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David Pohle
Musica sacra L’arpa festante, dir. Rien Voskuilen
Carus, 83.413, 2007
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A la Cour des Princes Electeurs de Saxe, dans la Florence de l’Elbe, Dresde, irradie la magnificence d’une architecture qui s’est développée déjà en pleine Renaissance, pour se déployer dans la période baroque avec élégance et raffinement. Au XVIè siècle, Maurice de Saxe avait fait construire l’équivalent d’un opéra d’aujourd’hui : la Chantrerie électorale, un des premiers bâtiments en dur au Nord des Alpes. Puis Auguste II, dit Le Fort, Prince électeur de Saxe et Roi de Pologne en 1696, fera s’affirmer Dresde façonnée par son histoire comme la capitale au XVIIIè siècle riche de culture artistique de ce royaume immense qui s’étend de la mer Baltique jusqu’à l’empire ottoman, des portes de Prague jusqu’à celles de Saint- Pétersbourg.
La ville était devenue une Neustadt, « ville nouvelle » à la fin du Moyen-Âge grâce à un commerce florissant par les routes, mais aussi grâce à la navigation sur le fleuve de l’Elbe, et un lieu de pèlerinage dédié à la Vierge. En 1539, la réforme luthérienne arrive à Dresde, en pleine Renaissance. Puis au début du XVIIè siècle la Guerre de Trente ans, de 1618 à 1648, ne provoque pas de destruction à Dresde, mais c’est pour la ville, ainsi que pour la Saxe entière une période économique fort difficile, et cela encore dans les années qui suivent. Ainsi, on peut trouver dans une lettre de Heinrich Schütz en 1651 au Prince Electeur qui réclame le paiement des membres de la Chapelle cette phrase : « La misère des membres de la Chapelle est si grande que même une pierre dans la terre les prendrait en pitié » !
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Dans l’histoire musicale de Dresde, ce compositeur immense (1585-1672) fut Maître de Chapelle en 1617, à la suite de Hans-Leo Hassler, puis a reçu le titre de Grand Maître de Chapelle en 1657. Avant son poste à Dresde, il avait séjourné à Venise et travaillé avec Gabrieli. Il y retournera plus tard pour rencontrer Monteverdi.
David Pohle, 1624 – 1696, fut l’un de ses élèves à Dresde. La situation prestigieuse et culturelle de la ville, la religion luthérienne qui y est pratiquée ainsi que dans toute la région, et surtout la formation musicale avec un tel maître ont rassemblé ainsi un certain nombre de données qui ne seront pas sans conséquences sur sa position de musicien, et sur son œuvre. Il fut instrumentiste et compositeur, dans plusieurs cours princières du nord de l’Allemagne, puis en 1660, acceptera le poste de Maître de chapelle à Halle, et terminera sa carrière à Merseburg. On connaît peu ce compositeur dont l’oeuvre est particulière, car celle-ci n’a pas été publiée de son vivant, et nombre de ses manuscrits sont perdus. Il fut l’un des premiers à constituer un ensemble de Cantates pour l’année liturgique à l’église.
Musica sacra rassemble des pièces instrumentales, des Sonates, et des Cantates sacrées composées sur des textes de la Bible, seule l’une d’elles met en musique un poème. Ces pièces sont constituées d’un langage singulier, riches de l’héritage contrapuntique de la Renaissance, sous l’influence de Heinrich Bach, oncle de Johann Sebastian, et les mouvances de la modalité, mais aussi pétries par l’enseignement du maître Schütz, avec la profondeur et la plénitude de l’harmonie qui sonne, et aussi toutes les innovations issues de la seconda pratica du Nord de l’Italie et l’expressivité porteuse d’émotions qui les motive. Forte de toutes ces fondations, ces traditions qu’elle a assimilées, l’écriture de David Pohle évolue vers la cantate allemande protestante avec les figures ou procédés évocateurs et nombres symboliques selon la poétique religieuse, particulièrement répandue dans le mouvement piétiste. Toutes ces composantes peuvent aussi bien être remarquées dans les pièces instrumentales que dans les pièces vocales.
Les Sonates singulièrement souvent à 6 parties, contrairement à la coutume de l’époque d’une écriture à 5 en Allemagne – par exemple 2 violons, 3 altos et 1 viole de gambe et à la basse continue, violone, luth et/ou l’orgue – évoquent le clair-obscur de la peinture, avec les contrastes fréquents entre les tempi et les motifs rythmiques, entre les mouvements, mais aussi dans le récit. Les motifs rythmiques participent à l’expression par leur pouvoir d’évocation, que ce soit les notes répétées de la battaglia, les rythmes pointés, les groupes de notes rapides, ou l’utilisation des silences et de la syncope. La mélodie inventive, est reprise en écriture contrapuntique ou portée par une harmonie expressive, les dissonances se succédant d’un accord à l’autre, dans une profondeur dramatique et teintée d’affetti. L’écriture des parties intermédiaires et de la basse est riche et foisonnante et témoigne de l’importance des diverses voix, que ce soit dans l’apport de la dissonance ou dans le motif de contrepoint qui participe à l’effet expressif.
Dans les Cantates, tous ces procédés d’écriture participent à l’expression musicale portant celle du texte, dans la proximité du mot, et de la signification, avec l’alternance des tempi et des rythmes, dans les notes tenues sur une syllabe, les motifs rythmiques qui accompagnent le récit, les traits descendants ou ascendants, et autres figures rhétoriques. L’ornementation est complètement écrite avec elle aussi une fonction évocatrice. On retrouve aussi le goût pour les instruments graves dans In te Domine speravi, avec les deux altos, le basson et la basse continue jouant avec les trois voix soprano, contre-ténor et ténor.
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Entre l’héritage des musiciens de la Saxe, carrefour de tant de trésors culturels, de la tradition protestante et du madrigal italien, la rencontre du répertoire de l’Allemagne du Nord, tel celui de Buxtehude, et l’évolution vers la complexité de l’harmonie et l’architecture dramatique des cantates de JS Bach, l’oeuvre de David Pohle est une découverte pleine de couleurs et d’émotions, dans une densité qui porte à l’écouter de nouveau avec une attention aux aguets à un tel jeu de mouvements sonores. Avec ce bouquet de pièces vocales et instrumentales d’une efficacité dramatique ramassée, l’Arpa festante interprète avec fidélité et rigueur et en même temps avec une certaine spontanéité, de la fraîcheur et de l’émotion, avec dans les pièces vocales la voix claire et sensible de Hans Jörg Mammel, le chant si expressif de David Erler, et le timbre touchant de Monika Mauch, comme avec l’innocence d’une voix d’adolescent, et avec la justesse de son expression frémissante.
Thérèse Bécue
. aussi - Sonata à 2 Violin. Verstimbt, Nr. 24 aus dem "Codex Rost"
Ensemble Der Musikalische Garten













