6h30 du matin. Chili, dĂ©sert dâAtacama, devant une guesthouse en pĂ©riphĂ©rie de la petite ville de San Pedro de Atacama. Treize Globeshakers se dĂ©pĂȘchent de sortir leurs innombrables bagages : le van vient les chercher dâune minute Ă lâautre. Ce nâest finalement quâaux coups de 7h10 que le vĂ©hicule pointe le bout de son nez. Le conducteur commence Ă entasser dâabord les sacs puis les instruments en finissant par la hardcase de souba de deux mĂštres cubes. Tout ceci finit par occuper Ă lui tout seul quatre places et toute lâallĂ©e du van malgrĂ© le fait que lâagence ait Ă©tĂ© prĂ©venue de lâĂ©normitĂ© des bagages de la bande de touristes. Le conducteur, qui doit encore aller chercher trois autres personnes, ne sait plus comment faire. Il finit par passer un coup de fil, probablement pour dire dâenvoyer un autre vĂ©hicule prendre le reste des gens, et le van dĂ©marre enfin direction la frontiĂšre Bolivienne.
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AprĂšs une heure de trajet environ, nous arrivons Ă un petit hangar oĂč nous rentrons vite pour nous abriter du froid du matin. Nous faisons la queue pour avoir le tampon de sortie du territoire chilien et câest reparti. Quelques centaines de mĂštres plus loin dans le no manâs land sĂ©parant le Chili de la Bolivie et sur une route qui se transforme en piste juste aprĂšs le poste de frontiĂšre, le van sâarrĂȘte au milieu de nulle part et le conducteur nous dĂ©signe une file dâeuropĂ©ens devant une cabane en pierre surmontĂ©e du drapeau de la Bolivie : Câest le poste de frontiĂšre bolivien. Nous sommes tous rĂ©ticents Ă lâidĂ©e de faire cette longue queue dans le froid glacial du dĂ©sert, dĂ©sert qui est quand mĂȘme Ă 4500m au-dessus du niveau de la mer, mais bon, nous nâavons pas le choix si nous voulons fouler le territoire bolivien lĂ©galement. La file avance assez rapidement et en Ă peine 20 min nous rentrons dĂ©jĂ un Ă un dans le petit cabanon pour avoir notre tampon dâentrĂ©e. En revenant sur le parking (qui nâest que la vaste Ă©tendue de cailloux derriĂšre le cabanon), nous disons adieu au conducteur de van qui retourne Ă San Pedro de Atacama et faisons la connaissance des trois chauffeurs qui nous guiderons Ă travers les paysages magnifiques de lâaltiplano bolivien Ă bord de leurs Jeeps (de la marque Toyota). Le petit-dĂ©jeuner nous est servi sur une table dĂ©pliante Ă lâarriĂšre des jeeps et nous faisons la connaissance des 6 brĂ©siliens qui feront le trajet avec nous dans la troisiĂšme jeep de la flotte. Nous retrouvons aussi Nymphe, une amie flamande que nous rencontrĂ©e lors dâun de nos concerts Ă Valparaiso, que nous avons revue lors de nos concerts Ă San Pedro et qui fera la traversĂ©e de trois jours jusquâĂ Uyuni avec nous. Une fois lâestomac bien rempli, nos chauffeurs escaladent leurs jeeps et on les aide Ă charger les bagages sur le toit. Cette quantitĂ© de bagages astronomique (facilement le double des autres jeeps que lâon voit autour de nous) amuse les conducteurs et ils voient la situation comme un dĂ©fi de Tetris. Tout bien sanglĂ© sur le toit, nous voici enfin partis pour une traversĂ©e des paysages inoubliables du dĂ©sert dâUyuni.
Premier arrĂȘt rapide oĂč les conducteurs nous invitent Ă aller payer les frais dâentrĂ©e dans le parc national quâest la rĂ©gion dâUyuni que nous nous apprĂȘtons Ă traverser et nous repartons tout de suite aprĂšs. En quelques minutes de route, nous voici arrivĂ©s au premier lieu fabuleux de notre pĂ©riple. Il sâagit de la Laguna Verde qui, comme son nom lâindique si bien, a une eau de couleur verdĂątre due Ă sa forte concentration en cuivre. Elle contient aussi des minĂ©raux comme lâarsenic, ce qui rend, par sa toxicitĂ©, la lagune dĂ©pourvue de toute vie animale. Lâendroit est au pied du volcan Licancabur qui culmine Ă 5920 mĂštres dâaltitude et que lâon voyait dĂ©jĂ depuis San Pedro de Atacama. Nous profitons du paysage, prenons quelques photos et nous repartons. Rien ne sert de sâattarder dans le froid du matin et nous avons encore beaucoup de choses Ă voir.
Pour la prochaine Ă©tape, les jeeps nous dĂ©posent aux Termas de Polques, des sources tellement chaudes que câest presque (je dis bien presque) insupportable dây rester trop longtemps au risque de cuire bouilli. Certains sont un peu hĂ©sitants Ă lâidĂ©e de braver le froid du dĂ©sert avant de rentrer dans lâeau mais finissent par se laisser convaincre et ne le regrettent pas une fois dans lâeau. Dâautres sont saisis de vertiges au moment de sortir de lâeau avec la diffĂ©rence brusque de tempĂ©rature mais il leur suffit de quelques minutes de repos et tout va mieux. Nous nous sĂ©chons tranquillement au soleil et nous nous rhabillons pour remonter dans les jeeps pour la suite du pĂ©riple.
Au moment de sâarrĂȘter pour le troisiĂšme lieu, je commence Ă me dire que ce dĂ©sert est bien dense en paysages exceptionnels : nous ne mettons quâĂ peine 10 minutes de route Ă chaque fois pour arriver Ă lâarrĂȘt suivant. Nous descendons des jeeps et Ă©coutons les explications en espagnol des conducteurs tout en admirant le paysage. Comment dire ? Cette partie du dĂ©sert prĂ©sente tellement de nuances de rouges Ă©talĂ©es de maniĂšre improbables sur des dunes imposantes et innombrables petites formations rocheuses qui viennent se poser ici et lĂ sur les dunes quâil porte le nom de lâun des plus grands peintres surrĂ©alistes. Laurent, Adel, Ewan et Emilie sâaventurent dans le dĂ©sert Salvador Dali pour voir les dunes de plus prĂšs tandis que les autres prennent des photos. Nous ne sommes encore quâĂ 4750 mĂštres Ă peine que Nymphe et moi-mĂȘme commençons Ă sentir les effets de lâaltitude, alors que pourtant câest la premiĂšre fois pour tout le monde Ă cette altitude, sauf pour Edmond et Benjamin qui ont fait lâascension du volcan Cerro Toco la veille. Les vertiges nous prennent et on demande au conducteur si les feuilles de coca sont bien efficaces contre le mal de lâaltitude. Il nous en donne gĂ©nĂ©reusement depuis sa propre rĂ©serve toujours Ă portĂ©e de main. Il nous explique quâil faut Ă peine mĂącher la pincĂ©e de feuilles puis la loger entre la joue et la gencive et la laisser infuser. Les bienfaits de la coca se font sentir en quelques minutes et nous pouvons repartir vers notre prochaine destination.
Nous nous apprĂȘtons au pire lorsque notre chauffeur nous annonce que nous avons un bout de chemin Ă faire au-dessus de la barre des 5000 mĂštres dâaltitude pour arriver Ă notre prochaine destination : les geysers Sol de Mañana (soleil du matin). Nous nous accrochons Ă nos boules de coca dans la bouche et y arrivons sont trop de complications. Ces formations gĂ©othermiques font monter des traĂźnĂ©es de fumĂ©e qui peuvent atteindre la cinquantaine de mĂštres au lever du soleil, heure recommandĂ©e pour les observer (ce qui donne le nom de lâendroit) lorsque le froid du matin et le soleil donnent toute sa splendeur au phĂ©nomĂšne. Ces fumĂ©es toxiques ne restent pas moins impressionnantes au moment oĂč nous les visitons. Les conducteurs nous invitent Ă revenir aux jeeps pour reprendre la route vers lâendroit oĂč nous allons dĂ©jeuner.
Nous nous remplissons le ventre Ă lâauberge oĂč les conducteurs nous amĂšnent et nous reprenons rapidement la route car il est dĂ©jĂ tard et nous avons encore beaucoup de chemin Ă faire. Nous arrivons trĂšs vite au dernier et surement le plus incroyable arrĂȘt de la journĂ©e : la Laguna Colorada. Ce lieu unique est lâabri de beaucoup dâespĂšces protĂ©gĂ©e et une escale pour de nombreux oiseaux migrateurs. On y retrouve des flamants roses par milliers venus pour sây reproduire. La lagune compte 25% de la population mondiale de flamants des Andes et 50% de celle dâune autre espĂšce de flamants roses. Son nom est assez logique vu quâil veut dire lagune colorĂ©e et on comprend au premier coup dâĆil vu que la lagune a une eau dâune couleur allant de nuances de marron au rouge intense. Cette palette de couleur vient des sĂ©diments ainsi que de algues prĂ©sents dans la lagune. Nymphe et moi restons en position latĂ©rale de sĂ©curitĂ© chacun sur une des banquettes de la jeep Ă mĂącher nos feuilles de coca tandis que les autres gambadent parmi les flamants roses et les lamas qui sâabreuvent au bord de la lagune.
Nous repartons environ une heure avant le coucher du soleil et le chauffeur nous annonce que nous avons environ une heure et demi de route avant dâarriver Ă lâauberge oĂč nous passerons la nuit. Le temps passe assez vite dans les blagues et les rires et nous arrivons enfin Ă Villa del Mar, le petit village oĂč nous allons passer la nuit qui Ă©tait dĂ©jĂ tombĂ©e. On nous sert un bon repas chaud durant lequel un des chauffeurs viens vers nous et nous demande si ce serait possible de jouer quelques morceaux pour le staff de lâauberge et les quelques autres touristes qui y passent la nuit. AprĂšs consensus, on accepte et tout le monde sort son instrument. Enfin, tout le monde sauf Adel dont la grosse caisse contient la moitiĂ© de ses habits et prendrait une trentaine de minutes Ă dĂ©monter, vider et remonter. Il finit par prendre juste une cloche en se disant que ça allait passer. Les gens filment et profitent du set bien que faux Ă cause de lâaltitude et du froid. Nous allons ensuite tous dans nos chambres nous abriter sous nos couettes et profiter dâune nuit de sommeil bien mĂ©ritĂ©e.
Le lendemain matin, rĂ©veil Ă 7h30 pour aller prendre le petit-dĂ©jeuner et partir Ă 9h tapantes. On commence donc Ă charger la tonne de bagages Ă 9h20. Lionel, Nymphe et moi dĂ©cidons dâaller faire le long du petit village, le tour Ă©tant difficile avec une seule rue. A une des extrĂ©mitĂ©s de la rue, nous apercevons un canyon et une queue dâavion qui dĂ©passe. Nous nous mettons Ă grimper sans hĂ©sitation en espĂ©rant voir la carcasse de lâengin Ă©crasĂ©. Avec lâinscription « FAB-221 » et quelques recherches sur internet, je comprends quâil sâagit en fait dâun ULM des forces aĂ©riennes boliviennes mais pas plus de dĂ©tails sur comment il sâest retrouvĂ© au fond de ce canyon. Nous revenons Ă lâauberge pour constater que seulement un 4x4 sur deux est chargĂ©. Nous partageons notre dĂ©couverte de lâavion avec les autres qui sâempressent dâaller voir dâeux-mĂȘmes et prenons le relais pour passer les bagages aux chauffeurs qui sont sur le toit des jeeps. 10h passĂ©es, nous prenons enfin le dĂ©part pour le deuxiĂšme jour de notre odyssĂ©e.
Une fois dans la jeep et vu les effets de lâaltitude sur les non-initiĂ©s, nous demandons au conducteur si câest possible dâacheter des feuilles de coca dans le village. Il nous dĂ©pose dans une petite Ă©picerie et nous rentrons demander ce pour quoi nous sommes venus. Le vendeur nous dit quâil a des sacs de 30 bolivianos (3âŹ75) et des sacs de 10 bolivianos (1âŹ25). Edmond et moi prenons chacun un sac de 10 en nous disant quâon en aura pas besoin de beaucoup dans tous les cas. Nous voilĂ bien surpris donc quand lâĂ©picier reviens de lâarriĂšre-boutique avec deux sacs de la taille dâun Ćuf dâautruche. Nous rangeons tout ça et câest reparti. Nous nâavons pas de temps Ă perdre. Il y a beaucoup de choses Ă voir aujourdâhui dâaprĂšs le chauffeur. La jeep commence Ă sâaventurer dans des paysages de plus en plus rocheux et nous finissons par arriver Ă notre premiĂšre Ă©tape de la journĂ©e : La Copa del Mundo (pas besoin de traduire celle-ci). Nulle explication de la part du conducteur nâest nĂ©cessaire : Câest un gros rocher en forme de coupe du monde. On observe lâimmense caillou quelques minutes et sommes tout de suite distraits par les autres canyons autour, semblant propices Ă lâescalade. Alexis, Jean et Lionel, voyant les petites tours de pierres construites par les touristes dĂ©jĂ passĂ©s par ici, dĂ©cident de se lancer dans un projet faramineux et commencent Ă rassembler les plus belles pierres des alentours pour dresser la plus haute construction du lieu. Pendant ce temps, nous autres prenons des photos tout en haut des rochers impressionnants et redescendons avec prĂ©cautions petit Ă petit vers les jeeps. Les retardataires sont nos architectes en herbe qui ont du mal a quitter leur beau dolmen dâun mĂštre de haut.
La destination suivante est seulement quelques kilomĂštres plus loin dans la mĂȘme rĂ©gion rocheuse. On sâarrĂȘte devant un Ă©norme rocher en forme de thĂ©iĂšre. La nature est parfois trĂšs imaginative. Le conducteur nous annonce comment les vents et lâĂ©rosion ont formĂ© cette merveille naturelle qui dâaprĂšs les locaux a la forme dâun chameau. Chacun sa vision des choses jâimagine. Nous nous ruons pour escalader la thĂ©iĂšre et le rocher trois fois plus haut Ă cĂŽtĂ©. Nous nâavons pas vu de forme particuliĂšre dans cet amas rocheux. A vous dâen juger dâaprĂšs la photo. Valentin profite du fait quâon soit tous dispersĂ©s Ă diffĂ©rentes hauteurs du rocher pour faire une belle photo de groupe et nous redescendons en directions des jeeps. Edmond et moi offrons une tournĂ©e gĂ©nĂ©rale de feuille de coca car certains veulent essayer. Nous nâavons pourtant aucun problĂšme avec lâaltitude jusque-lĂ Â ; nous sommes redescendus aux alentours de 4000 mĂštres dâaltitude, de la rigolade quand on a dĂ©jĂ passĂ© la barre des 5000.
Pour rester dans le mĂȘme paysage canyonneux, les conducteurs nous emmĂšnent dans un vrai labyrinthe rocheux. Un sable fin jonche le sol plat et dâimmenses tours de pierre se dressent tels de gratte-ciels au milieu du dĂ©sert. Ceci explique en partie le nom de lâendroit : la Ciudad de la Italia Perdida (la CitĂ© de lâItalie Perdue). DâaprĂšs le chauffeur (et dâaprĂšs ce que jâai compris de son espagnol), ce lieu porte ce nom en hommage Ă deux italiens qui Ă©taient venus explorer lâendroit et qui sây sont perdu pendant des jours avant de retrouver leur chemin vers la civilisation. Nous nous enfonçons dans la citĂ© de pierre puis descendons des jeeps. Nous commençons Ă nous aventurer parmi les tours de pierre en repĂ©rant bien notre chemin, histoire de ne pas finir comme les deux italiens. On finit par se trouver quelques rochers dont les sommets sont accessibles et entamons lâescalade. Comme dâhabitude, nous nous posons un petit moment en haut pour une petite sĂ©ance photo et pour papoter un peu avec une vue sans pareil sur les canyons dâun cĂŽtĂ© et le dĂ©sert de lâautre.
Il est presque midi et avec la matinĂ©e dâescalade, les conducteurs nous proposent une pause de 15 minutes au bord dâun point dâeau avec des lamas. Nous nous y posons et profitons de la tranquillitĂ© de lâendroit. Quelques malins tentent dâapprocher les bĂȘtes. Plusieurs stratĂ©gies sont dĂ©ployĂ©es : imitation du cri de lâanimal (mĂȘme si personne ne sait quel bruit fait un lama), dissimulation parmi le troupeau en marchant Ă quatre pattes, approche en mode 1, 2, 3, soleil⊠Mais toutes Ă©chouent bien Ă©videmment et nous repartons vers les jeeps avec des crampes de rires Ă lâestomac.
Nous passons devant lâendroit oĂč le dĂ©jeuner est prĂ©vu mais le conducteur nous annonce que nous allons dâabord aller visiter un lieu proche qui vaut le dĂ©tour. Nous arrivons sur une plaine Ă cĂŽtĂ© dâun canyon et les conducteurs nous disent quâil faut marcher un peu pour arriver jusquâau lieu en question. Nous suivons leurs pas experts dâabord sur la plaine puis ensuite au-dessus des rochers. On continue Ă monter jusquâau moment oĂč on arrive au bout du rocher. Au-delĂ , nous apercevons une Ă©tendue dâeau noirĂątre entourĂ©e de canyons. Câest la Luguna Negra. Nous nous posons sur ce bord de rocher, admirons le paysage et redescendons car câest pas tout ça, mais on a faim.
On nous sert un repas bien copieux Ă base de riz, de salades diverses et dâun pastel de pĂ pas, un plat Ă mi-chemin entre le gratin dauphinois et les lasagnes. Bien entendu, en quelques minutes toutes les assiettes sont vides. Voyant cela, les brĂ©siliens qui font le voyage avec nous dans la troisiĂšme jeep, qui ont dĂ©jĂ compris quâon ne mange pas des quantitĂ©s normales pour des ĂȘtres humains, nous donnent gĂ©nĂ©reusement le reste de leur dĂ©jeuner (cet Ă dire la moitiĂ©, Ă croire quâeux non plus ne mangent pas non plus des quantitĂ©s normales pour des ĂȘtres humains). Nous repartons le ventre bien rempli. Prochaine destination : el Canyon del Anaconda. Non, cet endroit ne tient pas ce nom dâun gros rocher en forme dâanaconda (ce serait improbable quand mĂȘme) mais de la riviĂšre sinueuse et verte de vase qui coule tranquillement en bas du canyon. Nous sommes tout en haut de la falaise pour observer ce paysage. Nous allons Ă la recherche de coins de falaise moins frĂ©quentĂ©s des touristes pour ĂȘtre tranquilles.
Pour le prochain arrĂȘt, les conducteurs ont prĂ©vu une petite pause au petit village de San Augustin. Nous y trouvons une petite Ă©picerie oĂč nous faisons des courses de sucreries. Certains se posent au soleil sur les bancs de la place principale quand dâautres vont visiter les alentours. DĂ©jĂ 30 minutes sont passĂ©es dans le village et nous devons repartir en direction de notre derniĂšre Ă©tape de la journĂ©e : une voie ferrĂ©e parfaitement rectiligne en plein milieux de nulle part. Cette voie ferrĂ©e marque le dĂ©but de la rĂ©gion dĂ©sertique du salar dâUyuni (qui est le programme de la troisiĂšme et derniĂšre journĂ©e). Ces rails qui semblent sâĂ©tendre jusquâĂ lâinfini disparaissent Ă lâhorizon dans un mirage impressionnant. Nous dĂ©cidons de mettre Ă lâĂ©preuve notre sens de lâĂ©quilibre et allons essayer de marcher droit sur les rails. Les meilleurs arrivent Ă enchaĂźner trois pas avant de poser pied Ă terre. Nous prenons des photos Ă la perspective hallucinante et revenons vers les jeeps.
Sur les coups de 16h, on arrive dĂ©jĂ devant un petit bĂątiment en pĂ©riphĂ©rie dâun village au milieu de nulle part. Les conducteurs nous expliquent que nous passerons la nuit ici et nous nous empressons donc de prendre chacun un lit dans un des dortoirs pour Ă©viter de se retrouver dans la chambre conjugale que les deux derniers arrivĂ©s se partageront. Comme il est encore assez tĂŽt, nous partons Ă lâexploration des environs. A moins de 200 mĂštres Ă lâest, nous tombons sur un endroit assez particulier. Nous voyons des monticules de pierres dressĂ©s en dĂŽmes. En sâapprochant, nous nous apercevons quâil sâagit en fait du cimetiĂšre du village. Les dĂŽmes sont en fait des tombeaux dans lesquels un trou laisse apercevoir les ossements du dĂ©funt. Le sang glacĂ©, nous continuons notre route vers une zone de canyons qui a lâair idĂ©ale pour profiter du coucher du soleil. Ămilie rĂšgle lâappareil photo, lance un timelapse du coucher du soleil et se joint aux autres posĂ©s Ă rigoler et Ă lire le livre dâespagnol de Jean sur le sable qui devient de plus en plus froid. Tellement froid que nâavons plus la patience dâattendre la fin du timelapse et refaisons le chemin inverse vers lâauberge dĂšs que le soleil passe derriĂšre la ligne dâhorizon montagneuse. Une fois Ă lâabri du vent froid de lâaltiplano, nous profitons dâun bon matĂ© (boisson dâAmĂ©rique du sud Ă base dâinfusion de feuilles) de coca et dâune douche chaude pour la modique somme de 10 bolivianos (1âŹ25) pour certains. On nous sert ensuite un repas gĂ©nĂ©reux et mĂȘme une bouteille de vin par table. A la fin du repas, un des conducteurs vient nous voir et nous demande si ce serait possible de jouer quelques morceaux. Nous acceptons et sortons les instruments. Comme la veille, les gens sortent leurs smartphones et filment tout le set pour garder une trace des dĂ©hanchĂ©s endiablĂ©s des musiciens. Malheureusement, le set ne peut pas durer longtemps car les musiciens commencent dĂ©jĂ Ă suffoquer Ă cause de la poussiĂšre qui sâĂ©lĂšve du sol fait entiĂšrement de sel. Nous rangeons les instruments dans leurs Ă©tuis et sortons dehors pour trouver un ciel comme on en a jamais vu auparavant. Des centaines dâĂ©toiles Ă©clairent la voute cĂ©leste avec au milieu une Voie LactĂ©e Ă©clatante.
Le lendemain matin, les rĂ©veils sonnent Ă 4h30. Nous faisons rapidement nos sacs et les chargeons sur les jeeps. Il faut partir vite pour ne pas rater le lever du soleil sur le salar dâUyuni. Nous continuons la nuit dans les voitures et arrivons vers 6h du matin Ă lâentrĂ©e du Salar. Les jeeps roulent sur une route au beau milieu de ce qui semble ĂȘtre un lac immense. Câest en rĂ©alitĂ© juste une couche dâeau de quelques centimĂštres au-dessus de la mer de sel que sont les alentours. Ce miroir dâeau salĂ©e reflĂšte parfaitement les montagnes Ă lâhorizon donnant ainsi un paysage de lever de soleil quâon ne voit quâune fois dans une vie.
Nous prenons la route (enfin la piste de sel) ensuite vers notre prochaine destination oĂč nous attend le petit-dĂ©jeuner. Pour y arriver, les deux jeeps roulent lâune Ă cĂŽtĂ© de lâautre pendant une heure sans sembler avancer tant le paysage est plat et uniformĂ©ment blanc dans cette mer de sel de plus de 10000 kilomĂštres carrĂ©s.
Nous arrivons ensuite Ă lâĂle Incahuasi (oui une ile au milieu du dĂ©sert). Cette colline de corail est en fait une ile uniquement pendant les quelques jours de lâannĂ©e oĂč le salar et recouvert dâeau (comme Ă lâendroit du lever du soleil). Ăa peut paraitre absurde de dire que cette Ăźle est formĂ©e de corail alors quâelle se trouve Ă 4000 mĂštres au-dessus du niveau de la mer. Mais tout sâexplique quand on apprend que le salar est en fait une partie de mer qui sâest retrouvĂ©e coincĂ©e par la formation de montagnes autour et dont lâeau sâest Ă©vaporĂ©e en laissant tout ce sel. Cette Ăźle est surtout connue pour sa multitude de cactus imposants pouvant aller jusquâĂ 4 mĂštres de haut, avec une taille record de 12 mĂštres pour le plus haut cactus de lâĂźle. Nous escaladons le chemin amĂ©nagĂ© de la colline pour arriver au sommet oĂč nous observons lâimmensitĂ© du salar et le sel qui sâĂ©tend Ă perte de vue Ă lâhorizon. On se dit mĂȘme quâavec un peu dâimagination, on peut trĂšs facilement imaginer lâeau qui Ă dĂ» se trouver Ă un moment sur ces terres. AprĂšs une demi-heure passĂ©e Ă flĂąner et prendre des photos, nous redescendons pour le petit-dĂ©jeuner qui nous attend sur le parking.
Au moment du dĂ©part, nous partageons aux conducteurs que nous aimerions nous arrĂȘter une petite heure au milieu du salar Ă un endroit peu frĂ©quentĂ© des touristes. Le but de cette pause est de faire des photos dĂ©fiant la perspective et trompant la logique mais aussi de profiter de ce cadre unique pour tourner un clip pour un de nos morceaux. Ils acceptent volontiers et nous emmĂšnent Ă un endroit tout Ă fait comme on lâimaginait. Quelle que soit la direction dans laquelle on regarde, il y a du sel jusquâĂ lâhorizon. Nous nous empressons de dĂ©charger la jeep qui emmĂšne les instruments et nous mettons en position pour filmer. Les brĂ©siliens restent nous regarder un petit moment et finissent par partir au bout de 30 minutes du mĂȘme morceau jouĂ© en boucle et filmĂ© de tous les cĂŽtĂ©s. VoilĂ dĂ©jĂ presque une heure que nous nous sommes arrĂȘtĂ©s et le tournage arrive Ă son terme. Nous ne rangeons nĂ©anmoins pas les instruments tout de suite. Il est dâusage au salar dâUyuni de faire des photos qui jouent avec la perspective et le fait quâil nây ait aucun point de repĂšre dans le paysage (vous comprendrez ce que je veux dire avec cette photo :
Nous repartons donc, toutes cartes mĂ©moires remplies et batteries vidĂ©es, vers ce qui reste de lâaventure. Nous voyons une petite construction Ă lâendroit oĂč les conducteurs nous arrĂȘtent. Câest le plus vieil hĂŽtel de sel du salar. Maintenant, il nâa plus dâhĂŽtel que le nom, car il nâest plus en service mais sert plutĂŽt de checkpoint touristique oĂč on peut acheter des souvenirs. A cĂŽtĂ© de lâhĂŽtel, un petit espace est rĂ©servĂ© aux drapeaux que les touristes plantent lĂ . Il y en a des Ă©normes et on ne manque pas dâapercevoir le drapeau breton bien entendu, prĂ©sent Ă toute occasion. A quelques mĂštres, une petite construction de sel se dresse en lâhonneur du Dakar qui passe chaque annĂ©e par le salar dâUyuni depuis 2014.
Nous revoici de nouveau dans les jeeps. A lâapproche de Colchani, nous passons devant les mines de sel de cette rĂ©gion de salar. Il nây a lĂ que des monticules de sel grattĂ© et rassemblĂ© pour ensuite ĂȘtre ramenĂ© aux raffineries de Colchani pour ĂȘtre traitĂ©. Nous dĂ©cidons de ne pas sây arrĂȘter et continuons notre route. On arrive enfin Ă Uyuni, point final de notre pĂ©riple. Nos guides nous amĂšnent tout de suite au restaurant prĂ©vu pour le dĂ©jeuner car ils savent maintenant que nous ne prenons pas le sujet de la nourriture Ă la lĂ©gĂšre. On nous y sert un repas bien nourrissant et, alors quâon pensait le tour est fini, les conducteurs nous invitent Ă remonter dans les jeeps et nous annoncent que nous avons encore un lieu Ă visiter. Nous ressortons de la ville et nous retrouvons de nouveau en milieux dĂ©sertique. On arrive trĂšs vite donc Ă lâultime stop du voyage : le CimetiĂšre de Trains dâUyuni. On y trouve des carcasses de locomotives de la fin du XIX siĂšcle. AbandonnĂ©s lĂ , ces trains appartiennent au patrimoine de la ville et attirent les touristes aussi bien que les taggueurs. Nous y flĂąnons une bonne demi-heure et grimpons les vĂ©hicules en nous prenons pour des gangsters du Far West en plein braquage.
On nous amĂšne ensuite en ville, juste Ă cĂŽtĂ© de la gare ferroviaire car nous prenons le train pour Oruro le soir mĂȘme. Nous partons Ă la recherche de cartes sim, de wifi et de bon cafĂ© pour faire passer la fin de lâaprĂšs-midi. Nous disons aussi au revoir Ă Nymphe qui prend le bus pour Potosi, la prochaine destination de son voyage qui sâorganise au jour le jour. Mais ce nâest quâun au revoir, car nous la reverrons Ă Lima lorsquâelle y passera. La nuit tombĂ©e, nous âgĂźtanisonsâ dans la gare jusquâĂ minuit passĂ©, heure oĂč nous embarquons vers deux semaines parmi les Chipayas.
A la prochaine pour de nouvelles aventures,