux cascades et nous dĂ©cidons donc de visiter les deux au cours de la journĂ©e. La premiĂšre des deux Ă©tait situĂ©e assez haut, et le chemin nâĂ©tait pas facile mais trĂšs bien indiquĂ©, dâoĂč nous avons pu avoir une trĂšs belle vue et nous avons pu faire une belle randonnĂ©e.
   Ensuite, nous avons dĂ©cidĂ© de continuer et dâaller visiter la seconde cascade. Le chemin semblait plus plat mais pourtant le temps indiquĂ© Ă©tait plus long. En rĂ©alitĂ©, il nây avait plus aucun chemin qui restait et qui menait Ă la cascade, et nous avons donc dĂ» traverser la forĂȘt vierge pour y arriver et exulter. En arrivant, nous nous sommes rendu compte quâil nây avait littĂ©ralement aucun chemin qui menait Ă la cascade, au mieux des anciennes pistes dâanimaux. Nous avons donc pris un autre trajet pour reparti, et cette fois-ci nous avons donc crapahutĂ© au milieu dâun autre pan de la forĂȘt puis des hautes herbes qui entouraient la forĂȘt. Nous sommes donc finalement repartis bien plus tard que prĂ©vu du parc National, mais nous avions cependant pu atteindre tous nos objectifs. Le soir venu, nous avons retrouvĂ© le reste du groupe pour jouer une nouvelle fois Ă cĂŽtĂ© de notre hĂŽtel, avant de repartir pour Suva.
   AprĂšs un petit dĂ©jeuner assez copieux pour certains, il Ă©tait temps de repartir pour Suva. MalgrĂ© le nombre de personne Ă la station de bus, et le manque dâenvie des employĂ©s des compagnies de bus de transporter des instruments assez massifs, nous avons rĂ©ussi Ă prendre un bus pour la capitale. A ce moment-lĂ , nous nous sommes sĂ©parĂ©s de nouveau en 2 groupe, le premier restant Ă Suva afin de ranger la maison et faire certains impĂ©ratifs, le reste partant en week-end dans une zone trĂšs reculĂ© des Fidji, le village de Namosi.
NDLR : La partie suivante ne comporte pas de photos car il nây avait aucune prise Ă©lectrique dans ledit village, et il Ă©tait donc impossible dâallumer lâappareil photo. Toute la rĂ©daction sâexcuse pour le dĂ©sagrĂ©ment causĂ©.
   Le pĂ©riple pour Namosi commence le dernier vendredi aux Iles Fidji. A peine arrivĂ©s Ă Suva aprĂšs trois jours Ă Nadi, une Ă©quipe formĂ©e de Jean, Tim, Tony, Adel, Laurent, Edmond et Selim prend le bus direction la gare routiĂšre oĂč un rendez-vous est planifiĂ© avec Charlotte, Marie et Ătienne, collĂšgues de lâAlliance Française, et Dany, le contact du village de Namosi chargĂ© de nous y emmener. Haletant car ayant couru pour ne pas arriver trop en retard au rendez-vous, lâĂ©quipe dĂ©couvre que la rĂšgle du Fiji Time de fait pas dĂ©faut. En effet, Dany annonce que le camion sensĂ© transporter les touristes au village est coincĂ© dans le bouchons de la capitale et devrait arriver bientĂŽt. Plus dâune heure dâattente aprĂšs, le camion (oui un camion, avec des petites banquettes installĂ©es dans lâespace pour marchandises) arrive enfin. Le groupe de touristes ainsi quâune dizaine de locaux du village et des kilos de ravitaillement embarque pour plus de trois heures de route montagneuse vers le village de Namosi.
   DĂšs les premiers mĂštres, le chauffeur du camion mets la musique Ă fond. QuâĂ cela ne tienne, Jean, cĂ©dant Ă la demande des passagers, sort son saxophone et commence Ă improviser un air sur les musiques passĂ©es. Moins de 10km aprĂšs le dĂ©part, le camion sâarrĂȘte quelques minutes dans la ville de Lami oĂč Dany explique que câest ici que les villageois font quelques courses avant de rentrer au village et conseille de faire un tour dans les boutiques. Quelques babioles et sucreries achetĂ©es plus tard, le groupe repart dans un autre camion avec seulement Dany et deux autres hommes du village. Quelques kilomĂštres plus loin, le camion prend Ă droite et sâengage dans un chemin pentu et caillouteux. Charlotte et Marie, qui Ă©taient dĂ©jĂ allĂ©es Ă Namosi auparavant explique quâil reste bien deux heures de route sur ce chemin. Pour passer donc le temps, Jean ressort son saxophone et est cette fois accompagnĂ© de Tim avec sa petite cymbale et Marie avec son tambourin galicie.
   Le camion sâarrĂȘte enfin sur le bas-cĂŽtĂ© et tout le monde suit Charlotte et Marie pour finir le bout de chemin Ă faire Ă pied. Le groupe arrive au bord dâune riviĂšre au lit de cailloux quâil faut traverser (alors quâil fait nuit noire) pour arriver au village. Tant bien que mal, tout le monde rĂ©ussi Ă traverser sans perdre dâaffaires dans la riviĂšre. ArrivĂ©s au village, Dany dĂ©signe les huttes rĂ©servĂ©es au groupe et chacun y dĂ©pose ses affaires avant de se diriger vers la grande hutte qui fait office de salle Ă manger oĂč un diner royal Ă base de kassava et de feuilles de dalo (appellation fidjienne du tarot) est servi.
   AprĂšs une nuit bien reposante, le petit-dĂ©jeuner plus que satisfaisant est servi dans la mĂȘme hutte que la veille au soir et une Ă©quipe sâorganise pour une matinĂ©e de trek avec Dany au sein de la jungle environnante avec comme objectif de magnifique cascades. Câest finalement Edmond, Laurent, Tim, Tony et Jean qui y vont, laissant Adel, Selim, Charlotte, Marie et Ătienne au village. Ces derniers finiront par improviser eux mĂȘme un petit trek en suivant des sentiers tracĂ©s entre les bambous. En revenant, ils piquent une tĂȘte dans la riviĂšre traversĂ©e la veille et font la connaissance de quelques enfants du village. Ne voyant toujours pas revenir le groupe parti avec Dany, ils dĂ©cident de rentrer et profiter du dĂ©jeuner aussi copieux que les repas prĂ©cĂ©dents et font une sieste jusquâĂ lâarrivĂ©e des randonneurs. Une fois rentrĂ©s et repus, une partie de volley sâorganise pour tout le monde sauf Selim qui fait la sieste et Edmond qui part voir le guĂ©risseur du village Ă propos de sa blessure au tibia suite Ă une petite chute dans la cascade. Ce dernier lui applique de lâhuile de coco en appuyant trĂšs fort et lui assure que tout ira bien. AprĂšs le volley, Dany propose une activitĂ© plutĂŽt inĂ©dite pour profiter des derniĂšres lueurs du jour : la construction dâun radeau. Les bouts de bambou ramenĂ©s de la randonnĂ©e sont coupĂ©s et attachĂ©s ensemble pour confectionner lâinsubmersible « HMS No Come Back ». Le courant de la riviĂšre Ă©tant particuliĂšrement rapide, personne ne revu plus jamais lâembarcation aprĂšs son inauguration.
   Lâheure du repas arrive et tout le monde se dirige vers la hutte principale pour dĂ©guster les dĂ©licieux mets fidjiens. Par la suite, le groupe se dirige vers le centre du village pour moudre le kava, une plante typique du Pacifique dont les racines sĂ©chĂ©es et moulues se consomment en infusion autour dâun rituel trĂšs important pour les fidjiens. Un cercle se forme autour de lâĂ©norme pilon et chacun Ă son tour donne une dizaine de coups dans les racines pour les transformer en poudre. Le manque dâexpĂ©rience (ou de muscles diront certains) fait en sorte que les coups de nos musiciens sont beaucoup moins efficaces et impressionnant que ceux de Dany. Une fois le kava moulu, le groupe retourne Ă la hutte principale et la cĂ©rĂ©monie de kava peut commencer. Un chef et un porte-parole de cĂ©rĂ©monie sont dĂ©signĂ©s et le chef reçoit le premier bol de kava. Il tape une fois dans ses mains, dit « Bula », prend le bol, le fini dâune traite et tape trois fois dans ses mains. Toute lâassemblĂ©e frappe trois fois aussi et une autre personne reçoit le bol et fait de mĂȘme que le chef. Une fois que tout le monde est servi, des discussions sont entreprises dans tous les sens jusquâau moment oĂč le porte-parole annonce « Taki Taki », ce qui signifie quâune autre tournĂ©e doit ĂȘtre entamĂ©e. Entre deux tournĂ©es de Kava, Dany attrape une guitare et commence Ă gratter des rythmes accompagnĂ©s par les chants fidjiens des femmes du village prĂ©sentes Ă la cĂ©rĂ©monie et de Jean au saxophone. Nos touristes dĂ©cident de partager aussi leurs chants et mĂȘme leurs danses et montrent La Chapeloise â danse que nous apprenons aux enfants durant les ateliers â aux fidjiens et tout le monde se met Ă danser en cercle. Peu aprĂšs minuit, lorsque les estomacs sont aussi plein de kava que le ciel dâĂ©toiles, nos touristes ont la bonne idĂ©e de finir cette soirĂ©e sur une danse trĂšs connue : la Macarena. Jean a toujours son saxophone Ă la main, Tim attrape une guitare Ă lâenvers afin de taper sur la caisse de rĂ©sonnance et câest parti pour la danse, avec les fidjiens qui suivent tant bien que mal.
   Le lendemain, le rĂ©veil est dur pour ceux qui se sont couchĂ©s en dernier la veille. Le petit dĂ©jeunĂ© est Ă peine entamĂ© tellement tout le monde est encore plein de kava et tout le monde traverse la riviĂšre pour se diriger vers la route oĂč passe le bus qui ramĂšne Ă Suva.
  Pendant ce temps-lĂ , le reste de lâĂ©quipe a profitĂ© de ces quelques jours pour ranger notre maison, ainsi que pour vaquer Ă ses occupations, entre enregistrements, visite et balades dans Suva. Lorsque le groupe fut enfin au complet, il Ă©tait dĂ©jĂ temps de partir, et aprĂšs une Ăąpre nĂ©gociation avec la propriĂ©taire de la maison dans laquelle nous vivions, qui voulait garder une partie de notre caution, nous avons finalement pu partir et atteindre lâaĂ©roport, dâoĂč le reste de notre aventure nous attends !
Emilie, Selim et Valentin
Cyclone, spectacles et ateliers
Cyclone (n.m) : Masse atmosphérique animée d'un mouvement de rotation dans le sens des aiguilles d'une montre dans l'hémisphÚre Sud), accompagnée de vents forts, d'une baisse barométrique et de précipitations.
Spectacle (n.m) : Ensemble de ce qui se présente au regard, à l'attention, et qui est capable d'éveiller un sentiment
Atelier (n.m) : Groupe de travail constitué autour d'une activité, d'un thÚme, etc., en particulier dans le domaine de l'enseignement, d'un congrÚs scientifique, etc.
Ces 3 mots, auxquels on pourrait peut ĂȘtre ajouter week end, requins et poulailler (pour la rime), peuvent Ă eux seuls rĂ©sumer notre semaine au Fidji, et peuvent vous prĂ©parer Ă la lecture de ce qui va suivre.
La fin de notre action au Fidji approchait dĂ©jĂ , et nous Ă©tions prĂȘt Ă entamer notre derniĂšre semaine dâateliers afin de les conclure par un spectacle avec les enfants qui devait ĂȘtre fait le vendredi aprĂšs-midi. Cependant, un imprĂ©vu est venu complĂštement modifier nos plans : le cyclone Kenny. En effet, ce cyclone devait passer proche des cĂŽtes Fidjiennes le lundi 16, et par consĂ©quent, toutes les Ă©coles Ă©taient fermĂ©es lundi et mardi. Nous nous sommes donc prĂ©parĂ©s et avons achetĂ© des conserves et fait des rĂ©serves dâeau pour plusieurs jours. Kenny sâest cependant fait attendre, et nâest finalement arrivĂ© que dans la journĂ©e de mardi. Nous nâavons pas rĂ©ellement ressenti les actions du cyclone, qui de notre point de vue ressemblait uniquement Ă une grosse tempĂȘte. Cependant, il a causĂ© de nombreuses coupures de courant et inondations Ă travers le pays, ce qui a par exemple annulĂ© le week-end que nous avions prĂ©vu de passer dans un village au Nord-Est de lâĂźle, ce village Ă©tant malheureusement inondĂ©.
Mercredi, une nouvelle surprise nous attendait : la Suva Primary School Ă©tait bien ouverte, mais seuls quelques Ă©lĂšves Ă©taient prĂ©sents, et nous nâavons donc pas pu faire dâateliers. MĂȘme sâil ne nous restait plus que 2 ateliers avant le spectacle, nous avons quand mĂȘme dĂ©cidĂ© de le faire, afin de donner aux enfants un sentiment dâaccomplissement et pour marquer la fin des ateliers. Pour crĂ©er ce spectacle, nous nous sommes inspirĂ©s dâun Ă©vĂšnement qui est arrivĂ© Ă un membre du groupe, la disparition (temporaire) du saxophone dâEdmond. Alors quâen rĂ©alitĂ© il lâavait oubliĂ© dans un taxi avant de le retrouver quelques jours plus tard, dans notre histoire, qui se passait dans un monde sous-marin, ce saxophone Ă©tait volĂ© par des requins, et Edmond Ă©tait aidĂ© par diffĂ©rents animaux marins : espadons, tortues, dauphins ⊠ Qui Ă©taient jouĂ© par les enfants. Chaque groupe dâĂ©lĂšve, parfois avec un autre groupe, avait donc sa petite scĂšne Ă jouer afin de constituer lâensemble de lâhistoire. Lâensemble devait se terminer par une scĂšne commune avec tous les enfants, oĂč ils devaient chanter la chanson Ohio, du groupe Justice, pendant que nous la jouions. Nous avons donc passĂ© les ateliers du jeudi et du vendredi matin Ă prĂ©parer au mieux ce spectacle, qui a Ă©tĂ© fait le vendredi en dĂ©but dâaprĂšs-midi devant toute lâĂ©cole. Sâil nâĂ©tait pas parfait, nous Ă©tions cependant de ce que les enfants ont pu apprendre et montrer Ă leurs camarades de classe, alors quâils nâavaient que 2 jours pour le faire. Nous avions ensuite fait nos adieux aux enfants et Ă lâĂ©cole, et nous espĂ©rions quâils retiendraient quelque chose de nous, peut-ĂȘtre en apprenant Ă jouer de leur instrument « low-tech » que chaque enfant avait construit et gardĂ© avec lui.
ParallĂšlement Ă notre action Ă SPS, nous avons Ă©galement pu faire un atelier Ă la Suva Grammar School, un des principaux lycĂ©es de la ville, oĂč nous avons pu prĂ©senter nos instruments mais aussi travailler le chant et le rythme avec les Ă©tudiants en musique de lâĂ©cole. A cĂŽtĂ© de cela, nous avons rencontrĂ© un groupe local, les Rako Pacefica. Nous avons ainsi pu participer Ă leur show du vendredi soir, oĂč nous avons pu jouer quelques morceaux et nous avons aussi pu faire une collaboration sur un morceau de notre rĂ©pertoire, Tio Macaco. Cette rencontre nous a Ă©tĂ© trĂšs enrichissante, dâun point de vue musical avec la dĂ©couverte dâinstruments et de styles de musiques auxquels nous nâĂ©tions pas habituĂ©s, mais aussi sur le plan humain. Nous avons Ă©galement pu profiter de lâensemble de leur spectacle, comprenant chant, danse traditionnels et morceaux dâinstruments locaux, principalement des percussions.
Comme dit prĂ©cĂ©demment, le week-end que nous avions prĂ©vu Ă lâorigine a Ă©tĂ© annulĂ©, mais fort heureusement, nous avons rĂ©ussi Ă organiser un autre sĂ©jour Ă la place. Certains sont restĂ©s Ă notre maison de Suva, et ont pu mieux dĂ©couvrir la ville et les alentours, et notamment le mont Korobaba, le plus haut point en bordure de Suva. Pour les autres, nous avons passĂ© le week-end sur une toute petite Ăźle Ă une vingtaine de kilomĂštres de la capitale, uniquement habitĂ©e par une famille dâoccidentaux ayant achetĂ© lâĂźle, et comportant uniquement 3 bungalows et une maison comme installations humaines. Outre lâabondance de noix de coco, quelques cochons et poules Ă©taient Ă©levĂ©s, ces derniĂšres Ă©tant en libertĂ© et essayant de nous manger notre nourriture dĂšs que câĂ©tait possible. Nous avons ainsi pu traverser lâĂźle de part en part, et nous avons Ă©galement pu explorer les abords de lâĂźle avec masque et tuba, dĂ©couvrant de nombreux poissons mais Ă©galement pour certains serpents, murĂšnes, raies ou mĂȘme un petit requin ! Malheureusement, Ă cause du cyclone rĂ©cent et plus gĂ©nĂ©ralement des nombreuses choses jetĂ©es par lâhomme, de nombreuses bouteilles en plastique ou autres dĂ©chets Ă©taient Ă©chouĂ©s sur les plages ou dans les mangroves de lâĂźle, la rendant moins paradisiaque que ce quâon aurait pu imaginer. Mais lâaccueil trĂšs chaleureux de nos hĂŽtes nous a permis de vivre un excellent week-end, trĂšs dĂ©paysant malgrĂ© la courte distance nous sĂ©parant de Suva et de la civilisation. Pour complĂ©ter ce week-end, nous avons eu lâoccasion pour certains lundi matin de faire une plongĂ©e un peu particuliĂšre : nous nous sommes retrouvĂ©s au milieu des requins. ProtĂ©gĂ©s par plusieurs accompagnateurs, munis de protections pour les bras et de bĂątons pour repousser les requins sâils approchaient de trop prĂšs, nous avons plongĂ© dans une rĂ©serve marine, et, cachĂ©s derriĂšre un petit muret, nous pouvions voir des dizaines de requins mais aussi de trĂšs nombreux poissons, tous rassemblĂ©s en cet endroit car les accompagnateurs de la plongĂ©e leur offraient de la nourriture.
Lundi aprĂšs-midi, nous avons pu effectuer en partenariat avec lâAlliance Française dans leurs locaux un atelier de constructions dâinstruments « low-tech » : trashbone - trombone construit Ă partir de tuyaux de PVC et de bouchons de PVC, guitare Ă une corde et piano Ă doigt. RĂ©partis en trois groupes, un par instrument, pendant les deux heures dâateliers, les enfants ont pu apprendre Ă construire et construire avec lâun dâentre nous un, deux ou trois instruments, et ont ensuite pu le ramener chez eux. Enfin, mardi matin, nous avons pu enregistrer un nouveau morceau, composĂ© par Jean pour lâoccasion, avec la chorale de lâĂ©cole MIS oĂč nous Ă©tions dĂ©jĂ intervenus plusieurs fois. Les enfants Ă©taient rĂ©partis en trois groupes dâĂąges diffĂ©rents et chantaient chacun une partie, aidĂ©s par leurs professeurs ainsi que Jean et Lionel, pendant que nous jouions le morceau. Nous avons ainsi rĂ©pĂ©tĂ© plusieurs fois ce morceau avant de lâenregistrer.
Ainsi, avec cette action avec la chorale de lâĂ©cole MIS, nous avons terminĂ© notre projet pĂ©dagogique aux Ăźles Fidji. Nous avons ensuite pu passer la semaine Ă un peu plus dĂ©couvrir lâĂźle de Viti Levu, et cela vous sera racontĂ© dans notre prochain article.
Valentin
Voyage - Taveuni - 30 mars au 1e avril
Cher lecteur, sache quâau moment dâĂ©crire ces lignes, plusieurs semaines se sont Ă©coulĂ©es depuis notre aventure vers Taveuni et que le texte suivant demande un certain travail de mĂ©moire. Pardonne donc mes imprĂ©cisions.
Alors que le soleil brillait quotidiennement depuis deux semaines sur les Fidji et les Globeshakers, nous dĂ©cidĂąmes pour PĂąques de sortir pour la deuxiĂšme fois de Suva : nous choisĂźmes lâĂźle de Taveuni, la « Garden Island », troisiĂšme plus grosse Ăźle des Fidji mais peuplĂ©e par seulement 9000 habitants. Cette Ăźle est rĂ©putĂ©e pour sa vĂ©gĂ©tation luxuriante et ses paysage sublimes.
Mais une telle destination se mĂ©rite : cette Ăźle nâest desservie depuis lâĂźle principale que par une unique compagnie de ferry, qui nâenvoie que 2 Ă 3 bateaux par semaine, et chaque trajet ne prend pas moins de 18 heures. Atteindre Taveuni requiert donc une certaine patience. Mais ni ça, ni les dangers Ă braver ne nous effrayaient : nous avions appris quâun cyclone se dirigeait en ce week-end de fin de carĂȘme sur une partie des Fidji, et quâil y avait entre 5 et 20% de chance quâil aille sur Taveuni en fonction des estimations et nous avions abandonnĂ© lâidĂ©e de profiter du soleil et nous Ă©tions rĂ©solus Ă subir la pluie. Mais comme lâa dit le pilote dâun certain vol Rio-Paris, «on va pas se laisser emmerder par un cumulo-nimbus ».
Ainsi donc, aprĂšs nos ateliers du jeudi matin, nous rentrĂąmes Ă la maison. On y dĂ©jeuna, fit nos sacs et se mit en route pour le ferry. A lâachat des billets, il avait Ă©tĂ© prĂ©cisĂ© que le bateau quitterait le port Ă 6h mais quâil fallait y ĂȘtre 2 heures en avance. FidĂšles Ă nous-mĂȘmes, nous arrivĂąmes au port Ă 5h et montĂšrent sur le bateau. Celui-ci fut en rĂ©alitĂ© une bonne surprise : il Ă©tait trĂšs spacieux, les siĂšges Ă©taient larges et avaient de la place pour les jambes, le bateau disposait de ponts extĂ©rieurs et de prises. Chaque membre du groupe avait prĂ©parĂ© sa rĂ©serve de nourriture pour survivre Ă ce long trajet : certains avaient achetĂ© des miches de pains de mie, du beurre de cacahuĂšte et des cookies, dâautres des sandwiches, du pain au fromage et des gĂąteaux.
On sâinstalla sur le bateau et on attendit patiemment 18h. Mais il existe aux Fidji une expression qui est un peu le « Hakuna Matata » local : « Fiji time ». Ces mots signifient que tu vivras ta vie sans te soucier de lâheure ou des horaires et que tu aviseras plus tard. Comme le disent eux-mĂȘmes les Fidjiens : « enjoy the day, be where you have to be not too late, but you know, Fiji time » . Le Fiji time est bien Ă©videmment applicable Ă Ă peu prĂšs tout et nâimporte quoi. Ainsi donc, alors que lâon attend dans ce bateau, nous prenons conscience de toute lâampleur du Fiji time et rĂ©alisons avec tristesse que nous qui nous pensions dĂ©jĂ des champions du retard avec le quart dâheure centralien (consiste Ă sâautoriser une marge de 15 minutes de retard pour tout Ă©vĂ©nement liĂ© Ă Centrale) nâĂ©tions que de piĂštres concurrents des Fidjiens. 19h57, le bateau vrombit et se met en marche : câest le grand dĂ©part pour Taveuni.
Le trajet est assez agrĂ©able, le bateau Ă©tant suffisamment spacieux pour nous permettre de nous dĂ©gourdir les jambes rĂ©guliĂšrement. Vers 22h, les Globeshakers observent un phĂ©nomĂšne intĂ©ressant : ils sâaperçoivent que personne ne dort sur les siĂšges, tout le monde se couche par terre. LĂ encore, dĂ©sillusion : lĂ oĂč les Globeshakers pensaient ĂȘtre expert dans lâart de ce quâils appellent « gitaniser » (faire fi des rĂšgles habituelles concernant le sommeil, dormir dans les allĂ©es de bus ou adossĂ©s Ă leurs instruments sur une place publique, dormir entassĂ©s les uns sur les autres dans des espaces contigus, manger et dormir oĂč bon leur semble), entraĂźnĂ©s par des annĂ©es passĂ©es Ă la fanfare de Centrale et par plusieurs voyages Ă travers lâEurope, ils se rendent compte que chez les Fijiens, ceci est naturel. Les membres du groupe se rĂ©veillent petit Ă petit le lendemain matin, aprĂšs une nuit qui sâest avĂ©rĂ©e reposante car dormir par terre ne recĂšle plus aucun secret : aprĂšs avoir passĂ© deux mois au Cambodge Ă dormir par terre, ils savent dormir par terre sur le cĂŽtĂ© sans endommager leurs cĂŽtes. Quelques curieux sortent pour observer la mer et les Ăźles Vanua Levu et Taveuni que lâon peut apercevoir des deux cĂŽtĂ©s du bateaux. Ils peuvent aussi admirer le spectacle des poissons volants, ces petits poissons qui sautent hors de lâeau par banc et parcours plusieurs mĂštres en battant des nageoires semblables Ă des ailes.
13h, une voix annonce dans le bateau que nous sommes arrivĂ©s Ă Taveuni et que nous sommes invitĂ©s Ă dĂ©barquer. Nous rassemblons nos affaires et descendons sur la jetĂ©e, un petit ponton de bĂ©ton, suffisamment large pour Ă peine deux voitures, seul port de lâĂźle. Un taxi nous attend pour nous emmener Ă notre hĂŽtel, le Maravu Lodge. LâidĂ©e de prendre un bus pour se rendre Ă lâhĂŽtel avait Ă©tĂ© examinĂ©e, mais seul 3 bus par jour traversent lâĂźle, et bien quâelle ne mesure que 40 km de long par 10 de large, ils mettent entre 4 et 5 heure Ă aller dâun bout Ă lâautre. Cette possibilitĂ© avait donc Ă©tĂ© abandonnĂ©e. AprĂšs 25 minutes de taxi, nous arrivons Ă lâhĂŽtel, certainement le plus beau que nous avions eu jusquâici. Mais en descendant du taxi, nous nous Ă©tonnons : nous avions traversĂ© le plus gros village de lâĂźle, mais nous ne lâavions pas remarquĂ©. Le village que nous avions traversĂ© Ă©tait constituĂ© de quelques maisons en bois et dâune poignĂ©e de bĂątiments en bĂ©ton. Mais revenons-en Ă lâhĂŽtel En effet, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, il nây a pas de tourisme de masse aux Fidji, seulement du tourisme de luxe des australiens et des nĂ©o-zĂ©landais voisins. Donc mĂȘme lorsque les Globeshakers rĂ©servĂšrent lâhĂŽtel le moins cher de lâĂźle et le seul se prĂ©sentant comme une auberge de jeunesse, lâhĂŽtel restait au-dessus de ce que les Globeshakers avaient frĂ©quentĂ© jusque-lĂ . Le Maravu Ă©tait un ensemble de bungalow, dissĂ©minĂ©s dans un parc de cocotiers, entourant la case principale, la rĂ©ception-restaurant. Dans cet Ă©tablissement, nous occupons une chambre dortoir dâune dizaine de lits et une chambre double. Il est bientĂŽt 15h et aprĂšs avoir dĂ©faits nos bagages, nous nous rendons Ă la rĂ©ception pour dĂ©couvrir ce quâil y a Ă faire sur cette Ăźle. Un membre du staff nous propose la visite dâun village traditionnel Fidjien et nous nous disons quâil sâagit dâune bonne opportunitĂ©. A 15h30, 9 dâentre nous rentre dans un mini-van, direction le village. On sâarrĂȘte sur le chemin dans un petit magasin pour acheter du Kava, une racine en poudre servant Ă prĂ©parer la boisson traditionnelle Fidjienne. AprĂšs 20 minutes, la voiture sort de la route se gare devant une maison et nous descendons. Le village est constituĂ© dâune petite dizaine de maison en bois colorĂ©es. Notre guide, nous dirige vers la maison centrale, celle du chef du village. Nous rencontrons le chef, un large homme assis sur un banc sous un porche devant une table. Notre guide nous explique que la coutume veut quâen arrivant sur les terres du chef, on aille se prĂ©senter devant lui, puis quâon partage le Kava. Notre guide nous assied autour de la table et sort une bassine dâeau. Il verse la racine en poudre dans un petit sac de toile, met le sac en toile dans la bassine et verse de lâeau sur le sac. Notre guide nous explique la maniĂšre traditionnelle de boire du kava : on remplit une petite coupelle en bois que lâon fait tourner entre les buveurs. La premiĂšre coupelle est toujours offerte au chef. En recevant la coupelle, le buveur doit taper une fois dans ses mains et dire « Bula ». Il doit ensuite vider la coupelle puis la rendre et taper trois fois dans ses mains. La coupelle change ensuite de buveur. Notre guide prononce quelques phrases en fidjien, offre une coupelle au chef puis nous demande qui veut boire en premier. A chaque personne, il demande quelle quantitĂ© il veut boire, nous jetant des petits « ooh easy tiger boy » quand nous lui demandons de remplir complĂštement la coupelle. La boisson est terreuse et laisse la langue anesthĂ©siĂ©e.
AprĂšs avoir vidĂ© trois petits sacs de Kava en poudre, le chef du village appelle un villageois qui nous guidera Ă travers le village. Nous traversons le village et voyons lâĂ©glise, une petite bĂątisse en bois entourĂ© par des murs en bĂ©ton. Le guide nous explique que la premiĂšre Ă©glise en bois Ă©tait trop petite pour la communautĂ© grandissante et que les villageois ont dĂ©cidĂ©s dâen construire un plus grande, mais quâelle nâest pas terminĂ©e.  Nous voyons ensuite le gĂ©nĂ©rateur dâĂ©lectricitĂ© du village, qui permet dâalimenter les maisons pendant 4 heures tous les soirs. On voit aussi les plantations, quelques arbres fruitiers exotiques permettant dâavoir toujours quelques fruits Ă portĂ©e de main. On voit enfin un four traditionnel, un cratĂšre dans le sol recouvert de pierres. A la fin de la visite, nous retournons devant la maison du chef et finissons le Kava avec lui, avant de remonter dans le taxi et de rentrer vers lâhĂŽtel. Au retour, nous nous arrĂȘtons au magasin pour acheter un peu plus de Kava et faire quelques courses de nourriture, histoire dâavoir quelque chose Ă grignoter sous la main. Nous passons le reste de la soirĂ©e Ă lâhĂŽtel, dĂźnons au resto de lâhĂŽtel, dĂ©couragĂ©s de sortir par la pluie. Juste avant de sâasseoir Ă la table de lâhĂŽtel, nous voyons Tim arriver avec une noix de coco Ă la main et une paille plantĂ©e dans la noix de coco. Le dialogue entre Jean et lui fut le suivant :
« Ă©norme. Tu lâas achetĂ© oĂč ? »
« (avec le sourire) Je lâai trouvĂ© par terre »
« Nan mais sĂ©rieux tu lâas achetĂ© oĂč ? »
« Je lâai vraiment trouvĂ© par terre. Yâen a plein partout par terre et on peut demander au staff de les ouvrir »
Nous courrons donc chercher une noix de coco et demandons au staff de lâouvrir. Un fidjien de taille normale, câest Ă dire mesurant 2m et pesant 150 kg, avec des avants bras de la taille dâun tronc dâarbre, nous montre le pieux en mĂ©tal au fond du jardin sur lequel il plante la coco dâun coup sec, puis Ă lâaide de lâentaille quâil vient de faire et de ses bras, arrache la coquille filandreuse. Il ne lui reste plus quâĂ faire un trou dans la coquille rigide et Ă planter une paille dedans. Cette opĂ©ration lui aura pris une minute au total, alors quâelle ne nous prendra pas moins de 25 minutes lorsque nous essayerons de la refaire par nous-mĂȘmes plus tard dans la soirĂ©e. Ceci deviendra notre sport du weekend : ouvrir les noix de coco le plus rapidement possible. Alors que nous finissons de diner, 4 fidjiens prennent place sur le sol derriĂšre la table, sortent des guitares, une grande bassine, des sachets de kava et une coupelle. AprĂšs le repas, nous les rejoignons, ainsi que deux autres touristes pour boire du Kava et chanter. A la fin de la soirĂ©e, les fidjiens rangent les guitares et nous partons nous coucher.
Le lendemain, rĂ©veil matinal pour un dĂ©part vers le parc national de Bouma, rĂ©putĂ© pour ses chutes dâeau impressionnantes. La rĂ©ceptionniste de lâhĂŽtel nous indique quâun bus passe entre 9h45 et 10h en bas de lâhĂŽtel et peut nous y emmener. FidĂšles Ă nous-mĂȘme, nous descendons en bas de lâhĂŽtel Ă 9h54 et attendons le bus. AprĂšs 20 minutes dâattente, nous sommes persuadĂ©s dâavoir loupĂ© le bus et dĂ©cidons de commander un taxi, mais fidĂšle au Fiji time, le bus se montre. Nous grimpons dedans et prenons place dans ce bus qui nâa pas de fenĂȘtres. Ce que je veux dire par lĂ , ce nâest pas que le bus est une boite close, mais que comme la plupart des bus aux Fidji, il nây a simplement pas de fenĂȘtre, juste une bĂąche en plastique Ă rabattre en cas de pluie, bĂąche qui nous servira dâailleurs car le bus se fit saucer 5 minutes aprĂšs que nous sommes montĂ©s dedans.
Le bus traverse des ponts constituĂ©s de quelques planches de bois et emprunte des routes qui ne mĂ©ritent mĂȘme pas ce nom au vu de leur Ă©tat. Le bus nous dĂ©pose un peu aprĂšs 11h devant une cabane en nous disant quâil repartira de cet endroit Ă 14h et quâil sâagit du seul bus pour repartir.
Nous rentrons dans la cabane oĂč nous rencontrons une dame qui semble ĂȘtre la gĂ©rante du parc. AprĂšs avoir payĂ© les frais dâentrĂ©e du parc, la « gĂ©rante » nous indique les chemins qui nous conduiront aux cĂ©lĂšbres chutes dâeau de la Garden Island, et nous fait quelques recommandations sur les chemins Ă Ă©viter, que nous ignorerons bien sĂ»r, sachant pertinemment que cette dame nâa Ă faire quâĂ des touristes sans aucun gout pour lâaventure. Ainsi, nous nous Ă©lançons sur le chemin bien entretenu, un peu semblable Ă un jardin, avec des fleurs exotiques de part et dâautre. Un membre du groupe aura dâailleurs la phrase suivante : « malgrĂ© le ciel gris, jâai lâimpression dâĂȘtre sur le chemin du paradis », affirmation avec laquelle beaucoup de Globeshakers seront dâaccords, et qui embĂȘtera profondĂ©ment lâun des membres, car la chanson « Knocking on heavenâs door », jouĂ©e la veille par les fidjiens, lui restera en tĂȘte toute lâaprĂšs-midi.
Il ne faut quâune petite dizaine de minute pour atteindre la premiĂšre cascade, une chute dâeau de 24m se dĂ©versant dans un immense bassin. Cette impressionnante cascade est la plus grande du parc, mais le bassin Ă©tant dĂ©jĂ occupĂ© par quelques fidjiens, nos aventuriers dĂ©cident de poursuivre leur chemin et de repasser se baigner plus tard et de continuer vers la seconde cascade du parc. AprĂšs quelques minutes dâune ascension dĂ©crite comme raide mais qui ne posait aucun problĂšme aux Globeshakers aprĂšs les Ă©preuves quâils avaient pu traverser au cours de leur voyage, ils atteignirent une cabane offrant un magnifique point de vue sur le parc et la mer. Câest lĂ que lâaudace des marcheurs eu raison de leur prudence : pour atteindre la seconde cascade, il existait deux chemins. DâaprĂšs la gĂ©rante, lâun Ă©tait fermĂ© car il fallait traverser une riviĂšre en crue Ă cause des fortes pluies rĂ©centes, mais 4 de nos aventuriers avaient dĂ©cidĂ© de braver les flots pour bĂ©nĂ©ficier dâun chemin que personne dâautre nâemprunterait. Le groupe se sĂ©para donc. La premiĂšre Ă©quipe, celle des prudents finit par atteindre la seconde cascade et dĂ©cida de sây baigner en attendant la deuxiĂšme Ă©quipe, celle des fous. AprĂšs un petit moment, les prudents, ne voyant par arriver leurs compĂšres, se demandĂšrent si ceux-ci sâĂ©taient noyĂ©s, auquel cas il serait facile de rĂ©cupĂ©rer leurs corps puisque leurs corps seraient envoyĂ©s par la riviĂšre jusquâĂ la premiĂšre cascade ou les prudents pourraient les ramasser en rentrant. Mais les fous rĂ©pondirent bien vite aux interrogations en se montrant quelques minutes plus tard, forts dâun bilan dâune seule petite chute sans gravitĂ©, et profitĂšrent de la baignade.
Une fois sorti de lâeau, les Globeshakers se mirent en route vers la derniĂšre cascade, marchant sur le chemin boueux et glissant traversant la jungle Ă©paisse. Dans cette luxuriante forĂȘt, nous avons eu tout le loisir dâobserver de surprenantes variĂ©tĂ©s de lĂ©zards, crabes, oiseaux, et autres animaux Ă©trangers Ă nos contrĂ©es europĂ©ennes.
En arrivant Ă la troisiĂšme et derniĂšre cascade de ce parc, le groupe se fit surprendre par une forte pluie, consĂ©quence du cyclone Josie qui passait prĂšs des Fidji. Une seule solution se prĂ©senta aux marcheurs : pour Ă©viter la pluie, il fallait se baigner. Bien que cette cascade ait Ă©tĂ© nettement plus petite que les prĂ©cĂ©dentes, elle offrait plus de rebords pour sauter et plonger et permettait de passer en dessous pour sâoffrir un massage gratuit et un bain Ă remous.
Nous sortons de lâeau sur les coups de 14h, conscients que nous avons loupĂ© le seul moyen de rentrer Ă lâhĂŽtel, mais rĂ©solus Ă profiter du reste de la journĂ©e, quitte Ă improviser plus tard. Nous nous remettons en chemin vers lâentrĂ©e du parc. ArrivĂ©s Ă la deuxiĂšme cascade, tout le monde dĂ©cide dâemprunter le chemin sĂ»r, sauf un pauvre fou qui avait dĂ©jĂ empruntĂ© le chemin sĂ»r Ă lâaller et dĂ©cide de prendre des risques. Le chemin sâavĂšre bien facile et traverser la riviĂšre en crue ne pose aucun problĂšme puisque des rochers Ă©mergent tout de mĂȘme et quâune corde est tendue entre les deux cĂŽtĂ©s de la riviĂšre. Nous nous retrouvons tous Ă la cabane point de vue pour y dĂ©jeuner, câest-Ă -dire manger des tartines de beurre de cacahuĂšte et des carottes pour les rares Ă avoir dĂ©cidĂ© de se nourrir correctement ce week-end-lĂ . AprĂšs le repas, nous nous baignons dans la premiĂšre cascade, faisons toute sortes de sauts depuis un promontoire rocheux et passons un bon moment.
Nous dĂ©cidons de partir et arrivons Ă la cabane dâentrĂ©e du parc vers 16h, oĂč la gĂ©rante sâĂ©tonne de nous voir. Il nâest apparemment pas commun que des touristes passent aussi longtemps dans le parc, et nous sommes arrivĂ©s in extremis car elle sâapprĂȘtait Ă partir. Sans personne pour nous aider Ă rentrer, nous aurions Ă©tĂ© fins. Mais la sympathique gĂ©rante nous appelle un taxi, enfin un mini van et un taxi. Ceux-ci se montrent 45 minutes aprĂšs et nous montons dedans. 4 petits malins du groupe ont sautĂ© en premier sur le taxi qui Ă©tait un pick up, tous fiers de pouvoir monter Ă lâarriĂšre et de profiter dâune bonne ballade tandis que leurs camarades Ă©taient entassĂ©s dans un van, mais le Karma les punis bien vite en dĂ©clenchant une bonne pluie sur leurs tĂȘtes, les trempant jusquâaux os et les obligeant Ă rentrer dans le pick-up. En arrivant Ă lâhĂŽtel vers 18h, les aventuriers, fatiguĂ©s par cette longue journĂ©e, dĂ©cidĂšrent de repousser leurs limites pour se rendre Ă lâĂ©picerie, situĂ©e Ă 15 minutes Ă pieds, puis se reposĂšrent, mangĂšrent une pizza Ă lâhĂŽtel et sâendormirent. La derniĂšre journĂ©e sur Taveuni sâannonçait toute aussi pleine dâaventure que les premiĂšres : 9 Globeshakers avaient dĂ©cidĂ© dâaller plonger, Taveuni Ă©tant rĂ©putĂ© comme le plus beau spot de plongĂ©e des Fidji, offrant des coraux spectaculaire. Le site sĂ©lectionnĂ© Ă©tait le « rainbow reef », littĂ©ralement le rĂ©cif arc-en-ciel, un des points prisĂ©s de Taveuni Un van vint chercher nos plongeurs et les emmena jusquâĂ une cabane au milieu de lâĂźle dans laquelle Ă©tait entassĂ© du matĂ©riel de plongĂ©e. LĂ -bas, nous rencontrĂąmes les autres plongeurs de la journĂ©e : un charmant couple de britannique ainsi quâun certain Richard, un amĂ©ricain Ă lâaccent texan fortement marquĂ© qui faisait frĂ©quemment des blagues auxquelles peu de gens riaient, soit parce que lâhumour nâĂ©tait pas le nĂŽtre, soit parce que lâaccent rendait la blague incomprĂ©hensible. Nous nous Ă©quipĂąmes, puis notre guide nous conduit vers une minuscule barge, une sorte de bac en aluminium avec un moteur 8 chevaux. 5 dâentre nous montĂšrent sur la barge qui nous emmena laborieusement vers un plus gros bateau, situĂ© quelques dizaines de mĂštres plus au large. La barge revint chercher les autres, qui durent subir ce court trajet rendu long par la houle. AprĂšs une vingtaine de minutes, le bateau sâarrĂȘta et le maĂźtre plongeur nous montra la carte de ce bout de rĂ©cif que nous allions explorer, appelĂ© la « fish factory » (lâusine Ă poisson) et lâitinĂ©raire que nous allions emprunter. Cette plongĂ©e a Ă©tĂ© extrĂȘmement agrĂ©able, car une fois descendu Ă 14m de profondeur, plus besoin de nager : il suffisait de se laisser porter par le courant et de profiter de la vue. Je tenterai bien de dĂ©crire dans un texte long et fastidieux lâextraordinaire spectacle colorĂ© auquel nous avons assistĂ©, mais si cher lecteur tu as lu jusquâici, tu as dĂ©jĂ supportĂ© un texte long et fastidieux. Il serait de plus difficile de dĂ©crire la variĂ©tĂ© de poissons et de coraux que nous avons rencontrĂ©. Sâil est une chose Ă retenir, câest que ce ballet de poissons Ă©clatants et bariolĂ©s nageant dans des rĂ©cifs coralliens Ă©clatants au travers desquels nous flottions pendant 45 minutes Ă©tait simplement magnifique. A la fin de la plongĂ©e, une fois remontĂ©s sur le bateau, celui-ci nous emmena dans une baie de lâile de Vanua Levu, la deuxiĂšme plus grande Ăźle des Fidji, qui fait juste face Ă Taveuni pour y profiter de quelques jus et gĂąteaux en attendant le temps rĂšglementaire (il est en effet impossible de plonger deux fois de suite trop rapidement oĂč de rester en profondeur trop longtemps). Nous avons donc attendu une heure avant que le bateau ne se dirige vers le site de la seconde plongĂ©e. AprĂšs une demi-heure de bateau, le conducteur sâarrĂȘte mais rĂ©alise quâil est juste au bord dâune tempĂȘte, Ă la frontiĂšre de la pluie. Il dirige donc son bateau vers un autre site, un second rĂ©cif tout aussi beau que le premier, dans lequel nous plongerons 45 minutes. La plongĂ©e est encore une fois une expĂ©rience exceptionnelle, nous permettant dâadmirer des bancs de poissons vifs, se dĂ©plaçant dans lâocĂ©an en couloirs longs de dizaines de mĂštres. En remontant Ă la surface, nous rĂ©alisons avec tristesse que nous allons encore une fois ĂȘtre sous lâeau, mais Ă la diffĂ©rence des fonds marins qui Ă©taient Ă une tempĂ©rature assez agrĂ©able, la pluie qui nous fouettait le visage Ă©tait quant Ă elle bien froide. Et le vent nâarrangeait rien. Le retour vers la cabane fut bien long, le bateau Ă©tant ralenti et secouĂ© par la houle. Alors que certains souffraient du mal de mer, dâautres se perchaient Ă lâavant du bateau, chantant des chansons de pirates apprises pour les ateliers tout en se faisant frĂ©quemment arroser par les vagues. Une fois arrivĂ©s au point dâattache du bateau, nous devons refaire le trajet dans la barge, qui sâavĂšre encore plus difficile quâĂ lâaller, mais une fois Ă terre, les souffrants se sentent mieux. Le mini-van nous ramĂšne Ă lâhĂŽtel vers 15h30 oĂč nous passons le reste de la journĂ©e Ă ne rien faire, fatiguĂ©s par cette aventure sous-marine.
Pour revivre cette petite expédition plongée et le reste du week-end, voici une petite vidéo :
La soirĂ©e se dĂ©roule sans accrocs, et notre principale activitĂ© reste lâamĂ©lioration de notre technique dâouverture de noix de cocos, que nous arrivons Ă descendre Ă 3min30 par noix de coco, record dĂ©tenu par Selim, qui avait entrepris de ramener quelques noix Ă Suva et dâen casser dâautre pour se faire des bols Ă Kava. Un dĂ©tail reste Ă rĂ©gler pour cette soirĂ©e : la maniĂšre de se rendre au port le lendemain matin, pour attraper le bateau Ă 8h. Comme il passe seulement 3 bus par jour avec un respect des horaires⊠fidjienâŠ, il fallait prendre un taxi. La teneur de la conversation avec la rĂ©ception de lâhĂŽtel Ă©tait la suivante :
« Bonjour, nous souhaitons prendre un taxi pour aller au port demain matin »
« câest 12$ par personne, soit 156$ »
« Ah oui ? mais le trajet pour aller au parc national nâa coutĂ© que 100$ »
« Oui, câest normal, un van pour 10 coute 60$ et un taxi pour 4 coute 36$ »
« donc on peut utiliser ces mĂȘmes vĂ©hicule pour aller au port ? »
« Oui »
« donc 96$ au total ? »
« non, 12/personne »
« mais pourquoi ? Nous sommes 13, nous rentrons dans 14 places qui coutent 96$ »
« Ah oui câest vrai. Bon et bien 96 alors. Mais normalement câest 12$/personne »
AprÚs cette dure négociation, nous nous couchùmes tous peu à peu.
Le lendemain, le rĂ©veil fut matinal : nous primes un van Ă 6h45 pour aller au port. Le ferry, supposĂ© ĂȘtre au port Ă 7h30, fut bien Ă©videmment fidĂšle au Fiji Time : il arriva au port Ă 9h30, et quitta Taveuni Ă 11h20 au lieu de 10h. Cher lecteur qui a suivi notre aventure jusquâici, est-il bien utile de te dĂ©tailler le trajet de retour ? Le trajet fut bien semblable Ă celui de lâaller, que dire de plus ? Un de nos membres se fit agresser par une souris clandestine alors quâil dormait par terre et se rĂ©veilla en sursaut, nous dinĂąmes de boites de conserve achetĂ©es Ă lâĂ©picerie et de noix de coco pour certains, nous avons eu la chance de naviguer par temps clair et nous avons pu observer une nuit assez belle : la pleine lune Ă bĂąbord, les Ă©toiles sans pollution Ă tribord et tandis que nous laissions derriĂšre nous Josie le cyclone, nous pouvions voir au loin derriĂšre le bateau une tempĂȘte qui secouait Taveuni, les Ă©clairs zĂ©brant le ciel. Le trajet fut un peu plus long quâĂ lâaller, durant prĂšs de 20 heures : le mardi matin, le ferry nous dĂ©posa Ă 6h sur la jetĂ©e de Suva, 2 heures avant la reprise de nos ateliers avec les petits monstres de lâĂ©cole Suva Primary School.
Edmond

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Faire ses courses, une quĂȘte Ă©pique et haletante
« Les piles, câest rangĂ© Ă cĂŽtĂ© des tupperwares et des ampoules ou dans le coin des fournitures scolaires ? ». Imaginez-vous, un samedi aprĂšs-midi, au milieu du Auchan, sourcils froncĂ©s face Ă une liste de course interminable, essayant de deviner oĂč peuvent bien se cacher les objets gribouillĂ©s sur le post-it dans ce gigantesque temple de la consommation. Le pas pressĂ©, vous faisant bousculer par un quidam agacĂ©, manquant de percuter le caddie dâune dame dĂ©ambulant de maniĂšre lunatique entre les rayons noirs de monde, vous tournez en rond. Faisant des allers-retours dâun bout Ă lâautre de la grande surface, votre trajectoire non optimisĂ©e tient plus du mouvement brownien que la boucle bien lisse que vous imaginiez faire en entrant. Mais voilĂ , vous trouvez enfin le pot de cornichon, vous permettant de rayer la derniĂšre ligne de la liste. Ce nâest pas peu fier, mais extĂ©nuĂ©, que vous vous dirigez vers votre coffre de voiture, le panier plein des courses de la semaine aprĂšs avoir fait la queue Ă la caisse pendant une demi-heure. Et lĂ , comme un uppercut Ă lâestomac, le souvenir vous frappe de plein fouet. Le regard hagard, vous rĂ©alisez que vous devez y retourner : vous avez oubliĂ© lâessentiel, le papier toilette.
AprĂšs cette introduction haute en couleur, vous vous demandez sĂ»rement que diable vais-je bien pouvoir vous conter dans cet article. Aujourdâhui mesdames et messieurs, nous nous retrouvons pour parler emplettes. Notre magasin sâappelle « toute la ville de Suva » et diverses boutiques plus ou moins cachĂ©es font office de rayons. Notre mission : acheter de quoi construire 150 instruments de musiques.
Pour rabaisser vos haussements de sourcils interrogateurs qui plissent la peau de vos jolis visages, laissez-moi dâabord vous dĂ©peindre un peu le dĂ©cor. Comme vous pouvez le savoir, nous avons dĂ©cidĂ© dâimplanter des ateliers de construction dâinstruments Ă partir de matĂ©riaux de rĂ©cupĂ©ration au sein de nos ateliers dâĂ©veil musical. Le but initial Ă©tait de faire en sorte que les enfants puissent construire leur propre instrument, et quâils puissent, Ă terme, le faire sans notre aide. Ce but a lĂ©gĂšrement changĂ© aux Fidjis suite Ă lâexpĂ©rience que lâon a eu au Cambodge et vu que nous travaillons avec 150 enfants dans une Ă©cole, sur leur temps scolaire. En effet, construire un instrument en partant de rien peut prendre du temps et nĂ©cessite souvent lâutilisation dâoutils qui nâont pas forcĂ©ment leur place dans une classe de primaire (scie Ă mĂ©taux, perceuseâŠ). Ainsi, Ă lâinstar dâun meuble Ikea, nous voulons plutĂŽt faire en sorte que chaque instrument puisse ĂȘtre assemblĂ© sans utilisation dâoutils « lourds » par un enfant et en moins de 2h. Pour gagner du temps, les diffĂ©rentes parties de chaque instrument devrons donc dĂ©jĂ Ă©tĂ© usinĂ©es par nos soins avant lâatelier de construction (et non face aux enfants, ce que nous faisions au Cambodge).
Tout cela est bien joli sur le papier, mais cette semaine fut le temps de la prise de conscience : il faut trouver et prĂ©parer de quoi faire 150 instruments, un par enfant. Au vu du volume, plus que faire de la rĂ©cupĂ©ration, des achats vont ĂȘtre nĂ©cessaires. Nous voulons construire 50 kalimbas (piano Ă doigts), 50 monostrings (guitare Ă une corde) et 50 trashbones (trombone Ă coulisse fait avec des tubes en PVC).
Les instruments que nous allons fabriquer (photos non contractuelles)
Retroussons donc nos manches, soufflons un bon coup, câest parti !
Nous appuyons sur le bouton « play » du jeu « Fabrication dâinstruments ».
Objet de la premiĂšre quĂȘte : « trouver les matĂ©riaux nĂ©cessaires »
Les dĂ©tails de la quĂȘte sont donnĂ©s par un vieux sage prĂ©nommĂ© Jean. Il nous annonce, dâune voix chevrotante :
« Oh lĂ voyageurs ! Bien loin de votre contrĂ©e vous ĂȘtes ! Noble est votre quĂȘte, mais semĂ©e dâembĂ»ches elle sera ! Voici, pour vous aider, une liste dĂ©taillĂ©e des reliques que vous allez devoir trouver. Cependant, je me dois de vous mettre en garde : jeune je ne suis plus vraiment...ma mĂ©moire me joue des tours maintenant, cela vous arrivera aussi peut ĂȘtre un jour vous savez. Il se peut donc que la liste soit incomplĂšte, mais je ne sais plus ce que jâai bien pu oublier dây ajouter. Tic, tac, lâhorloge tourne, et vous nâavez que quelques jours pour trouver ces reliquesâŠÂ Je ne sais pas vraiment oĂč elles se trouvent, mais je suis sĂ»r quâen chemin vous croiserez des gens de bons conseils !»
Câest donc sans indication prĂ©cise de direction que nous nous Ă©lançons dans notre quĂȘte. Afin de couvrir plus de superficie, nous nous scindons en deux. A lâissue de la premiĂšre aprĂšs-midi de recherche, la premiĂšre Ă©quipe rĂ©ussie Ă trouver quelques outils et matĂ©riaux de base (scies, perceuse, pinces, cutter, clous, vis) et tomba sur un commerçant qui leur donna lâindice suivant :
« Si vous voulez mettre toutes les chances de votre cÎté, revenez aux aurores pour trouver bois et PVC ».
La deuxiĂšme Ă©quipe trouva quant Ă elle du fil de pĂȘche dans une supĂ©rette.
La deuxiĂšme demi-journĂ©e de quĂȘte se dĂ©roula sur une autre zone de la carte, en centre-ville. Cependant, un malin sorcier dĂ©cida de mettre des bĂątons dans les roues de notre fine Ă©quipe : il fit pleuvoir des trombes dâeau sur nos courageux voyageurs et fit en sorte que lâaventure dĂ©bute Ă 17h, heure de fermeture des magasins de la citĂ©. Errant de boutique en boutique, rencontrant portes closes et portiques sur le point de fermer, ils rĂ©ussirent tout de mĂȘme Ă rĂ©unir deux indices :
Toute boutique tenue par des chinois vend des rouleaux de fil de fer
Les scotchs colorés ne se trouvent pas dans les magasins de déguisement mais dans les librairies
Pour contrer le mauvais sort, Edmond acheta un artéfact magique lui octroyant quelques points de chance en bonus (mais lui faisant perdre quelques points de charisme). Grùce à cet achat, une boutique tenue par des chinois fut trouvée, du fil de fer acheté, ainsi que 500 épingles à cheveux. Malheureusement, toutes les librairies étaient déjà fermées.
Edmond et son artéfact magique
Lâurgence commençait Ă faire trĂ©pigner nos voyageurs : ils devaient avoir fini les ateliers de construction avant la fin de la premiĂšre semaine dâAvril. Or, le mardi 3 au matin, aucun signe de tubes en PVC ni de planche en bois Ă lâhorizon. Retroussant leurs manches, ils dĂ©cidĂšrent de ne pas se laisser abattre et partirent de nouveau en expĂ©dition.
En retournant dans un endroit pourtant dĂ©jĂ visitĂ©, ils rĂ©ussirent Ă dĂ©bloquer lâaccĂšs Ă une zone de la carte jusque-lĂ inexplorĂ©e : un boutiquier leur indiqua le lieu prĂ©cis du passage Ă emprunter pour finaliser leur quĂȘte. La fin du calvaire semblait se profiler, les tubes en PVC et les planches Ă©taient achetĂ©sâŠseulement voilĂ , toute bonne histoire contient son lot de rebondissement, et il semblerait que je vous narre ici une trĂšs bonne histoire.
LâĂ©quipe partie faire les courses ce jour-lĂ avait en effet Ă©tĂ© un peu trop confiante en ses capacitĂ©s physiques. A 4 personnes dont une mal en point car malade, ils sâimaginaient ainsi porter sur plus dâun kilomĂštre et sous un soleil de plomb 14 planches de bois longues de plusieurs mĂštres et 10 tubes de PVC encore plus longs. Emplis de bonne volontĂ©, ils essayĂšrent, mais au bout de quelques mĂštres, la rĂ©alitĂ© les rattrapa et ils dĂ©cidĂšrent dâhĂ©ler un taxi pour rentrer. Seulement imaginez-vous bien la scĂšne : aucun taxi sain dâesprit nâaccepterait pareil Ă©quipage dans sa voiture. Ainsi, aprĂšs plusieurs tentatives de nĂ©gociation avec des chauffeurs peu enthousiastes, il fallut se rendre Ă lâĂ©vidence : ils Ă©taient coincĂ©s Ă 30 mĂštres du magasin, dĂ©jĂ en nage par le peu de chemin parcouru.
Nous nous trouvons donc maintenant Ă CE moment du rĂ©cit. Mais si, vous savez, celui oĂč les hĂ©ros, aprĂšs avoir traversĂ©s de terribles pĂ©ripĂ©ties se retrouvent finalement dos au mur, seuls face Ă une Ă©preuve insurmontable qui sonnera le glas de leur quĂȘte. Câest aussi le moment oĂč, en tant que narrateur, jâinvoque un Deus ex machina de derriĂšre les fagots :
Un miracle survint au son pĂ©taradant dâun moteur de pickup. Un fidjien bienveillant arrĂȘta son vĂ©hicule Ă notre hauteur et nous proposa gracieusement de nous ramener prĂšs de chez nous, chargĂ©s de notre matĂ©riel.
Un aperçu de la quantité de matériel ramené, avec nos équipes en plein travail
Ainsi, tous les objets de la liste de course achetĂ©s, la construction pouvait commencer. Le lecteur attentif me retorquera que « la liste de course Ă©tait incomplĂšte », et il aura cent fois raison. Ce fait nous obligea dâailleurs Ă effectuer moult allers-retours afin de complĂ©ter le catalogue dâachats au fur et Ă mesure que lâabsence dâun objet se faisait sentir, mais je passe sur ces pĂ©ripĂ©ties par peur de vous perdre en Ă©numĂ©rant la liste hĂ©tĂ©roclite de nos oublis. Faisons donc comme si nous avions tout ce quâil nous fallait Ă disposition et entamons la narration de la construction !
Celle-ci se dĂ©roula majoritairement le mardi aprĂšs-midi. Nous avions alors organisĂ© une chaĂźne de travail dans le jardin de notre demeure, chaque personne Ă©tant prĂ©posĂ©e Ă une seule tĂąche rĂ©pĂ©titive dont il a dĂ» sâacquitter jusquâĂ Ă©puisement de matĂ©riel ou renoncement. Il a fallu clouer 50 clous et visser 50 vis pour les 50 monostrings. Scier 10 bouts de planches en bois avec une scie Ă mĂ©taux, casser les deux scies Ă disposition, acheter une scie Ă bois et dĂ©couper les 40 bouts de planches restants pour les kalimbas. Scier 50 bouts de tiges de mĂ©tal, percer 50 fois 7 trous Ă la perceuse, couper 50 fois 7 bouts de fils de fer, scier 100 bouts de tubes en PVC de la bonne longueur pour les trashbones, et enfin, la tĂąche qui a mobilisĂ© le plus de main dâĆuvre : dĂ©plier 500 Ă©pingles Ă cheveux.
Bravo Edmond, plus que 499
Une fois ce retour en stage opĂ©rateur fini, la nuit avait eu le temps de jeter son voile sur notre maison, mais les ateliers « construction » Ă©taient devenus possible. Ainsi, dĂšs Jeudi, la quĂȘte initiale a pu porter ses fruits : les groupes dâanimateurs ont pu commencer Ă faire rĂ©aliser lâassemblage par leurs enfants, pour leur plus grand plaisir.
VoilĂ donc le rĂ©cit Ă©pique de ces courses chaotiques. JâespĂšre quâil a su vous tenir en haleine jusquâau bout ! Sur ce, je vais vous laisser, une ratatouille mâattend.
Votre conteur dévoué,
Adel
Bula ! Bienvenue aux Fidjis
« Bula ! Bula ! »
Cette salutation chaleureuse â que nous entendons alors pour la premiĂšre fois mais pas pour la derniĂšre, loin de lĂ â nous est lancĂ©e par les employĂ©s de lâaĂ©roport de Nadi, alors que nous posons nos pieds dans ce pays nouveau, mystĂ©rieux et parfois mĂȘme qualifiĂ© de « improbables » par certains membres du groupe ou amis.
DĂšs notre sortie du terminal, chargĂ©s de tous nos bagages et instruments, nous sommes accueillis par une chaleur et une humiditĂ© Ă©crasante, mais aussi par un paysage totalement diffĂ©rent du Cambodge, avec un ciel dâun bleu Ă©clatant et une vĂ©gĂ©tation fournie aux couleurs vives. Nous ne traĂźnons pas lĂ puisque ce nâest quâune escale avant le dernier avion qui nous amĂšnera Ă Suva. Nous nous dirigeons vers le terminal des vols domestiques qui a un air mignon de petite gare de bus de ville de province. Nous ne tardons pas Ă ĂȘtre appelĂ©s pour notre vol : notre petit avion est presque garĂ© devant une porte du terminal, il nous suffit de marcher jusquâĂ lâescalier et monter.
Lâavion le plus petit et le mieux dĂ©corĂ© quâon ait pris jusque lĂ
On peut voir nos bagages se faire mettre en soute, lâoccasion dâobserver un employĂ© fidjien soulever la hardcase contenant le soubassophone Ă une main â alors quâon sây met Ă deux pour faire la mĂȘme chose. Ayant dĂ©jĂ vu des joueurs de rugby fidjiens rĂ©aliser des performances impressionnantes au tournoi de rugby Ă 7 de Centrale, on aurait pu penser que seuls les rugbymen avaient une telle carrure, mais on sâest vite rendu compte au cours de nos premiers jours ici que le gabarit des fidjiens Ă©tait en moyenne plutĂŽt imposant. Cela ne les empĂȘche pas dâavoir un air incroyablement accueillant, souvent souriant ou nous saluant sur notre passage, parfois mĂȘme nous demandant dâun air curieux dâoĂč on vient et si lâon se plait dans leur pays.
A notre sortie de lâavion Ă Suva nous sommes accueillis par Thomas, directeur de lâAlliance Française de Suva. Nous sommes en contact avec lui depuis quelques semaines et il nous a aidĂ© Ă organiser nos ateliers avec les Ă©coles locales, quâil connait bien puisque lâAlliance Française Ćuvre pour lâenseignement du français ici. AprĂšs quelques pĂ©ripĂ©ties logistiques et problĂšmes de communication avec la propriĂ©taire, nous rĂ©ussissons finalement Ă emmĂ©nager dans la maison que nous avons louĂ© pour toute la durĂ©e du sĂ©jour. Quelques courses et un peu de mĂ©nage plus tard, et nous sommes tous confortablement installĂ©s dans ce nouveau chez-nous, assez spacieux mĂȘme pour pouvoir rĂ©pĂ©ter et faire des rĂ©unions tranquillement.
On profite mĂȘme dâun balcon avec de superbes levers de soleil
La premiĂšre semaine ici nous permet de prendre nos marques, de lancer les premiĂšres bonnes habitudes comme une sĂ©ance de sport quotidienne, suivie par une bonne partie du groupe, ou encore dâorganiser la maniĂšre de cuisiner et de se nourrir tous ensemble. Câest aussi le moment de dire au revoir Ă Catalina qui repart au Chili pour continuer ses Ă©tudes â mais nous aurons l'occasion de la recroiser avant la fin du voyage, notamment lors de notre passage au Chili.
GuidĂ©s par Thomas, nous faisons nos premiers ateliers aux Fidjis : des rencontres avec des enfants dâune Ă©cole maternelle et collĂšge, puis ceux dâune crĂšche. Ces interventions seront seulement ponctuelles, notre but a donc Ă©tĂ© dâĂ©merveiller les enfants le plus possible avec nos instruments, parfois totalement inconnus pour eux. On peut dire que ça a marchĂ©, quand Ewan leur montre la note la plus grave possible sur son baryton, ou quand Tony sort le soubassophone de sa housse, et que le son des instruments est presque noyĂ© par une nuĂ©e de cris Ă©tonnĂ©s et de rires. Nous leur avons aussi montrĂ© la construction dâun morceau en ajoutant progressivement toutes les voix dâinstruments les unes aux autres.
Petite démonstration des différentes voix de Pastime Paradise (reprise de Stevie Wonder)
Enfin, le clou du spectacle, nous leur avons fait essayer les instruments ! Souffler dans une embouchure ou dans un bec de saxophone, taper sur quelque chose qui fait du bruit : ils Ă©taient surexcitĂ©s, ravis, et certains avaient mĂȘme lâair naturellement plutĂŽt douĂ©s.
Lors de notre premier week-end ici, nous sommes sortis au centre-ville de Suva pour voir le marché : immense espace couvert sur deux Ă©tages oĂč lâon trouve tous les lĂ©gumes et fruits locaux, des Ă©pices, des petites choses Ă manger et Ă boire.
Certains ont fait une petite excursion au parc Colo i Suva, tout prĂšs de la ville, pour y admirer la vĂ©gĂ©tation luxuriante et se baigner dans des piscines naturelles formĂ©es par les ruisseaux et cascades qui coulent au cĆur de la forĂȘt. Dâautres ont prĂ©fĂ©rĂ© la plage avec une sortie Ă Pacific Harbour, oĂč on trouve des plages contrairement Ă Suva.
Mardi nous avons enfin eu lâautorisation du ministĂšre de lâĂ©ducation pour faire nos ateliers dans des Ă©coles â aprĂšs quelques dĂ©boires administratifs que Thomas nous a aidĂ© Ă surpasser â et nous avons donc pu rencontrer pour la premiĂšre fois les enfants de la Suva Primary School oĂč nous ferons nos ateliers quotidiens au cours des prochaines semaines.
Nous avons hĂąte de nous lancer dans le corps des ateliers avec les enfants â qui ont lâair trĂšs enthousiastes et avec un sens du rythme naturel â et aussi dâen dĂ©couvrir plus sur ce pays dont nous ne connaissions rien. Nous rencontrerons aussi trĂšs bientĂŽt dâautres enfants soutenus par Fenc Fiji avec qui nous ferons plusieurs interventions. On vous en dit plus dans les semaines qui viennent !
Emilie