N’allez pas voter, ça ne sert à rien
Clément, Paris, 4 janvier 2017
Le nombre d’inscrits sur les listes électorales a connu un bond historique pour une année pré-élection présidentielle. Le nombre de nouveaux inscrits est plus important qu’en 2007 et 2012. L’intérêt pour la présidentielle serait donc fort. Vous voulez faire la différence dans ce scrutin? Alors n’allez pas (que) voter.
Seul, votre vote ne vaut rien...
Dimanche 23 avril 2017. 20h. Les deux candidats qualifiés pour le deuxième tour sont annoncés.
Nous sommes à 108 jours exactement de cet évènement qui façonnera le visage de la France pour les cinq années déterminantes qui arrivent. Et pourtant nous sommes nombreux à être comme un lapin dans la lumière des phares d’une voiture, immobile car bloqué dans une position de rejet : “je ne veux ni celui-ci, ni celle-là , encore moins celui-ci”. Et après? Rien. On procrastine le choix, on se dit qu’on a le temps, qu’on regardera les débats, qu’avril c’est loin. Aucun candidat dans une élection n’est parfait mais il est temps de vite déterminer celui que vous souhaitez soutenir car, seul, votre vote ne vaut presque rien.
Votre vote ne vaut presque rien parmi les 36 à 40 millions de votes qui seront prononcés ce jour-là . Une goutte d’eau dans l’océan, une poussière, une quantité négligeable. Il est hautement improbable que votre vote fasse la différence dans le classement du premier tour. Seul, votre vote constitue un moment fugace, furtif, évanescent, un dimanche après-midi d’avril. Bref, presque rien. Et c’est même pour cela qu’au fond vous êtes peut-être tenté par l’abstention.
Si, comme beaucoup d’autres Français vous sentez que ce qui se joue dans l’élection présidentielle de 2017 est absolument déterminant pour notre pays, pour notre planète, pour la vision que nous avons de l’Europe, pour la question des libertés et des chances offertes dans notre société, alors il est paradoxal de se contenter d’aller voter un dimanche d’avril. Le devoir de citoyen s’il se résume à cela n’est qu’un service minimum.
...mais votre temps vaut beaucoup
Aujourd’hui, bien malin celui capable de dire qui sera au deuxième tour, le jeu est plus ouvert que jamais. On l’a vu trois fois en 2016 (Brexit, Trump, Primaire de Droite) l’opinion est volatile et insondable. A cela s’ajoute que les inscriptions sur les listes électorales sont plus nombreuses que jamais, la participation sera donc un facteur déterminant.
Si vous dĂ©cidez de vous pencher dès cette semaine sur les programmes, les bilans, et les propositions des diffĂ©rent-e-s candidat-e-s alors vous pourrez faire votre choix dès les prochains jours, en en discutant avec vos proches, en croisant les sources, en s’interdisant de s’arrĂŞter aux rĂ©actions Ă l’emporte pièce («Ah celui lĂ je dĂ©teste son ton»…mais est-ce cela l’essentiel?). Â
A moins d’être vous-même candidat, vous ne serez jamais d’accord avec tout sur un programme. Et pourtant, vous n’y échapperez pas, en avril 2017 vous aurez un nouveau ou une nouvelle Président-e. Il s’agit donc de choisir dans l’offre existante. Si je peux me permettre un conseil pour éviter d’y aller à l’affect et de se laisser influencer par la place médiatique de chaque candidat, commencez par déterminer les éléments “philosophiques” indispensables ou rédhibitoires selon vous (sur l’écologie, la place des femmes, le rapport à la libre entreprise). Il ne vous reste ensuite plus qu’à trouver dans les candidats qui ont passé ce “crash test” celui qui coche le plus de cases sur les autres critères.
Une fois le choix fait vous pourrez décider d’aider ce candidat à récupérer, en plus de votre vote, le vote de 10, 15, 100, 1000 personnes en plus. Vous investir durant une partie de votre temps - quelques heures par semaine ça se trouve n’est-ce pas? - durant 4 mois plutôt que de râler, subir, voir souffrir d’un mandat et de ses conséquences durant 5 ans voire plus, l’arbitrage est vite fait et l’investissement en temps est rentable.
Ce n’est pas votre vote qui fera la différence, c’est votre force de mobilisation, c’est le temps que vous déciderez de donner à la campagne d’un candidat qui fera que la puissance de votre vote sera démultipliée, par 10, 15, 100, voire plus. Contrairement à ce que pourraient faire croire les campagnes de Sarkozy en 2007 et 2012, les campagnes manquent structurellement de moyens financiers et humains. Proposer vos bras pour la préparation d’un meeting, votre dimanche matin pour un tractage ou une séance de porte à porte, votre garage pour l’organisation d’une réunion de quartier, votre expertise  sur un sujet donné pour une note synthétique pour le ou la candidate, tout cela peut faire la différence.
Bonne résolution 2017 : Je m’engage
Desproges disait en son temps « Je suis ni de droite, ni de gauche, je suis hémiplégique ». L’engagement, lui, n’est ni de gauche ni de droite, il est pédagogue. Militer c’est vous obliger à pouvoir défendre votre candidat, c’est vous amener à savoir en conscience pourquoi vous rejetez les autres, au-delà des postures de comptoir. Militer - c’est-à -dire s’engager intellectuellement et  physiquement hors de l’anonymat total de l’isoloir pour un candidat - c’est vous motiver à connaître bien le programme et interdire les zones d’ombres pour être sûr d’être en cohérence avec vous-même.
Militer c’est vous frotter au contact d’une véritable altérité. Débattre avec vos amis sur Facebook ne fera changer d’avis vos amis que de façon marginale (ils ont souvent déjà un préjugé sur votre vision et on tournera très vite en rond) d’autant que l’algorithme du réseau bleu est fait pour complaire l’utilisateur dans un cercle d’ami qui pensent comme lui afin d’augmenter sa satisfaction et son temps donc sur le site . En revanche, aller à la rencontre d’autres citoyens et convaincre des inconnus, inviter vos voisins à qui vous parlez rarement à une réunion de quartier de votre mouvement, tout cela peut créer bien plus de déclics du fait de l’absence de passif quelconque et de l’aspect extra-ordinaire de la démarche. Cela pourrait même, rêve fou, ramener au vote des gens qui se sont détournés de la politique ou qui sont attirés par les rhétoriques racistes sans vision.
Par ailleurs, avec les différents mouvements lancés pour la présidentielle (En Marche!, La France Insoumise, etc…) c’est une autre dynamique militante que nous voyons émerger, un militantisme électoral mais de projet et non de parti, loin des appareils et des baronnies. De quoi permettre à grand nombre d’entre nous, rétifs au brainwashing partisan, de trouver un mode satisfaisant d’engagement citoyen. Attention, cela ne veut pas dire que vous allez vous sentir à l’aise dès la première réunion de groupe militant, que vous n’allez pas y rencontrer un vieux briscard de la politique cherchant à y monopoliser la parole. Cela veut dire que vous y avez de l’espace pour vous exprimer et agir et que vous pouvez construire un militantisme qui vous corresponde.
Bref, comme le répétait Bernie Sanders il y a encore quelques jours, dans la période de trouble majeur que nous traversons une des solutions nécessaire est de “s’investir massivement dans le processus politique.” Alors, que vous ayiez le “courage de la vérité” avec Fillon, que vous y alliez « au nom du peuple » avec Le Pen, que vous soyez insoumis avec Mélenchon, En Marche avec Macron, Libéré avec Montebourg, secouriste avec Hamon qui veut « faire battre le coeur de la France », que vous souhaitiez "Une République forte, une France juste" avec Valls ou que vous tentiez la dernière minute avec Peillon, ou au 100% citoyen avec laprimaire.org, l’important est de s’engager en donnant de son temps durant les semaines qui viennent. Faisons battre le coeur de notre démocratie, et au mieux faisons gagner notre candidat-e. Et au pire? Eh bien on aura, un peu, refédéré les Français.

















