To witness fully, and be thus / the altar of the thing witnessed.
– Ursula K. Le Guin, “Contemplation at McCoy Creek”, Late In the Day
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To witness fully, and be thus / the altar of the thing witnessed.
– Ursula K. Le Guin, “Contemplation at McCoy Creek”, Late In the Day

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they were / like thoughts moving in a mind, / the little birds among the many leaves.
– Ursula K. Le Guin, “In Ashland”, Late In the Day
We know how to know and how to think, how to exhibit what is known to heaven's bright ignorant eye, how to be busy and multiply. He knows how to walk into the trees alone not looking back, so light on his soft feet he does not sink into the snow. How to leave no track, no sound, no shadow. How to be gone.
– Ursula K. Le Guin, “The Canada Lynx”, Late In the Day
Salomon saith. There is no new thing upon earth. So that as Plato had an imagination, that all knowledge was but remembrance ; so Salomon giveth his sentence, that all novelty is but oblivion.
– Francis Bacon, Essays, LVIII
J'ignore si j'ai cru une fois à la Cité des Immortels ; je pense qu'il me suffisait alors d’avoir à la chercher.
– Jorge Luis Borges, L’Aleph

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– Audre Lorde, The Black Unicorn
Pour ne pas raconter mon histoire je suis devenu mytho. J'ai cru que la mythomanie m'aiderait à devenir plus fort, qu'avec elle je pourrais avancer sans payer le prix de mes actions. J'ai délibérément inséminé mon existence dans d'autres existences, persuadé que la beauté résidait en dehors de moi-même. J'ai semé mon corps en différents endroits du monde, j'ai tout fait brûler, j'ai tout piétiné. À mes yeux ma propre chair ne méritait aucune littérature si elle n'était pas mise à distance, vidée de sa charge virale. J'ai fait des détours souvent, creusé plusieurs trous. Je n'imaginais pas qu'il me faudrait tant d'années pour réunir les tronçons de terre, pour être enfin capable de dire : c'est moi, ce livre c'est moi, c'est mon sinistre, le mien.
– Philippe Savet, Mille millilitres de Ganymède
Il entretenait cette petite pièce aux rideaux perpétuellement tirés comme il aménageait sa vie intérieure : en y entassant pêle-mêle et au hasard les objets les plus divers, comme pour ajuster son esprit à cette image de chaos que lui renvoyait le Monde, et ainsi atténuer l'angoissant décalage qu'il percevait entre lui-même et la réalité.
– Jean-François Beauchemin, Le roitelet (2021)
« Réfléchis, mais ne fais pas que réfléchir ; émerveille-toi aussi. Émerveille-toi, mais ne fais pas que t'émerveiller, réfléchis aussi. » Ça sera la grande affaire de ta vie.
– Jean-François Beauchemin, Le roitelet (2021)
Jamais, jamais je ne deviendrai adulte. Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas possible. Jamais je ne deviendrai comme ces écrasantes grandes personnes qui oppressaient mon enfance par la sécheresse de leurs raisonnements.
Et puis, avoir tant et tant aimé, cela rend tout petit. En fermant les yeux, je regarde mon cœur, là où sont mes stigmates d'amour et je me dis : ceci est ma lumière et nul ne peut me la prendre. Jamais je ne deviendrai adulte.
J'ai aimé les gens, les inconnus qui passent, aimé l'amour. J'ai aimé la nature, la nuit, le vent, la neige, et tout ce qui est sensation m'a pénétrée jusqu'à l'âme. J'ai aimé les choses les plus simples et les plus innocentes, les marches sous la pluie et le froid aigre des petits matins d'hiver ; j'ai aimé aussi les choses les plus étranges, l'ombre des sanctuaires, la magie des clairs de lune et des crépuscules précoces.
– Christine Pawlowska, Écarlate (1974)

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Toute petite, j'ai rêvé dans ma solitude des merveilles multicolores. Je parle de ma solitude parce que c'était ce que j'aimais le plus au monde. Je ne me sentais moi que lorsque j'étais absolument seule, loin de toute voix, de tout regard, tout entière à mes images. C'est pour moi le seul, l'unique souvenir de vrai bonheur que je possède.
J'aimais surtout ma solitude du soir, quand j'étais couchée dans ma chambre bleue, et que ma sœur s'était endormie dans son lit jumeau du mien. Alors, les yeux grands ouverts dans le noir, j'inventais des histoires insensées où je perdais toute mesure, enfin libérée des contraintes du jour. Je voyais des paysages rouges et noirs, des chevaux galopant dans le grand vent d'une plaine, des champs de roses pourpres ployées sous l'orage, des châteaux fantastiques auréolées de brume où de pâles princesses se laissaient mourir d'amour. Je m'endormais sur ces visions passionnées et le jour venait trop vite. Je n'ai jamais aimé le jour.
– Christine Pawlowska, Écarlate (1974)
Mais vraiment, n'allons-nous pas devenir comme ceux-là qui dorment malgré le ciel, malgré la vie nocturne des choses, malgré le rêve ? Mais peut-être ne dorment-ils pas ? Ma mère m'a parlé de ce que c'est que devenir une femme. Elle m'a parlé de cette chose qui me semble n'importe quoi sauf l'amour. Elle m'en a parlé un matin où je me suis éveillée dans un lit inondé de sang, horrifiée, dégoûtée. Cela ne pouvait pas m'arriver à moi. Je ne tolérerais jamais cette ordure tous les mois et toute ma vie durant, je ne tolérerais pas davantage qu'un inconnu, un passant de l'avenir, me prenne mes nuits et mes songes pour me soumettre à cette pantomime humiliante qui fait que l'on a des enfants. Pas moi, non, pas moi ! Moi, je resterais pour toujours passagère de la nuit, de la pluie et du vent. Moi, je resterais pour toujours bardée de solitude et haïssant la chair. Moi, je ne dormirais pas quand viendrait l'ombre, et ma couche resterait ce navire qui ne voyait jamais la terre.
– Christine Pawlowska, Écarlate (1974)
Je m’en vais – dit la mort sans ajouter qu’elle m’emporte avec elle. Et je frémis la respiration haletante de devoir l’accompagner. Je suis la mort. C’est dans mon être même que se donne la mort – comment t’expliquer ? c’est une mort sensuelle. Comme morte, je marche entre les herbes hautes dans la lumière verdâtre des tiges : je suis Diane, la chasseresse d’or, et je ne trouve que des ossements. Je vis d’une couche sous-jacente de sentiments : je suis à peine, à peine vivante.
– Clarice Lispector, Agua Viva (1973)
Le jour semble la peau tendue et lisse d’un fruit que, petite catastrophe, les dents rompent, son jus s’écoule. J’ai peur du dimanche maudit qui me liquéfie. Pour me refaire et te refaire, je reviens à mon état de jardin et ombre, fraîche réalité, j’existe à peine et si j’existe c’est avec un délicat souci. […] Je suis pleine d’acacias balançants jaunes, et moi qui ai à peine commencé ma journée, je la commence avec un sens de tragédie, devinant vers quel océan perdu vont mes pas de vie. Et follement je m’empare des recoins de moi, mes égarements me suffoquent de tant de beauté.
– Clarice Lispector, Agua Viva (1973)
Ici quelqu'un se noie coule la source dans sa bouche.
Ici quelqu'un se noie à en goûter les cieux.
Sur une branche blême le geai s'égosille à en souffler son âme.
– Julien Hertz, Argile

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Pour m’interpréter et me formuler j’ai besoin de nouveaux signes et d’articulations nouvelles en formes qui soient situées en deçà et au-delà de mon histoire humaine. Je transfigure la réalité et alors une autre réalité, rêveuse et somnambule, me crée.
– Clarice Lispector, Agua Viva (1973)
Le monde n’a pas d’ordre visible et je n’ai que l’ordre de la respiration. Je me laisse advenir.
– Clarice Lispector, Agua Viva (1973)