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musique   ___
    Johann Rosenmüller
Sonate a 2, 3, 4 e 5 stromenti,
da arco & altri,   1682
 Ensemble Masques,  Olivier Fortin
 Renommé et fort joué dans toute l’Allemagne dans ce XVIIè siècle riche de la musique de Buxtehude à Lübeck et de Schütz à Dresde – d’ailleurs, le maître complimente, sous une forme poétique, une première publication du jeune musicien, un livre de Danses à 3 voix, paru en 1645 – après sa formation et ses débuts à Leipzig, puis un temps d’exil à Hambourg, Johann Rosenmüller séjournera un certain temps à Venise, où il sera quelques années Maître de choeur à l’Ospedale della Pietà . Son activité de compositeur sera multiple entre motets et sonates, entre œuvres vocales et instrumentales, pour les multiples églises vénitiennes, mais aussi pour diverses cours princières germaniques.
Les Sonate a 2, 3, 4 e 5 stromenti a arco & altri, publiées en 1682 à Nuremberg, de Johann Rosenmüller, 1617 – 1684, composent une œuvre instrumentale comparable à un ensemble de Suites par leur structure marquée d’une alternance de mouvements en contraste par la vitesse et le rythme, mais la référence à la danse qui était constituante des Sonates de 1667 en est absente. D’une densité et d’une profonde force expressive, elles rassemblent un certain nombre de qualités rassemblées au sein du parcours musical du compositeur.
L’écoute de ces pièces fait entendre un propos d’une intensité dramatique et spirituelle. Les habiletés contrapuntiques et la profondeur du répertoire germanique se mêlent au pouvoir expressif de la tradition italienne. Un foisonnement d’idées mélodiques touchantes à toutes les voix tisse une écriture polyphonique serrée, avec une unité thématique entre les mouvements, dans un jeu harmonique aux dissonances parfois audacieuses, telle la Sonata settima a 4, en ré mineur, avec l’expression d’une sensibilité toute en couleurs et en émotions sonores, d’une grâce et d’une sensualité qui animent d’un mouvement continuel la texture du contrepoint et donnent à ces Sonates un caractère de véritable récit théâtral. La fantaisie singulière de Rosenmüller déploie une exubérance mélodique avec une importance égale confiée à chaque partie. Les chromatismes, les harmonies riches, les contrastes de rythme conséquents à la diversité des motifs rythmiques, les passages entre rythmes binaires ou ternaires, ouvrent à l’expression d’affetti dans la proximité du langage vénitien, tel celui de Giovanni Legrenzi entre autres maîtres de la musique du XVIIè de l’Italie du Nord. D’une sonate à l’autre, la diversité étonne au sein de l’oeuvre, et avec parfois une grande économie de moyens, comme dans la Sonata seconda 2, en mi mineur, dans une invention continuelle et fascinante.
Les 12 Sonates sont jouées par un nombre croissant d’instruments à cordes frottées, aux deux violons s’adjoignent un alto, une viole de gambe et un violone, au fur et à mesure des pièces qui composent le recueil, avec la basse continue au clavecin ou à l’orgue. Mais l’Ensemble Masques a choisi un autre agencement que celui de l’ensemble publié dans le parcours de cette suite de Sonates, et le choix souligne l’inventivité. De cette présence sonore avec une réelle vivacité riche d’affetti, parfois d’une grande douceur comme on l’entend dans la Sonata terza a 2, en ré mineur, résulte une véritable joie à la découverte de ces mélodies émouvantes qui se dessinent en tous sens. Avec une grande clarté de la richesse contrapuntique et harmonique dans l’architecture de ces Sonates, les interprètes à chaque instrument jouent avec finesse et avec une virtuosité que l’on oublie pour le goût d’un jeu, ou d’un geste d’une grande pertinence au service d’une œuvre pleine d’intensité et d’émotion.
                                       Thérèse Bécue















